Aller à la barre d’outils

Le Roi Lion (1994), analyse d’un chef-d’œuvre intemporel

La sortie en salle du film live Le Roi Lion par Jon Favreau donne l’occasion de se replonger dans le dessin animé même quand on le connaît déjà par coeur depuis des années. Et alors que le film vient de fêter ses 25 ans d’existence, il n’a toujours pas perdu de sa superbe ! Il va sans dire que ce dossier contient un nombre incalculable de SPOILERS

 

Date de sortie : 24 juin 1994 (États-Unis), 23 novembre 1994 (France)
Réalisateurs : Roger Allers et Rob Minkoff
Doubleurs principaux : Jean Reno, Jean Piat, Dimitri Rougeul, Emmanuel Curtil, Med Hondo
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Hans Zimmer, Elton John, Tim Rice, Lebo M

 

Introduction

« Le cycle éternel… qu’un enfant béni… rend immortel ! »

Alors que Disney atteignait l’apogée de ses chefs-d’œuvre avec La Belle et la Bête et Aladdin, la qualité de l’animation prit une nouvelle dimension avec la sortie du Roi Lion en 1994. Se déroulant en pleine savane africaine dans une contrée appelée la Terre des Lions, on y découvre toutes sortes d’animaux, « de la fourmi qui rampe à l’antilope qui bondit », accaparés par d’étranges cris musicaux qui retentissent fortement sous un lever de soleil des plus éclatants. La somptueuse chanson « L’Histoire de la vie » interprétée par la très entraînante Debbie Davis annonce la couleur avec une entrée en matière poignante dévoilant le lionceau Simba, nouveau-né du roi Mufasa et de la reine Sarabi, acclamé comme le futur roi du haut du Rocher de la Fierté. Inspiré du manga Le Roi Léo (Osamu Tezuka, 1951) et de la tragédie Hamlet (William Shakespeare, 1603), il mêle de puissantes émotions inspirant la joie, la terreur et la tristesse avec une efficacité redoutable, aussi bien à travers ses plans magnifiques que par ses musiques à couper le souffle composées par l’illustre Hans Zimmer, sans oublier les chansons minutieusement élaborées par Tim Rice et Elton John.

 

Des thématiques portées par des personnages d’une grande richesse

Une complicité d’emblée très soutenue entre Mufasa et son fils.

Disney a choisi un anthropomorphisme partiel pour apporter un caractère bien marqué à chaque personnage : ainsi, ils se déplacent et vivent comme de véritables animaux, le seul usage de la parole les distinguant de ceux du monde réel. De plus, il s’agit d’un des rares disneys à ne pas faire mention des humains et où aucun élément ne laisse entrevoir une présence humaine. Certains personnages ont été nommés à partir du swahili, une langue parlée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Mufasa (nom du dernier roi du Kenya) représente l’archétype du bon roi pourvu d’une imposante carrure, d’une large crinière, d’un visage sérieux ainsi que d’une voix grave et charismatique grâce à la doublure de Jean Reno. Son fils Simba (« lion » en swahili) est quant à lui l’archétype du jeune enfant voulant grandir trop vite pour devenir comme son père comme le symbolise la superbe chanson « Je voudrais déjà être roi ». Doublé par Dimitri Rougeul (Fuller McCallister dans Maman j’ai raté l’avion, Fievel au Far West, Alan Parish enfant dans Jumanji), il se montre turbulent et désobéissant (« Quel danger ? Moi j’aime le danger. Je me ris du danger ! ») avant de s’assagir une fois adulte tout en ayant perdu la volonté d’être roi à cause des circonstances. Bien plus juvénile que celle de son père, sa voix adulte est assurée par Emmanuel Curtil, connu pour ses doublures de Jim Carrey et de Mike Myers.

 

« S’il te plaîîîîîîîîîîît !!! »

Sarabi (« mirage » en swahili) est bien plus secondaire mais a son importance en tant que mère de Simba et meneuse des lionnes. Amie d’enfance de Simba, Nala (« chance » en swahili) est une jeune lionne téméraire qui aime l’accompagner dans ses mésaventures et le plaquer au sol quand ils se chamaillent. Elle devient par la suite l’élément déclencheur du retour de Simba dans la Terre des Lions en lui rappelant son rôle (« Tu commences à parler comme mon père. » « Tant mieux ! Il faut bien que quelqu’un le fasse ! »). Leur romance est appuyée par l’attachante mélodie « L’Amour brille sous les étoiles », reprise par Elton John durant le générique de fin (« Can you feel the love tonight ? »). Sa mère Sarafina n’apparaît que pour la scène où elle lui fait sa toilette, son nom n’étant même pas mentionné dans le film. Rafiki (« ami » en swahili) est un mandrill vivant dans un baobab et veillant de loin sur la Terre des Lions, jouant alors un rôle de sage. C’est lui qui montre Simba à l’ensemble des animaux et qui lui appose une marque spéciale sur le front ainsi que sur son arbre. Le doublage très typé de Med Hondo (VF d’Eddie Murphy et de Morgan Freeman) rend le personnage à la fois drôle et sympathique.

 

« Ces mots signifient… que tu vivras ta vie… sans aucun souci ! Philosophie… Hakuna Matata ! »

Doublé par le dynamique Jean-Philippe Puymartin (également connu pour sa doublure de Woody dans Toy Story), Timon est un suricate surexcité à la personnalité très affirmé (« Non mais t’es malade ?! Un lion c’est pas un jouet ! Un jour où l’autre, il va nous avaler tout crus ! »). Avec le phacochère Pumbaa (« étourdi » ou « désorienté » en swahili), doublé quant à lui par le transformiste vocal Michel Elias (connu pour un grand nombre de voix cartoon à la télévision), ils forment le duo comique du film avec un humour particulièrement gras (« C’est quoi un crédo ? » « C’est Pumbaa le vieux crado ! » et décalé (« Un peu gluant, mais appétissant ! »). Leur célèbre chanson « Y’a mille fois pire que ça Hakuna Matata » (« pas de souci » en swahili) apporte un vent de fraîcheur à l’élégie de la narration et permet à Simba de se maintenir en vie en s’affranchissant de son fardeau passé, en plus de constituer un bien joli passage à l’âge adulte pour le héros de l’aventure. Majordome du roi, Zazu est un petit calao dont le tempérament enjoué et fier est renforcé par le doublage de Michel Prud’homme (la VF de John Cleese). Souvent ridiculisé par Simba (« Bec de banane est terrifié ! »), qui l’assimile même à un « dindon » et à une « vieille corneille »,  ou encore par les hyènes (« Eh toi j’te connais, t’es le loufiat du grand manitou ! »), il est chargé du rapport du matin auprès du roi, ce qui lui a valu une chanson personnelle composée pour la comédie musicale de 1997 dans l’édition du DVD en 2003.

 

« Notre roi nous invite à la fête… »

Shenzi (« sauvage » ou « grossier » en swahili), Banzaï (« furtif » ou « tapis ») et Ed forment le trio des principales hyènes mises à l’écart de la Terre des Lions dans un cimetière d’éléphants. Présentées comme une espèce inférieure et hostile, elles constituent les premiers antagonistes clairement identifiables avec leur air sauvage et affamé ainsi que leurs voix sarcastiques. Dominante de la meute (comme c’est souvent le cas avec les hyènes femelles),  Shenzi est doublée par Maïk Darah (la VF de Whoopi Goldberg) et Banzaï par Michel Mella (la VF de Joe Pesci). Ed est quant à lui clairement l’idiot de la bande et se contente d’approuver les initiatives des deux autres en riant de manière hystérique. Tantôt dangereuses et parfois mêmes effrayantes, elles restent largement comiques dans leurs attitudes et dans leurs dialogues, notamment lors qu’elles piègent Simba et Nala sur leur territoire (« Shenzi, tu connais un bon resto ? » « Non pourquoi ? » « La bouffe est en train de se carapater ! »).

 

Scar, un antagoniste d’anthologie

« La vie est injuste tu vois… Moi hélas ! Hélas… je ne serai jamais roi. Et toi… tu ne reverras jamais la lumière. »

Frère cadet de Mufasa, le deuxième lion adulte mâle nommé Scar (qui porte son nom de la cicatrice qu’il arbore à son œil gauche) mérite une analyse détaillée à lui seul tellement il s’agit d’un personnage exceptionnel grâce à son machiavélisme redoutable sublimé par le doublage de l’illustre Jean Piat (également connu pour la voix de Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame et celle de Gandalf dans les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit). D’emblée présenté comme le second héritier au point se comparer à une insignifiante souris, sa petite provocation comme quoi Mufasa aurait tort de le sous-estimer ne le fiche pas directement comme un antagoniste car elle se voit atténuée par l’analyse objective dont il fait preuve (« Si ma subtile intelligence se taille la part du lion, sur le plan de la force physique, j’ai bien peur que la génétique n’aie pas joué en ma faveur. »).

« Quand la gloire couronnera ma tête… »
« Je patauge dans l’imbécillité. »

Alors qu’il attise subtilement la curiosité de Simba afin qu’il se rende au cimetière d’éléphants, la scène fait référence à une réplique de Jeremy Irons (la VO de Scar) dans Le Mystère von Bülow (Barbet Schroeder, 1990) au moment où Simba dit à Scar « Ce que t’es bizarre ! », ce dernier lui répondant « Tu n’as pas idée… » avec un air sarcastique avant de lancer son premier air malin à la fin de la scène. Il commence à devenir suspect après que Mufasa a sauvé Simba et Nala des hyènes, la caméra gravissant les hauteurs pour dévoiler l’image percutante d’un Scar surplombant les lieux avec un air furieux. Suite à un passage sinistrement comique pendant lequel il assiste à la bêtise des hyènes, son statut de méchant apparaît clairement lors de la chanson la plus intense et terrifiante de toute l’histoire de Disney.

 

« Heureux d’être bientôt les sujets… de notre nouveau roi adoré ! »

Intitulée « Infogrames Soyez prêtes », elle symbolise la montée en puissance du personnage à travers la traîtrise (« Rebelle et lion font rébellion. »), son ambition démesurée (« Soyez prêtes pour le coup le plus génial, soyez prêtes pour le plus beau scandale ») et l’endoctrinement des hyènes (« Suivez-moi, et vous n’aurez plus jamais faim ! »), qui se révèlent être largement plus que trois. Scar atteint l’apogée du culte de la personnalité lors d’une séquence où il domine les hyènes depuis une falaise tandis qu’elles défilent les yeux tournés vers lui et au pas de l’oie, passage faisant clairement référence au nazisme, et plus précisément à une scène du film de propagande nazie Le Triomphe de la volonté (Leni Riefenstahl, 1935). Se définissant lui-même comme « un roi incontesté, respecté, salué » et même comme « le seul dieu vivant qu’on acclame », son statut est renforcé par l’emploi de termes particulièrement forts (« Je dis compromission, je dis conspiration, je crie humiliation ») alors que son rire strident retentit et même temps que la falaise où ils se trouvent s’élève sur la pression de la roche en fusion.

Mis en danger par la fuite des gnous, Simba participe malgré lui au plan diabolique de Scar.
Un regard transperçant d’une efficacité redoutable.

Le plus terrifiant reste le passage où il attire Simba dans le troupeau de gnous en fuite afin que son père se retrouve piégé en venant le sauver. Ses talents de comédien le font passer pour un véritable innocent tandis que la musique fait très fortement monter la pression avec des notes tristes et inquiétantes annonçant la tragédie imminente. Surveillant la scène depuis les hauteurs avec un regard particulièrement sombre, c’est avec un plaisir sadique qu’il lance un insistant « longue vie au roi » à Mufasa avant de le projeter dans le vide sous les yeux ébahis de Simba, faisant croire à ce dernier que son père a simplement chuté. Cette effroyable scène, en plus d’avoir réussi à profondément marquer toute une génération de spectateurs, est également la première et une des seules de tout Disney montrant directement la mort d’un personnage allié (celle de la mère de Bambi en 1942 était simplement suggérée par un coup de feu et non visible à l’écran), même si efficacement atténuée par l’aspect endormi en personnage. Ce passage est ainsi l’occasion d’illustrer l’expertise des réalisateurs en matière d’animation faciale, la frayeur qu’exprime les visages des personnages étant tout simplement glaçante d’efficacité.

L’excellence de l’effroi avec une crainte imminente de la mort…
Une séquence audacieuse d’une violence inqualifiable…

Tandis que la mélodie principale ressurgit avec des notes d’une tristesse rarement atteinte dans un dessin animé, Simba se trouve totalement démuni et se blottit contre son père comme s’il était simplement endormi. L’arrivée de Scar en arrière-plan donne un sérieux coup de froid à la scène et la perfidie du personnage le pousse à faire culpabiliser Simba en le rendant responsable de la mort de son père en plus de lui annoncer clairement que le roi n’est pas simplement endormi (« Personne ne peut vouloir des choses aussi horribles, mais le roi… est mort ! Et sans toi, il serait encore en vie. »). Poussant alors son neveu à l’exil, il s’empare du pouvoir en racontant au troupeau une version erronée des faits, démontrant une fois de plus son grand talent de comédien grâce à un langage proche de celui d’une tragédie littéraire.

« La mort de Mufasa est une horrible tragédie. Mais perdre Simba qui était à l’aube de sa vie, est pour moi un drame personnel d’une cruauté insoutenable. C’est donc le cœur brisé par le chagrin que je monte sur le trône. Sachant que malgré notre infinie douleur nous nous relèverons pour saluer l’avènement d’une ère nouvelle. Dans laquelle les lions et les hyènes s’uniront, pour ériger l’avenir en un glorieux édifice. »
« Je suis le roi, je fais ce qu’il me plaît ! »

Scar est en réalité le seul méchant de toute l’histoire de Disney à avoir atteint son objectif de manière durable (plusieurs années s’écoulant avant sa destitution) en plus d’avoir renversé le pouvoir aussi tôt dans la durée du récit… pour au final avoir réussi à prouver qu’il n’était qu’incapable de faire prospérer un royaume avec son régime tyrannique. La sécheresse qui s’abat sur la Terre des Lions en est autant la preuve que la manière qu’il a de perdre son sang-froid dès que Zazu (« On ne m’aurait jamais demandé ça du temps de Mufasa… »), Banzaï (« Quand je pense qu’on se plaignait de Mufasa… ») et Sarabi (« Si tu avais la sagesse de Mufasa… ») osent comparer ses méthodes à celles de son frère. La réalité est que la figure brave de son ancien rival lui a toujours fait peur, et c’est justement lorsque Simba adulte apparaît en rugissant avec un effet de zoom fortement significatif qu’il imagine un Mufasa terrorisant ressurgir en face de lui.

« Mufasa ! Non, tu es mort… »
Un affrontement dynamique avec des ralentis détaillant efficacement l’action !

Malgré l’assurance qu’a pris Simba en venant reprendre sa place, Scar parvient encore à le faire culpabiliser devant tout le monde pour mieux le projeter dans le vide comme il l’avait déjà fait avec son père. Mais à trop vouloir faire jouer la mise en scène, il provoque la colère de Simba et court définitivement à sa perte en accusant les hyènes de la situation sans savoir qu’elles l’écoutent. Après un affrontement direct avec lui en sa défaveur, son visage effrayé se dévoile enfin tandis que ses anciens alliés se jettent sur lui avant se retrouver en proie avec les flammes.

Rejeté par les hyènes, Scar comprend enfin qu’il a trop tenté d’utiliser les autres pour continuer à rester en vie…

 

Un univers aux innombrables valeurs

« Tout ce que tu vois obéit aux lois d’un équilibre délicat. »

Symbolisé par le cycle de la vie, le respect de la nature fait partie des valeurs que défend le film à travers le personnage de Mufasa, qui enseigne à Simba comment faire prospérer un royaume en lui montrant ses limites, sa faune et sa flore (« Quand nous mourrons, nos corps se transforment en herbe, et l’antilope mange l’herbe. C’est comme les maillons d’une chaîne dans le grand cycle de la vie. »). Lors de sa réapparition sur la Terre des Lions, Simba retrouve un paysage dévasté car délaissé par un monarque simplement assoiffé de pouvoir. Il comprend alors qu’il doit reprendre sa place dans le cycle de la vie en tant qu’héritier légitime (« Eh oui, le passé c’est douloureux. Mais à mon sens on peut soit le fuir, soit tout en apprendre. »), ce qui fait que la Terre des Lions reprend symboliquement vie dès qu’il accède au pouvoir.

Une symbolique très forte montrant un jeune prince encore loin de devenir roi.
« C’est moi Simba, c’est moi le roi, royaume animal ! »

En parallèle, Simba suit une quête initiatique qui l’aidera à grandir et à retrouver sa place. Touchant dès son plus jeune âge, il croit comme de nombreux enfants qu’un roi a absolument tous les droits « Moi je croyais que les rois faisaient ce qu’ils voulaient. ». Il met à ce titre Zazu à rude en faisant comme s’il était déjà roi et comme s’il pouvait se passer de conseillers pour gouverner (« Si tu confonds la monarchie avec la tyrannie, vive la république, adieu l’Afrique, je ferme la boutique ! »). Et alors qu’il se met en danger en se rendant au cimetière d’éléphants, Mufasa lui fait comprendre « qu’être brave ne veut pas dire risquer l’impossible » et qu’il avait eu peur pour lui ce soir-là, Simba n’en revenant pas qu’un roi puisse ressentir un tel sentiment (« Alors même les rois ont peur !? »).

« Les rois des siècles passés nous contemplent du haut des étoiles. Chaque fois que tu te sentiras seul, n’oublie pas que tous ces rois seront là pour te guider. Je serai parmi eux. »
« Regarde : il vit en toi ! »

Le mysticisme de l’œuvre se voit alors renforcé par les révélations que Mufasa fait à son fils quant aux étoiles dans le ciel qui représenteraient les rois des siècles passées veillant sur la Terre des Lions, scène d’autant plus touchante qu’elle annonce presque ce qui arrive ensuite. Une fois adulte, cette représentation ressurgit dans le cœur de Simba lorsqu’il dort à la belle étoile avec Timon et Pumbaa. Se sentant alors seul et souffrant après que Nala lui a demandé de revenir, il s’adresse à son père en culpabilisant les yeux levés vers le ciel (« Tu disais que tu veillerais sur moi ! Mais tu n’es pas là, à cause de moi… »), encore persuadé que tout est de sa faute. Le mysticisme est d’autant plus présent avec le personnage de Rafiki, qui dessine symboliquement un Simba nouveau-né dans l’écorce de son repaire avant de lui rajouter une large crinière quand il comprend qu’il est toujours en vie, mais il l’est surtout avec la prosopopée de Mufasa, qui fait chavirer Simba grâce à une mise en scène forte en émotionTu m’as oublié. Tu m’as oublié en oubliant qui tu étais. Regarde en toi, Simba, tu vaux mieux que ce que tu es devenu. Il te faut reprendre ta place dans le cycle de la vie. »).

« N’oublie pas qui tu es, tu es mon fils et c’est toi le roi. N’oublie pas qui tu es. »

 

Une technique de narration très efficace

« Quel danger ? Moi j’aime le danger. Je me ris du danger ! »

La diégèse sait aussi faire diversion en rappelant au spectateur des messages prononcés par un personnage plus tôt dans le film. Au moment où Scar dévoile à Simba que c’est un cimetière d’éléphants qui se trouve au-delà de la limite du royaume, il lui dit que c’est leur petit secret, terme qu’il réutilise au retour de ce dernier en désignant cette fois-ci le fait qu’il serait coupable de la mort de son père. Toujours au cimetière, Simba s’amuse en disant qu’il se rit du danger, procédé repris par Nala adulte avec une voix très cliché avant le combat final. Lors de la chanson « Soyez prêtes », les hyènes répètent plusieurs fois « Longue vie au roi ! » avant de défiler devant Scar, phrase que ce dernier réutilise au moment où il projette Mufasa dans le vide. Plus subtil, alors que Scar suggère à Simba de travailler son petit rugissement, il prend peur en découvrant la puissance de son cri lors qu’il réapparaît une fois adulte. On trouve aussi une phrase prononcée par Scar près du cadavre de Mufasa, « Qu’est-ce que ta mère dira ? », reprise par Nala adulte quand elle découvre l’insouciance de Simba.

« Oui c’est bien ce que je pensais : un trio d’intrus trouillards ! »
« Amis !? Je croyais qu’il nous avait traités d’ennemis… » « Ouais, c’est ce que j’ai entendu… »

Enfin, lorsque Scar veut faire culpabiliser Simba, il lui demande de partir très loin et de ne jamais revenir, phrase que ce dernier réutilise pour se venger de son oncle avant leur dernier affrontement. De plus, le comportement d’Ed évolue au cours du scénario. S’il se contente de rire bêtement la première fois que Shenzi en Banzaï lui demandent son avis puis de faire un grand « oui » avec la tête pour dire qu’il était au courant que le lionceau était bien le fils du roi, il démontre que même le dernier des imbéciles n’est pas dupe face à autant de retournements de veste de la part d’un traître. On peut ajouter à cela que le scénario n’est pas habité par un manichéisme total, les hyènes ayant été mises à part de force comme si elles constituaient une espèce animale hostile alors qu’elles n’ont rien de plus à se reprocher que les lions. Ces derniers ne sont également pas tous à mettre sur le même plan étant donné qu’un traître se trouve dans le groupe. Le film pose enfin la question suivante : jusqu’où est-on prêt à aller pour obtenir le pouvoir ? Et cela montre toutes les limites du système monarchique : pourquoi Mufasa et sa lignée directe devraient sans cesse se refiler le trône pendant que d’autres (y compris ceux de la même espèce) n’y ont pas droit ?

 

Des références et allusions multiples

« Des grosses, des maigres, toutes à la file indienne ! »

Si le scénario reprend vraisemblablement des éléments du Roi Léo, l’esprit de l’œuvre s’inspire quant à lui largement plus de la tragédie Hamlet, notamment concernant le thème du frère qui assassine le roi pour le détrôner tout en faisant exiler le prince. Lors de cette scène, la réplique « longue vie au roi » est inspirée de celle qu’Horatio dit à Hamlet, « Bonne nuit, doux prince », à la fin de la pièce. La prosopopée est également présente dans Hamlet dans une scène où son père décédé lui parle, tandis que le crâne que tient Scar durant le passage où il chante avec Zazu est une référence directe au crâne de Yorick présent dans la pièce.

 

« Hey t’es complètement fou je vais pas me déguiser en vahiné !! »

En plus des chansons cultissimes composées par Elton John et Tim Rice, d’autres mélodies sont présentes pour accentuer les références culturelles, à commencer par les paroles d’introduction débutant par « Nants ingonyama bagithi Baba. Sithi uhm ingonyama… », interprétées par Lebo M et signifiant « un lion arrive, père » en zoulou. Lorsque Zazu est prisonnier de Scar, il essaie de le divertir en prononçant une version française de Nobody knows the trouble I’ve seen (« Personne au monde ne connaît ma peine, personne au monde ne m’aime »), negro spiritual de la période de l’esclavage publié pour la première fois en 1867 et notamment reprise par Louis Armstrong. La suivante « Ah que le monde est petit ! » est une référence à l’attraction des parcs Disney « Its’ a small world », tandis que la troisième « J’ai un petit lot de noix de coco » est une traduction de la chanson de Fred Heatherton datant de 1944. Avant que Nala ne surgisse dans la jungle, Timon et Pumbaa s’amusent à fredonner la chanson populaire sud-africaine « Le lion s’endort ce soir », popularisée par Henri Salvador en 1962 puis par le groupe Pow Wow trente années plus tard. Dans la dernière partie du film, Timon et Pumbaa font diversion en prononçant la chanson populaire américaine des années 1860 « Hawaiian War Chant » afin que Simba et Nala évitent les hyènes. On peut également citer le charabia que Rafiki chantonne (« Assan tessa nawan bana nawididibi diwididida ») lorsqu’il retrouve enfin Simba.

 

Jugez par vous-même…

Comme dans de nombreux disneys, quelques allusions sexuelles ont été disséminées ici et là. Sur la jaquette montrant le visage de Mufasa dans les airs, un examen minutieux dévoile de généreuses formes féminines à la place du nez. Dans le même ordre d’idée, un bref passage montre Zazu volant tout près de ce qui ressemble à une paire de seins pendant la chanson « Je voudrais déjà être roi ». Lorsque Simba adulte s’écroule au bord de la falaise lors de sa nuit à la belle étoile, la poussière qui s’envole semble former les lettres « SEX » pendant un bref instant, s’il ne s’agit plutôt pas des lettres « SFX » pour désigner les effets spéciaux. Lors de la chanson « L’amour brille sous les étoiles », Simba et Nala ne semblent pas s’amuser en toute innocence, et ce n’est pas la plongée montrant cette dernière avec un regard très suggestif qui va contredire cette théorie. Enfin, l’univers du Roi Lion ne dévoile que deux adultes mâles dans le troupeau. Si Mufasa est le seul mâle du troupeau en plus d’être le roi (Scar se tenant bien à part et n’ayant que peu de ressemblance avec les autres), alors qui peut bien être le père de Nala !? Sachant que le mâle dominant a pour habitude de s’accoupler avec plusieurs femelles…

S’il n’y qu’un seul lion dans le troupeau alors Nala est ta soeur, fiston !

 

Héritage

Fort de son succès mondial ayant rapporté près d’un milliard de dollars au box-office, Le Roi Lion connaîtra une suite en 1998 mettant en scène Kiara, la fille de Simba et Nala, ainsi qu’un troisième long métrage animé centré sur Timon et Pumbaa en 2004. Parallèlement, deux séries dérivées verront le jour : Timon et Pumbaa de 1995 à 1988, ainsi que La Garde du Roi Lion plaçant le jeune frère de Kiara comme héros depuis 2016. Quelques adaptations en jeux vidéo ont également vu le jour, notamment un jeu de plates-formes très fidèle sur Super Nintendo et Mega Drive en 1994, puis un autre plus anecdotique reprenant aussi des passages des deux premiers films sur PlayStation et Game Boy Color en 2001. La sympathique adaptation du Roi Lion 3 a quant à elle vu le jour en 2003 sur Game Boy Advance.

En 2019, pour les 25 ans du dessin animé, Disney sort un remake avec des décors entièrement reconstitués en images de synthèse et des animaux pleinement réalistes sans animation faciale. C’est Jon Favreau, déjà derrière le superbe Livre de la Jungle de 2016, qui réalise cette nouvelle version très agréable bien qu’imparfaite.

 

Emmanuel Delextrat

Salut à tous ! Fasciné par le monde du cinéma depuis toujours, j'ai fait mes débuts avec Mary Poppins et La soupe aux choux, mais aussi de nombreux dessins animés (courts métrages Disney avec Mickey, Donald et Dingo ; longs métrages Disney avec Alice au pays des merveilles en tête ; animés japonais avec Sailor Moon et Dragon Ball Z ; j'aime aussi particulièrement Batman et Tintin). Mes années 90 ont été bercées par les comédies de Jim Carrey (Dumb & Dumber en tête), ou d'autres films que j'adore comme Les valeurs de la famille Addams, Street Fighter, Mortal Kombat, Casper et Mary à tout prix). C'est pourtant bel et bien Batman Returns qui figure en haut de mon classement, suivi de près par The Dark Knight, Casino Royale, Dragon l'histoire de Bruce Lee ou encore Rambo. Collectionneur, j'attache de l'importance au matériel et j'ai réuni deux étagères pleines de films classés par ordre chronologique. Il va sans dire qu'il m'en reste encore beaucoup à voir...

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :