• Titre original : the Exorcist
  • Date de sortie en salles : 11 septembre 1974 avec Warner Bros. Columbia
  • Réalisation : William Friedkin
  • Distribution : Linda Blair, Ellen Burstyn, Lee J. Cobb, Jason Miller & Max von Sydow
  • Scénario : William Peter Blatty d’après son roman éponyme
  • Photographie : Billy Williams & Owen Roizman
  • Musique : Mike Oldfield & Jack Nitzsche
  • Support : Blu-ray Warner (2010) region All / 132 min (version longue)

Synopsis : Une mère de famille constate que le comportement de sa fille Regan change radicalement. Devant l’impuissance de la médecine, elle décide de se tourner vers un prêtre, le père Karras, un Jésuite qui doute de sa propre foi, tandis qu’un inspecteur de police se demande si la jeune fille n’est pas impliqué dans la mort d’un ami de la famille…

Sur un site de fouilles en Irak, le père Merrin (Max von Sydow) retrouve un vieil adversaire…

De nos jours, les salles de cinéma et complexes sont submergés par des films catalogués horreur, ou épouvante : des producteurs ont trouvé un filon, qui fonctionne chez un public jeune avide de sensations fortes. Si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, le spectateur n’a pas la frustration d’attendre des mois, voire des années avant d’en voir un autre.

Auparavant, il y a déjà eu des vagues similaires avec des sociétés de production spécialisées dans ce genre de films, la Hammer et Universal en tête. Il y a eu aussi les films de vampires (Une nuit en enfer, Sinners, Vampire, vous avez dit vampire ?), et les films de zombies (28 jours plus tard, World War Z), et les giallo italiens (Suspiria) qui ont introduit la notion de gore. Mais en 1974, l’un de ces métrages a fait date : lorsque William Friedkin (French Connection, Police Fédérale Los Angeles) s’est emparé du script de William Peter Blatty, il a réalisé avec l’Exorciste ce qui est considéré comme le plus grand film d’horreur de tous les temps.

Pendant ce temps, à Washington, le père Karras se débat avec sa Foi, tandis que des églises sont profanées.

Ce titre est d’abord entré dans l’imaginaire collectif par les malaises en série occasionnés lors des projections en salles de l’époque. Depuis, il est devenu une référence absolue du cinéma de genre, et ce malgré la litanie de copies bâtardes et nauséeuses qui ternirent longtemps l’image des films d’épouvante. Ses récompenses (4 Golden Globes dont Meilleur Film et Meilleures actrice ! 2 Oscars pour le meilleur scénario adapté et le meilleur son) et la reconnaissance critique universelle ne contribuèrent que sur le tard à asseoir définitivement l’Exorciste en tant que grand film, et ce, dans tous les sens du terme.

La jeune Regan (Linda Blair) a du mal à dormir car son « ami imaginaire » la tourmente.

Aujourd’hui encore, cette œuvre ne parvient décidément pas à se banaliser : au-delà de la terreur des premiers visionnages, on se surprend à être époustouflé par la maîtrise formelle de ce volet, débarrassé en outre des quelques plans supplémentaires apparus dans le montage de 2000 (les inserts ainsi que la fameuse séquence de « l’araignée »). L’efficacité prime, l’efficacité du plan et du montage, avec un choix de narration n’épargnant pas les ellipses mais évitant à tout prix les baratins explicatifs.

Il n’y a pas d’à peu près dans l’Exorciste, pas de séquences gratuites : chaque mot, chaque image sont destinés à renvoyer à un élément du récit. L’accent est mis sur la Possession davantage que sur la Foi en elle-même, l’enquête policière ou encore les messes noires. Toutes ces autres pièces de l’intrigue sont pourtant toutes évoquées, ce qui densifie encore le propos. Les lecteurs remarqueront que ces éléments sont nettement plus présents dans le roman, qui s’avère plus détaillé et méticuleux dans la partie précédent l’exorcisme proprement dit.

Toute une batterie de tests, parfois douloureux, et le même constat : rien n’apparaît aux examens.

On comprend dès lors que le personnage de Kinderman (l’inspecteur débonnaire cinéphile), qui apparaît très peu à l’écran, est essentiel au bon déroulement de l’histoire, permettant de mettre en relation le père Karras et la mère de Regan. Ces trois personnages constituent les trois pôles du script : ils personnifient un élément clef de l’intrigue et cristallisent chacun des angoisses différentes de la communauté. Ellen Burstyn est complètement à son aise dans la peau de cette actrice célèbre, vivant séparée de son mari et élevant sa fille unique dans un cocon chaleureux grâce à une évidente aisance financière.

La médecine étant impuissante, essayons l’hypnose.

Cependant, Jason Miller crève l’écran : confesseur chez les Jésuites, le père Karras traverse une véritable crise de Foi liée à la maladie de sa mère qu’il se refuse à placer en institut. Son charme viril attirera l’attention de l’actrice – dont il est grand fan – qui le choisira (un peu contre toute attente) pour tenter de trouver une solution au mal qui ronge sa fille chérie, sur lequel les plus grands spécialistes de la médecine moderne se sont cassés les dents.

En désespoir de cause, Chris Mc Neil (Ellen Burstyn) va se tourner vers le père Karras.

Afin d’amener l’irruption du père MerrinFriedkin intensifie l’attente par une mise en scène toute en ruptures de rythme (très cut, un seul fondu au noir – et justifié par la séance d’hypnose). Il la décuple par le biais d’une bande son à l’unisson (pas plus de quatre passages musicaux, tous très brefs, mais les cris, grondements sourds, raclements, vrombissement des machines d’analyse, martellement des outils d’artisans) contribuent à instiller un malaise grandissant sans jamais (sauf dans la très belle scène du rêve de Karras) user d’artifices.

L’inspecteur Kinderman (Lee J. Cobb) enquête sur une mort « accidentelle » au pied de la résidence des McNeil.

Une leçon de cinéma d’ambiance qui trouve son point d’équilibre entre les séquences très dures voyant le corps de la jeune fille mutilé et souillé (les jets de vomi sont devenus la marque de fabrique de l’Exorciste, pour le meilleur et pour le pire) et ces dialogues incisifs, plombés de sous-entendus visant à accentuer le doute sur la nature même du cas de Regan. L’exorcisme devient alors non pas un moyen de lutter contre une possession encore hypothétique (les preuves s’accumulent mais chaque fois dévaluées par une solide contre-argumentation) mais comme celui de faire croire au patient (et à son entourage) à la possibilité de s’en guérir.

Karras demande à analyser les étranges enregistrements des différentes voix de Regan.

L’affiche, sublime, marque l’arrivée espérée du père Merrin (von Sydow impeccable en homme usé par sa croisade contre les forces du Mal et les pontes de l’Eglise). D’ailleurs, le titre même du film reprend un élément capital du scénario, mais qui n’intervient que dans son dernier quart (si l’on excepte la longue et pesante séquence introductive en Irak). L’Exorciste est donc bien un film sur l’espoir, qui ne puise sa beauté et son importance que dans l’accumulation d’épreuves. Des épreuves d’autant plus insoutenables qu’elles affligent une jeune fille adorable qui faisait de la sculpture et dessinait des animaux.

L’instant précis où Regan sait que le père Merrin est arrivé (voir l’affiche).

La remasterisation récente, d’abord pour le coffret DVD zone 1 (qui avait tendance encore à virer au rouge) puis ensuite en HD pour le blu-ray de 2010, aboutissait parfois à insérer une netteté inattendue et jouait sur quelques effets d’ambiance étranges (le ciel de la ville se pare de teintes bizarres). Mais il faut tout de même la privilégier car elle donne plus de profondeur à certains moments-clefs, comme les détails troublants de la séquence archéologique – objets, sculptures, visages. Elle relève en outre le contraste des moments nocturnes. La bande-son incroyablement travaillée y a gagné également en pertinence, en explosivité et en profondeur. Évidemment, ceux qui le pourront privilégieront la version UHD 4K assez ahurissante dans sa colorimétrie.

Contrairement à la très grande majorité des films d’horreur, passés et présents, l’Exorciste a le bon goût de privilégier l’ambiance, le silence, le montage aux jump scares qui trahissent la facilité. De l’eau a coulé sous les ponts, le public est désormais plus aguerri : le film de Friedkin ne terrorisera plus les spectateurs, mais le malaise profond qu’il engendre, cette angoisse atavique et viscérale, laissera encore des traces qui hanteront leurs cauchemars. Quant au magnifique thème musical, on le trouve au début de l’excellent album de Mike Oldfield Tubular Bells.

Merrin en plein exorcisme sous les yeux médusés de Karras.

Nous avons évoqué les innombrables films plus ou moins inspirés de celui-ci, qui s’est même retrouvé cité dans les Simpson et dans Scary Movie (soulignant sa place de choix dans la culture populaire). La saga Conjuring surfe dans cette mouvance de lutte spirituelle contre le Mal, et du très bon l’Exorcisme d’Emily Rose au très mauvais l‘Exorciste du Vatican, on a vu fleurir pas mal de métrages parlant de possessions inspirées de cas réels. Mais on sait moins que l’Exorciste a donné naissance à une franchise, de niveau assez inégal, reprenant parfois des acteurs du casting initial, mais souvent intéressants dans leurs propositions. Nous y reviendrons.

Pour finir, Mike Flanagan travaille actuellement sur le septième volet de cette franchise avec Martyrs, prévu pour 2027 avec Chiwetel Ejiofor, Laurence Fishburne et Scarlett Johansson (excusez du peu !).


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