Musique du film : « Hellreiser »

Compositeur : Christopher Young

Réalisateur du film : Clive Barker

Date de composition: 1987

Sortie du film: 1987

Type de musique : Score orchestral symphonique

 

Avant d’aborder une analyse du thème orchestral de Christopher Young pour Hellreiser, il faut savoir que l’implication de son auteur relevait presque du hasard.

A l’origine, la production avait été confiée à un autre compositeur mais s’avérait guère concluante et fut donc rejetée par Clive Barker.

Young fut donc appelé, en urgence, avec un cahier des charges à remplir sur un délais extrêmement court pour composer la partition.

Inspiré par Richard Strauss, il a imaginé une composition riche en cordes et en cuivres pour imposer une tragédie grandiose aux confins de la beauté.

Petite anecdote troublante sur l’enregistrement du score en studio : 

Plusieurs musiciens ont évoqué une atmosphère oppressante dans le studio et avaient l’impression de ne plus jouer de la musique mais « de produire de la douleur ».

Ainsi les cordes et les cuivres étaient poussés dans des registres extrêmes.

Le studio devenait silencieux entre les morceaux et la concentration était telle qu’un rituel s’était imposé naturellement pour faire de cette musique une expérience physique et dérangeante. 

Aujourd’hui cette BO est indiscutablement une référence dans l’univers de la musique de film du cinéma d’horreur et sa partition pose les bases de sa signature musicale.

L’ouverture du thème principal repose sur une mélodie d’une simplicité trompeuse : quelques notes isolées semblent émerger d’un silence lugubre.

Leur articulation donne l’impression d’une hésitation avant d’installer une ambiguïté harmonique qui nous place dans une instabilité de perspective.

Les cordes prennent alors le relais pour étirer la tonalité vers des nappes plus sombres. Elles prolongent une sensation qui amplifie l’inquiétude latente des premières notes.

C’est avec l’entrée des cuivres que la musique entre dans une dimension liturgique.        En se superposant aux cordes, les cuivres apportent une puissance presque écrasante qui transforme la texture initialement diffuse en une masse sonore dantesque. 

Cette superposition progressive constitue l’un des gestes d’écriture les plus caractéristiques de Young.

Contextuellement, les productions horrifiques de l’époque se contentaient de privilégier des textures électroniques minimalistes. A l’inverse, Young fait le choix d’un orchestre massif, presque opératique, convoquant cuivres déchaînés avec un usage expressif de la dissonance et de la tension orchestrale.

Cette singularité stylistique repose avant tout sur une écriture romantique en constante mutation mais dont l’ampleur tragique agit comme un véritable moteur narratif.


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