- Titre original : Akira

- Date de sortie en salles : 8 mai 1991 avec Forum distribution
- Réalisation : Katsuhiro Ōtomo
- Distribution : Les voix en VO de Mitsuo Iwata & Nosomu Sasaki ; Alexandre Gillet & Mathias Kozlowski en VF
- Scénario : Izô Hashimoto & Katsuhiro Ōtomo d’après son propre manga
- Photographie : Katsuji Mizawa
- Musique : Shoji Yamashiro
- Support : Blu-ray Dybex (2014) region B en 1.85:1 / 124 min
RÉSUMÉ : 2019. Néo-Tokyo, 31 ans après la Troisième Guerre mondiale.
Kaneda est le leader d’un gang de motards tentant de survivre dans une métropole rongée par le doute, la corruption et les tensions politiques. Son ami Tetsuo, un adolescent ayant vécu une enfance difficile, se retrouve victime d’expériences visant à développer les capacités psychiques qui dorment en chacun de nous. Ainsi doté d’une puissance que lui-même ne peut imaginer, Tetsuo décide de partir en guerre contre le monde qui l’a opprimé. Dès lors, il se retrouve au cœur d’une légende populaire qui annonce le retour prochain d’Akira, un enfant aux pouvoirs extraordinaires censé délivrer Tokyo du chaos – mais qui a également rayé l’ancienne Tokyo de la carte…

Akira est manifestement une œuvre à part, qui a su conserver un étonnant pouvoir de fascination malgré ses trois décennies.
Si l’on considère le film en lui-même, il s’agit d’un long-métrage visiblement pas abouti, à l’intrigue nébuleuse mêlant politique et science expérimentale, où les révolutionnaires sont guidés en sous-main par des dirigeants véreux et opportunistes. Son script est fondé sur une bande dessinée ambitieuse et nettement plus complexe, qui mêle des concepts post-apocalyptiques (l’action se situe après la reconstruction de la mégapole de Tokyo après un conflit mondial) à une imagerie cyberpunk. Une production typiquement nippone, qui pioche un peu partout dans les genres et sous-genres de la science-fiction.

Dans ce Néo-Tokyo post-nucléaire où les bandes de motards s’adonnent à des courses-poursuites mortelles, chaque nuit, pour tromper l’ennui que leur procure leur existence, l’un d’entre eux, Tetsuo, se retrouve face à un individu étrange doté de pouvoirs inexplicables. Ils sont alors tous deux emmenés par une faction militaire sans que Kaneda, l’ami d’enfance de Tetsuo, puisse intervenir. Ce dernier sera alors soumis à des expériences liées à un cataclysme ayant détruit la majeure partie de la cité en 1988 : il s’agirait de reproduire cette réalisation, tout en maîtrisant l’énergie fabuleuse qu’elle dégage. Le nom de code du projet est : « Akira ». Mais qu’est, ou qui est, Akira ?
En suivant les tribulations de la bande de Kaneda, puis les actions de révolutionnaires illuminés cherchant à provoquer les forces de police et en même temps à libérer ceux qui seraient détenus par les scientifiques, on assiste en parallèle à la montée en puissance du pouvoir que possède désormais Tetsuo (mais était-il à l’état latent en lui ? Est-ce le contact avec Takashi qui l’a activé ? Ou plutôt les drogues administrées par les savants à la Frankenstein qui le surveillent nuit et jour ?).

Bientôt, la loi martiale est instaurée : Tetsuo a réussi à s’échapper en déployant une puissance inimaginable. Il doit être arrêté à tout prix avant que l’impensable ne survienne. Kaneda pense alors être le seul à pouvoir le faire…
Le design du long-métrage, malgré le poids des ans, reste génial (la moto de Kaneda aux « deux roues motrices et double rotor en céramique » possède un pouvoir de fascination intact) et on se surprend à retrouver de nombreuses références à la SF des années 70, tendance nihiliste. Tout est corrompu et ceux qui s’en rendent compte n’ont d’autre choix que de chercher à tout nettoyer par le vide. Au milieu de tout ça, quelques individus se battent pour une cause fondée sur des idéaux irréalisables, ou, simplement, juste pour sauver un ami.

Le final apocalyptique trahit les défauts de l’histoire (qui ne reprend en fait que le début du manga, soit environ un tome et demi) et souligne sa confusion. Toutefois, il se trouve empreint d’une poésie surprenante, presque mélancolique : il n’en rend le film que plus saisissant encore, plongeant dans la psyché des protagonistes alors que s’annonce une nouvelle ère. Les dernières lignes de dialogue sont d’une puissance évocatrice phénoménale, hissant le film dans un contexte méta passionnant.
En condensant un scénario trop riche pour tenir sur deux heures, Ōtomo a signé une œuvre majeure, un peu bancale, mais terriblement séduisante, tant par la beauté des graphismes que par la force du message. La bande sonore, bâtie essentiellement sur des percussions, est stupéfiante : elle aussi a su traverser le temps et les décennies en conservant son aura intacte. La bande-annonce, visible en fin d’article, prouve qu’elle peut à elle seule insuffler la dynamique nécessaire aux images échevelées qui l’accompagnent.

La VF du DVD, comme celle du blu-ray, dispose d’un son de bonne tenue mais moins percutant que la version anglaise, au vocabulaire plus outrancier. Les dialogues ressortent très clairement grâce à un excellent mixage. Le doublage est satisfaisant mais parfois – sur le DVD zone 2 – en léger décalage par rapport aux expressions faciales des personnages – et bien entendu, légèrement censuré. Cependant, certaines erreurs inhérentes au premier doublage ont été corrigées avec plus ou moins de bonheur dans la nouvelle édition de 2011.

Les couleurs sont agréables mais manquent de tonus sur le DVD, la différence avec le blu-ray est très visible qui offre une palette largement supérieure, procurant une sensation de malaise dans les séquences où se déchaînent les pouvoirs psi – et exacerbant le caractère répugnant des mutations accélérées.
Akira, un chef d’oeuvre dont le caractère inachevé accentue encore l’étrangeté fascinante.

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