La reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee

Pays : États-Unis
Année : 2013
Durée : 1h49

Casting : Kristen Bell, Idina Menzel, Josh Gad,…

Maintenant que la tempête médiatique s’est calmée autour du film, pourquoi ne pas revenir un peu plus calmement sur le populaire film d’animation Disney ?

Elsa cache depuis sa plus tendre enfance des pouvoirs qu’elle n’a jamais su contrôler. Alors qu’elle s’enfuit suite à la divulgation de ceux-ci à son royaume, sa jeune sœur Anna va partir à sa recherche…

Les chants entendus durant les crédits de distribution devraient mettre la puce à l’oreille sur le traitement narratif du film. Nous sommes clairement dans un traitement mythologique, dans la nature du conte partagé par le biais d’une culture orale, inscrivant une certaine logique aux chansons du film. Disney cherche donc à revenir à la nature originale de ses contes, avec ce que cela implique de moments d’animation lyriques et poétiques, mais en le rattachant à des thématiques plus modernes détruisant de l’intérieur le classicisme inhérent à un genre que la société aura façonné. La grâce visuelle allie donc ces ambitions d’antan (magnifier des histoires populaires par le biais de l’animation, questionnement de la tradition) et présentes (ne plus tomber dans des schémas personnels anciens, aborder les figures de manière plus moderne).

La figure féminine est bien évidemment la plus intéressante, s’émancipant d’un schéma patriarcal imposant une figure masculine forte pour montrer qu’elle sait se protéger par elle-même. Ici, le triangle amoureux imposé se voit perverti par l’ambition et la trahison, remisant un romantisme existant derrière une moralité corrompue. Le prince n’est plus qu’abîme, les relations amoureuses deviennent petit à petit secondaires car le lien familial est bien plus puissant et passionnant. La Reine des neiges est surtout un récit de réconciliation, une séparation entre sœurs marquée par des drames intimes et exprimée avec tendresse avec « Do you want to build a snowman ? ».
Anna et Elsa sont le cœur du film, deux conceptions différentes de la société qui sauront s’unir et bénéficier de chacune. On pourra l’entendre quand elles reprendront en même temps leur air principal (« For the first time in forever » pour Anna, « Let it go » pour Elsa) sans remarquer la complémentarité de ceux-ci. La positivité de l’une va se confronter aux remords de l’autre, se croyant libérée dans la solitude sans savoir le désarroi qu’elle a provoqué involontairement. Deux modes de vie et de réflexion imposés par leur existence, l’une vivant dans l’espoir de découvrir le dehors là où l’autre craint de le détruire. Mais la peur de celle-ci sera construite pour qu’Anna fasse face aux aspects les plus négatifs de leur monde. C’est donc ce binôme, cette relation qui fera ressortir la Reine des neiges des carcans narratifs habituels du genre.

Visuellement, le film regorge de nombreux moments de poésie renvoyant à nouveau au conte populaire. S’il est moins cruel en apparence par rapport à l’œuvre originale, cela n’empêche pas de regorger de brefs instants de fureur, telle une attaque envers Elsa qui déchaîne ses pouvoirs avec un mélange de rage et de tristesse par rapport au traitement subi. Le climax, fruit à nouveau d’une fureur visuelle, regorge d’instants de grâce entraperçus auparavant et culminant dans un sommet aussi efficace grâce à sa mise en scène. Jennifer Lee et Chris Buck amènent ce qu’il faut dans leur réalisation pour atteindre pleinement ses objectifs émotionnels et embarquer au mieux la narration (cf « Let it go », plus forte thématiquement quand elle est réinscrite dans le métrage).

Ouverture à une modernité aussi bien dans ses thèmes que dans ses visuels, « La reine des neiges » est une prolongation des interrogations féministes qu’on avait retrouvées un an plus tôt dans « Rebelle ». C’est une œuvre qui mérite le soutien populaire dont elle a bénéficié même si elle a pu jouer contre elle sur la longueur, ce qui est dommage au vu du lyrisme de l’œuvre. Bref, un film souffrant de sa popularité pourtant logique dans sa manière de se réinscrire dans une veine de contes plus proches des questionnements actuels.

Liam Debruel
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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