BIFFF jour 8 : Dystopique, insomniaque et démoniaque

Trois films pour notre huitième journée, et pour tous les trois, la salle était à peu près comble. Entre dystopie, insomnie et fantastique … Trois déclinaisons de la peur, menées par trois personnages féminins.

Level 16 –Danishka Esterhazy

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 Réalisatrice : Danishka Esterhazy
Casting : Celina Martin, Katie Douglas, Sara Canning
Genre : Dystopie
Origine : Canada
Durée : 1h42

Viven a toujours vécu à l’Académie Vestalis, une école aux allures de clinique ou de prison, où l’on enseigne aux jeunes filles à « bien se tenir », afin de pouvoir intégrer une bonne famille qui souhaiterait les adopter. Pour y parvenir, il leur faudra atteindre le fameux « Niveau 16 ». Chaque année, les groupes sont modifiés, aucun véritable lien d’amitié ne peut, dès lors, être créé. Les journées se déroulent au rythme des « pauses repas » et des prises de vitamines censées protéger de l’air pollué. Jamais Vivien ne voit la lumière du jour…

Level 16 a tous les attributs des quelques sagas de « science-fiction dystopiques » orientées adolescence que l’on a pu voir ces dernières années : une autorité supérieure qui s’en prend aux jeunes en les maintenant dans l’ignorance et en les utilisant, des personnages forts, courageux, mais imparfaits auxquels on peut facilement s’identifier. Néanmoins, Level 16 apporte une touche originale avec son côté féministe et son message anti-patriarcal. En ce sens, il peut rappeler la série the Handmaid’s tale (adaptation du roman éponyme de Margaret Artwood), tout en ayant des retombées plus limitées : le monde extérieur et sa réalité resteront ici inconnu. À ce sujet, le film pourrait ne pas être totalement perçu comme de la « science-fiction ». En effet, aucune époque n’est réellement mentionnée…, mais nous ne pouvons en dire plus sans trop en révéler. Si la révélation finale se devine facilement dès la moitié du métrage, il n’en est pas moins très plaisant à regarder, grâce, notamment, au talent des actrices et à l’ambiance de froideur et d’austérité constante qui se dégage de la clinique et de ses patrons.

You Shall Not Sleep – Gustavo Hernández

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 Réalisateur : Gustavo Hernández
Titre original : No dormirás
Casting : Belén Rueda, Eva De Dominici, Germán Palacios, Juan Manuel Guilera, María Eugenia Tobal, María Zabay, Natalia de Molina
Origine : Argentine/Uruguay
Genre : Mystére, Épouvante-Horreur
Durée : 1h45

Bianca, jeune actrice de théâtre, se voit proposer la possibilité d’un rôle de premier plan dans une pièce pour le moins « expérimentale ». Alma Böhm, metteuse en scène aussi reconnue que décriée, a des méthodes bien particulières pour tirer le meilleur de ses acteurs : les empêcher de dormir. Selon elle, l’insomnie de très longue durée permettrait d’entrer dans un nouveau monde, entre réalité et hallucination, et dès lors de devenir quelqu’un d’autre et un meilleur acteur. Bien évidemment, le lieu de répétition ne pouvait être qu’un hôpital psychiatrique désaffecté…

Une jeune femme prête à tout pour vivre de sa passion artistique, une maîtresse des lieux aux allures diabolique, un lieu effrayant… il y a quelques soupçons de Suspiria dans ce No Dormirás. Les rêves et cauchemars, imbriqués ou non, et les insomnies rappellent quant à eux de nombreux autres films jouant sur ces thématiques qui permettent d’explorer, bien souvent, la psychologie de leur personnage. Ce cocktail fait du film de Gustavo Hernández un objet très intéressant, aux multiples lectures et interprétations, porté par Eva De Dominici, très convaincante dans son rôle d’actrice perfectionniste. Les rêves, terrain difficilement compréhensible et que l’on connaît tous, offrent toujours de multiples possibilités de création autour de la peur et de l’angoisse, et cela ne fait pas défaut ici. On regrette toutefois quelques effets un peu grotesques de type jump-scare qui n’étaient pas nécessaires, car l’ambiance de malaise créée par le personnage d’Alma et par le lieu se suffisait à elle-même. Et si des doutes demeurent, et malgré le fait que certaines explications fassent défaut, You Shall not Sleep reste néanmoins une bonne surprise.

The Soul Conductor – Ilya Maksimov

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Réalisatrice : Ilya Maksimov
Casting : Aleksandr Robak, Aleksandra Bortich, Evgeniy Tsyganov, Vladimir Yaglych
Origine : Russie
Genre : Mystère, Épouvante-Horreur
Durée : 1h29

La jeune Katya ne connaît pas Bruce Willis, mais voit des fantômes. Elle découvre également que de nombreuses jeunes femmes ont été massacrées. Leur point commun ? plutôt jeunes, et blondes. Tout comme Katya, et donc, comme sa sœur jumelle, Larissa. De plus, Katya est hantée par un souvenir d’enfance mettant en scène un personnage particulièrement démoniaque…

Sur papier, le film fait directement penser à Sixième Sens, avec une petite touche du plus récent Personal Shoper de Olivier Assayas, en raison de la relation que Katya entretient avec sa sœur.

Entre enquête policière, film de fantôme et exploration du mental, The Soul Conductor parcourt de nombreux thèmes et passent d’un style à l’autre en un clin d’œil. Un soin particulier semble avoir été accordé aux visuels qui sont de plus bel effet. Les liens qu’entretient Katya avec ses « visions », qui ne sont autres que des fantômes égarés dont la mission sur Terre n’est pas achevée, est également très intéressante. Le personnage de Katya, aux multiples facettes et qui soulèvera des questionnements, de la part du spectateur, tout au long du film, est également original et interprété par une très convaincante
En conjuguant le surnaturel et l’inconscient, l’ambiance générale du film est une réussite. Aleksandra Bortich. Malheureusement, la multitude de rebondissements et de vrais-faux twists entraînent toutefois le film dans une grande confusion dommageable.

Anne-Laure
Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation. Les découvertes, leur transmission et leur partage m'intéressent plus que tout et j'aime me dire que je peux y contribuer.

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