• Titre original : Honey don’t !
  • Date de sortie en salles : 12 novembre 2025 avec Universal Pictures
  • Réalisation : Ethan Coen
  • Distribution : Margaret Qualley, Chris Evans, Aubrey Plaza, Charlie Day & Don Swayze
  • Scénario : Ethan Coen & Tricia Cooke
  • Photographie : Ari Wegner
  • Musique : Carter Burwell
  • Support : VOD (2026) en 1.85:1 / 89 min

RÉSUMÉ : Honey O’Donahue est une détective privée de Bakersfield qui ne s’en laisse pas compter. Lorsque le cadavre d’une de ses clientes est retrouvée dans ce qui ressemble à un banal accident de la route, elle commence à remonter le fil d’une intrigue tordue qui semble conduire à un mystérieux temple dont le pasteur a une attitude rien moins qu’équivoque. Les choses se corsent quand sa propre nièce disparaît…

Pour Honey don’t !, Ethan Coen a rassemblé la même équipe que pour Drive-away Dolls, mais n’a sans doute pas eu le budget pour inviter les mêmes caméos, en dehors de Chris Evans (Avengers, Ghosted) qui s’éclate littéralement dans la peau d’un pasteur évangélique avide de sexe et imbu de lui-même. Le film précédent ne parvenait jamais à trouver le bon équilibre entre road-movie et comédie policière décalée mais procurait quelques bons moments, parfois drôles, parfois toniques, grâce au magnétisme indiscutable de Margaret Qualley (the Dog Stars, the Substance).

Ici, l’actrice occupe davantage l’avant-scène et semble amoureusement cadrée dans tous ses déplacements : au lieu de jouer une paumée en fuite, elle campe une détective privée badass qui refuse systématiquement les avances du lieutenant de police local (parce que « elle aime les filles. ») et promène son savant déhanché dans tous les recoins de la bourgade écrasée sous la chaleur. La direction artistique a l’air d’avoir eu pour consigne de la magnifier à chaque plan, et Coen ne se prive pas de cadrages très rapprochés sur son regard intense et son visage harmonieux, tout comme sur sa silhouette sylphide souvent perchée sur de hauts talons.

L’aspect néo-noir est patent dans l’atmosphère ouatée du métrage sauf que l’enquêteur est une enquêtrice et qu’elle a troqué son trench et son feutre mou contre des tenues aussi élégantes que sexy. Les autres personnages sont davantage campés dans des archétypes presque outranciers, entre le policier incapable (mais gentil), la femme fatale qui bosse pour des caïds étrangers (et parle un français abominable), les acolytes cons comme des balais, la mère de famille qui pond des gosses à tour de bras et bien entendu le pasteur aux dents blanches.

Un catalogue sympathique réuni autour d’une affaire scabreuse mêlant trafic de drogue et disparitions inexpliquées, et notre Honey progresse à petits pas grâce à sa détermination et son raisonnement, raccrochant les maigres indices entre eux. Pendant ce temps, des assassinats sont commandités, mais des personnes meurent également sans raison : elles étaient au mauvais endroit au mauvais moment. L’absurdité de ces séquences rappelle immédiatement les grandes réussites des frères Coen, sauf qu’elles ne reposent ici sur pas grand chose de concret, l’essentiel du film se contentant d’enfiler les scènes avec Margaret (avec ou sans vêtements), des dialogues ubuesques et quelques clins d’oeil amusants.

L’ouverture du métrage était pourtant très jouissive avec un générique remplacé par des travellings sur des pancartes, enseignes et panneaux de signalisation comportant les noms des membres de l’équipe artistique (le titre du film n’apparaissant que sur la plaque d’immatriculation de Honey). Un procédé qui rappelle Baby Driver. Néanmoins, après quelques sourires devant les performances de Chris Evans et les meurtres ridicules, on s’aperçoit qu’il ne reste que le plaisir de voir Margaret Qualley dans un rôle plus réservé que d’habitude, mais tout aussi séduisant.

On ne dérange pas le prêtre quand il est dans sa sacristie !

Le film est vendu sur son énigme, mais celle-ci est vite éventée, on est bien loin d’un Agatha Christie ou de la saga À couteaux tirés, malgré un petit twist rageur sur la fin qui permet d’occulter une bonne partie de l’intrigue.

C’est sans doute, comme pour son prédécesseur, sur le renversement des rôles (et des genres) que l’effort d’écriture a été porté. Il faut reconnaître que la barre a été placée très haut cette fois : ici, les hommes ne sont pas des héros mais des êtres veules, cupides, stupides et obsédés, s’effrayant d’un rien et incapables de se prendre en mains. Même le pasteur (le Révérend Drew Devlin/Chris Evans), qui dirige une église servant de couverture à un trafic illégal, est à la merci de Chère, l’envoyée des commanditaires français. Seul, à la rigueur, peut-on sortir de ce lot d’infamie le barman (interprété avec bonhomie par Don Swayze, le frère de Patrick), le seul mec qui a la sympathie de Honey – mais même lui n’a pas su déceler la détresse de la première victime (alors qu’il avait quand même remarqué qu’elle avait un beau cul – comme quoi, un mec reste un mec).

Les personnages féminins héritent dans ce film des rôles les plus denses et intéressants. Certes, la soeur de Honey est une mère de famille classique qui a bien trop à faire avec sa marmaille et refuse qu’on la juge, mais on notera que sa secrétaire (Spider) est bien trop futée pour être dupe des soucis entourant la détective. Dans les forces de police, c’est MG (Aubrey Plaza) qui décroche la timbale, une fliquette qui n’a pas froid aux yeux. La relation entre Honey et elle devient vite très caliente et la manière dont leurs rapports sont filmés, avec l’application de rendre l’utilisation de gadgets érotiques la plus banale possible, plaira sans doute à ceux qui désirent une meilleure représentation des rapports lesbiens au cinéma. Tout le contraire des outrances grotesques du révérend Drew.

Reste un film d’ambiance, avec une bande-son réussie (certaines des chansons sont écrites et interprétées par l’actrice principale), une photo qui rend hommage aux paysages désertiques de ce coin de Californie, beaucoup de charme, de l’absurde et du sexe. Assez pour passer une bonne soirée.


Laisser un commentaire