Kim Kong

Pays : France
Année : 2017
Casting : Jonathan Lambert, Frédéric Chau, Audrey Giacomini,…

Alors que cela fait déjà quelques temps qu’elle a été diffusée sur Arte, nous vous proposons de revenir sur la mini-série en trois épisodes « Kim Kong ».

Mathieu Stannis est ce que certains appellent un Yes Man. Alors qu’il est en train de tourner la énième suite d’une saga de série B, il se fait kidnapper par les dirigeants d’une dictature. Leur chef suprême veut en effet qu’il réalise sa version de « King Kong » avec la défense des valeurs communistes.

Tourner un film a souvent été décrit comme une guerre par les réalisateurs. Quand les conditions sont difficiles, on assiste souvent à une bataille armée entre le metteur en scène et les problèmes auxquels il pourrait faire face. Mais il existe aussi des œuvres de commande où l’entente est en apparence plus cordiale. Mathieu Stannis est le symbole de ces metteurs en scène correspondant aux attentes de leurs producteurs. La colère et la fatigue qu’il exprime face à la production qu’il tourne sonne comme la déception d’une filmographie moins personnelle qu’il ne l’espérait. Sa confrontation avec cette dictature se ressent alors face aux obligations d’un système de production à la puissance destructrice.

Il y a un humour de décalage assez amusant entre Stannis et cette dictature qu’il est dur de ne pas assimiler à la Corée du Nord. Même s’il aurait eu besoin d’un peu plus de mordant ou d’absurdité, l’aspect comique fonctionne assez pour tenir le rythme durant ses trois épisodes. Le côté grinçant du héros finissant par accepter son rôle devient presque touchant et provoque quelques sourires, notamment grâce à l’interprétation de Jonathan Lambert. Il y a quelque chose dans son interprétation qui fait disparaître son côté rebuté. Au final, on s’attache à cet homme récupérant sa patte artistique et cherchant à se réapproprier sa commande pour lui faire dépasser le moule dans lequel son commanditaire veut le renfermer.

Et là, on touche à une vérité générale mais pourtant oubliée : le cinéma peut constituer une arme politique. Voir le Chef Suprême tenter de faire passer ses valeurs à l’étranger par le biais d’un film est pertinent actuellement au vu des critiques faites à certaines œuvres d’être de la propagande pure. Il y a également un rappel qu’un long-métrage ne peut se simplifier à une lecture basique. Quand (héros) recommande quelques changements afin de faire passer le message en arrière-plan, cela sonne comme une critique de certains avis s’appuyant sur une vision au premier degré de certains récits sans chercher à gratter les couches scénaristiques derrière. Les films sont donc des armes idéologiques comme d’autres domaines artistiques et ignorer les thématiques inhérentes à une œuvre s’avère contre-productif lorsqu’on en fait une analyse critique.

« Kim Kong » constitue en cela une série assez attirante qui mérite un visionnage en une fois. Avec son rythme, son personnage principal et son œil par moment acéré mais également attendri sur la création filmique, elle s’avère d’une qualité assez remarquable. Si vous avez donc l’occasion d’y jeter un œil, n’hésitez pas avant que la Corée du Nord ne kidnappe Luc Besson pour se réapproprier Godzilla…

Liam Debruel
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Laisser un commentaire