Marlina, la Tueuse en quatre actes

 

Date de sortie 8 mars 2018 (1h33)

De Mouly Surya

Avec Marsha Timothy et Yoga Pratama

Genres Drame et Thriller

Nationalité Indonésien

Musique Yudhi Arfani, Zeke Khaseli

 

Synopsis

« Au cœur des collines reculées d’une île indonésienne, Marlina, une jeune veuve, vit seule. Un jour, surgit un gang venu pour l’attaquer, la violer et la dépouiller de son bétail. Pour se défendre, elle tue plusieurs de ces hommes, dont leur chef. Décidée à obtenir justice, elle s’engage dans un voyage vers sa propre émancipation. Mais le chemin est long, surtout quand un fantôme sans tête vous poursuit. »

 

Mélange de genres

Dès la lecture du synopsis, l’on comprend que « Marlina, la tueuse en 4 actes », troisième film de la réalisatrice Mouly Surya, se présente comme une œuvre particulièrement originale ; mélangeant les genres, puisant ses inspirations dans différentes sources, de manière tout aussi audacieuse qu’efficace.

En ce qui concerne la trame principale, « Marlina » pourrait facilement, si l’on n’y prête pas suffisamment d’attention, être rangé dans la case unique et bien définie de « film de vengeance » (aux côtés, par ailleurs, du récent « Revenge » de Coralie Fargeat). Toutefois, d’autres éléments s’y ajoutent, le rendant encore plus riche et inclassable. L’on sent notamment une influence des Westerns mais également du cinéma japonais, et plus particulièrement des films de sabre. A cela s’additionne un côté « dramatique », faisant une sorte « d’état du monde ». Celui-ci démontre les relations entre femmes et hommes, et l’entraide entre femmes. Chaque personnage féminin, de la plus jeune à la plus âgée, est un personnage fort. A ce sujet, le film peut indéniablement être qualifié de féministe.

 

Quête vengeresse

Comme l’indique justement le titre, le récit se divise en quatre parties, quatre étapes de la quête de Marlina. Ainsi, le film s’ouvre sur des vues de paysages, aussi beaux que désertiques. Lesquels, couplés à la musique, vraisemblablement inspirée de Morricone, rappellent aussitôt le western bien que l’action se déroule sur une petite île indonésienne.

Une veuve, seule, dans une maison perdue dans ces paysages désolés. Demeure peu lumineuse qui se transformera bientôt en scène de huis-clos étouffant d’une vingtaine de minutes, en opposition avec l’étendue immense des terrains environnants. S’ensuit, à travers ces mêmes paysages mystérieux, baignés de soleil éclatant, et à dos de cheval, le « Voyage » de Marlina. Périple parsemé de rencontres diverses, plus ou moins joyeuses et bienvenues, et qui, au-delà de nous relater son combat, nous en apprendra (un peu) plus sur son passé et sur la vie sur cette île.

 

Mélange de contrastes

Visuellement, le film joue de contrastes : contraste entre les espaces clos et les espaces ouverts, contrastes entre les couleurs vives des vêtements des personnages qui se détachent des paysages désertiques et secs. Ces derniers opèrent comme des symboles de vie (colorée, saturée) par opposition aux paysages « ternes », mornes, des déserts, symbole de mort.

Ces contrastes ne sont toutefois pas uniquement visuels. En effet, l’on en décèle aussi clairement entre les relations et les places que « devraient » occuper femmes et homme, de même qu’entre leurs conversations. Plus particulièrement encore, une opposition se joue entre l’attitude des personnages et les actions qu’ils entreprennent. Aussi, Marlina semblera calme, mais n’en est pas moins consciente tout autant que déterminée à se venger et à obtenir justice.

 

Un regret toutefois serait le manque de développement de la plupart de personnages, et ce, bien que les acteurs soient tous convaincants. En effet, le film parait davantage être une forme de « conte » ou de « fable », avec des personnages assez peu caractérisés. Ils fonctionnent principalement office de « figures symboliques » plutôt que comme des individus clairement définis et uniques. L’on peut comprendre ce choix, les personnages ont peu de passé, et cela importe peu, il ne s’agit pas du point central. Toutefois, par moment, l’on aurait aimé en savoir plus.

Pour son esthétique très travaillée et particulièrement réussie, son mélange de genres et ses personnages forts, Marlina est néanmoins une excellente découverte et un film qui mériterait d’être vu, et Mouly Surya une réalisatrice, prometteuse, à suivre.

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