Stoker de Park Chan-Wook

Pays : États-Unis
Année : 2013
Casting : Mia Wasikowska, Matthew Goode, Nicola Kidman, …

Quand le metteur en scène sud coréen s’attaque pour son premier film américain à un thriller hitchcockien, cela donne « Stoker », et il faut avouer que le résultat est particulier.

Alors que son père vient de décéder mystérieusement, la jeune India rencontre pour la première fois son oncle, un homme mystérieux qui la tiraillera entre crainte et attirance…

Sans même avoir à entendre les déclarations de Park Chan-Wook et du scénariste Wentworth Miller, on comprend directement que « Stoker » a été inspiré par Alfred Hitchcock. Il y a ainsi cette rigueur dans la création de ses plans, chacun d’entre eux exprimant une idée avec un travail digne d’un tableau de maître (appuyé par une photographie remarquable). On retrouve également un aspect vénéneux dans ce récit, une forme de sexualité qui ne s’exprime pas directement mais se comprend facilement (la scène du piano). La présence de Nicole Kidman ajoute également une blonde au charme dangereux dans l’équation, sauf que celle-ci va dévier. En effet, Chan-Wook ne va pas offrir un simple copier-coller de l’oeuvre du grand Alfred. Il va au contraire dévier ses codes pour faire quelque chose de plus intriguant encore. Voilà qui aurait fait plaisir au maître : au lieu de faire du clin d’oeil à vide, l’hommage se fait en détournant son langage cinématographique, comme Hitchcock s’est amusé à le faire au fur et à mesure de sa carrière.

Le magnétisme étrange que ressent India face à son oncle se trouve ressenti par l’interprétation offerte par Matthew Goode, sorte de boogeyman usant de son charme pour arriver à ses fins. Ce mélange entre l’attirance qu’il provoque et la violence dont il use est à l’image même de la mise en scène du film. Sans basculer dans une forme graphique repoussante, Chan-Wook filme ses meurtres et autres instants « chocs » avec une grâce presque contemplative correspondant à la tonalité du film, mais plus encore à la vision du monde d’India. La fascination qu’il génère se transmet donc de l’intradiégétique vers l’extradiégétique. Dans une interview à Mad Movies, le réalisateur sud-coréen exprimait sa volonté d’offrir une oeuvre que sa fille adolescente pourrait voir. On comprend alors son attirance pour le scénario de Wentworth Miller, raconté presque exclusivement du point de vue d’India.

L’oncle incarné par Matthew Goode forme le haut du triangle relationnel du film, fruit de l’attirance entre India et sa mère (à laquelle Nicole Kidman offre une prestation coincée qui lui sied à merveille). Cette forme triangulaire apporte un côté sulfureux au récit ainsi qu’une sensation de malaise de par l’attraction commune exprimée par les deux femmes. La prestation de chacun donne souvent l’impression que le film va passer dans le fantastique pur, appuyé par quelques théories sur la nature vampirique de certains personnages (il suffit de jeter un coup d’oeil à certains détails que nous ne vous dévoilerons pas, certains sur Internet l’ayant fait avant nous et avec plus de précision). Encore une fois, cette théorie n’est que point de vue de par les sensations que provoque « Stoker », sublimant ce qui ne peut l’être moralement et nous offrant les mêmes interrogations éthiques que son héroïne.

C’est par son ambiguïté que « Stoker » continue à nous intriguer longuement, conscient d’offrir à son public une oeuvre sentant le souffre moralement et se présentant avec un aspect visuel aguicheur pour mieux nous happer. Hitchcock aurait été fier de voir ce que Park Chan-Wook a offert au cinéma américain pour sa première oeuvre en langue anglaise : un film passionnant, sulfureux et énigmatique qui marque longtemps au fer rouge son spectateur…

Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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