Comment c’est loin de Christophe Offenstein et Orelsan

Pays : France
Année : 2015
Casting : Orelsan, Gringe,Paul Minthe,….

On reproche souvent aux grosses comédies françaises actuelles une forme d’humour assez lourdingue et il faut reconnaître que c’est le cas pour certains titres ( pas besoin d’en citer, vous en avez déjà en tête). Le film que l’on va aborder aujourd’hui est pourtant la preuve que ce genre n’est pas encore mort et qu’il y a encore moyen d’avoir des propositions fraîches et intéressantes.

Orel et Gringe sont deux rappeurs qui n’arrivent pas à terminer une seule chanson. Leurs producteurs vont alors leur laisser 24 heures pour leur rendre un titre complet, sous peine de perdre leurs privilèges…

Ceux qui n’aiment pas le rap risquent de passer leur chemin, ce qui serait fort dommage. En effet, « Comment c’est loin » prend cette base musicale, rythmant au gré de textes des deux chanteurs leur récit, pour aborder des thèmes assez universels comme le doute de soi dans un long-métrage à l’humanité transparente. On sent l’implication d’Orelsan et Gringe dans les réflexions du film, prolongeant en cela la capsule « Bloqués » et d’autres morceaux de leur album sous le nom des « Casseurs Flowteurs ». Certains auront reconnu la référence aux « Casseurs Flotteurs » de « Maman, j’ai raté l’avion », avec qui nos personnages partagent un sens de la défaite attachante. Il y a une empathie forte qui se dégage de nos héros, imparfaits mais si proches de nous par leurs doutes et leurs erreurs. En soi, cela permet aux moments d’humour de fonctionner avec efficacité : par le réalisme de ces personnages (loin des clichés ambulants du tout venant de certaines Grosses Comédies Françaises) , on se raccroche émotionnellement à eux, comme des amis que l’on croise de temps en temps mais avec qui la connection reste forte.

La tendance de nos héros à la procrastination se rattache à une crainte de produire, de créer quelque chose qui finisse par ne jamais aboutir. Chacun a du se sentir à ce point une fois dans son existence : cette peur que l’accomplissement de notre rêve se solde par une déception cuisante. Le film arrive à transparaître cette sensation, ainsi que l’ennui de la vie monotone dans laquelle s’enferme nos héros, même malgré une deadline de 24 heures pour terminer leur chanson. C’est ce rythme particulier qui arrive à faire fonctionner des blagues rattachées à un récit, là où certains pensent que mettre bout à bout des jeux de mots formera une histoire cohérente. Il y a même une forme de jeu sur la base du récit avec la réapparition de plusieurs mêmes lieux dans l’intrigue, rappelant que nos héros tournent en rond dans leur existence. L’histoire alors aussi bien ses héros que ses spectateurs à aller au bout de leur ambition et accomplir leurs rêves par une chanson finale sonnant comme l’acmé émotionnel du long-métrage, proche d’un lâcher de micro scénaristique lyrique où la musique transcende les peurs qui nourrissent d’Orel et Gringe.

La mise en scène se met au service de son récit, captant les états d’âme des protagonistes, traités avec humour mais respect. Les morceaux ponctuant le récit bénéficient de la force d’écriture des « Casseurs Flowteurs », aussi bien dans le registre comique (cf certaines punchlines) que dramatiques. L’efficacité règne à tous les niveaux, aussi bien dans les blagues que les réflexions que le film propose et qui nous interrogent après visionnage. Il faut accepter un jour de se lâcher, de se confronter à nos limites mentales pour mieux s’épanouir. C’est bien cela que rappelle « Comment c’est loin » (dont le titre annonce cela) : il est facile de rester dans son coin, se plaindre, ne rien faire, se terrer dans ses rêves en ne faisant que les imaginer mais il y a un jour où, si l’on veut réellement les rendre réels, il faut pouvoir se lever et se donner corps et âme pour cela. Vaut-il mieux vivre avec des remords ou avec des regrets ? Il semble qu’Orelsan et Gringe ont définitivement choisi.

«Comment c’est loin » est l’une des nombreuses preuves que le cinéma comique populaire français peut offrir quelque chose de modeste et généreux à la fois, confrontant son public à ses propres doutes pour en même temps le réconforter sur ses capacités et lui donner un coup de pied pour l’obliger à avancer. Si l’on ne décide en effet pas de le faire, on risque de disparaître sans but, sans accomplissement et rien n’est pire qu’une histoire inachevée…

Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu’importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m’occupe également des Sinistres Purges où j’essaie d’aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible 🙂

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