Prisoners de Denis Villeneuve

Il existe de ces films qui ne vous lâchent pas, ce genre d’oeuvres au plan final saisissant et trottant dans votre esprit un long moment après son visionnage. Et si il y a un réalisateur actuel qui sait s’y faire, c’est bien Denis Villeneuve, sans aucun doute le seul homme à pouvoir rendre excitant la perspective d’une suite à l’intouchable « Blade Runner ».

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« Prisoners » suit Keller (Hugh Jackman), un père de famille qui voit la plus grande hantise qu’un parent puisse avoir lui tomber dessus. En effet, sa fille, ainsi que celle de son voisin et ami, ont disparues et tout porte à croire qu’elles auraient été enlevées. Le détective Loki (Jake Gyllenhaal), chargé de l’affaire, arrête rapidement un suspect(Paul Dano) mais le relâche quelques jours plus tard, faute de preuves. C’est à ce moment précis que Keller, excédé, va tout faire basculer…

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Bien que « Prisoners » ne soit pas un thriller à twist, en dire plus en serait presque criminel. C’est même pour cela qu’il vaut mieux avoir vu le film avant de lire cette critique.

ATTENTION! CETTE CRITIQUE CONTIENT DES SPOILERS SUR LE SUPERBE « PRISONERS »! REGARDEZ LE DONC AVANT DE LIRE CETTE CRITIQUE!

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« Prisoners » commence dans une ambiance déjà mature avec la mise à mort d’un cerf lors d’une partie de chasse après une prière. On peut retrouver dans cette scène aussi plusieurs thématiques entourant le film comme l’utilisation de la violence à des fins expliquées (le cerf est tué pour être mangé, Alex est torturé pour retrouver Anna et Joy) et aussi la pensée religieuse derrière ces actes. Ainsi, alors que Keller commet un acte mauvais pour des raisons compréhensibles, on révèle plus tard qu’un prêtre a tué un homme qui se vantait d’être un tueur d’enfants. Il y a une certaine symétrie dans les relations des personnages, une partie aidant à la réflexion de l’autre. Outre l’exemple donné plus haut, on peut retrouver les deux familles affectées ainsi que leurs réactions (notamment celle du personnage de Terrence Howard envers les actes de Keller) ou encore le chemin de croix des deux « stars » du film. Il se trouve ainsi comme un phénomène de résonance, un détail anodin mis en place au début du film revenant pour être tour à tour poignant puis une note d’espoir douce (le sifflet d’Anna). On pourrait même disserter à propos de certains objets tels que ce collier du labyrinthe, pouvant servir de plan de cachettes d’enfants kidnappés ou une confirmation de la volonté du réalisateur de plonger au sein de l’esprit tortueux de l’être humain ainsi que ses sombres recoins.

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Se permettant de lancer des pistes sur le passé des personnages tout en conservant une part d’interrogations(selon une ligne de dialogue, Loki aurait été abusé dans son enfance, ce qui expliquerait son implication forte dans cette affaire), « Prisoners » est aussi bien être vu comme une réflexion sur l’obscurité que peut atteindre l’être humain (la responsable du kidnapping se révélant d’une inhumanité profonde) que comme une critique politique (les tortures infructueuses menées par Keller peuvent être vus comme semblables à l’échec de Guantanamo). Loin d’être un « Seven like » comme on en a tant vu depuis la sortie du superbe film de David Fincher, le thriller de Denis Villeneuve apporte sa propre touche à un genre que l’on pourrait penser vidé de sa substance par des récits interchangeables et une mise en scène plus proche des « Experts » que du « Seigneur des anneaux ». On pourrait même le comparer à ce dernier car, tel le film de Jonathan Demme, il est bien parti pour devenir un nouveau mètre étalon dans le domaine.

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Difficile de ne pas parler des acteurs avec notamment l’état de grâce atteint par Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal, dans ce qui est sans conteste l’un des meilleurs rôles de leur carrière. Absolument monstrueux, ils permettent tout deux l’implication en leurs personnages, même dans des scènes où l’on ne devrait pas (la visite de la seconde propriété de Keller par Loki, rappelant ces scènes de « Psychose » où l’on s’inquiète pour Norman Bates). Bâti sur un scénario solide, la mise en scène de Denis Villeneuve nous achève et confirme que « Prisoners » est le thriller le plus sombre que l’on ait vu depuis un moment mais aussi le plus humain, s’achevant par une note d’espoir avec ce sifflement  à briser le coeur. Et si c’était ça, ce qui manquait à ce grand nombre de thrillers aseptisés qui sortent à la pelle: du coeur?

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Liam Debruel

Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

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