Date de sortie : 8 novembre 1973 (États-Unis), 30 octobre 1974 (France)
Réalisateur : Wolfgang Reitherman
Doubleurs français : Dominique Paturel, Claude Bertrand, Philippe Dumat, Roger Carel
Genre : Animation
Nationalité : Américain
Compositeurs : Floyd Huddleston, Roger Miller

Bien connue pour être une adaptation accessible aux plus jeunes, cette version de Robin des Bois s’inspire à la fois de la légende du célèbre justicier et du Roman de Renart, avec l’utilisation d’animaux anthropomorphes comme Disney en a l’habitude. Ainsi, Robin devient un sympathique renard pour son infaillible ruse, Petit Jean un ours, le Prince Jean un lion (symbolique de l’animal royal), Frère Tuck un blaireau, le shérif de Nottingham un loup grossier et Belle Marianne une renarde pour sa romance avec Robin. Si le bras droit Guy de Gisbourne n’est pas présent, il est remplacé par un serpent nommé Père Siffleur qui, tel Kaa du Livre de la Jungle, parle souvent en insistant sur les phonèmes sifflants et est animé de manière comique. L’occasion inespérée pour un jeu de mots évident avec le terme « persifleur », caractérisant parfaitement ce personnage qui se plaît dans ses railleries et qui se tourne bien souvent en ridicule tout en servant de souffre-douleur au Prince Jean. L’anthropomorphisme permet également à Disney de s’éloigner de la condition de voleur de son personnage principal, qui entrait en conflit avec la morale établie par le studio de l’époque.

Ils s’en vont le coeur content et devisent gaiement. »

On reconnaît l’esthétique très colorée typique des années 1960 de Merlin l’Enchanteur, Le Livre de la Jungle et Les Aristochats, avec des contours sur plusieurs traits et des éléments liquides qui disparaissent quand ils tombent. L’animation est marquée par quelques chansons, notamment les sifflements et les cordes pincées du coq ménestrel au début et à la fin, ainsi que la satirique « Messire le Roi de Mauvais Aloi ». Le portrait des personnages est adouci afin de parler aux plus jeunes tandis que le Prince Jean est clairement montré comme usurpateur de la couronne. Son illégitimité passe par son inattention lorsqu’il se fait voler ses bagues et son or, par sa ridiculisation quand il est traîné dans la boue et par la corde qui fait défiler les sacs de pièces, et par son infantilisation avec sa façon de sucer son pouce en pensant à sa mère, sa couronne étant également trop grande pour lui. Le roi Richard est au contraire un lion fièrement pourvu d’une crinière, lui offrant une tout autre maturité.


Robin est d’entrée présenté comme un bienfaiteur qui vole les riches pour donner aux pauvres, tandis que sa balade avec Petit Jean sur le tronc surplombant une rivière est un clin d’œil au combat qu’ils mènent l’un contre l’autre dans l’histoire d’origine, tourné en dérision dans des adaptations comme Sacré Robin des Bois. Le shérif de Nottingham est le véritable antagoniste de terrain, chargé de récolter l’argent des taxe auprès des pauvres habitants. L’humour suit son train tandis qu’il lance une pièce dans la tasse de Robin déguisé en clochard pour mieux en faire rebondir trois qu’il attrape aussitôt, ou encore quand il s’empare des dernières économies d’une famille pour celui qu’il appelle ironiquement le « pauvre Prince Jean ». Père Siffleur se fait maltraiter jusqu’à subir un nœud avec son propre corps, et Petit Jean n’est pas en reste lorsqu’il gobe les pierres précieuses des bagues du Prince Jean en lui baisant les doigts.


La réalisation de Robin des Bois est notamment marquée par la réutilisation d’éléments d’animation des précédentes productions Disney : les graphiques du Prince Jean et de Petit Jean sont par exemple directement repris du roi Léonidas et de l’ours pêcheur de L’Apprentie Sorcière, film mêlant animation et prises de vues réelles sorti deux ans plus tôt. Encore plus frappant, de nombreuses voix françaises se reconnaissent par rapport à d’autres dessins animés. Bien connu pour faire les voix de Gargamel dans Les Schtroumpfs, Snoops dans Les Aventures de Bernard et Bianca et surtout Picsou dans La Bande à Picsou, Philippe Dumat tourne profondément le Prince Jean en ridicule grâce à son doublage enjoué. Voix française de Bugs Bunny, Guy Piérauld interprète ici la souris Croquenote.


Connu pour avoir doublé le Schtroumpf Maladroit, le perroquet de Monsieur Dodo dans Alice au Pays des Merveilles ou encore Monsieur Tumnus et Aslan dans le dessin animé adapté du Monde de Narnia en 1979, Francis Lax prête sa voix au vautour Niquedouille. Quant à Claude Bertrand (Hector dans Merlin l’Enchanteur, Baloo dans Le Livre de la Jungle, Thomas O’Malley dans Les Aristochats) il assure le doublage de Petit Jean, tandis que Roger Carel (Jiminy Cricket, Kaa du Livre de la Jungle, Astérix, Winnie l’Ourson) double Père Siffleur. Pourvu de nombreuses qualités, Robin des Bois peut largement être considéré comme un des disneys les plus appréciés de son époque.