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Marie Noel Barnier

Marie Noel Barnier
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Loveable de Lilja Ingolfsdottir [La critique du film]

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  Date de sortie 18 juin 2025 Durée 01:41 Réalisateur Lilja Ingolfsdottir Acteurs principaux Helga Guren, Oddgeir Thune, Marte Magnusdotter Solem, Elisabeth Sand, Heidi Gjermundsen Broch Genre Drame Nationalité Norvégien Scénariste Lilja Ingolfsdottir Distribution Jour2fête

  Synopsis

Maria et Sigmund se croisent de fête en fête avant de se rendre à l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre ! Une passion fusionnelle et quelques années plus tard, Maria jongle désormais entre une vie domestique avec quatre enfants et une carrière exigeante. Sigmund, lui, voyage de plus en plus pour son travail mais un soir, il annonce qu’il veut divorcer…

 

Chef monteuse, chef costumière, chef décoratrice, Lilja Ingolfsdottir signe avec Loveable son premier film en tant que réalisatrice.

Six ans pour trouver le financement … Petit budget oblige, elle doit assurer plusieurs autres postes : le montage, les costumes (les acteurs portent leurs vêtements perso), le décor (tourné chez des amis), mais confie la photo au chef op Øystein Mamen (à retrouver prochainement pour Cuidado con los ninos) et le son à Bror Kristiansen Le titre original est Elskling. Amour en norvégien. Amour c’était déjà pris. Loveable, le titre français, pipe les dés. « Lilja Igolfsdottirr en avait assez des représentations idéalisées des rencontres amoureuses dans la pop culture. Elle a donc décidé d’en prendre le contre-pied (…) » En effet, la rencontre amoureuse n’est pas idéale puisque c’est un coup de foudre unilatéral … Maria flashe sur Sigmund qui ne la calcule pas. Elle s’obstine, s’acharne, le traque pendant des semaines et bingo finit par l’avoir. Il se laisse faire. Elle est légère et gaie, aimable a priori, il se love dans son moule, s’y colle et aime tout de suite les deux enfants qu’elle a d’une union précédente. Le bonheur.

Sept ans plus tard, rien ne va plus. On retrouve Maria à la caisse d’une superette, épuisée, flanquée de deux nouveaux enfants, ceux qu’elle a eus avec Sigmund, jeunes donc et ingérables (Caroline Goldman est traduite en Norvège ?), sa carte de crédit qui ne passe pas, une autre qui ne passe pas non plus. C’est chaud ! Obligée d’appeler Sigmund pour lui demander un virement pour pouvoir sortir de là.

Maria semble être devenue une autre femme, dépassée par la charge familiale, dans une situation financière tendue, les nerfs à vif, éreintée, négligée. Le cadre est posé. Et il est où son Sigmund ? Parti. Six semaines absent, toujours musicos comme quand il se sont connus et qu’il lui chantait des airs sans doute, parti en tournée. Pas fou, Sfsdottirigmund, il n’a rien lâché, il n’a pas renoncé à sa vie, à son identité, il n’a pas fait la concession d’abandonner sa passion, tant mieux mais ils avaient convenu qu’il ne voyagerait plus … Non ?

Maria, elle, s’est mise entre parenthèses. On observe que c’est monnaie courante : la femme renonce à beaucoup, l’homme renonce à moins. Tant que ça tient. Quand Sigmund rentre au bercail, la bouche en cœur, le torchon brûle. Maria essaie de prendre sur elle, de se raisonner mais elle est au bord de la crise de nerfs, fatiguée, triste au fond de ne pas s’en sortir sans lui, de devoir s’en sortir sans lui, qu’il la laisse s’en sortir sans lui. La gestion des enfants, à la maison, à l’école … elle est désespérée de ne plus pouvoir penser à ses projets professionnels. C’était son tour pourtant mais il a repris un contrat, alors … il ne voit pas comme elle patauge ?

Elle se rebelle (et Sigmund l’enregistre à son insu, au cas où !) Elle lui demande comment il imagine la suite. Il se tait et finit par répondre par sms. Courageux, son Sigmund ! Grande classe ! Elle part, il ne la retient pas. Elle s’enfonce, le menace, lui en veut de ne pas la retenir et lui en veut encore de l’encourager à rentrer. Et d’accord, il lui laisse les enfants ! Tu m’étonnes … Il a compris ce que c’était de s’en occuper H24 ! C’est autre chose que de donner un coup de main quand il a le temps et qu’il est là, surtout.

L’histoire est à charge : c’est Maria le problème. C’est le problème. Maria avait toutes les raisons de se mettre dans un tel pétrin. Marquée par son histoire, même « à vide », sans mari ni enfants, elle était déjà bien chargée. C’est ce qu’on comprend dans les scènes, tellement caricaturales, avec sa mère. Le thé, la boite, l’autre thé, l’autre boîte, son image dans les yeux de sa mère … Maria est en colère depuis toujours. OK on a saisi : il faut qu’elle fasse un bon nettoyage, qu’elle se pose les bonnes questions, qu’elle s’aime pour pouvoir être aimable. Et qu’elle arrête son cirque.

Ni une ni deux, un bon coup de psy, faire son mea culpa, s’explorer et se repasser les scènes clés de sa vie conjugale, se regarder dans une glace et se dire les mots bleus, les mots qui vont guérir son âme, et finir par se déclarer aimable. Tu verras Maria, si tu t’aimes, tu seras aimable. Si tu dis à ta fille que tu la comprends et que tu acceptes qu’elle te traite comme un chien, miracle, en deux deux, elle te serrera dans ses bras. A l’échelle du film, la thérapie est quand même rudement vite efficace … Sigmund part quand même mais Maria sait pourquoi et l’accepte, convaincue qu’elle l’a cherché et que la balle est bien dans son camp.

Insupportable. Quid de Sigmund et de sa propension à la passivité, de son incapacité à regarder les choses en face, de sa faculté à fuir, à quitter les lieux, sans cesse. Même dans la dernière scène : pas même la courtoisie de prendre le temps de boire un café avec elle. Il se lève et part. Autre chose de mieux à faire. Ce n’est pas à lui qu’il faut tendre la main. Lui ne lui tendra pas la sienne. Il ne faut pas vouloir changer les gens. Travail soigné pour ce film modeste qui raconte un amour, ordinaire, hélas.

       

Miroirs N°03 de Christian Petzold [La critique du film]

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Date de sortie 27 août 2025
Durée 01:26
Réalisateur Christian Petzold
Acteurs principaux Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs
Genre Drame
Nationalité Allemand
Scénariste Christian Petzold
Distribution Les Films du Losange

 






Synopsis
Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.


Distingué à Cannes, couvert d’éloges, des critiques dithyrambiques depuis sa sortie le 27 août … Miroirs n° 3 ne m’a vraiment pas enthousiasmée. C’est clair, je suis passée à côté. C’est la 4ᵉ fois que Christian Petzold fait tourner Paula Beer et la 7ᵉ pour Barbara AuerMiroirs No. 3 est son 19ᵉ long métrage et on entendra à trois reprises l’œuvre de Ravel « Miroirs n°3. Une barque sur l’océan ».


Toute l’œuvre de Christian Petzold est traversée par la sensibilité des thèmes évoqués, le poids du passé, la présence obsédante de la mort, les familles brisées, le deuil, la renaissance.
Tout ça, tout ça et le sentiment pour moi d’avoir été cette fois-ci « attendue au tournant », d’être la cible produit. Le réalisateur exploite-t-il tout simplement le filon, victime du « syndrome Mouret » ?


« Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone ». Ici c’est presque ça. Les sanglots longs du piano de la fin de l’été blessent son cœur (celui de Laura) d’une langueur monotone et sauf à céder à ce qui est de « bon ton », la langueur poseuse du film est, elle, vite exaspérante. Le scénario est bien mince et les dialogues itou, et même en s’efforçant à vouloir lire sur les visages douloureux des protagonistes les lignes du récit, on ne peut s’empêcher de trouver que la sauce est diluée, la soupe trop claire.


Quant au secret … dès le début du film, un lapsus en révèle la teneur. Après ça, la messe est dite ! Reste une bonne heure à tirer. La mort borde les chemin de Laura dès le début avec le nautonier, tout en noir, passant devant elle sur la Spree, et puis avec Betty, sur sa droite, toute de noir vêtue, une inconnue à ce stade du récit, quand elle passe devant dans la voiture rouge. Laura prépare son concours, elle doute, s’inquiète. Elle se force à accompagner son copain qui n’est plus beaucoup son amoureux, pour un week-end à la campagne. Et c’est l’accident. Dommage. Fallait pas y aller. Laura n’a pas de chagrin. C’est une petite jeune femme qui ne s’intéresse qu’à elle-même, n’éprouve aucune empathie ni pour Betty, ni pour personne, ne voit rien.


Avec des moyens des plus minimalistes, une mise en scène sommaire, Christian Petzold cherche sans doute à reproduire la sensation d’apesanteur, de flottement qui règne dans l’esprit de Betty et dans celui de Laura. On le voit venir. C’est lourd. Pas du lourd. Lourd. Dommage. Que le personnage principal s’appelle Laura ne suffit pas à faire entrer en zone de mystère, de rêve et de fantôme. Le puzzle est trop facile à reconstituer et c’est ce qui laisse perplexe.
C.Petzold ici m’a échappé.

 

 

 

 

 

La Pie voleuse de Robert Guédiguian [La critique du film]

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Date de sortie 29/01/25
Durée (01:41)
Genre Drame
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Grégoire Lerince-Ringuet, Robinson Stevenin, Marilou Ausilloux, Lola Naymark
Réalisé par Robert Guédiguian
Naionalité France
Musique Michel Petroussian

Disponible en VOD

 

Synopsis


Maria n’est plus toute jeune et aide des personnes plus âgées qu’elle. Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous ces braves gens dont elle s’occupe avec une dévotion extrême… et qui, pour cela, l’adorent… Pourtant une plainte pour abus de faiblesse conduira Maria en garde à vue…

Dans la lumière de l’Estaque, Marseille 16ème, qui frappe en plein cœur, comme il est doux de savourer la fuite tranquille de Maria vers un bonheur réinventé.
Comme dans un écrin, les thèmes chers à Robert Guédiguian sont ici réunis : la famille, la transmission, le partage, les rapports transgénérationnels, la littérature, l’engagement, l’amour.
L’amour coup de foudre, Laurent et Jennifer, l’amour patient, Mr Moreau et Maria, Mr Moreau et son fils, l’amour qui dure, Maria et Bruno, l’amour résolu et infaillible, celui du vieux monsieur qui chérit son épouse (et l’accompagne chez Plauchut « la bonne pâtisserie », Marseille 1er, quartier des Réformés) même s’il sait que c’est André, son 1er fiancé jamais revenu de la guerre, qu’elle attendra toujours. cf le regard perdu de cette femme devant le tramway dont « il » n’est pas descendu … Et l’amour inconditionnel d’une grand-mère pour son petit-fils (Maria et Nicolas)


Dans cette histoire où chacun cherche son bonheur ou des raisons de rêver, il s’agit d’aller de l’avant en évitant de se retourner.
« Je n’ai pas envie de penser à ce que ma vie n’a pas été, c’est trop dur », confie Maria à Mr Moreau.
La Pie voleuse est un conte moral traversé par la question du Bien et du Mal, le tout à la sauce Guédiguian, celle qu’on aime. Une invitation à réfléchir.


Avec son appétit de vivre, sa bienveillance, Maria est une pie voleuse, oui, mais une femme épatante, drôle, généreuse qui prend mais donne beaucoup alors pourquoi devrait-elle renoncer à jouir de la vie (elle aime tant les huitres !), de quel droit le lui interdire ?


Jennifer juge sa mère et ses comportements « amoraux », mais succombe à la tentation de tromper son mari, par intérêt peut-être d’abord, summum de l’immoralité, par passion amoureuse ensuite, et de quel droit devrait-on l’en priver ?


De la relation amour-haine entre M. Moreau et son fils naîtra un grand bonheur, celui de la reconnaissance et de la réconciliation qui illuminera leurs jours à venir.
La beauté emboite le pas à la bonté et au pardon en mouvement dans ce très joli film. Et ça fait du bien.


Comme de voir Mr Moreau (J.P. Daroussin particulièrement au top) saisi d’urgence, dévaler, en fauteuil roulant, une route goudronnée jusqu’au commissariat, l’écouter dire d’une voix blanche déchirée, les mots de Victor Hugo, extrait de son poème Les Pauvres gens
(…) Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et sœur des cinq autres.
Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche,
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ?
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.
– Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà! »


Dans ce conte délicat et dramatique, à Marseille la belle, ouverte sur la mer, se retrouve la famille de cinéma de Robert Guédiguian : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Jacques Boudet dans son dernier rôle, Geneviève Mnich, Grégoire Leprince-Ringuet , Robinson Stevenin, Lola Naymark, et une petite nouvelle : Marilou Aussilloux dans le rôle de Jennifer,
Et la bande son, signée Michel Petroussian, tient une place centrale dans le film. Satie, Prokofiev, Schubert, les morceaux de piano solo, au cœur de l’intrigue donnent le ton, insufflent la vie.
Rossini, aussi.
La Pie voleuse, une symphonie de sentiments qui réchauffent.

 

 

 

 

L’Accident de piano de Quentin Dupieux [La critique du film]

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Date de sortie 2 juillet 2025
Durée (1 :28)
Titre original L’Accident de piano
Genre : comédie
Avec : Adèle Exarchopoulos, Jérôme Commandeur,
Sandrine Kiberlain, Karim Leklou

 

 

 

 

Synopsis
Magalie est une star du web hors sol et sans morale qui gagne des fortunes en postant des contenus choc sur les réseaux. Après un accident grave survenu sur le tournage d’une de ses vidéos, Magalie s’isole à la montagne avec Patrick, son assistant personnel, pour faire un break. Une journaliste détenant une information sensible commence à lui faire du chantage… La vie de Magalie bascule.


Mon 1er est scénariste, mon 2ème metteur en scène, mon 3ème chef op, mon 4ème monteur, mon 5ème signe la musique et mon tout est un seul et même individu. Qui suis-je ?
Quentin Dupieux qui livre avec L’Accident de piano son 14ème long métrage. 14 en 18 ans … Moins que Hong Sang-soo mais guère. A part cette « urgence », ce qu’on remarque et apprécie, entre autres, chez les deux c’est la volonté de ne pas verrouiller le sens des scènes, de laisser la place aux personnages pour donner au spectateur la liberté d’ouvrir des portes, de fouiller les interstices, de gratter les croûtes et de choisir de se poster entre réalité et bouffonnerie. Ou de passer son tour.
Avec L’Accident de piano, son 3ème film sur la célébrité après Daaaaaali et Le Deuxième acte, Quentin Dupieux s’intéresse au monde des réseaux sociaux et des influenceurs. Un monde virtuel, aseptisé, éphémère, où le buzz c’est la vie, le nombre de likes jamais suffisant, où la menace des dislikes est obsèdant, où on marche nuit et jour le long de l’oubli. On est loin d’une activité J4F, là c’est du lourd. Magalie/Magaloche (Adèle Exarchopoulos) a fait son beurre et amassé déjà pas mal de pognon. Elle vit dans sa bulle avec son « assistant » Patrick (Jérome Commandeur) corvéable à merci, homme à tout faire, imprésario, secrétaire, infirmier, garde du corps, cantinier même si ses repas se résument à un bol d’une mixture molle et blanche qui ressemble à du yaourt et qu’il agrémente à l’occasion d’un crachat vengeur … Magaloche a l’avantage sur sa race, ceux qui ne ressentent rien, ni sentiment, ni empathie, d’appartenir à celle des nouveaux seigneurs, ceux qui, en plus, ne ressentent aucune douleur. Ayant le privilège d’être atteinte d’ICD (insensibilité congénitale à la douleur), elle peut y aller franco faisant fi du danger, sa constitution robuste lui permettant une réparation fulgurante de son corps martyrisé. Seule la performance l’anime. Bien flippante, Magaloche ! et ce rire …
Mais un beau jour, son inconséquence fait que c’est l’accident, L’Accident de piano et Magaloche bascule dans le monde réel où quand on est mort, on ne se relève jamais, et où on doit répondre de ses actes …

Maquillée de fragilité humaine, appareil dentaire, minerve, bras en écharpe elle essaie de se mettre au vert, s’isoler, se faire oublier quelques temps.
Mission impossible. Harcelée par ses followers, traquée jusque dans sa planque par une journaliste (Sandrine Kiberlain) au langage châtié, tellement ridicule ! (qui parle comme ça, en vrai, c’est gênant), l’étau se resserre et elle a peur.

Instinct de survie, elle dynamite, elle disperse, elle ventile ! Tente même de se suicider, empêchée par deux frères (Karim Leklou et Gabin Visona), total fans, qui, pour un selfie, la poursuivent à mobylette, la traquent, pénètrent dans le chalet, se cachent, sortent des placards …

Quentin Dupieux nous parle de la culture du vide, plantant le décor de ce film virant au noir tendance thriller, dans un paysage de montagne d’un blanc immaculé où Magalie/Magaloche , dans un chalet grand luxe ambiance Anatomie d’une chute, est comme un lion en cage, étouffe, privée de son activité d’artiste. Artistes que Quentin Dupieux, provocateur, égratignent au passage « Je suis une artiste parce que mon activité consiste à faire quelque chose qui ne demande aucun effort »
Les influenceurs, les néo-artistes performers avec leurs corps comme oeuvre d’art, n’utilisant, eux, qu’un seul support : Internet ? Hélas …
Satire noire, fable absurde, L’Accident de piano : un fim percutant et cruel, un morceau de notre époque.
Vue par Quentin Dupieux. Unique et décoiffant !
Et les acteurs sont excellents
A voir

 

 

 

When the light breaks Rúnar Rúnarsson [La critique du film]

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Date de sortie 19 février 2025
Durée (01:20)
Titre original Ljosbrot
Genre Drame
Avec Elin Hall, Mikael Kaaber, Katla Njalsdottir
Réalisé par Runar Runarsson
Naitionalité Islande






Disponible en VOD



Synopsis

Le jour se lève sur une longue journée d’été en Islande. D’un coucher de soleil à l’autre, Una une jeune étudiante en art, rencontre l’amour, l’amitié, le chagrin et la beauté



Rúnar Rúnarsson dédie son film à deux de ses amis disparus tragiquement en 1995 et en 2001.

Una et son ami Diddi sont étudiants à Reykjavik en art de la performance. On verra dans le film certains de ces happenings : le scotch double-face, la chanson à base de pronoms et bien sûr l’envol devant l’église Hallgrimskirkja
When the light breaks capte l’instant où le bonheur vole en éclat, l’instant où commence « l’après ». Continuer à vivre après ? Le sujet c’est plutôt comment continuer à vivre maintenant . « C’est absurde » dit Una qui ne peut pas croire que Diddi, son chéri, ait péri dans l’accident. C’est impossible ! Et pourtant, si, pendant qu’elle dormait, tout avait basculé.


D’un coucher de soleil à un autre, le spectateur est plongé dans le quotidien de cette bande d’amis face à la mort. L’un d’eux le dit : c’est la première fois qu’il perd un être cher à part ses grands-parents, ça c’est normal.
Mais la mort d’un ami, de son âge … Une journée interminable commence. Demain n’y fera rien. Diddi sera toujours mort. Quiconque a connu un tel cauchemar verra dans ce film la justesse du propos de Rúnar Rúnarsson.


Pour eux tous, l’insouciance, c’est fini. Le réalisateur capte avec précision ce traumatisme collectif. Ils se rejoignent, se mêlent, s’amalgament face au malheur qui se propage, font bloc face à l’onde de choc qui leur brise la lumière et les inonde de chagrin.
Una aimait Diddi qui n’aimait plus Karla qui ne le savait pas. Ce secret étouffant en pareille circonstance est magnifiquement illustré dans la séquence où l’héroïne apprend la nouvelle. Dans le hall d’hôpital, la caméra l’enveloppe, va à sa rencontre à contre-courant du reste de la foule, et s’arrête sur son visage. Avec le spectateur, Una fait face à la violence du contrechamp : ses amis enlacés pleurent ensemble l’ami disparu.


Le réalisateur adopte le point de vue d’Una incarnée magnifiquement par la formidable Elín Hall. Du non-dit, qui prend la place des sanglots et empêche d’abord Una d’exprimer sa douleur, de vivre pleinement sa souffrance, nait un échange troublant entre les deux jeunes femmes. L’étau se resserre autour d’elles dans un jeu de miroirs fascinant. De Klara viendra le lâcher prise et fera évoluer leur relation en une sorte d’union. La scène finale les montrera se partager son odeur dans le lit déserté. Les mots sont parfois superflus.


Les scènes poignantes soutenues par la musique du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson (1969-2018) avec le titre « Odi et Amo », qui revient comme une litanie, les plans longs sur les lumières, du tunnel avant l’accident, du soleil se reflétant dans la mer obscure dans la scène finale, les jeux de reflets, de sur-cadrage, nous emportent dans le sillage douloureux de ces jeunes gens marqués par le deuil. Une scène les montre dansant, s’alcoolisant, visionnant des photographies d’avant, comme pour forcer le réconfort dans cette zone intermédiaire entre hier et aujourd’hui.
Comment retrouver du sens face à l’inconcevable, faire barrage au désespoir, tracer son chemin au fil vertigineux de la vie ?
Rúnar Rúnarsson dit : « Le cinéma est riche de trois outils narratifs : les dialogues qui sont écrits, le visuel et l’audio… et il y a tellement de choses que vous pouvez dire avec le son, ou plutôt avec l’absence de son. Avec une expression capturée du bon côté avec la bonne lentille et la bonne lumière. Grâce à tout cela, vous pouvez accomplir beaucoup. C’est ça, le cinéma, c’est précisément ce que j’essaie de faire (…) »
Une direction d’acteurs au cordeau et la magnifique photographie signée Sophia Olsson !
Un très beau film sur l’amour et l’amitié à l’épreuve du deuil.