Dunkerque/Baby Driver ou l’importance du son

Le cinéma a connu, dans sa courte existence, de nombreuses (r)évolutions majeures. Celles-ci furent ensuite utilisées par maints réalisateurs dans le but de marquer le septième art à tout jamais. Mais au fur et à mesure qu’elles se virent démocratisées, nous, spectateurs en tous genres, les avons prises pour acquises. Alors, tandis que certains metteurs en scène usent de ces évolutions comme des outils, d’autres cherchent à remettre en question leur pertinence, leur importance dans leur récit.

Prenons le sujet de ce billet : le son. Sans celui-ci, nous n’aurions pas les envolées de Williams sur des blockbusters marquants ou le rock diabolique de « Phantom of the paradise ». Sans musique, de nombreuses scènes historiques perdraient sans aucun doute leur force. Sans le son, pas de dialogues, souvent utiles à la compréhension de beaucoup d’intrigues cinématographiques. Et pourtant, le public des premiers films a vécu ceux-ci sans cet ajout que l’on estime essentiel. Le son fut un ajout postérieur important et qui constitua une véritable révolution dans la manière de créer une œuvre filmique. Il est alors amusant qu’en France, deux films assez attendus aient rappelé la place du son (et par extension, de la musique) dans la réussite d’une œuvre : « Baby Driver » d’Edgar Wright et « Dunkerque » de Christopher Nolan.

Commençons avec ce dernier, relatant l’évacuation des soldats britanniques des plages de Dunkerque en mai 1940. Certains ont reproché un son « trop fort » alors que ce volume élevé a un but logique : l’immersion du spectateur en milieu guerrier. Nolan cherche à plonger son public dans une situation de survie désespérée et met en avant son sound design. La première bande-annonce l’annonçait d’ailleurs avec la peur d’une bombe dont on ne pourra pas entendre l’explosion. Le son est primordial pour Nolan et il le fait d’ailleurs remarquer par le biais de Mark Rylance, qui dit avoir reconnu un avion allié au bruit de son moteur. C’est la plus grande force de « Dunkerque » : l’utilisation des bruits les plus anodins, les plus entendus aussi sur grand écran, et leur accentuation de manière pertinente narrativement. Pour rappeler l’urgence de l’événement, Hans Zimmer utilise ainsi à de nombreuses reprises les aiguilles d’une montre, également un écho de la structure de l’intrigue. Nolan rappelle ainsi l’importance que peut avoir le son sur une œuvre une fois que le sound design est travaillé.

« Baby Driver » est très différent de par sa nature ainsi que celle du réalisateur, mais il met également en avant le travail du son, essentiellement par sa musique. Ceux qui connaissent le travail d’Edgar Wright savent que c’est un facteur important de sa filmographie, mais sa dernière œuvre la replace d’un point de vue central. Baby vit par sa musique, « chorégraphie » ses braquages par sa musique, s’exprime par sa musique. On peut même y voir un reflet de Wright lui-même vu la manière dont il joue avec celle-ci, s’amuse de sons normaux qu’il mixe pour en tirer quelque chose de neuf. La musique est à Baby ce que l’air est à tous : un besoin vital et essentiel à sa survie. Cela rend d’autant plus touchant son lien avec son tuteur, avec qui il communique en langue des signes suite à son handicap. La musique semble même influencer la réalité, comme on peut le constater dans les scènes de fusillades. Est-ce une manière de rappeler l’influence de l’art dans la réalité de manière cyclique ? Ou encore un jeu de Baby/Wright metteur en scène (sachant que le scénario avançait par les musiques écoutées par l’auteur de la trilogie « Cornetto ») ? En tout cas, il est facile de comprendre en voyant le film l’importance que peut avoir la musique sur n’importe qui, que ce soit sur un personnage fictif de conducteur talentueux ou bien son homologue réalisateur inventif utilisant son amour de l’art (cinématographique ou musical) pour le transmettre à son public.

D’autres exemples auraient pu être utilisés comme la perte du langage et du son considérée comme une déchéance sociétale dans « La planète des singes : suprématie », mais les deux titres cités semblaient pour moi les plus pertinents. En effet, ils soulignent tous deux qu’il suffit d’un peu de talent et d’imagination pour rappeler l’importance du son et de la musique dans notre monde, qu’ils soient représentés fictionnellement ou bien dans notre simple réalité…

Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu’importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m’occupe également des Sinistres Purges où j’essaie d’aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible 🙂

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