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Anne-Laure

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Passionnée de culture en général et notamment de cinéma. J’apprécie autant découvrir et parler de grands classiques, de films « à succès » ou de petites pépites (presque) inconnues, de toute époque et de tout genre, avec sans doute un amour plus particulier pour le cinéma d’animation. Les découvertes, leur transmission et leur partage m'intéressent plus que tout et j'aime me dire que je peux y contribuer.

Beautiful Boy de Félix van Groeningen

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Réalisateur : Félix van Groeningen

Casting : Steve Carell, Timothée Chalamet

Date de sortie : 6 février 2019

Genre : Drame

Durée : 2h01

 

Synopsis

Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

Depuis Steve + Sky en 2004, Des Jours sans Amour (Dagen zonder Lief) en 2007, et La Merditude des Choses (De Helaasheid der dingen) en 2009 (ce dernier ayant déjà reçu différentes récompenses), le cinéma de Félix van Groeningen s’est largement perfectionné, et exporté.

On se souvient en effet de The Broken Circle Breakdown (Alabama Monroe) qui a remporté le César du meilleur film étranger et avait été nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2014. Après Belgica en 2016, c’est sans grand étonnement qu’on le voit diriger son premier « film américain », avec en acteurs principaux Steve Carell et Timothée Chalamet (révélé par Call me by your Name de Luca Guadagnino en 2018).

Un travail toujours plus abouti

Bien que reprenant une histoire vraie, l’on peut reconnaître dans ce nouveau film certains thèmes que l’on devine chers au cinéaste : la jeunesse, les excès, l’entraide, la difficulté de s’intégrer « normalement », les épreuves que la vie peut nous réserver. On saluera notamment le travail sur la musique (point qui était déjà particulièrement fort et central dans Alabama Monroe et Belgica). Les morceaux de Neil Young, David Bowie, Sigur Ros ou encore John Lennon se succèdent et s’accordent parfaitement avec l’émotion que fait ressentir le film.

Les acteurs semblent particulièrement impliqués et l’on découvre une toute autre palette de jeu de Timothée Chalamet, qui ne fait que confirmer son talent. Steve Carell en père déboussolé mais attentif est tout aussi convaincant.

Une histoire vraie

Sans doute car il s’inspire directement du livre écrit par le vrai David Sheff (Beautiful Boy : A father’s journey trough his son addiction), l’on peut constater que le film s’éloigne des clichés habituels que l’on retrouve dans les « histoires d’addiction ». En effet, plutôt que de prendre le point de vue de la personne addict, l’on nous montre celui de son père ; la manière dont ce dernier voit l’addiction de son fils, les détériorations ou améliorations de son état, l’aide qu’il tente tant bien que mal de lui apporter. Le point central du film sera donc cette relation père-fils, faite d’entraide, de joies, de peines, d’incompréhension et de discussions.

De plus, l’on pourrait se dire que « Nic a tout pour être heureux » : ses parents semblent relativement aisés, il a la possibilité de faire de grandes études, sa famille le soutient envers et contre tout et il est indéniablement intelligent (quoique ce dernier point ne soit absolument pas synonyme de bonheur). Cela fait de lui un personnage éminemment complexe, dont les actions et réactions ne sont pas toujours compréhensibles, mais profondément touchant. La limitation du nombre de personnages permet également de s’intéresser réellement à eux. Enfin, et malgré le dur sujet abordé, le film parvient à ne jamais sombrer dans le pathos.

Un film sans doute un peu trop long

On regrette toutefois la longueur du film, qui finit par montrer essentiellement les rechutes et relèves de Nic, constamment, de manière quelque peu répétitive. L’on comprend évidemment que cette longueur, cette redondance est tout à fait censée ; elle permet de montrer que les échecs sont presque inéluctables, mais ne sont pas synonymes d’impossibilité. De fait, comme le dit si souvent le film « les rechutes font partie de la guérison ». En l’absence d’autres ressorts scénaristiques, malgré la musiques, les images et les acteurs magnifiques, il reste cependant pour le spectateur un sentiment de longueur étirée.

Néanmoins, le film permet de mettre en lumière un réel problème de la société actuelle ; aux Etats-Unis, la principale cause de mortalité des jeunes est due aux addictions.

Sami, une jeunesse en Laponie (Sameblod) de Amanda Kernell

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Date de sortie française : 14 novembre 2018

De Amanda Kernell

Avec Lenne Cecilia Sparrok, Hanna Alström, Anders Berg

Genre : Drame

Nationalité : Suédois, Norvégien, Danois

Musique : Kristian Eidnes Andersen 

 

Synopsis : Elle, 14 ans, est jeune fille d’origine Sâmi. Elève en internat, exposée au racisme des années 30 et à l’humiliation des évaluations ethniques, elle commence à rêver d’une autre vie. Pour s’émanciper et affirmer ce qu’elle souhaite devenir, elle n’a d’autres choix que rompre tous les liens avec sa famille et sa culture.

 

 

Un premier film original 

Sami, Une jeunesse en Laponie, est le premier long-métrage de la réalisatrice suédoise Amanda Kernell. Celui-ci fait suite à sa précédente réalisation, un court-métrage portant sur le même sujet : le peuple et la culture same, la difficulté de se distancer de ses racines, tout en y conservant un attachement.

Le métrage permet en effet de lever quelque peu le voile sur l’histoire du peuple same (appelés à tort lapons (mot provenant de l’ancien suédois et signifiant « porteur de aillons »)) qui se réparti entre le nord de l’Europe entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie.
Le film, sorti en 2016 en Suède, a été auréolé de plusieurs récompenses depuis : notamment le Lux Prize, le Dragon Award Best Nordic Film au festival du film de Gotebörg, le Human Value Award au festival international du film de Thessalonique, le deuxième prix et le prix de la meilleure actrice au festival du film international de Tokyo et l’Europa Cinema Label à la Mostra de Venise, en 2017.

Une histoire sous forme de flash-back

Le film débute en nous présentant Cristina, dame suédoise âgée, qui refuse de se rendre à l’enterrement de sa sœur en terre same, elle-même ayant rejeté son passé. Son fils parvient toutefois à l’en convaincre et s’ensuit un flash-back de la jeunesse de Cristina, dont le nom était, à cette époque, Elle Marja.

Le spectateur se voit donc projeté dans les années 1930 et constate le racisme dont font preuve les Suédois à l’égard des Samis : envoi en internat et cours « adaptés » (il serait impensable de dispenser les mêmes leçons aux petits suédois), évaluations ethniques (mesures et prises de poids humiliantes), insultes et rabaissements à répétition. Les Suédois les percevaient en effet comme « inférieurs » et  les persécutaient ou les étudiaient comme s’ils étaient des animaux.

(Sur)Vivant dans cette époque à l’ambiance peu agréable, Elle Marja choisira de se surpasser dans ses études, se détachant peu à peu de ses amis et de sa famille, rêvant d’une meilleure vie qui, selon elle, ne peut devenir réelle qu’en étant suédoise. A l’opposé, sa sœur ainsi que les autres élèves samis, ne souhaiteront en aucun cas se rapprocher de la « vraie » culture suédoise qui les fait tant souffrir. Ainsi, face au refus de sa professeure de l’aider et à l’incapacité de ses proches de comprendre son mal-être, Elle-Marja ne pourra compter que sur elle-même et aura bien du mal à prendre et à concrétiser sa décision : partir pour Uppsala pour vivre une meilleure vie.

Un « coming of age » différent

Elle y parviendra toutefois et devra surmonter bien d’autres épreuves, ce n’est là que le début de son « voyage ». Comment faire dans une ville inconnue, sans amis ni famille, lorsque l’on est déjà jugé de haut et rejeté systématiquement ? Et c’est là que réside l’essentiel du film qui, au-delà de présenter un pan peu connu de l’Histoire, est une variation du « coming of age » ou du « teen movie », avec ses difficultés, ses découvertes, ses joies et ses déconvenues habituelles… tout en les plaçant dans un contexte historique différent de ceux auxquels ces genres nous ont habitués.

En effet, on peut à ce sujet s’interroger sur le titre français du film, qui ajoute « Une jeunesse en Laponie », alors que d’une part, tout comme « lapon », « laponie » a une consonance péjorative et d’autre part la jeunesse de Cristina ne se déroule pas uniquement en Laponie. Le titre original signifie littéralement « sang sami » et semble plus adéquat. Car, si la « culture » sami a en effet une importance prépondérante tout au long du film, la Laponie en elle-même n’en est pas l’unité de lieu principale.

 

Une volonté de véracité

Si le film vaut davantage pour son histoire que pour ses réalisations techniques, il n’en est pas moins très beau à regarder, avec notamment une manière de présenter les personnages les uns par rapport aux autres qui permet de comprendre leurs liens ou les rapports qu’ils entretiennent (tacitement ou pas), ou encore les émotions qu’ils ressentent.

Par ailleurs, l’histoire semble particulièrement vraie. Et, en effet, au-delà se baser sur une vraie partie de l’Histoire, la réalisatrice, elle-même d’origine same fait savoir que certains de ses parents ont souhaité rejeter leurs origines. Les actrices et acteurs ne sont pas des professionnel(le)s, ce sont des Samis dont l’activité habituelle principale est l’élevage de rennes. Ils et elles ont été choisi(e)s dans le but de « coller » au maximum avec la réalité. Cristina et sa sœur sont d’ailleurs sœurs dans la vie réelle également : Lene Cecilia Sparrok et Mia Erikia Sparrok.

 

Entre film « historique », drame, coming of age/teen movie, avec une réalisation soignée, de beaux visuels et l’originalité de son sujet, Sami Une Jeunesse en Laponie est un film qui mérite réellement d’être vu et dont il faudrait davantage parler. On regrettera toutefois une fin assez expéditive qui manque quelque peu de détails concernant la vie adulte de Cristina.

Marlina, la Tueuse en quatre actes

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Date de sortie 8 mars 2018 (1h33)

De Mouly Surya

Avec Marsha Timothy et Yoga Pratama

Genres Drame et Thriller

Nationalité Indonésien

Musique Yudhi Arfani, Zeke Khaseli

 

Synopsis

« Au cœur des collines reculées d’une île indonésienne, Marlina, une jeune veuve, vit seule. Un jour, surgit un gang venu pour l’attaquer, la violer et la dépouiller de son bétail. Pour se défendre, elle tue plusieurs de ces hommes, dont leur chef. Décidée à obtenir justice, elle s’engage dans un voyage vers sa propre émancipation. Mais le chemin est long, surtout quand un fantôme sans tête vous poursuit. »

 

Mélange de genres

Dès la lecture du synopsis, l’on comprend que « Marlina, la tueuse en 4 actes », troisième film de la réalisatrice Mouly Surya, se présente comme une œuvre particulièrement originale ; mélangeant les genres, puisant ses inspirations dans différentes sources, de manière tout aussi audacieuse qu’efficace.

En ce qui concerne la trame principale, « Marlina » pourrait facilement, si l’on n’y prête pas suffisamment d’attention, être rangé dans la case unique et bien définie de « film de vengeance » (aux côtés, par ailleurs, du récent « Revenge » de Coralie Fargeat). Toutefois, d’autres éléments s’y ajoutent, le rendant encore plus riche et inclassable. L’on sent notamment une influence des Westerns mais également du cinéma japonais, et plus particulièrement des films de sabre. A cela s’additionne un côté « dramatique », faisant une sorte « d’état du monde ». Celui-ci démontre les relations entre femmes et hommes, et l’entraide entre femmes. Chaque personnage féminin, de la plus jeune à la plus âgée, est un personnage fort. A ce sujet, le film peut indéniablement être qualifié de féministe.

 

Quête vengeresse

Comme l’indique justement le titre, le récit se divise en quatre parties, quatre étapes de la quête de Marlina. Ainsi, le film s’ouvre sur des vues de paysages, aussi beaux que désertiques. Lesquels, couplés à la musique, vraisemblablement inspirée de Morricone, rappellent aussitôt le western bien que l’action se déroule sur une petite île indonésienne.

Une veuve, seule, dans une maison perdue dans ces paysages désolés. Demeure peu lumineuse qui se transformera bientôt en scène de huis-clos étouffant d’une vingtaine de minutes, en opposition avec l’étendue immense des terrains environnants. S’ensuit, à travers ces mêmes paysages mystérieux, baignés de soleil éclatant, et à dos de cheval, le « Voyage » de Marlina. Périple parsemé de rencontres diverses, plus ou moins joyeuses et bienvenues, et qui, au-delà de nous relater son combat, nous en apprendra (un peu) plus sur son passé et sur la vie sur cette île.

 

Mélange de contrastes

Visuellement, le film joue de contrastes : contraste entre les espaces clos et les espaces ouverts, contrastes entre les couleurs vives des vêtements des personnages qui se détachent des paysages désertiques et secs. Ces derniers opèrent comme des symboles de vie (colorée, saturée) par opposition aux paysages « ternes », mornes, des déserts, symbole de mort.

Ces contrastes ne sont toutefois pas uniquement visuels. En effet, l’on en décèle aussi clairement entre les relations et les places que « devraient » occuper femmes et homme, de même qu’entre leurs conversations. Plus particulièrement encore, une opposition se joue entre l’attitude des personnages et les actions qu’ils entreprennent. Aussi, Marlina semblera calme, mais n’en est pas moins consciente tout autant que déterminée à se venger et à obtenir justice.

 

Un regret toutefois serait le manque de développement de la plupart de personnages, et ce, bien que les acteurs soient tous convaincants. En effet, le film parait davantage être une forme de « conte » ou de « fable », avec des personnages assez peu caractérisés. Ils fonctionnent principalement office de « figures symboliques » plutôt que comme des individus clairement définis et uniques. L’on peut comprendre ce choix, les personnages ont peu de passé, et cela importe peu, il ne s’agit pas du point central. Toutefois, par moment, l’on aurait aimé en savoir plus.

Pour son esthétique très travaillée et particulièrement réussie, son mélange de genres et ses personnages forts, Marlina est néanmoins une excellente découverte et un film qui mériterait d’être vu, et Mouly Surya une réalisatrice, prometteuse, à suivre.