• Titre original :  Bu feng zhui ying
  • Date de sortie en salles :  3 décembre 2025 avec Space Odyssey
  • Réalisation : Larry Yang
  • Distribution : CiSha, Jackie Chan, Tony Leung Ka Fai, Wen Junhui & Zhang Zifeng
  • Scénario : Larry Yang d’après le film coréen Eye in the sky
  • Photographie : Tiantian Qian
  • Musique : Nicolas Errèra
  • Support : Blu-ray AB Vidéo (2026) en 2.39:1 / 141 min
Synopsis :

À Macao, un mystérieux mafieux et ses sept fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échecs commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Tout auréolé de nombreux prix glanés dans les festivals asiatiques, the Shadow’s Edge de Larry Yang a fini par sortir en France en décembre 2025, axant sa campagne sur le retour de Jackie Chan essentiellement. Et même si le métrage compte bien d’autres atouts, la présence de cette star incontestable des films d’arts martiaux hong-kongais, grand admirateur de Belmondo, constitue une sorte de plus produit. À plus de 60 ans (il est né en 1954), l’interprète de Rush Hour, Police Story, du Marin des mers de Chine mais également du remake de Karaté Kid ou du plus récent the Foreigner montre qu’il a encore du potentiel – et que les jeunes n’ont qu’à bien se tenir.

Chris Tucker & Jackie Chan dans « Rush Hour 3 ».

C’est d’ailleurs plutôt revigorant de le voir en pleine action quand on sait le nombre incroyable de blessures qu’il a endurées (le bougre ayant accompli la quasi-totalité de ses cascades lui-même). Ceux qui ne le connaîtraient pas peuvent compter sur Internet qui regorge de vidéos de ses exploits ahurissants, ses chutes monumentales et ses cabrioles. Cependant, c’est surtout pour sa maîtrise des arts martiaux qu’il est connu, arrivé dans le métier (après avoir bien galéré) pour percer peu après l’ère Bruce Lee. Mais comme il lui fallait se distinguer, il s’est tourné vers la comédie, adoptant des postures et des attitudes presque clownesques, inventant un genre à lui-seul : même s’il a également interprété l’illustre Wong Fei-Hung dans Combats de maîtres, il s’est avant tout fait un nom dans toute une série de films mettant en avant sa truculence et son sens du timing, capable de prouesses acrobatiques qu’il effectue au millimètre en donnant l’impression de « ne pas le faire exprès ».

Il est ainsi devenu un maître dans l’art d’utiliser l’environnement immédiat pour se défendre lorsque son personnage est en mauvaise posture (c’est à dire tout le temps, il incarne régulièrement des individus mettant les pieds dans le plat), apte à utiliser l’objet le plus banal comme arme. Toutefois, the Shadow’s Edge a bien d’autres choses à présenter qu’une énième succession d’acrobaties de Jackie Chan, et notamment la paternité, la filiation, la loyauté, le progrès et le conflit de générations.

De gauche à droite : Zifeng Zhang/He Qiuguo ; Wong Tak-shung/Jackie Chan & Fu Longsheng/Tony Leung Ka Fai

Bien qu’assez long, le métrage se suit avec plaisir grâce à un montage enlevé enchaînant des séquences de haute volée : fusillades, pugilats, piratage informatique, traque, poursuites, filatures mettant en avant la haute technologie tout autant que les capacités physiques hors normes des protagonistes. Le tout commençant par un braquage sous tension, qui s’avère bien vite irrespirable. La police de Macao est très tôt avertie qu’un crime va avoir lieu et active alors son système vedette : l’Eye in the Sky est un réseau de milliers de caméras de surveillance piloté par une intelligence artificielle, à même de prévoir la progression des malfrats captés par ses yeux électroniques et d’échafauder la meilleure parade possible.

Sauf que, tout foire, et les forces de police constatent leur impuissance face à un groupe parfaitement organisé, rapide, précis et semblant avoir systématiquement plusieurs coups d’avance – d’autant qu’ils ont piraté leur réseau informatique, semant les inspecteurs, pourtant compétents, et les envoyant sur de fausses pistes. Imaginez Ocean’s Eleven rencontrant le Mission : Impossible de De Palma, avec des relents de Heat et de the RaidContre un groupe aussi bien dirigé par un leader totalement maître de son sujet, les policiers même les plus efficaces et observateurs n’ont aucune chance : ce groupe leur a tout simplement filé entre les doigts. À croire qu’il y a un traître parmi eux…

Quelques secondes avant le remake de la scène de l’ascenseur de « Captain America : Winter Soldier »…

Le résultat ne se fait pas attendre : tandis que la bande concocte déjà la seconde partie de son plan extrêmement ambitieux, les flics sont sommés de prendre toutes les mesures nécessaires pour les retrouver. Le problème vient de leur inaptitude à agir correctement sans l’appui des réseaux informatiques : il faut donc en revenir aux bonnes vieilles méthodes. C’est là qu’on va faire appel à une ancienne gloire des forces de l’ordre, désormais à la retraite (il est dog-sitter !) : Wong Tak-Chung aura tôt fait de comprendre que derrière ce casse diabolique se cache l’un de ses anciens adversaires, Fu Longsheng, maître des illusions et des déguisements, que personne n’a jamais identifié.

L’ancien flic reconverti en dog-sitter…

C’est là qu’on aborde l’acte II du the Shadow’s Edge : la traque. Les indices sont très minces et Wong sait qu’il faudra mettre en place un programme de filature patient et méticuleux. Or, les policiers d’aujourd’hui ne sont plus formés à ce genre d’exercice. Autre problème : il faut absolument utiliser des recrues dont le visage ne sera pas connu des malfrats. Voilà donc Wong à la tête d’un groupe de jeunes flics qu’il affuble de noms de code grotesques. Parmi eux, He Qiuguo, la fille de son ancien partenaire, mort à cause de lui : les relations, évidemment, seront d’abord extrêmement tendues entre le caractère farouche de la jeune fille et le paternalisme coupable du vieil enquêteur…

Si l’on perd évidemment en rythme après la très intense première demi-heure, la réalisation parvient à entretenir un tempo soutenu par une succession de petites saynètes et quelques intermèdes plutôt drôles, avant de passer aux choses sérieuses et de resserrer le noeud autour de leur cible. L’utilisation malicieuse des drones permet de varier adroitement les points de vue sans exagérer comme on a pu le voir dans les récentes productions Netflix, ou le dernier Michael Bay.

Cependant, le traqué se mue très vite en traqueur, et l’équipe de braqueurs, qui a des velléités d’autonomie, pourrait bien choisir de se passer de son vieux chef. De quoi pimenter encore un peu plus le film qui se dirige vers une résolution finale parsemée de retournements de situation avec des scènes d’action encore plus brutales où Jackie Chan fait parler sa classe en vieux flic qui en a sous la pédale. Toutefois, il aura fort à faire avec un Tony Leung assez impressionnant, tandis que les jeunes flics font face à des hors-la-loi tout aussi jeunes et assez charismatiques.

Parmi ces derniers, les aficionados reconnaîtront sans peine Junhui Wen du groupe de K-Pop Seventeen : sa grâce et son physique de BG le trahissent immédiatement. À ses côtés se révèle CiSha dans le rôle de Simon, l’aîné des « enfants » de Longsheng, dans un personnage ambivalent : les cinéphiles l’avaient sans doute remarqué dans Creation of the Gods. La jeune Zifeng Zhang se montre plutôt prometteuse sous sa moue boudeuse. Toutefois, Tony Leung Ka Fai emporte l’adhésion : l’inoubliable interprète de l’Amant de Jean-Jacques Annaud (mais aussi de Detective Dee : le Mystère de la flamme fantôme ou des Cendres du temps) se révèle tout à fait convaincant, voire impressionnant dans la peau de ce caméléon qui envisage chaque action comme un mouvement aux échecs.

Les ressorts dramatiques sont certes usés jusqu’à la corde et on sait qu’on aura son lot de twists (et même une scène post-générique !), mais l’ensemble est agréable, tendu et délassant, avec une belle complicité entre les anciens et les modernes et un regard assez intéressant sur l’usage de la technologie. Tout au long du générique de fin, comme c’est de coutume dans les films de Jackie Chan, vous pourrez avoir quelques prises ratées démontrant la rudesse de certaines scènes et l’implication des comédiens.

Les vieux loups montrent encore les dents…

Le blu-ray sortant le 7 avril 2026 chez AB Vidéo procure une image propre, très synthétique, qui colle bien aux séquences bourrées d’acrobaties et d’écrans. La bande son diffuse des basses généreuses, surtout en VO (tout le film a été tourné en mandarin). De quoi redonner sa chance à ce bon blockbuster asiatique qui annonce une suite.


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