Le Lauréat de Mike Nichols!

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Titre : Le Lauréat
Titre original : The Graduate
Réalisation : Mike Nichols
Scénario : Calder Willingham et Buck Henry, d’après le roman Le Lauréat de Charles Webb.
Photographie : Robert Surtees
Musique : Paul Simon (interprétée par Simon et Garfunkel) et Dave Grusin
Montage : Sam O’Steen
Production : Lawrence Turman
Pays :  États-Unis
Genre : comédie dramatique
Format : couleurs
Budget : 3 000 000 $
Durée : 105 minutes (1h45)
Dates de sortie :  4 septembre 1968, version restaurée 4K le 12 juillet 2017
Distribution : Dustin Hoffman, Anne Bancroft, Katharine Ross, William Daniels, Murray Hamilton, Elizabeth Wilson

Toujours aussi délicieux, le film emblématique de la révolte des baby-boomers.

Benjamin Braddock vient d’achever ses études couvert de diplômes. Au cours d’une réception organisée par ses parents, il rencontre Mme Robinson, une amie de ces derniers. Elle séduit le jeune homme, lui faisant découvrir les plaisirs de l’amour. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent bientôt leur fils à sortir avec Elaine, la fille des Robinson. Réticent au début, il s’attache rapidement à l’étudiante…

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Dans le souvenir nébuleux d’un film vu il y a quarante ans, seuls subsistaient la jambe gainée de soie noire de Mrs Robinson et le regard ahuri du puceau Benjamin. Surprise : Le lauréat est bien plus que cela. Et bien mieux, surtout ! Remontons à 1967 pour humer l’air du temps. Cette année-là, les Beatles sortent le peut-être plus grand album de tous les temps, Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band, Antonioni obtient la Palme d’or à Cannes avec Blow up, pour Jacques Dutronc, il est cinq heures et Paris s’éveille. Les jupes ont furieusement raccourci, les cheveux des garçons rallongé d’autant.

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Grâce à la loi Neuwirth, la pilule contraceptive ne va pas tarder à être mise sur le marché français. Les baby-boomers entonnent la chanson de la liberté, refusant tout de go le moule dans lequel on voudrait les contraindre à devenir adultes. Victime de la société de papa-maman : le brillant étudiant Benjamin, avec ses petits costards étriqués, sa coupe de cheveux de gendre idéal, sa timidité maladive et ses états d’âme cafardeux. Le temps d’un dépucelage de haute volée, il sera prêt à faire sa propre révolution.

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Le film peut se lire comme un conte, l’histoire d’un jeune prince au physique ingrat et au moral dans les chaussettes, tombé dans les rêts d’une envoûtante reine en manteau de léopard. Devenu son obligeant serviteur sexuel, il ne tardera pas à s’ennuyer auprès d’elle et de ses névroses. Ce qui devait arriver arrive : il tombe amoureux fou de la jeune princesse, fille de la reine à l’insatiable libido. Evidemment, tout se liguera contre lui mais, bravant les épreuves, devenu preux chevalier au courage invincible, il parviendra à ses fins en enlevant la belle en pleine cérémonie de mariage, au nez et à la barbe des parents furieux et médusés. Benjamin donc, porte-parole de toute une génération qui rue dans les brancards. Avec le recul, on comprend encore mieux l’énorme succès fait au film à sa sortie.

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Il faut dire que Mike Nichols – dont c’était le second film après Qui a peur de Virginia Woolf ? – a su prendre son histoire à bras le corps. Bravant le puritanisme hollywoodien (un garçon couche avec une mère puis tombe amoureux de sa fille, on n’avait jamais vu ça sous les sunlights !), il cisèle son gentil brûlot aux petits oignons. Un scénario bien ficelé, démarrant comme un vaudeville et se terminant dans la grande tradition du burlesque ; pas un plan qui ne soit travaillé (parfois un peu trop) ; en BO, les chansons (inoxydables) de Simon et Garfunkel ; un montage bluffant d’habileté (le traitement des ellipses devrait être décortiqué dans toutes les écoles de cinéma) ; et surtout des comédiens à tomber par terre, tous inconnus, tous venant du théâtre.

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Crevant l’écran, Dustin Hoffman, dont c’est le premier film, devient la star que l’on sait et l’acteur emblématique de la décennie à venir. A elle seule, son extraordinaire prestation – de moche et mou il devient beau et fort au fur et à mesure qu’il prend son destin en mains – vaudrait plus qu’un détour. Mais comme le reste est à l’avenant, ce petit grand film (pour lequel Nichols a obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur), se revoit avec le plus grand des plaisirs et un pincement de nostalgie pour une époque où l’on croyait encore possible que les temps changent pour aller vers le mieux…

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Produit en 1967, Le Lauréat est l’un des premiers films représentatifs du changement social et culturel des années 1960 aux États-Unis. Porté par un acteur alors inconnu et imposé par Mike Nichols, Dustin Hoffman, et les chansons de Simon et Garfunkel, le film a conservé sa fraîcheur douce et amère ainsi qu’une force certaine dans le remarquable portrait d’une classe moyenne américaine en déchéance, portrait qu’un Chabrol des années 1970 n’aurait d’ailleurs pas renié.

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Malgré le nombre assez réduit d’œuvres réellement intéressantes dans la filmographie de Mike Nichols, Le Lauréat est encore aujourd’hui un pivot dans l’histoire des représentations de la société américaine, coincée entre la caricature de l’American way of life et les nouvelles aspirations d’une génération qui n’a pas connu la Seconde Guerre mondiale et n’a guère eu envie de défendre ses troupes au Viêt-Nam.
Pour donner à voir, à comprendre la société de fin des années 1960, les réalisateurs contemporains parsèment leurs films de touches de « réalisme », de ces « petits faits vrais » dont parlait Barthes (citant Stendhal), sans travailler, bien souvent, à la restitution d’une atmosphère sociale, familiale, culturelle : ce fut le cas de Forrest Gump, ou plus récemment, de Benjamin Button. Il s’agit, dans ces films, de référencer une époque, par une chanson, une image d’archive… Évidemment, Mike Nichols a l’avantage de réaliser Le Lauréat juste avant l’offensive du Têt et Woodstock, et se plonge dans les affres d’une société de baby boomers qui ne sait plus avancer, enfermée dans une routine politique et morale.

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Le Lauréat n’est ni un film contre le Viêt-Nam – bien que Ben range rapidement ses quelques soldats de plomb –, ni à proprement parler un hommage à cette génération de jeunes adultes qui ont cherché peu ou prou à sortir d’un carcan pourtant bien construit. C’est donc le portrait de deux générations qui s’affrontent sur des terrains très divers – le sexe, les études, la foi, la course à la reconnaissance sociale –, et se perdent l’une l’autre.
Le « héros », Benjamin Braddock, est la définition même du cloisonnement social : dans la première partie du film, il est sans cesse enfermé dans un cadre, à l’image du générique d’ouverture durant lequel Ben se laisse conduire, impassible, neutre, sur un tapis roulant d’aéroport alors que Simon et Garfunkel entonnent The Sound of Silence. Il est le reflet d’une société automatisée dans son rythme et ses habitudes : elle se caricature elle-même dans l’organisation d’un barbecue tous les dimanche, durant lequel on va pouvoir porter aux nues devant les voisins le fils prodige, le graduate ; lors des petit-déjeuners ressassés comme un semblant d’union familiale… et la liste est longue.
Mike Nichols s’est surtout attaché à deux points cruciaux : le langage verbal et corporel, qui fait écho à l’enfermement visuel. Ben subit absolument tous les plans, tous les mouvements de caméra, jusqu’au moment où la révolte naît de la transgression. Les scènes de présentation restent en cela assez remarquables : c’est l’idée de la cage qui prédomine dans la vie de Ben. Coincé entre une porte et une femme insistante, déformé en gros plan par un aquarium, enfermé physiquement et humilié par ses parents dans le scaphandre ridicule qu’on lui offre pour son diplôme, Ben est à la recherche d’une fantaisie plus pure, moins feinte.

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Du fond de la piscine, il cherche d’abord à stagner avant d’en sortir. Il trouve cette fantaisie en premier lieu dans les bras d’une redoutable séductrice, la fameuse Mrs Robinson, « la plus belle des amies de ses parents » : alcoolique, délaissée par un mari qu’elle a épousé pour cause de grossesse, elle le dépucelle, tente de l’initier en fait à la société qui l’a enfermée elle-même… et l’y plonge un temps. Dans ce milieu, ne survit qu’une certaine médiocrité incarnée par Mrs Robinson, femme perdue, dépressive, possédant la vulgarité des vamps qui n’assument ni leur provocation sexuelle, ni leur sortie du cadre restrictif.

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Les plans restés célèbres, notamment celui où l’on découvre Dustin Hoffman en arrière-plan dans l’angle droit de la jambe d’Anne Bancroft, montrent effectivement une virtuosité dans la mise en scène du cloisonnement : mais cette dernière se développe également dans les détails dialogués et les seconds rôles. Ben ne s’exprime ainsi que par onomatopées dans les premiers temps, ne pouvant encore faire face aux versants négatifs des Américains moyens personnifiés par les Robinson et les Braddock qu’en débitant des répliques qui paraissent pré-enregistrées.

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La rébellion contre l’automatisme, la (re)naissance, n’interviennent donc pas au moment de la transgression, mais au moment de la rencontre avec une autre « enfermée », la fille des Robinson, Helen, dont on découvre le visage sur une peinture, encadrée dans la chambre où Mrs Robinson fait ses premières avances à Ben : « Hello darkness, my old friend »… Sortir du cadre, c’est tout d’abord changer d’espace. Du salon, du jardin des maisons identiques, on passe à la voiture, puis à l’université, lieu ô combien symbolique de la jeune génération américaine de ces années. Du silence, du réflexe parlé, on passe aux cris, à la libération – qui ne se fait pas sans heurts. De l’empathie parentale, des obsessions proprettes, on passe à la folie amoureuse, à l’obsession d’une vie moins rangée, choisie.

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Pied-de-nez au classicisme hollywoodien, Le Lauréat détourne à la fois les étapes dramatiques classiques (la rencontre, le quiproquo, le départ, les retrouvailles) et les symboles sociaux les plus marqués (notamment dans l’utilisation grotesque de la figure christique finale) pour mener ses personnages vers un ailleurs bien moins rose qu’il n’y paraît. Mike Nichols ne s’est pas fait ici le porte-drapeau d’une génération qui devait gagner, qui devait changer le monde ; mais dépeint une génération qui, faute de pouvoir changer ce monde, préfère s’en construire un autre, plus instable, presque nostalgique, dans lequel la sortie de l’enfance est effectivement libératrice, et un tantinet douloureuse.

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À l’image du dernier plan du film, absolument magnifique dans les tressautements du cadre et les expressions nuancées des deux nouveaux êtres, Helen et Ben entrent dans la vie. Pour aller où ? Mike Nichols ne répondra pas à la question, préférant de très loin laisser ces petits représentants générationnels grandir seuls.

Pierre Bryant

Cinéphile depuis mon plus jeune âge, c’est à 8 ans que je suis allé voir mon 1er film en salle : Titanic de James Cameron. Pas étonnant que je sois fan de Léo et Kate Winslet… Je concède ne pas avoir le temps de regarder les séries TV bonne jouer aux jeux vidéos … Je vois en moyenne 3 films/jour et je dois avouer un penchant pour le cinéma d’auteur et celui que l’on nomme « d’art et essai »… Le Festival de Cannes est mon oxygène. Il m’alimente, me cultive, me passionne, m’émerveille, me fait voyager, pleurer, rire, sourire, frissonner, aimer, détester, adorer, me passionner pour la vie, les gens et les cultures qui y sont représentées que ce soit par le biais de la sélection officielle en compétition, hors compétition, la semaine de la critique, La Quinzaine des réalisateurs, la section Un certain regard, les séances spéciales et de minuit … environ 200 chef-d’œuvres venant des 4 coins du monde pour combler tous nos sens durant 2 semaines… Pour ma part je suis un fan absolu de Woody Allen, Xavier Dolan ou Nicolas Winding Refn. J’avoue ne vouer aucun culte si ce n’est à Scorsese, Tarantino, Nolan, Kubrick, Spielberg, Fincher, Lynch, les Coen, les Dardennes, Jarmush, Von Trier, Van Sant, Farhadi, Chan-wook, Ritchie, Terrence Malick, Ridley Scott, Loach, Moretti, Sarentino, Villeneuve, Inaritu, Cameron, Coppola… et j’en passe et des meilleurs. Si vous me demandez quels sont les acteurs ou actrices que j’admire je vous répondrais simplement des « mecs » bien comme DiCaprio, Bale, Cooper, Cumberbacth, Fassbender, Hardy, Edgerton, Bridges, Gosling, Damon, Pitt, Clooney, Penn, Hanks, Dujardin, Cluzet, Schoenaerts, Kateb, Arestrup, Douglas, Firth, Day-Lewis, Denzel, Viggo, Goldman, Alan Arkins, Affleck, Withaker, Leto, Redford… …. Quant aux femmes j’admire la nouvelle génération comme Alicia Vikander, Brie Larson, Emma Stone, Jennifer Lawrence, Saoirse Ronan, Rooney Mara, Sara Forestier, Vimala Pons, Adèle Heanel… et la plus ancienne avec des Kate Winslet, Cate Blanchett, Marion’ Cotillard, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Meryl Streep, Amy Adams, Viola Davis, Octavia Spencer, Nathalie Portman, Julianne Moore, Naomi Watts… …. Voilà pour mes choix, mes envies, mes désirs, mes choix dans ce qui constitue plus d’un tiers de ma vie : le cinéma ❤️

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