• Titre original : Botong-ui Gajok
  • Date de sortie en salles :  11 juin 2025 avec Diaphana distribution
  • Réalisation : Hur Jin-ho
  • Distribution : Sul Kyung-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae & Claudia Kim
  • Scénario : Park Joon-seok & Park Eun-kyo d’après le roman Het Diner de Herman Koch
  • Photographie : Go Rak-sun
  • Musique : Sung-woo Jo
  • Support : Blu-ray Diaphana (2025) en 1,85:1 /116 min
Synopsis :

Deux frères, un avocat matérialiste et un chirurgien idéaliste, se retrouvent régulièrement avec leurs épouses respectives pour dîner. Lorsqu’une affaire criminelle qui les implique explose dans les médias, leur sens de la morale va être mis à l’épreuve.

Quatrième adaptation du roman néerlandais Het Diner (« le Dîner »), A normal family, présenté d’abord au Festival de Toronto en 2023, a reçu de par le monde et au gré des projections un excellent accueil, récoltant plusieurs prix (dont le prix du Meilleur Scénario à porto et à Mons). En France, il a eu l’honneur de clôturer le Festival du Film coréen en novembre 2024 avant d’être projeté dans les salles à l’été suivant.

Repas de famille dans un grand restaurant

Le réalisateur a rassemblé deux acteurs chevronnés (Sul Kyung-gu, aperçu dans Sans pitié, et Jang Dong-gun), qui avaient déjà joué ensemble dans une adaptation remarquée des Liaisons dangereuses, afin d’interpréter deux frères totalement opposés dans leurs principes, mais unis malgré eux. En effet, ils doivent s’occuper de leur mère atteinte de démence, avant de gérer ensuite le problème engendré par leurs enfants respectifs.

Jae-wan est un avocat brillant, vivant sur un grand train. Il a connu une période difficile après le décès de sa première femme et a dû s’en remettre à son frère cadet pour prendre soin de leur mère et de sa fille Hye-yoon. Il vient à peine de retrouver bonheur et stabilité dans les bras de sa nouvelle (et très jeune) épouse, Ji-soo, avec laquelle ils ont eu un bébé. Les cinéphiles reconnaîtront sans doute en cette dernière Claudia Kim, mannequin qui a débuté au cinéma dans Avengers : l’Ère d’Ultron avant d’enchaîner sur les Animaux fantastiques.

Ji-soo aux côtés de son mari Jae-wan

Ji-soo est une jeune femme élégante et dynamique, préoccupée par l’entretien de sa condition physique mais également par sa volonté de s’intégrer dans cette famille. Un objectif honorable quoique ardu car sa belle-fille ne lui adresse pas la parole. Quant à sa belle-soeur, elle ne l’accepte pas du tout, qui ne se prive pas de lui envoyer des piques et des remarques déplacées lors de leurs traditionnelles réunions de famille au cours d’un dîner dans un grand restaurant.

Jae-gyoo & sa femme Yeon-kyeong

La belle-soeur se nomme Yeon-kyeong. Elle aurait pu avoir une grande carrière de traductrice sauf qu’elle a une double charge sur les bras : sa belle-mère, dont la mémoire flanche et que l’aide-soignante a bien du mal à maîtriser ; et son fils, Si-ho, garçon taciturne aux résultats scolaires décevants, qui doit en outre supporter les brimades de ses harceleur. L’on comprend ainsi aisément la rancoeur de Yeon-kyeong, qui supporte de plus en plus mal les sacrifices financiers qu’ils ont dû consentir – et voit dans la jeune belle-soeur tout ce qu’elle ne peut pas être.

Si-ho, le fils du médecin

Cependant, elle ne tient pas (encore) rigueur à son mari d’être absent. Jae-gyoo s’avère être un homme intègre, un médecin admiré dans sa profession, qui se donne corps et âme à son travail, au point de payer pour les patients sans le sou, et d’accomplir des actions humanitaires un peu partout dans le monde. Un homme de principes, au sens moral élevé, qui digère mal les activités de son aîné, lequel peut être amené à défendre (en tant qu’avocat) des personnalités douteuses.

Hye-yoon, la fille de l’avocat

Ou carrément abjectes.

Comme ce chauffard, fils d’une grand famille, qui au début du film renverse volontairement un joueur de base-ball, le tuant sur le coup et envoyant sa fille à l’hôpital. Le pronostic vital de la gamine est engagé. Cet accident soulève l’opinion, et instille des tensions dans les relations déjà compliquées entre les deux frères. Car c’est Jae-gyoo qui a opéré la petite, et passe ses journées à consoler une mère éplorée, mais c’est Jae-wan qui va défendre le chauffard, la famille de ce dernier payant grassement ses honoraires.

La première réunion de famille se déroule dans ce cadre tendu : les deux frères sont opposés sur la manière de gérer cet accident, mais aussi sur ce qu’il convient de faire pour leur mère grabataire. L’aîné évoque une pension de retraite luxueuse, dont il paierait les 4/5, mais le médecin se braque – ne tenant même pas compte du poids qu’il fait peser sur les épaules de sa propre femme.

Les deux frères discutent de la garde de leur mère

C’est alors que survient l’incident dramatique qui va bouleverser leurs rapports, quand leurs propres enfants respectifs seront mêlés à une affaire sordide.

La mise en scène évite le spectaculaire mais se montre d’une fluidité extrêmement agréable, multipliant les champs-contre-champs sur une musique parfaitement adéquate. Elle contribue à refermer le cadre en le centrant sur les protagonistes, tous opposés (les deux frères, les deux épouses). Les deux enfants sont également différents : l’une est brillante bien que s’adonnant également aux plaisirs interdits propres à la jeunesse ; l’autre n’en a pas les moyens, ni l’intelligence, mais trouve chez sa cousine la seule relation stable qu’il connaisse.

La tension monte d’un cran…

L’intérêt du script est de présenter une situation de départ explosive, avec des caractères qui s’opposent, et d’injecter des événements qui jetteront l’huile sur le feu. Mieux : ils génèreront d’innombrables circonvolutions morales lorsque chacun des personnages sera confronté à la limite de ses principes. Que fera le père arriviste pour protéger son enfant ? Et le père intègre, jusqu’où conservera-t-il son intégrité si le bien-être de son fils (déjà bien malmené par la vie) est en jeu ? La femme du médecin pourra-t-elle supporter ce drame supplémentaire, elle qui se ruine la santé pour tenir la famille à bout de bras ?

Et les enfants ? Se rendent-ils au moins compte de l’horreur qu’ils ont commise ?

L’avocat s’apprête à commettre l’irréparable.

Chaque discussion, chaque argumentation et contre-argumentation éveillera incontestablement des échos chez chacun d’entre nous. Qu’aurait-on fait dans ces cas ? Certes, on pourra arguer que le trait est très légèrement forcé. Le déroulement suit toutefois une progression aussi logique qu’implacable, jusqu’à la tragédie finale, inéluctable. On saluera l’interprétation très digne des quatre adultes, toute en nuances. Elle parvient à éviter les explosions émotionnelles typiques du cinéma asiatique afin de privilégier les regards, les répliques acerbes et les sous-entendus malsains. En outre, on ne pourra qu’apprécier cette transposition opportune dans le cadre très policé de la société coréenne.

Une belle découverte, convaincante et glaçante par ses implications éthiques.


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