• Titre original : the Great Dictator
  • Date de sortie en salles :  4 avril 1945 avec United Artists
  • Réalisation : Charlie Chaplin
  • Distribution : Charlie Chaplin, Paulette Goddard & Reginald Gardiner
  • Scénario : Charlie Chaplin
  • Photographie : Karl Struss & Roland Totheroh
  • Musique : Charlie Chaplin & Meredith Wilson
  • Support : Blu-ray MK2 (2011) en 1.33:1 / 125 min
Synopsis :

Dans le ghetto juif vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomania qui a décidé l’extermination du peuple juif et prépare activement l’invasion du pays frontalier. Au cours d’une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz, un farouche adversaire d’Hynkel, évadé d’un camp de concentration…

Hannah et le petit barbier

Voici un authentique chef-d’oeuvre qui continue à fasciner les cinéphiles et à être présenté à l’école. Pourtant, on n’en connaît généralement que certains extraits, alors que le métrage dans son entier mérite largement le détour.

Car c’est un film étonnant, aussi sincère dans sa démarche que déroutant dans sa construction. Chaplin, qui y utilise pour la dernière fois les attributs de son double vagabond (officiellement retiré à la fin des Temps modernes), y a construit une œuvre où le mélange d’émotion et de burlesque caractéristique de la majorité de ses réalisations se trouve soudain perturbé par des préoccupations beaucoup plus évidentes que par le passé. Car il y a investi énormément : du temps, de l’énergie, de la créativité, au point que ses relations humaines en ont pâti (son couple avec Paulette Goddard en souffrira cruellement et ses collaborateurs ont plusieurs fois souligné son intransigeance inhabituelle).

Les deux dictateurs jouant à celui qui a la plus haute.

Commencé en 1937, le tournage a également été perturbé par la menace des studios de refuser d’accorder les fonds – au point que le Président Roosevelt lui-même a dû intervenir. Ces écueils, tant politiques qu’économiques, n’empêcheront pas Chaplin de mettre la touche finale à son œuvre alors que le monde entier découvrait les véritables intentions d’Hitler, cet homme dont Chaplin avait du mal à supporter la ressemblance (ils sont d’ailleurs né à une semaine d’intervalle !).

Et le résultat n’est rien moins qu’admirable. Le premier film intégralement parlant de ce cinéaste de génie (interprète-scénariste & compositeur) suscite le respect tant par son montage (malgré quelques ellipses intempestives dues parfois au fait que le réalisateur s’était passé des script-girls) que par l’interprétation faite de ce dictateur tour à tour pathétique et inquiétant, grandiloquent et lâche. On applaudit le parallèle permanent avec le personnage immédiatement sympathique du barbier juif, héros malgré lui, toujours aussi généreux et sensible mais capable de se révolter, plus déterminé qu’auparavant. On rit devant les bouffonneries de Herring et on s’interroge lorsque l’âme damnée d’Hynkel, Garbitsch, lui murmure la marche à suivre pour étendre sa domination sur la planète.

Le monde à portée de main…

Il y aurait tant à dire sur les enjeux de ce film puissant et prémonitoire, automatiquement propulsé comme classique (Eisenhower s’est empressé de le faire doubler en français pour qu’il soit diffusé au lendemain de la Libération) même si les Italiens durent attendre 2002 pour en voir une version non expurgée des scènes de Napaloni – par respect pour la veuve de Mussolini

Chaplin semble avoir été profondément déçu de ne recevoir aucun des cinq Oscars pour lequel son film avait été nommé. Cependant, nul doute qu’il a dû pousser un soupir de soulagement à la fin du tournage de cette œuvre nécessaire, parfois maladroite mais toujours sincère où le contrepoint du rire n’empêche pas l’amer constat de l’échec de la diplomatie. On n’oubliera plus jamais le plan-séquence fameux chez le barbier (sur du Brahms), la danse avec le globe (qui a fait le tour d’internet) ou l’émouvant et lancinant discours final.


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