Le monde perdu d’Irwin Allen

Pays : États-Unis
Année : 1960
Casting : David Hedison, Claude Rains, Jill St John, …

 

L’avis de Monsieur Popcorn

Étant donné qu’il est disponible depuis plusieurs semaines maintenant chez Rimini, revenons sur « Le monde perdu », réalisé par Irwin Allen.

Une expédition menée par un scientifique au caractère bien trempé qui part à la découverte d’un territoire inexploré…

Irwin Allen et Le monde perdu, c’était d’une logique assez palpable pour les cinéphages actuels qui découvrent le film. L’homme est en effet connu pour avoir été derrière des classiques de films catastrophes/aventures confrontant tout un groupe de personnages aux personnalités marquées face à un danger les dépassant. Des titres comme « La tour infernale » ou « L’aventure du Poséidon », deux de ses productions, viennent directement en tête quand on cite son nom. Il est donc tout à fait cohérent d’espérer un souffle d’aventure et de tension surgir quand on le relie à un classique de la littérature qui a fait rêver nombre de gens, jeunes ou moins jeunes. Malheureusement, le résultat déçoit un peu une fois nos attentes confrontées à la réalité des faits.

Il faut replacer un peu le contexte du film : celui-ci voit son budget être amoindri suite aux dépenses
exorbitantes effectuées pour le Cléopâtre de Mankiewicz. Cela explique des effets spéciaux un peu désuets et faisant pâle figure face aux dinosaures de la version de 1925, animés alors par Willis O’Brien (également derrière le King Kong de 1933). Sans vous dévoiler la teneur de ceux-ci, disons que si cela part d’une certaine quête de « logique » biologique, il aurait mieux valu jouer un peu plus longtemps la carte du hors-champs et de la suggestion. De même que ces créatures ancrées dans une autre époque, le public actuel pourrait trouver à redire sur une écriture des personnages un peu trop marquée et caricaturale pour s’épanouir totalement lors du visionnage.
Néanmoins, il ressort quand même un certain charme du film. Quand on laisse notre part d’enfant un peu naïf et rêveur nous guider durant le visionnage, il ressort quelque chose d’attendrissant et d’attachant dans cette bande assez divertissante durant sa durée. Sa manière de croquer au début certains de ses « héros », comme le peu affable professeur Challenger, confère un certain intérêt et un amusement non feint au détour de certains dialogues. Visuellement, on a quand même droit à divers instants assez remarquables, profitant d’un charme certes désuet mais toujours actif dans quelques séquences d’action, comme son climax. L’aventure et un certain souffle de dépaysement ressortent alors des péripéties que nous concocte le récit.

Concernant l’édition proposée par Rimini, il n’y a rien à redire. Le Blu-Ray que nous avons reçu dévoile un effort de remasterisation visuel et d’une piste audio originale en 5.1 soulignant l’effort derrière cette sortie. Concernant les suppléments, ils sont de la même valeur avec un documentaire long de 96 minutes revenant sur la carrière d’Irwin Allen, une visite d’un musée consacré aux dinosaures, un retour sur le roman de Conan Doyle ainsi que la première version cinématographique de celui-ci.

Bien qu’imparfait suite à son ancrage un peu trop marqué dans son époque, « Le monde perdu » version Irwin Allen reste néanmoins un divertissement assez sympathique profitant par instants d’un charme rétro qui devrait ravir les cœurs des nostalgiques et des amateurs de récits d’aventures. Le tout étant emballé avec qualité par Rimini, cela fait de cette édition un bon cadeau pour les personnes en soif de (re)découvertes en tout genre. De quoi se divertir avec l’été qui approche, une boisson fraîche dans une main et le chapeau d’aventurier sur la tête…

 

L’avis de Pierre Bryant

 Les jeunes gens d’aujourd’hui, à l’heure des effets spéciaux numériques et de leur qualité croissante, risquent de ricaner devant cette adaptation du roman de Conan Doyle, et remake d’un muet de 1925. De l’araignée fluorescente aux lézards maquillés et agrandis en guise de dinosaures, la naïveté frise le ridicule et il faut l’attendrissement de l’âge pour regarder sans rire cette aimable série B. De même certains dialogues ou situations, tel détail incongru (le caniche, la sauvageonne de type californien, les tenues roses de l’héroïne …) empêchent d’adhérer totalement sans pour autant atteindre le second degré.

Mais Irwin Allen, qui vit son budget largement amputé par rapport au projet initial (d’où la faiblesse des effets spéciaux), a justement le bon goût de jouer la carte du livre d’image, de la bande dessinée à l’ancienne, sans complexité ni zone d’ombres. Son héros est un vrai héros (un peu fade, sans doute), les jeunes filles sont charmantes, le professeur est bougon et mégalo à souhait ; il y a même un être vil et cupide (oui, l’étranger …), une sombre histoire de vengeance et un quasi-revenant. De quoi, sinon se passionner, du moins ne pas s’ennuyer. Le film fait même preuve d’esprit dans la première partie, soignant les répliques cinglantes et drôles des scientifiques concurrents. Et par moments, comme touché par la grâce, le cinéaste a des fulgurances esthétiques : les belles toiles d’araignées qui dessinent un labyrinthe, ou la fuite finale, dans de magnifiques décors de cavernes somptueusement éclairées. Là se trouve la véritable ambition du Monde perdu, moins dans ses faiblesses narratives ou financières que dans un bricolage habile et infiniment sympathique.

Dans ce monde caricatural, tout ce qui est esquissé est plus intéressant que ce qu’Allen souligne lourdement : le triangle amoureux est hélas vite gâché par des explications pesantes ; de même quelques images, telles que l’hélicoptère déchiqueté, valent mieux que les lézards grotesques et assez éloignés des dinosaures … C’est dans l’allusif, le biais, que le film gagne en force.

On est très loin évidemment de Jurassic park et de ses dinosaures de synthèse, loin aussi de la tension que Spielberg parvient à instaurer et à maintenir ; ici le rythme même est bon enfant, sans rien d’oppressant ; si danger il y a, il est vite circonscrit et, au final, on compte peu de morts. C’est qu’on est dans un genre un peu désuet, le film familial à l’ancienne, qui ne devait choquer personne. Un pur divertissement, conçu pour amuser des enfants et ne pas trop ennuyer leurs parents. En ce sens, Le monde perdu n’a rien de déshonorant ; il éveillera même chez les plus anciens une nostalgie certaine, celle de ce cinéma du samedi soir, inoffensif et charmant.

Liam Debruel
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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