Pourquoi il faut aller voir « Deux fils » le 13 février.

Un casting prestigieux.

Pour le grand public (si l’on considère que le grand public s’intéressera à ce film, ou si l’on se dit que le « grand public » existe), « Deux fils » sera d’abord un film réunissant Benoit Poelvoorde et Vincent Lacoste, avec une Anaïs Demoustier pour animer les débats. Les plus puristes noteront la présence (discrète) de Noémie Lvovsky et d’India Hair.

Ce film d’auteur (rien de péjoratif, ça veut juste dire que c’est une histoire inventée par son auteur, pas une adaptation) raconte l’histoire de Joseph, père de Joachim et d’Yvan (premier rôle pour Mathieu Capella, repéré par Elsa Pharaon qui avait déjà révélé Rod Paradot dans la « Tête haute »). Dans ce film oscillant entre comédie et drame, le trio va faire ce qu’il peut, en prenant soin les uns des autres malgré des absences marquantes.

Le pitch n’est pas simple à résumer car ici, les sentiments priment sur la narration. Comme l’affiche le suggère, les deux enfants de Poelvoorde (très mesuré, et c’est en ça qu’il excelle ici) s’occupent beaucoup de leur papa (qui n’a aucune autre personne sur qui s’appuyer), et c’est pesant. Lacoste (encore une fois très bon, quelle filmographie à 24 ans !) se débrouille entre l’absence de son ex et une thèse en médecine qu’il n’écrit pas. Quant au petit dernier, il est tracassé entre la foi et ses désirs pour les filles de sa classe, tout en devant gérer l’effondrement de ses modèles.

Un premier film.

« Deux fils », c’est aussi et surtout le premier film de Félix Moati. On se souvient de lui comme pilier de l’équipe de natation synchronisée du « Grand bain ». Il était aussi très à son avantage dans « Gaspard va au mariage », « A trois on y va », « Cherchez le garçon » ou « Télé Gaucho ». Deux fois nominé pour le César du Meilleur espoir masculin, le jeune acteur (28 ans) n’aura pas trainé pour réaliser son premier long-métrage, deux ans après son court-métrage (fort bien accueilli) : « Après Suzanne».

Quand on lui demande pourquoi il est déjà passé derrière la caméra, il répond que c’est tout à fait naturel : être comédien et être réalisateur, c’est la même chose, dans le sens où on se met au service d’une histoire qui va être plus forte que tout le reste. Pas question de se mettre au-dessus, et cette délicatesse se retrouve à tous les niveaux du film : la musique (créer par le groupe Limousine dans une ambiance jazz), la lumière, les effets de caméra, les personnages et leurs répliques. On sent cette maturité dans le montage (le film dure 1h30, pour une première version qui en faisait 2h05).

Le film possède la fraicheur et la sincérité des premières œuvres. Elle réunit une équipe technique jeune : un ingénieur du son rencontré sur « Télé Gaucho », une chef décoratrice et un monteur en début de carrière. Moati a su faire confiance à de jeunes talents. On note même la présence de sa sœur aux décors et de son frère en photographe de plateau. Il aura eu aussi l’intelligence de s’entourer d’un chef opérateur d’expérience : Yves Angelo, connu par exemple pour son travail sur « Germinal ». Un parfait cocktail pour ce film produit par Pierre Guyard, à qui on doit aussi le très beau « Amanda » sorti il y a quelques mois.

Une vraie réussite.

On l’a dit, le film oscille entre la comédie et le drame. Nous ne sommes pas ici dans une poilade grasse avec des répliques qui font rire sans aucun fond. Les dialogues sont au service de l’histoire, des personnages. Le ton rappelle parfois « le Grand Bain », en plus intime. La puissance comique de Poelvoorde et Lacoste (on peut aussi ajouter Mathieu Capella) fonctionne à merveille dans cette ambiance plus mélancolique. On pourrait dire aussi que le hors champ est un personnage à part entière, tant on sent à quel point le manque est présent.

La mise en scène joue avec subtilité sur ce fond. Les personnages aiment écouter aux portes, c’est là qu’ils en apprennent le plus. La lumière reste assez sombre (avec très peu de scènes extérieures de jour), avec juste quelques rayons qui parviennent à percer de temps à autre. Une caméra qui commence le film en suivant beaucoup ses personnages de dos, puis qui bascule ensuite sur beaucoup de travelings avec des hommes à la dérive qui se courent après. Et une conclusion avec beaucoup de brio.

Si 2018 a été une année plutôt terne pour le box office français, malgré une offre de grande qualité, c’est peut-être parce que le grand public ne s’intéresse qu’aux « Tuche » et à Dany Boon. Ou aux machines à fric américaines. Il y a pourtant plein d’autres propositions de cinéma, aussi variées que riches. « Deux fils » en est une très belle, une œuvre fine et réfléchie. Si la biodiversité est primordiale, la diversité culturelle l’est tout autant.

 

City Zen
Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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