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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Le sommet des dieux – Patrick Imbert

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Date de sortie : 22 septembre 2021 (1h35)
Réalisateur : Patrick Imbert
Casting : Lazare Herson-Macarel, Eric Herson-Macarel, Damien Boisseau, …
Genre : Aventure, Drame
Nationalité : France

Synopsis : À Katmandou, le reporter japonais Fukamachi croit reconnaître Habu Jôji, cet alpiniste que l’on pensait disparu depuis des années. Il semble tenir entre ses mains un appareil photo qui pourrait changer l’histoire de l’alpinisme. Et si George Mallory et Andrew Irvine étaient les premiers hommes à avoir atteint le sommet de l’Everest, le 8 juin 1924 ? Seul le petit Kodak Vest Pocket avec lequel ils devaient se photographier sur le toit du monde pourrait livrer la vérité. 70 ans plus tard, pour tenter de résoudre ce mystère, Fukamachi se lance sur les traces de Habu. Il découvre un monde de passionnés assoiffés de conquêtes impossibles et décide de l’accompagner jusqu’au voyage ultime vers le sommet des dieux.

Critique : La puissance de la nature ainsi que la magnificence de ses décors a souvent apporté à l’Homme le défi de se surpasser, comme si le seul moyen de se sentir vivant résidait dans ce besoin contre lequel on ne peut lutter. Ce sentiment irrigue l’entièreté du « Sommet des dieux », adaptation du manga de Jirô Taniguchi en film d’animation français. Et si l’on savait Patrick Imbert, co-réalisateur du « Grand méchant Renard et autres contes », doué dans le domaine, force est de constater qu’on a quand même été surpris par la splendeur du film.

Celui-ci dispose en effet d’une dramaturgie solide, notamment dans ses alternances entre enquête dans le présent et passé marqué par les regrets. Difficile en effet de ne pas en avoir, surtout dans ces montagnes où se joue cette lutte pour une conquête, moins d’un territoire par l’exploit que de la reconnaissance par sa nature exceptionnelle. Le long-métrage parvient à instaurer ces doutes alpins avec un sérieux total, une implication émotionnelle qui rend la trajectoire de certains protagonistes plus amère encore.

En ce sens, le film perpétue cette idée avec un travail visuel tout bonnement superbe. La force de la Nature se prend à l’image, notamment dans la finesse de sa représentation. L’animation du film renforce une certaine prégnance émotionnelle, notamment dans son traitement de l’escalade. Il est dur de ne pas sentir son souffle coupé par la hauteur de ces décors, notamment dans certains jeux d’échelles qui accentuent l’impuissance humaine malgré sa volonté totale. L’humain y est minuscule de proportion mais c’est ce courage quasi suicidaire qui rend son action plus légendaire encore.

La sortie physique du film chez Wild Side est une belle occasion pour redécouvrir l’un des meilleurs films français de 2021 (ce qui veut dire beaucoup dans une année aussi riche à ce niveau). « Le sommet des dieux » joue de manière grandiose visuellement de l’obsession de certains esprits aventuriers, de ces personnes qui cherchent le dépassement à tout prix face à une nature incontrôlable. Le film grimpe tout du long émotionnellement tout en nous faisant redouter en permanence la chute, avec un souffle en permanence coupé mais néanmoins galvanisant par ce cinéma à l’adrénaline humaniste.

Attention bandits ! – Claude Lelouch

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Date de sortie : 1987 (1h45)
Réalisateur : Claude Lelouch
Casting : Pascal Gilbert, Jean Yanne, Patrick Bruel, …
Genre : Drame, Polar
Nationalité : France

Synopsis : Receleur de son état, Simon Vérini se voit confier, par un jeune truand surnommé « Mozart », le butin d’un hold-up chez Cartier. Mais la transaction tourne mal : sa femme est tuée sous ses yeux et il est accusé du vol. Simon se retrouve en prison pour 10 ans, après avoir toutefois eu le temps de confier sa fille, Marie-Sophie, à un collège suisse. Lorsqu’il sort, il n’a qu’une idée en tête : se venger…

Critique : Plus besoin de présenter Claude Lelouch tant la mention de son nom rappelle tout un pan du cinéma français. Néanmoins, il reste intéressant de replonger dans sa filmographie, surtout quand on a l’excuse de sorties d’éditions physiques de ses titres, comme ici avec « Attention bandits ! » chez Métropolitan. L’histoire trouve son intérêt dès la trahison qui se fait, mise en scène avec tragédie par Lelouch dans un style qui rappelle De Palma et son « Obsession » par exemple. Le tourment de Simon Vérini se crée par sa perte qui servira de moteur de regret tout au long de la narration.

C’est d’ailleurs l’émotivité qui frappe dans le récit, en particulier par ces conversations épistolaires entre Vérini et sa fille, maintenant une forme de distance physique qui sied à l’amertume du héros. Leurs retrouvailles présentielles font attendre un vacarme sentimental mais le récit préférera prendre d’autres orientations, ce qui risque d’abandonner certains spectateurs en chemin. Pourtant, l’intérêt se maintient, surtout grâce à un casting plutôt bon en général. C’est dans leurs failles de jeu que se trouve d’ailleurs le charme d’un long-métrage plutôt convaincant dans le traitement de ses protagonistes.

Si l’on peut rester sur sa faim par la conclusion, « Attention bandits ! » s’avère au final assez bon, en particulier quand il se repose sur ses acteurs et leur réappropriation de figures criminelles qui auraient pu tomber dans quelque chose de plus cliché. Les fulgurances du film parviennent à maintenir une attention totale, en particulier dans le tragique de son ouverture. De quoi faire une bonne entrée en matière dans le cinéma de Lelouch, surtout au vu de l’édition fournie par Metropolitan.

Summertime – Carlos Lopez Estrada

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Date de sortie : 2021 (1h35)
Réalisateur : Carlos Lopez Estrada
Casting : Tyris Winter, Marquesha Babers, Maia Mayor, …
Genre : Comédie, Drame, Musical
Nationalité : États-Unis

Synopsis : Les vies de 25 jeunes habitants de Los Angeles s’entrecroisent pendant une chaude journée d’été.

Critique : Qu’il fait du bien de voir pareil film par ces températures de plus en plus fraîches pour nous rappeler de la chaleur qu’une belle journée d’été peut vous amener ! Cette comparaison peut sembler hasardeuse mais le film de Carlos Lopez Estrada appelle déjà à un aspect ensoleillé, comme dans la luminosité avec laquelle Los Angeles sera illuminée tout au long du film. « Summertime » porte en ce sens bien son nom tant il dégage une beauté estivale, presque toute aussi belle que ses nombreux personnages qui font battre le cœur de la narration.

Cette dernière s’avère ainsi disparate, passant de protagoniste en protagoniste pour mieux développer un regard large sur la ville, ses habitants, leurs peines et leurs joies avec une énergie folle. Pourtant, le film s’inscrit pleinement dans les thématiques de ces jeunes confrontés à leurs doutes, sur leur avenir, le regard des autres par leurs expériences de vie, etc. Il se développe un cri déchirant de véracité ainsi qu’une lettre d’amour à tous ces destins qui se croisent et se décroisent avec une virtuosité si folle qu’elle sait se montrer particulièrement sensible.

L’usage de l’art devient alors vital, un besoin indispensable pour pouvoir faire ressortir tout ce qui a été intériorisé, retenu, aussi bien cri de colère que lettre marquée de l’humidité des larmes. Dans un film déjà aussi réussi, ces instants autres sonnent comme des fulgurances d’une perfection émotionnelle forte. L’inquiétude ne peut plus se résigner à une amertume sourde qui ronge nos personnages mais se doit de ressortir, avec un éclat aussi puissant que le long-métrage en général. Il y sonne une revanche sur le monde, surtout dans la quête de place permanente qui semble lier tout un chacun, quel que soit ce refuge où pourrait se loger cet épanouissement.

Quel dommage alors de ne pas avoir découvert ce « Summertime » plus tôt tant le film de Carlos Lopez Estrada a tout du coup de cœur par sa manière de faire battre le nôtre à vive allure. Sa sortie en édition physique devrait réparer l’injustice de la discrétion que connaît un film aussi vibrant et chargé en tous sens, véritable feu d’artifice cinématographique qui capte aussi bien une ville qu’une génération remplie d’espoirs et de doutes…

Le vampire et le sang des vierges – Harald Reinl

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Date de sortie : 1967 (1h25)
Réalisateur : Harald Reinl
Casting : Lex Barker,Karin Dor,Christopher Lee, …
Genre : Épouvante, horreur
Nationalité : Allemagne

Synopsis : En 1801, pour avoir assassiné douze jeunes femmes, la treizième, Béatrice de Brabant s’étant échappée, le comte Regula est condamné à être écartelé en place publique. Avant son supplice, il promet de revenir se venger. 35 ans plus tard, l’avocat Roger de Mont-Elise reçoit une invitation au château d’Andomai, demeure de la famille Regula. En chemin, il sauve une jeune femme d’une attaque de bandits : Lilian de Brabant, elle aussi invitée au château.

Critique : Les récits gothiques ont certains codes narratifs qui, à forcent de se répéter, peuvent sembler clichés à force pour une certaine audience. Pourtant, si « Le vampire et le sang des vierges » fait craindre de prendre des chemins trop connus, son itinéraire préférera finalement se diriger vers des contours forestiers bien plus surprenants, à l’instar d’un long trajet en calèche au cœur du film. Harald Reinl parvient à gérer un équilibre entre une forme plutôt classique et quelques instants de pur effroi gothique, avec une ironie lointaine qui point par instants sans dénuer le récit.

Visuellement, on sent le travail pour offrir des moments d’éclat, notamment dans certains plans ou la reprise du « Puits et de la pendule », récit d’Edgar Allan Poe qui se voit repris dans le climax. La présence rare mais toujours emplie de charisme de Christopher Lee installe une certaine menace en la personne du comte Regula. Le tout se suit donc plutôt bien dans son traitement gothique cherchant à esquiver le trop attendu tout en s’inscrivant dans une certaine tradition narrative.

Le travail d’édition d’Artus dans l’exemplaire fourni reste, comme d’habitude, des plus remarquables. Le master 2K proposé ici rend visuellement très bien tout en étant à l’image de son contenant, un joli et riche coffret Blu-Ray, DVD et livre. Ce dernier, long de 80 pages, décortique au mieux les conditions d’un film déjà hautement recommandable mais devenant grandement indispensable par pareil format.

Les amateurs de cinéma de genre cherchant à prendre la route sinueuse des films gothiques européens devraient en avoir pour leur argent avec « Le vampire et le sang des vierges ». L’édition qualitative présentée par Artus est à la même valeur qu’un film réussi dans son traitement et parvenant, dans ses meilleurs moments, à offrir de vrais instantanés d’effroi.

Our ladies – Michael Caton-James

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Date de sortie : 2021 (1h40)
Réalisateur : Michael Caton-James
Casting : Tallulah Greive, Abigail Lawrie, Sally Messham, …
Genre : Comédie, drame
Nationalité : Écosse

Synopsis: Un groupe d’écolières écossaises se rend à Édimbourg pour participer à un concours de chant. Pour ces adolescentes issues d’une petite ville des Highlands, c’est l’occasion d’échapper à leur vie quotidienne et de s’amuser dans la grande ville. Ayant peu d’attentes quant à leur futur, Orla, Finnoula, Manda, Kay, Chell et Kylah sont déterminées à profiter de chaque instant de cette aventure mêlant amour, vie et amitié́ vraie.

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Critique : Le teen movie dispose de ce potentiel de création incandescent par sa capacité à charrier la mélancolie de l’adolescence sans en ignorer ses regrets et autres afflictions loin d’une vision purement idéalisée. C’est d’ailleurs ce qu’arrive à dépeindre ici Michael Caton-James avec « Our Ladies », ancré dans une Écosse du passé et récit de découvertes. Ce dernier point passe déjà par cette journée passée par nos héroïnes à Édimbourg, où la grandeur de la ville par rapport au quotidien inscrit dans quelque chose de plus habituel permet aux personnages de se développer, avec plus ou moins de fureur. La résonnance entre grandeur et intime se fait alors aussi subtile et nuancée que le propos entier d’un long-métrage qui sait comment rendre justice à ses protagonistes et leurs inquiétudes respectives.

Il y a une union féminine qui se dessine durant l’avancée du long-métrage, une sororité qui se développe en opposition aux craintes diverses qui se font ici. C’est ainsi que le titre sonne comme une réappropriation de ce sentiment face à une représentation religieuse poussant à l’étouffement individuel au profit du groupe. Le chemin de nos héroïnes, toutes campées avec ferveur par un casting impeccable, prouve cette possibilité d’existence unique au sein d’une communauté soudée. Michael Caton-James parvient alors à mettre en scène avec un charme certain ces itérations de quête de soi dans un monde qui va vers le bouleversement d’un futur incertain pour chacune de ces jeunes femmes.

Drôle et enlevé, « Our ladies » est une bonne comédie dramatique écossaise profitant de l’abattage de son casting pour mieux y représenter des craintes adolescentes intemporelles et le pouvoir de la sororité face aux menaces de réappropriation individuelle de toute personnalité. S’il est modeste en apparence, il se dresse quelque chose de particulièrement touchant et énergique dans ce long-métrage passé honteusement sous les radars.

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La brune de mes rêves – Elliott Nugent

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Date de sortie : 1947 (1h23)
Réalisatrice : Elliott Nugent
Casting : Bob Hope, Dorothy Lamour, Peter Lorre, …
Genre : Comédie
Nationalité : États-Unis

Synopsis: Un photographe pour bambins, Ronnie Jackson, rêve de devenir détective privé comme son voisin de palier. Ce dernier absent, Ronnie prend sa place, et se retrouve engagé sur une affaire d’espionnage concernant une mine d’uranium.

Critique : Nous avions parlé avec « L’évadée » (également disponible chez Artus en DVD) de la facilité de reconnaître les codes du film noir mais aussi de les retourner avec un peu de talent. C’est clairement le cas de cette « Brune de mes rêves » mais dans une autre orientation que le film d’Arthur Fleischer. Si ce dernier préférait garder un premier degré embrumé dans une sensation d’inconfort dans les repères, Elliott Nugent privilégie l’humour et le décalage avec un humour assez bienvenu par l’envie de se réapproprier ces tropes dans des contours comiques.

On pourrait quasiment parler de forme méta par la manière dont Ronnie Jackson cherche à se réapproprier une identité autre pour devenir à son tour un détective, prolongation somme toute de la reconnaissance des spectateurs. L’intrigue se délie alors dans une forme de flash-back ironique sur les mésaventures que le personnage connaîtra en essayant d’échapper à son quotidien. On peut débattre sur la qualité des blagues inscrites dans une intrigue plutôt solide mais il ressort à nos yeux un charme plutôt amusant. Cela passe notamment par une direction d’acteurs qui parvient à être sur le fil de l’ambition tonale du long-métrage. Bob Hope mouille le maillot avec une envie contagieuse tout en appuyant l’intérêt pour son personnage principal. Le reste est somme toute classique mais fonctionne de façon plus que correcte pour qu’on soit assez diverti durant sa découverte.

C’est donc un titre clairement sympathique que nous propose Artus en ressortant cette « Brune de mes rêves ». Le film d’Elliott Nugent parvient à bien jouer des codes pour amuser de manière permanente. On ne s’ennuie ainsi que très peu, que ce soit grâce à l’abattage comique de son casting ou son ton mi-sérieux mi-ironique qui parvient à saisir le charme du film noir tout en détournant ses codes de manière légèrement mais suffisamment décalée. De quoi largement sourire devant un film jouant de son classicisme pour souligner une affection sincère pour le genre qu’il illustre assez bien.

Zola – Janicza Bravo

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Riley Keough (left) stars as "Stefani" and Taylour Paige (right) stars as "Zola" in director Janicza Bravo's ZOLA, an A24 Films release. Cr. Anna Kooris / A24 Films

Date de sortie : 2021 (1h30)
Réalisateur : Janicza Bravo
Casting : Taylour Paige, Riley Keough, Colman Domingo, …
Genre : Comédie, drame
Nationalité : États-Unis

Synopsis : Le voyage sauvage sur deux jours avec une travailleuse du sexe, Jessica, son petit ami, Jarrett, et le proxénète violent de cette dernière. L’excursion est suivie par Aziah « Zola » Wells qui tweete les événements que connaissent les individus.

(L to R) Nick Braun as « Derrek », Riley Keough as « Stefani », Taylour Paige as « Zola », and Colman Domingo as « X » in director Janicza Bravo’s ZOLA, an A24 Films release. Cr. Anna Kooris / A24 Films

Critique : Existe-t-il un mot qui saurait délimiter les contours de « Zola », film de Janicza Bravo produit par A24 et sorti discrètement en VOD depuis peu ? Rien n’est moins sûr tant cet objet cinématographique s’avère d’un clinquant qui n’hésite pas à freiner à plusieurs reprises dans sa narration, à basculer autrement pour mieux nous placer ailleurs dans notre situation passive de spectateur. Il faut bien y reconnaître une certaine énergie dans sa manière de transposer cette histoire réellement tweetée tout en jouant sur un superficiel de façade pour mieux tester notre capacité d’adhérence spectatorielle.

Le long-métrage regorge ainsi de nombreux effets de style, avec une esthétique difficilement préhensible dans son entièreté mais passionnante par cette insaisissabilité formelle, en cohérence avec la narration. La nature crue du film se fait alors provoquante mais non moins pertinente dans ce rapport à une sexualité froide, quasi désincarnée. Une accumulation de corps masculins nus prenant d’assaut une jeune femme se voit amenée dans une répétition sans âme et sans cœur, un cycle désillusionné où le parti pris visuel souligne de manière appuyée une forme d’automatisme où n’existent plus que des êtres sans visage et personnalité.

D’une ironie sournoise et jouant sur la provoc avec un délice non dissimulé, « Zola » joue au mal aimable fier de l’être pour mieux dévoiler une forme de grotesque continue, quasi coulante. Il est évident que le film de Janicza Bravo laissera des gens sur le côté par son approche particulièrement appuyée dans sa façon de se développer avec son esthétique unique. Pourtant, pareille tentative s’avère passionnante pour toute personne qui se laissera absorber par ce long-métrage jouant sur un aspect faussement creux pour mieux se déployer dans une acidité qui ronge sans discontinuer…

Colman Domingo (left) stars as « X » and Taylour Paige (right) stars as « Zola » in director Janicza Bravo’s ZOLA, an A24 Films release. Cr. Anna Kooris / A24 Films

Vij ou le diable – Constantin Erchov et Gueorgui Kropatchev

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Date de sortie : 1967 (1h17)
Réalisateurs : Constantin Erchov et Gueorgui Kropatchev
Casting :Natalya Varley, Aleksei Glazyrin, Nikolai Kutuzov , …
Genre : Fantastique, épouvante
Nationalité : Union Soviétique

Synopsis: Trois jeunes séminaristes quittent leur monastère pour partir en vacances. La nuit, ils se font héberger par une fermière qui se révèle être une sorcière. Khoma l’empoigne et la laisse pour morte, après qu’elle se soit transformée en jolie jeune fille. Sous la pression de la famille, le recteur oblige Khoma à passer trois nuits auprès de la défunte afin de prier pour son âme. Il va vivre trois nuits d’épouvante jusqu’à l’apparition de VIY, le démon et maître des Gnomes…

Critique : La découverte de « Vij » pourrait laisser sur le carreau certaines personnes qui voient l’horreur par un prisme fantastique souvent inscrit dans une forme de normalité apparente. En effet, le film développe directement une approche gothique des plus marquées, dans une forme d’esthétisation telle qu’il serait logique qu’elle mène à une fascination totale ou un rejet vif. Impossible en effet de rester insensible face à cette proposition visuelle des plus marquées. On en profitera d’ailleurs pour souligner la qualité du Blu-Ray proposé par l’éditeur Artus pour restituer ce sentiment autre qui coule jusque dans une certaine variété de tons.

Il sort en effet une forme de farce dans cette adaptation de mythe soviétique, notamment par la caractérisation de Khoma. Le quasi burlesque de son traitement permet de mieux dessiner une attaque anti-religieuse plutôt passionnante, jouant de son fantastique pour peindre un portrait d’homme rempli de failles alors même qu’il doit incarner une figure solide et stoïque. Les regrets nourris dans cette confrontation à une culpabilité se font donc avec un excès aussi bien narratif que visuel mais de manière à mieux créer un sentiment autre dans son développement. Il y a tant d’idées dans le propos ou la mise en scène que l’on serait bien las de toutes les recouper mais cette poussée à l’extrême à ces niveaux invoque quasiment une forme de possession dans sa découverte, avec un intérêt qui ne diminue jamais tout du long de sa durée.

Disponible dans un Blu-Ray qualitatif chez Artus, « Vij ou le diable » fait partie de ces titres qui peuvent déstabiliser par son approche mais qui se révèle justement grisant par ce traitement. On y sent un excès permanent dans cette adaptation, jouant aussi bien sur la ruralité réaliste que le fantastique gothique appuyé au maximum, avec ce sentiment de n’avoir jamais rien vu de pareil auparavant. À vous dès lors de découvrir ce film pour mieux décider comment vous allez être habité.e ou non par cette œuvre des plus uniques…

There is no evil – Mohammad Rasoulof

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Date de sortie : décembre 2021 (2h32)
Réalisateur : Mohammad Rasoulof
Casting : Ehsan Mirhosseini, Shaghayegh Shourian, Kaveh Ahangar, …
Genre : Drame
Nationalité : Iran

Synopsis: Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Critique : On l’oublie régulièrement au vu de notre inscription dans quelque chose de quotidien mais le cinéma dispose de cette capacité à mettre en branle le monde par sa façon de charger la politique d’un pays, si pas d’un monde. Tourné en toute clandestinité, « There is no evil » s’inscrit dans cette ambition thématique par sa manière de parler de peine de mort dans une Iran tiraillée jusque dans ses moindres rouages. C’est justement par le bouleversement quasi léger, presque invisible à l’œil nu, que le film de Mohammad Rasoulof trouve son impact des plus dévastateurs.

Divisé en quatre histoires différentes mais liées par ces mêmes interrogations, « There is no evil » s’entame par une représentation d’une normalité si banale qu’elle en semble imperturbable. Plus dure en sera la chute, d’une brutalité estomaquante par sa façon de s’ingérer dans ce qui se dévoile comme si commun. La force narrative du long-métrage s’y fait puissante, comme une colère sourde qui ne cherche qu’à se vocaliser pour y assumer toute sa dimension. La mise en scène de Mohammad Rasoulof parvient dès lors à conférer une voix à ces protagonistes du réel, à leur mise en tension effective et à ce portrait multiple où la durée des séquences ravive une capacité résistante indispensable.

Récompensé de l’Ours d’or de Berlin en 2020, « There is no evil » contient les germes des grands films, ceux dont la pensée de fond ne peut se soumettre et où l’image sert à mieux développer des protagonistes mis face à des rouages destructeurs et meurtriers. Le long-métrage de Mohammad Rasoulof est d’une tragédie contemporaine telle que l’on ne sait comment en aborder pleinement ses réussites. Allez le voir sur grand écran, cela vaudra mieux pour restaurer au mieux tout son intérêt indéniable.

New order – Michel Franco

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Date de sortie : 2021 (1h28)
Réalisateur : Michel Franco
Casting : Naian González Norvind, Diego Boneta, Monica Del Carmen, …
Genre : Drame
Nationalité : Mexique

Synopsis: Un somptueux mariage de la classe dominante à Mexico dégénère en un soulèvement populaire inattendu cédant la place à un violent coup d’État. Vu à travers les yeux de la jeune mariée et des serviteurs qui travaillent pour et contre sa riche famille, New Order retrace de façon haletante l’effondrement d’un système politique alors qu’un autre surgit dans son sillage.

Critique : Poser des mots sur « New Order » fait partie de ces exercices où l’on tente au mieux d’évacuer le bouillonnement dans lequel nous laisse une œuvre pour mieux la remettre par écrit. C’est ainsi que le film de Michel Franco fait mal, très mal. Cela pourrait sembler un appel à la précaution simple et factice mais c’est la réalité : le visionnage de ce film est une expérience très rude, appelant à un inconfort qui laisse muet une fois le générique de fin entamé. Il suffit d’un simple plan sur un tas de cadavres pour bien saisir déjà la nature formelle du long-métrage mais pourtant, il faut bien admettre que l’on n’était pas prêt à se sentir dans cette position au moment d’entamer ce « New Order ».

La critique sociale qui s’y dessine se fait plus que féroce : sa violence imprègne les murs, perturbe tout dans une révolution aux rouages des plus sanglants. Le scénario se fait alors retors dans sa manière de traiter ses protagonistes et d’alterner les points de vue, faisant croire à une forme de regard humaniste sur l’événement alors que les contours qui se dévoilent sont plus nihilistes qu’autre chose. La mise en scène se fait équivalente durant certaines séquences pour bien garder en plein champ l’horreur de la situation et patientant pour mettre en lumière certains aspects moins reluisants encore. Le long-métrage s’avère alors d’une dureté à la limite du choquant mais se rangeant sans difficulté parmi ces expériences qui secouent.

C’est muet que l’on sort de la séance de « New Order », pas loin de la complaisance par la brutalité de certaines scènes mais pertinent dans ce qu’il illustre en manipulations sociales et économiques. Sa cruauté y est telle que l’on perd un peu foi en l’humanité, tout en acceptant que le film de Michel Franco est un électrochoc de qualité. Il ne faut donc pas s’étonner d’en sortir retourné tant il est compliqué de sortir indemne de pareil film rugueux dans tous ses aspects…