WHITE GOD : MON FILM LE PLUS BOULEVERSANT DE LA DECENNIE.

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Réalisation : Kornél Mundruczó
Scénario : Kata Wéber, Kornél Mundruczó, Viktória Petrányi
Image : Marcell Rév
Son : Thomas Huhn, Gábor Balázs
Montage : Dávid Jancsó
Musique : Asher Goldschmidt
Producteur(s) : Viktória Petrányi
Production : Pronton Cinema
Interprétation : Zsófia Psotta (Lili), Luke et Body (Hagen), Sándor Zsótér (Daniel, le père)
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h59

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Un drame poignant, dont les puissantes mâchoires serrent le spectateur à la gorge pour ne plus le lâcher jusqu’au générique de fin.

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Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili, 13 ans, adore son chien Hagen, mais son père l’abandonne dans la rue.

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Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen, livré à lui-même, découvre la cruauté des hommes. Il rejoint une bande de chiens errants prêts à fomenter une révolte contre les hommes. Leur vengeance sera sans pitié. Lili est la seule à pouvoir arrêter cette guerre.

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Bien des choses sont à dire et à écrire sur White God, dernier film du cinéaste hongrois Kornél Mundruczó. Récipiendaire du Grand Prix « Un certain regard » au festival de cannes 2014, ce film nous fait voir, d’un œil on ne peut plus sombre, les sociétés contemporaines, à-travers les destins parallèles d’une jeune adolescente et de son chien, dans une Budapest futuriste où les canins de races pures sont privilégiés aux croisés.

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Lili et son chien Hagen sont de vrais amis : inséparables, ils partagent tout et s’aiment de toutes leurs forces. Oui mais voilà : Hagen n’est pas un chien de race, les gens l’observent d’un air mauvais, le traitent de bâtard, l’accusent de mordre, d’être un sauvage, et la police exige du père de Lili qu’il paye la taxe imposée par le gouvernement, sous peine de se voir confisquer l’animal en question. Pour ne pas s’acquitter de l’impôt, l’homme abandonne Hagen sur le bord de la chaussée, sous les yeux éplorés de sa fille. C’est ainsi que la pauvre bête se retrouve livrée à elle-même dans un environnement sale et hostile où d’autres chiens, aussi, se démènent pour survivre.

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Pour tenter, comme disait Zola, de mettre « la vérité sous la grande lumière du soleil », Mundruczó prend le parti radical d’une mise en scène crue, violente, à la photographie dominée par une lumière jaunâtre et maladive, et portée par la sublime et tempétueuse Rhapsodie hongroise n°2 de Liszt. La violence en question atteint son apogée lorsque Hagen, vendu par un clochard à un trafiquant, se voit être entraîné, dressé, vidé de tout amour et de toute docilité, pour livrer de sanglants combats contre les autres chiens de la rue. Cette aliénation achèvera de le monter contre les hommes.

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White God est revendiqué par son auteur comme un film très engagé, se voulant une illustration allégorique de l’existence difficile des minorités opprimées au sein des communautés européennes. Au-delà de la simple expérience cinématographique, le film s’étend donc au débat politique, mais surtout social et anthropologique, évitant soigneusement les pièges de la démagogie grâce à la figure animale, comme le firent avant lui, en littérature, Camus, avec La Peste ou Ionesco avec Rhinocéros pour fustiger les régimes totalitaires qui gangrénèrent l’Europe de la première moitié du XXe siècle.

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« Je voulais, dit le réalisateur, aborder ce sujet en toute liberté, avec le moins d’entraves et de tabous possible » Pari réussi pour le cinéaste, qui a su faire preuve, à-travers les destins de tous ses personnages, d’un puissant idéal, et dont le travail, ici, ne devrait pas être perçu comme une énième œuvre cédant trop facilement au développement de lieux communs faussement moralisateurs, mais bien plutôt comme une métaphore funeste de l’humanité, chargée d’altruisme et de pacifisme.

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L’ANALYSE :
Après la Grèce, voilà la Hongrie qui, avec White God et cet étrange film présenté cette année à Cannes (Un Certain Regard), semble à son tour se saisir de la crise politique voire sociale qu’elle traverse pour offrir un cinéma proche de la fable, à la limite du fantastique. Et du malaise.

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Après une édition Cannoise 2014 qualitative mais terriblement conventionnelle, la réputation de White God n’a fait que grandir, lentement mais sûrement. C’est désormais auréolé d’une réputation qui confine au grandiose que le film débarque dans nos salles. Et pour une fois, on ne peut qu’abonder, tant le récit de de Kornel Mundruczo tranche avec le tout venant de la fin d’année.

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Nous avions laissé le réalisateur empêtré dans un Delta aussi maîtrisé que pesant et ne nous attendions certainement pas à le voir prendre la direction d’une œuvre aussi radicale et puissante que White God. À première vue, on craint une énième fable canine dopée aux bons sentiments, avant que le film ne pulvérise instantanément nos préjugés, à l’occasion d’une première séquence qui nous rappelle avec une force brute que l’intensité spectaculaire n’est pas indissociable du numérique.

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De son ouverture absolument incroyable, où des centaines de véritables chiens traversent l’écran, jusque dans ses rebondissements ou partis pris, toujours frontaux et audacieux, cette histoire de bâtards traqués par les autorités impressionne. C’est que bâtard, le film l’est, avec une grâce infinie. Ne choisissant jamais entre création d’auteur exigeante, parabole naïve et expérimentation à tout crin, White God surprend à chaque instant. Jusque dans ses séquences intégralement consacrés aux personnages à quatre pattes, le film étonne, déjouant nos attentes et assumant parfaitement son sujet, sans jamais tomber du côté de l’anthropomorphisme bêta.

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Pourtant White God a tout pour plaire : un message d’amour (explication de texte placée en exergue – une citation de Rilke), des images urbaines impressionnantes (les rues de Budapest, sur une musique classique, envahies par des meutes de chiens en pleine course), une mise en abyme de la tension fasciste qui règne dans le pays (ici les chiens du film, des bâtards, sont mis de côté par le gouvernement et, maltraités, se rebellent avec une violence et une hargne sans pitié).

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L’erreur profonde du film est de vouloir incarner en un des chiens – le protagoniste Hagen, leader de la meute des opprimés et chien fidèle de la jeune Lili – une intelligence et une sensibilité humaine, par des effets de montage semble-t-il, dont le ton mélodramatique rappelle les plus mauvais souvenirs animaliers télévisuels.

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Si la comparaison avec un effroi comme celui provoqué par Les Oiseaux est impossible (la comparaison est faite de-ci de-là et pour promouvoir le film), cela tient précisément à cette humanisation des chiens, les protagonistes d’une bonne partie du film (Hagen aussi bien que d’autres chiens, personnages clés, comme ce petit chien blanc qui apparaît tel Milou, toujours au moment opportun, pour sauver Hagen d’une impasse).

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Nous savons, dès lors que nous avons vu Hagen avoir des remords après avoir tué un de ses frères, que sa rage est passagère et qu’il reconnaîtra sa maîtresse – car c’est un chien au cœur pur… Noyée sous le sentimentalisme qui motive le récit, la première partie irrigue toute la seconde (le soulèvement des opprimés) de sa pesanteur. Pourquoi choisir d’incarner une révolte salutaire en un chien, le meilleur ami de l’homme, faut-il le rappeler, sinon pour porter ce message d’amour déjà souligné et re-souligné ? Message reçu.

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On sent que White God est un cinéma porté par une vision, des images impressionnantes, construites avec une grande sensibilité visuelle (les dernières séquences du film) et mises en scène avec ce qu’il faut de grandiloquence. Mais le mélodrame tissé autour de ces visions, même quand il tombe dans une violence dont l’arbitraire se voudrait signe d’horreur, est démonstratif, fatigant et toujours sentimental.

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Bien sûr, on regrette un peu la facilité de White God à égrainer les concepts, à passer d’une idée brillante à une autre tout aussi excitante, sans jamais creuser les innombrables pistes qui s’offrent à lui. C’est sa limite, ce qui interdit à sa réflexion de tout à fait prendre corps. Mais c’est au prix de ce défaut réel mais mineur que Mundruczo s’offre une véritable renaissance et nous fait don d’un bien particulièrement précieux par les temps qui courent : une pure surprise, d’une sincérité ravageuse. Comme quoi le cinéma peut aussi être le meilleur ami de l’homme.

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Le fil même se perd quand, alors qu’Hagen se fait embrigader dans un réseau de combats de chiens clandestins, Lili craque pour un de ses copains de lycée et sort en boîte avec lui… Un éparpillement qui ne laisse au scénario qu’une seule fondation : l’amitié entre la fille et son chien. Une bien maigre substance, pour un film à l’ambition visuelle si prononcée.

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MAIS
White God n’est pas du tout le film auquel on pouvait s’attendre de la part de Kornel Mundruczo. Sans quitter les récits allégoriques, on est ici loin de la torpeur esthétique de Delta ou de A Tender Son. En comparaison, White God ressemble à un film d’action à suspens, et le film peut notamment se vanter de posséder une scène d’ouverture plus percutante que tous les films présentés jusqu’ici en compétition à Cannes.

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White God a ses défauts, mais c’est l’un des films les plus dingues et gonflés vu depuis longtemps, offrant un impressionnant mélange d’ultra-réalisme et d’imagination folle. Le mieux étant évidemment d’en savoir le moins possible à l’avance. Au commencement se trouvent une petite fille pas vraiment prise en compte par son père, et un chien, pour le coup carrément rejeté par le même père. Vous croyez avoir deviné d’avance? Dans White God, Mundruczo déjoue pourtant complètement les clichés de la formule du type « l’enfant et l’animal ». Vous savez, ce genre de films mignons où un bambin solitaire devient ami avec un cheval ou un oiseau – ça marche probablement aussi avec une méduse.

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White God commence certes comme un vrai festival pour les fans et adorateurs de toutous, une parade qui fait presque craindre la propagande pro-chien. Mais il s’éloigne également de tout cela par le vrai sens du bizarre dont fait preuve Mundruczo. Bizarrerie que l’on retrouve par exemple dans l’emphase disproportionnée qui accompagne peu à peu chaque geste du chien, filmé presque comme un superhéros. Le point d’orgue est atteint lorsque, dans un élan particulièrement culotté, le film abandonne (momentanément mais entièrement) sa jeune héroïne pour ne plus raconter que les aventures du toutou.

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Toutou rencontre d’autre chiens, toutou vit sa vie pas facile de bâtard abandonné, toutou se fait poursuivre par des méchants… Il faut le voir pour y croire. White God pourrait faire penser à ces nanars-à-chiens type Comme chiens et chats, s’il ne gardait pas un sérieux qui force le respect. Et surtout, Mundruczo ne cède jamais à la facilité de l’humanisation débile qui caractérise les fictions et documentaires animaliers les plus faibles. Le héros est un chien, mais il ne parle pas, n’a pas de super pouvoir. Il reste uniquement un chien. Quoique…

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Cette partie du film frappe par son rythme trépidant qui rend White God particulièrement accessible, et si l’on retrouve la touche du réalisateur hongrois, c’est en comprenant que ce que l’on voit n’a rien d’une blague. La métaphore est là, à la fois concrète et prophétique. De gentiment dingo, White God vire au film catastrophe naturaliste, au film d’horreur sociale. Et bien plus que les chiens, ce sont les humains qui finissent par avoir froid dans le dos. Voilà un film qui n’a certainement pas peur du ridicule. Une réussite totale : somptueuse, magistrale, envoutante, enivrante, animale, bestiale, royale !

Director Mundruczo and cast member Psotta pose with a dog sitting on the desk during a photocall for the film "Feher isten" in competition for the category "Un Certain Regard" at the 67th Cannes Film Festival

Généreux, puissant et terriblement sincère, White God ne pêche guère que par excès de générosité. Poignant. Bouleversant. Un coup de griffe en plein cœur.

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19,75/20


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Pierre Bryant
Cinéphile depuis mon plus jeune âge, c'est à 8 ans que je suis allé voir mon 1er film en salle : Titanic de James Cameron. Pas étonnant que je sois fan de Léo et Kate Winslet... Je concède ne pas avoir le temps de regarder les séries TV bonne jouer aux jeux vidéos ... Je vois en moyenne 3 films/jour et je dois avouer un penchant pour le cinéma d'auteur et celui que l'on nomme "d'art et essai"... Le Festival de Cannes est mon oxygène. Il m'alimente, me cultive, me passionne, m'émerveille, me fait voyager, pleurer, rire, sourire, frissonner, aimer, détester, adorer, me passionner pour la vie, les gens et les cultures qui y sont représentées que ce soit par le biais de la sélection officielle en compétition, hors compétition, la semaine de la critique, La Quinzaine des réalisateurs, la section Un certain regard, les séances spéciales et de minuit ... environ 200 chef-d'œuvres venant des 4 coins du monde pour combler tous nos sens durant 2 semaines... Pour ma part je suis un fan absolu de Woody Allen, Xavier Dolan ou Nicolas Winding Refn. J'avoue ne vouer aucun culte si ce n'est à Scorsese, Tarantino, Nolan, Kubrick, Spielberg, Fincher, Lynch, les Coen, les Dardennes, Jarmush, Von Trier, Van Sant, Farhadi, Chan-wook, Ritchie, Terrence Malick, Ridley Scott, Loach, Moretti, Sarentino, Villeneuve, Inaritu, Cameron, Coppola... et j'en passe et des meilleurs. Si vous me demandez quels sont les acteurs ou actrices que j'admire je vous répondrais simplement des "mecs" bien comme DiCaprio, Bale, Cooper, Cumberbacth, Fassbender, Hardy, Edgerton, Bridges, Gosling, Damon, Pitt, Clooney, Penn, Hanks, Dujardin, Cluzet, Schoenaerts, Kateb, Arestrup, Douglas, Firth, Day-Lewis, Denzel, Viggo, Goldman, Alan Arkins, Affleck, Withaker, Leto, Redford... .... Quant aux femmes j'admire la nouvelle génération comme Alicia Vikander, Brie Larson, Emma Stone, Jennifer Lawrence, Saoirse Ronan, Rooney Mara, Sara Forestier, Vimala Pons, Adèle Heanel... et la plus ancienne avec des Kate Winslet, Cate Blanchett, Marion' Cotillard, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Meryl Streep, Amy Adams, Viola Davis, Octavia Spencer, Nathalie Portman, Julianne Moore, Naomi Watts... .... Voilà pour mes choix, mes envies, mes désirs, mes choix dans ce qui constitue plus d'un tiers de ma vie : le cinéma ❤️

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