Le portrait de Jennie de William Dieterle

Pays : États-Unis
Année : 1948
Casting : Jennifer Jones, Joseph Cotten, Ethel Barrymore, …

Sorti il y a un moment chez Carlotta, « Le portrait de Jennie » fait partie de ces longs-métrages qui mériteraient d’être mis un peu plus en avant.

Eben Adams est un peintre sans le sou en quête d’une œuvre qui témoignerait de son talent. C’est alors qu’il rencontre Jennie…

Le temps est le plus grand mal de l’être humain. Qu’importe notre talent, notre bonté, notre richesse, le temps joue toujours contre nous. C’est sans doute pour cela que maints artistes ont voulu l’appréhender et chercher à le contrôler par le biais de la fiction. Ici, William Dieterle semble au contraire faire face à l’impossibilité pour nous de l’appréhender en jouant sur une romance extrêmement touchante. Cela est en partie dû à l’alchimie entre son duo d’acteurs, Joseph Cotten et Jennifer Jones, formant un couple à la sincérité émouvante, en particulier dans le cas de l’actrice. Là où on aurait pu craindre un surplus de naïveté pouvant écœurer, elle livre une partition au premier degré attachante rendant le problème de ce couple encore plus déchirant. On notera que les seconds rôles apportent ce qu’il faut d’investissement pour susciter l’amusement et l’intérêt durant leurs quelques apparitions. En cela, les moments d’humour font mouche et tiennent encore 70 ans après la sortie.

Mais que cela n’empêche pas de profiter des questionnements au cœur même du récit. Tout d’abord artistique, questionnant le rapport entre le créateur et l’inspiration. Le fait qu’Eben peigne au départ des décors alors que certains plans d’ensemble se retrouvent «projetés» sur de la toile ne semble pas être un hasard. Le cinéma ne consiste-t-il pas en la projection d’une réalité fictionnelle sur un tissu blanc, page blanche où les metteurs en scène peuvent partager leur vision ? Le lien entre Eben et sa muse devient alors une interrogation sur la manière de retranscrire son inspiration, son amour de l’art, au grand public. Face aux doutes sur la réalité de Jennie, le peintre répète en permanence sa croyance, ce que soulignera un personnage à la fin. Qu’importe la réalité de ce que l’on crée, pourvu que l’artiste y croie du plus profond de son âme.

Revenons à la nature temporelle de la romance. Basculant le tout dans la fiction assumée, elle transforme le film en œuvre fantasmagorique, en particulier dans un climax émotionnel embrasant sa nature onirique. L’histoire d’amour simplette auxquels s’attendront certains cache un réel nœud sentimental abordé sans fard. Le temps devient un bourreau des cœurs et des sentiments, de celui que l’on aimerait oublier l’existence pour mieux profiter du bonheur. C’est pourtant en étant mis face à sa cruauté que l’être humain peut continuer à vivre, en sachant que rien n’est éternel, ce qui fait le drame et la beauté.

Ironique de dire cela de ce film au vu de sa splendeur intemporelle, bien transmise dans cette édition de Carlotta. Tout ce qui rend ce mélodrame passionnant et magnifique ne prend pas une ride, que ce soit sur le Blu-Ray ou le DVD, rendant l’achat obligatoire, malgré des suppléments constitués seulement d’une bande-annonce.

Tragique quand il aborde l’inéluctabilité du temps, chaleureux par sa romance, « Le portrait de Jennie » fait partie de ces films que l’on ne fait plus et devrait toucher n’importe quel cinéphage par sa beauté à tous les niveaux. C’est un bonheur et un déchirement auquel nous assistons, ce qui résume au final assez bien le contenu de nos destins respectifs…

Liam Debruel
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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