Le Cercle – The Ring : une initiation au genre réussie pour Verbinski ?

De James Wan avec « Conjuring 2 », à Robert Eggers avec « The Witch », en passant par Fede Alvarez, l’année 2016 avait eu le mérite d’engendrer un bon nombre de satisfactions chez les amateurs du cinéma d’horreur. Alors que le très prometteur « Grave » de Julia Ducournau n’arrive qu’en mars, « A cure for life » débarque sur nos écrans en ce mercredi 15 février. Cela constitue un retour aux sources pour Gore Verbinski, jusqu’alors disparu des radars depuis sa déconvenue Lone Ranger. Aux allures de « Shutter Island » et à l’esthétique apparemment délicieuse, ce thriller horrifique germano-américain dispose d’une myriade d’arguments pour vous faire succomber. Mais avant de se ruer en salles, il ne serait pas impertinent de voir ensemble ce que vaut « The Ring », premier exercice du genre de la part du cinéaste américain.

 

C’est après que sa nièce ait été retrouvée morte dans sa maison que Rachel Keller, une journaliste de Seattle, va, à la demande de sa sœur, enquêter et essayer de comprendre ce mystère inexplicable par les sciences. Tandis que certains évoquent l’existence d’une cassette qui tue ses visionneurs, Rachel va prendre cette piste au sérieux et va finir par prendre possession de l’objet en question, par le visionner et par en saisir la véracité. Cette affaire n’est plus seulement journalistique pour notre protagoniste mais bel et bien une question de vie. Sept jours, c’est le temps qu’il lui reste pour remonter aux origines de cette malédiction et pour déjouer cette boucle temporelle : le cercle.

 

 

Qui dit remake dit forcément repompage outrancier ? Le début du film ne semble pas nous prouver le contraire. En effet, il a été ici longtemps question de restituer l’histoire d’Hiroshi Takahashi (elle-même adaptée du roman de Kōji Suzuki) telle qu’elle et plan par plan. Fort heureusement, le reste du film va s’ouvrir sur d’autres pistes scénaristiques sans pour autant faire valser la trame principale et son dénouement. La fidélité, c’est un terme qu’il conviendrait d’utiliser ; une fidélité avant tout narrative : une exposition efficace suivie des sept actes (dont la pertinence est variable) représentant les sept jours de survie. Mais cette fidélité est aussi conceptuelle : bien qu’un peu plus explicite que celle du film d’Hideo Nakata, l’intrigue réside toujours sur les non-dits, matière première d’une quête mystique tout en suspens qui ne cède pas à l’horreur trash mais qui entretient les codes « thrillerifiques » du film japonais.

La fidélité, c’est un terme qu’il conviendrait d’utiliser ; une fidélité avant tout narrative mais aussi conceptuelle.

Se rejoignant conceptuellement, ils se dichotomisent sur la forme : le remake se veut davantage dans la veine d’un blockbuster, alternant scènes chocs et progressions diégétiques un brin plus réalistes là où « Ring » restait avant tout un film d’ambiance, oppressant à souhait. « The Ring » deuxième du nom manque de régularité et peine à rester haletant durant les deux heures de visionnage. La tension résiduelle qu’avait su instaurer Nakata n’est pas abandonnée mais ici présente à moindre mesure.

La tension résiduelle qu’avait su instaurer Hideo Nakata n’est pas abandonnée mais ici présente à moindre mesure.

Sans faire preuve d’un renouveau artistique quelconque, Verbinski se distingue par une certaine maîtrise de sa réalisation. Il dégage une sérénité et une puissance esthétique assez impressionnante. Mélangeant séquences iconiques et transitions symboliques, il créé un ensemble qui interpelle et qui rend d’autant plus accrocheur son métrage. Son travail des nuances verdâtres demeure remarquable et sa coordination avec son chef opérateur est excellente, à tel point qu’elle donne lieu à des plans  jouant sur des contrastes d’états entre l’humidité naturelle de Washington et l’aridité de Los Angeles, entre la clarté de notre monde et la noirceur des ténèbres, mais aussi à des plans jouant sur des contrastes plus explicites, entre les couloirs albâtres et la noirceur de l’aquosité du puis, hanté par un enfant aussi bien martyrisé que martyrisant. Il y a aussi tout un jeu sur la forme circulaire en rapport direct avec la progression narrative, largement de quoi occuper les esprits analytiques. Ainsi par sa mise en scène aboutie, le cinéaste arrive à garder en éveil le spectateur et à éviter de succomber au piège de la mise en scène trop contemplative, donnant alors à son film un aspect soporifique.

Gore Verbinski dégage une sérénité et une puissance esthétique assez impressionnante.

« The Ring » est, en soi, un thriller horrifique classique qui n’échappe guère aux facilités et aux incohérences du genre mais qui a su reprendre avec efficacité cette légende urbaine et la transcrire élégamment à l’écran pour, au final, proposer un alter ego américain certes irrégulier mais globalement honnête. 12,25/20

Maxime Boess

Je m'appelle Maxime, je suis âgé de 18 ans et j'étudie actuellement les humanités à l'unité de formation et de recherche en sciences humaines et sociales de Metz. Je suis quelqu'un de curieux mais surtout de profondément passionné par la vie et par toutes les choses si fascinantes qui la constituent. Ici, il sera question de parler principalement 7ème art. Je ne suis pas si expérimenté, je ne suis pas non plus un néophyte, je suis un cinéphile, tout simplement.

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