Home Auteurs Publication de Liam Debruel

Liam Debruel

Liam Debruel
355 PUBLICATION 10 COMMENTAIRES
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Serena de Susanne Bier

0

Pays : États-Unis, France, République Tchèque
Année : 2014
Casting : Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Rhys Ifans, …
Genre : drame
Gros échec public, la romance dramatique de Susanne Bier devrait profiter du succès de « Bird Box » pour être revue avec un œil neuf.

Fin des années 20, Caroline du Nord. George Pemberton, entrepreneur en bois de construction, tombe amoureux de la mystérieuse Serena. Mais alors que leur idylle bat son plein, tout va rapidement empirer…

Les personnes qui ont découvert le cinéma de Bier avec « Bird Box » auront pu constater sa manière de filmer les doutes de protagonistes poussés au bout de leurs retranchements dans une situation qui les dépasse. C’est également le cas sur ce « Serena », romance qui est passée inaperçue suite à plusieurs montages ne donnant apparemment guère satisfaction aux distributeurs. Il faut en effet reconnaître au film un ton lent qui se laisse peu à peu aspirer par son aspect sulfureux, renvoyant à une folie sourde ambiante qui va détruire petit à petit les aspirations de ses protagonistes.

Avec ce ton en tête, il est intéressant de voir comment le charismatique couple Bradley Cooper-Jennifer Lawrence est utilisé. Comme dans « Happiness Therapy », l’imperfection de chacun est ainsi mise en avant en cassant leur imagerie glamour. Mais là où le film de David O. Russell gardait un ton lumineux pour dépeindre comment deux personnes ostracisées se soignent l’une l’autre, c’est ici l’aspect destructeur qui est mis en avant. On pense ainsi à Macbeth dans la manière dont Serena influe sur son mari en plein doute alors qu’ils traversent des difficultés de plus en plus insurmontables. La prestation de Jennifer Lawrence, toute en folie progressivement extériorisée, est à souligner tant elle permet de conférer à son personnage une nature dangereuse à l’opposé de la réaction à l’extériorité d’un « Mother ! », auquel on peut repenser dans la direction de l’actrice.

La caméra de Susanne Bier transforme le drame intime en véritable épopée jouant de sa stabilité géographique pour en rajouter dans son ton pesant. Elle parvient également à transformer le chasseur Galloway en véritable menace, aidée par la prestation remarquable d’un Rhys Ifans à la violence incandescente. La sauvagerie du récit se fait ainsi progressive, avançant discrètement pour mieux désarçonner le spectateur qui ne peut que contempler la déchéance d’un couple soumis aux remords et aux échecs de ses ambitions. On peut même théoriser à souhait sur l’animosité de l’être humain et sa manière de se diriger vers l’autodestruction de façon volontaire, comme pour mieux chercher à risquer tout pour asseoir sa supériorité.

Au final, Serena s’avère un drame brûlant où la romance d’apparence sert de diversion à la chute mentale de personnages poussés à bout aussi bien par la société que par eux-mêmes. De quoi réévaluer une œuvre aux quelques fulgurances visuelles et à la folie intériorisée prête à s’enflammer à tout moment.

Time and Tide de Tsui Hark

0

Pays : Hong Kong
Année : 2000
Casting : Nicholas Tse, Wu Bai, Anthony Wong,…
Genre : Action

Profitons de la sortie de l’édition prestige limitée chez Carlotta pour revenir brièvement sur un gros morceau du cinéma d’action.

Devenu garde du corps pour subvenir aux besoins de son futur enfant, Tyler rencontre Jack, un ancien mercenaire. Le début d’une situation qui va vite dégénérer…

Il y a des films où l’on se demande sérieusement comment les aborder tant c’est leur aspect visuellement différent qui en fait des œuvres indispensables à recommander, et « Time and tide » est clairement de ceux-là. On peut commencer par la présence de Tsui Hark derrière la caméra, gage de spectacle hautement autre et sensoriellement unique tant la folie de son metteur en scène se dégage de chaque séquence. Expérimentateur permanent de la caméra, le réalisateur de « Seven swords » semble se libérer de deux films américains vivement critiqués pour exploiter au mieux un niveau de démence folle qui laisse perpétuellement bouche bée.

On hésite à parler d’une hystérie maîtrisée avec difficulté tant le film retourne autant le spectateur que sa caméra, résultat de tests menés sur « Piège à Hong-Kong » et concrétisés ici dans une sensation permanente de bouillonnement à peine contrôlé. On en vient à voir une bête sauvage que l’on a su capter de manière chanceuse pour capturer quelque chose de particulier. Tout le film semble demander au spectateur s’il saura s’accrocher à ce qu’il propose, telle une course à laquelle le public se doit de participer, récompensé par un Tsui Hark aussi spectaculaire que techniquement éblouissant.

Si les superlatifs manquent par rapport à ce film, c’est également le cas pour cette édition prestige limitée. Les disques sont bien évidemment qualitatifs, tout comme les bonus les accompagnant (les fans de Chroma auront ainsi droit à un témoignage de l’amour de Karim Debbache pour le film). Néanmoins, c’est le contenu extérieur qui oblige à l’achat tant il est généreux. Entre un livret exclusif comportant une meilleure analyse de ce film, un fac similé du dossier de presse d’époque, 16 cartes et l’affiche, on se retrouve presque face à un cadeau de Noël tardif mais tout aussi satisfaisant.

À une époque de débat sur la consommation dématérialisée de films, cette édition collector limitée par Carlotta souligne la beauté de la propriété matérielle d’une telle œuvre avec des suppléments et contenus tout aussi qualitatifs que le film en lui-même. L’occasion donc de profiter d’une grande œuvre dans une grande édition.

Présentateur vedette : légendes vivantes d’Adam McKay

0

Pays : États-Unis
Année : 2013
Casting : Will Ferrell, Paul Rudd, Steve Carell, …
Genre : comédie

Derrière l’humour burlesque se dessine une verve satirique plus discrète que dans les dernières réalisations de McKay.

Engagé sur une chaîne d’information en continu, Ron Burgundy réunit son ancienne équipe. Ensemble, ils vont révolutionner le monde du journalisme télévisuel.

Plusieurs critiques ont découvert en Adam McKay un critique acerbe de la société américaine et ses maux par le biais de ses deux derniers films, « The big short » et « Vice ». Pourtant, cela fait un moment déjà que le réalisateur américain glisse dans ses comédies des sous-textes contemporains, comme l’intéressé témoigne régulièrement. Il a ainsi déclaré à propos de « Very bad cops » : « Jusque dans les moindres détails, dans les gags, dans les allusions, on a conçu le film comme un film sur la crise financière *». Ses films se conforment au dédain de la part d’un certain nombre de personnes pour la comédie et son ancrage réflexif dans notre culture. Revenir sur la suite d’une des comédies américaines récentes les plus cultes s’avère dès lors intéressant sous ce regard.

À première vue, le film ne se base que sur un humour burlesque qui explose en permanence dans tous les sens. Cette remarque n’est aucunement négative tant la manière d’ajuster ses énormes moments humoristiques participe à un timing qualitatif surprenant toujours dans cette façon de foncer droit dans un mur quasi non sensique extrêmement réjouissant. Le film joue d’ailleurs de son statut de suite pour reprendre à son compte certaines séquences de son prédécesseur et les rendre plus débridées encore. Nous sommes donc à première vue face à une bombe humoristique effrénée s’amusant des conventions scénaristiques pour mieux les détourner et accumuler les séquences drolatiques à souhait.

Pourtant, ce que le film prolonge par rapport à « La légende de Ron Burgundy » en blagues, elle le fait aussi sur son regard acéré envers le journalisme. Dans le premier film, c’est l’arrivée d’une journaliste qui fait office d’élément perturbateur d’une équipe ancrée dans un masculinisme fort. Ici, en inscrivant une idée neuve (l’information continue) dans une logique de sensationnalisme, le film se permet de critiquer une quête de scoops et d’audiences, mettant les chiffres en priorité sur la fiabilité et la nécessité de l’information.

Le film continue à aborder la manière dont une société cherche à évoluer tout en restant retenue par des personnes coincées dans une réflexion réactionnaire. Si les mœurs avancent bien heureusement, on peut constater la difficulté d’adaptation d’un certain groupe de personnes habituées à un certain fonctionnement des choses et aux conventions rétrogrades. On peut également voir dans la manière dont la population américaine est dépeinte en réaction aux informations une appréhension de celles-ci confortant leurs opinions au point de ne plus vouloir voir au-delà de leur transmetteur d’opinions. À vouloir en même temps être informé en permanence en privilégiant la rapidité à la qualité et à se conforter dans son idéologie sans s’ouvrir aux idées extérieures, on constate que l’on fonce droit dans le mur dans le domaine de l’information.

Aussi bien film aux blagues énormes que critique satirique du traitement contemporain de l’information, « Légendes vivantes » profite de la verve satirique d’Adam McKay et se hisse dans le haut du panier de la comédie américaine.

* Tessé Jean-Philippe, « Politique de la comédie », Cahiers du cinéma février 2019 numéro 752 page 26

The similars d’Isaac Ezban

0

Pays : Mexique
Année : 2015
Casting : Gustavo Sanchez Parra, Luis Alberti, Cassandra Ciangherotti,…
Genre : fantastique

Quand le fantastique mexicain se mélange à un épisode de la quatrième dimension…
1968. Alors qu’ils sont coincés dans une station de bus, des inconnus font face à un événement étrange.

Quand on pense au cinéma fantastique et au Mexique, on imagine directement Guillermo del Toro, qui aura marqué le genre moderne avec des chefs d’œuvre comme « Le Labyrinthe de Pan » ou « La Forme de l’Eau ». Mais le pays comporte bien plus de metteurs en scène orientés fantastique, souvent victimes d’une absence de distribution dans les salles européennes. On pense ainsi à « Tigers are not afraid » d’Issa Lopez, gros coup de cœur lors du BIFFF 2018 qui aura valu à sa réalisatrice de voir son prochain film produit par… del Toro. Isaac Ezban a lui la chance de pouvoir voir deux de ses films disponibles sur Netflix (aka le fossoyeur du cinéma, gna gna gna) : « The incident » et notre sujet du jour, « The similars ».

On sent la maîtrise technique d’Ezban dans sa composition des plans et l’aspect résolument rétro d’un film que l’on imagine comme un long épisode de la « Quatrième dimension ». Que ce soit dans sa manière de cadrer ou dans sa photographie , le film dégage un souffle passé, traitant le fantastique avec un respect sans tomber dans une forme de classicisme ou d’œuvre de fan qui ne peut théoriser plus loin que la référence. Ezban affiche ainsi un contrôle total sur le récit, ce qui reste très amusant quand on sait la confusion que vont vivre ses protagonistes.

On sent ainsi une ambiance pesante débarquer petit à petit dans cette station de bus, témoin d’une explosion sociale significative sur une société en perte d’identité et obligée de se conformer à une unification permanente et une homogénéité de façade. Sans dévoiler quoi que ce soit sur la nature de l’élément perturbateur, disons qu’il est très significatif et charrie son lot de réflexions derrière. Le prologue va même plus loin, rajoutant dans l’interrogation sur la perte de repères individuelle et collective ainsi qu’un discours méta à la finesse telle qu’elle est presque imperceptible.

Avec « The similars », Isaac Ezban nous livre 90 minutes extrêmement resserrées et profitant du fantastique pour théoriser à foison sur certains sujets que nous ne vous dévoilerons pas tant l’effet de surprise est essentiel à l’appréhension du film. N’hésitez donc pas à découvrir ce très bon titre ouvrant un peu plus notre culture au cinéma fantastique mexicain et ses nombreux auteurs.

Paddington 2 de Paul King

0
Auf der Flucht vor der Polizei müssen kreative Verstecke her - Mülleimer zum Beispiel, die dann Beine bekommen: Paddingtons Beine.

Pays : Grande-Bretagne, France
Année : 2017
Casting : Ben Whishaw, Hugh Grant, Sally Hawkins, …
Genre : Comédie familiale

Quand l’adorable ourson à chapeau revient, c’est pour nous offrir une suite encore plus colorée et adorable qu’on ne pouvait l’imaginer.

Paddington veut trouver un cadeau d’anniversaire pour sa Tante Lucie. Mais tandis qu’il pense avoir trouvé le présent idéal sous la forme d’un livre d’images, celui-ci se voit dérobé…

Le premier « Paddington » dégageait une candeur et une innocence rafraîchissante qui touchait petits et grands. Cette suite place la barre encore plus haut avec une mise en scène inventive et poétique. Il suffit d’une balade en plan séquence dans un livre d’images pour se retrouver transporté dans un film que ne renierait pas Wes Anderson de par sa photographie élégante et lumineuse. C’est un véritable festin artistique pour les yeux des plus petits comme des plus grands. On notera en passant que l’animation de Paddington est toujours aussi réussie et arrive à s’intégrer dans un Londres filmé avec autant d’amour que l’on ne peut s’empêcher de vouloir (re)visiter la ville.

L’intrigue, simple au départ, se suit avec le plus grand des amusements et fonctionne autant dans son orientation humoristique que dramatique. Tout en appelant à une plus grande tolérance et compréhension envers les gens, le film accumule des instants hilarants le tout sans appui forcé tel que certaines personnes aiment le faire dans des films familiaux à la qualité aussi basse que leur ambition. Le tout profite d’un premier degré assumé dans l’écriture de ses personnages, sur le fil de la parodie mais ne l’atteignant jamais, faisant marcher au mieux leurs interactions. Ce choix de direction d’acteur se retrouve en Hugh Grant, que l’on n’avait plus vu aussi dynamique et drôle depuis un moment, toujours proche du surjeu mais conférant assez d’épaisseur à son rôle pour éviter de tomber dans la bouffonerie de bas étage.

Nouvelle preuve du merveilleux que peuvent atteindre les productions familiales, « Paddington 2 » est une sucrerie british qu’il est impossible de ne pas aimer. Encore plus qualitative que son prédécesseur, cette suite fait partie de ces longs-métrages qui donnent le sourire et l’envie de les revoir encore et encore sans en être fatigué. À découvrir absolument avec un regard d’enfant pour retrouver une candeur nécessaire en ces temps de cynisme et de défaitisme social permanent…

Infection de Masayuki Ochiai

0

Pays : Japon
Année : 2004
Genre : horreur
Casting : Kōichi Satō , Michiko Hada , Masanobu Takashima, …

Dans le domaine de la J-Horror, aux codes désormais connus d’un plus large public, on peut dire qu’« Infection » fait figure de cas à part.

Alors que les employés d’un hôpital fatigués et travaillant sans arrêt frisent la crise de nerfs, un patient atteint d’une pathologie inconnue va infecter tout ce beau monde.

Quand on parle de films d’horreur japonais, les premiers titres à venir en tête sont souvent à consonnance fantastique avec la présence d’un fantôme tels « Ring » ou « The grudge ». Ces films ont eu une influence plus large sur le cinéma de genre, notamment aux États-Unis où, après les remakes obligatoires, les codes narratifs se sont retrouvés dans certaines productions comme « Dans le noir ». Mais parmi tout le catalogue des titres phares de la J-Horror se trouve « Infection », aux alentours moins discernables.

C’est ainsi que l’histoire joue sur plusieurs types d’horreur, passant du récit d’infecté avec consonnance zombie au surnaturel pur. Les employés harassés par le système de travail se trouvent ainsi plus proches de fantômes que de vivants, dénués de toute vitalité par un hôpital aux patients aussi nombreux que les moyens sont faibles. Masayuki Ochiai capte au mieux la folie qui gangrène petit à petit ce microcosme proche de l’explosion. Une fois la mèche allumée, difficile de survivre à ce qui advient tant la réalité n’est plus qu’une illusion.

Ainsi, certains spectateurs risquent d’être déçus du manque de réponses et d’une horreur qui fait plus peser son ambiance que les jump scares gratuits. Mais c’est cette incertitude, cette frustration, qui confère au film un ton unique. On se sentirait à la frontière entre Hideo Nakata et Lucio Fulci, notamment dans ses aspects graphiques surprenants, mais surtout par ce sentiment de malaise qui contaminera jusqu’à l’écran tant on se sent étouffé par l’histoire et ses orientations. Le mystère plane et transforme les couloirs de l’hôpital en brouillard émotionnel qui met à l’épreuve nos nerfs et ceux des personnages avec une forme de faux calme dissimulant la folie hallucinatoire de chacun face aux épreuves subies.

Croisement entre plusieurs sous-genres horrifiques et influences subtiles, « Infection » est un récit protéiforme aussi imprévisible et inabordable que la pathologie qu’il montre. De quoi replacer ce film moins abordé que d’autres classiques de la J-horror en compagnie des titres les plus recommandables de cette mouvance.

Absentia de Mike Flanagan

0

Pays : États-Unis
Année : 2011
Casting : Katie Parker, Courtney Bell,Dave Levine,…
Genre : Drame, horreur

On parle de plus en plus de Mike Flanagan depuis le succès public de sa série, « The Haunting of Hill House ». Il ne faut néanmoins pas oublier que son amour du cinéma de genre à accent dramatique remonte à ses premiers longs-métrages.

Tricia vient de déclarer son mari mort par « absentia » après plus de 7 ans de disparition. Mais tandis qu’elle accueille sa sœur et doit gérer le bébé qu’elle porte, elle doit faire face à d’étranges apparitions…

Les premiers films portent souvent les germes de la filmographie future de son réalisateur. « Absentia » conforte cette impression en le (re)découvrant par après. L’approche fantastique et horrifique se fait ici avec une certaine parcimonie. Si cela s’explique aussi par un budget étriqué (on parle de 70000 dollars recueillis sur KickStarter), cela n’empêche pas d’utiliser cette limitation à des fins dramatiques. La suggestion y est plus souvent usée, jouant sur l’interrogation par rapport à la fiabilité des faits dictés. Ce qui sera le passionnant moteur de la première moitié de l’excellent « Oculus » se retrouve ici annoncé suite aux histoires de narrateurs peu fiables. Le mystère entre réalité et fiction offre une sensation de flou convenant au thème principal du récit.

Le cœur de l’intrigue est ce « fantôme », cet absent sans raison qui nourrit la narration même. Les personnages doivent faire face à ce vide physique et cette frustration de ne pas savoir. Comment faire le deuil d’une personne qu’on a perdu mais dont on ne peut être sûr de sa mort ? Peut-on avancer quand on ne sait pas la raison de sa disparition ? Cette impossibilité de mouvement fait ressortir du film une profonde mélancolie, une puissante tristesse offrant une intimité à l’écriture assez fine des événements. Flanagan arrive à soigner les personnages et leurs tourments pour mieux établir un lien empathique avec son public.

L’économie de moyens imposée au metteur en scène dont on parlait oblige celui-ci à une certaine sobriété dans sa réalisation. Cela colle pourtant au spleen permanent du récit, cette déprime sourde qui amène (ou non ?) la nature horrifique du récit. Comme dans ses autres travaux, Flanagan fait de l’horreur un vecteur de sentiments, rendue plus efficace par son inscription dans le trauma des protagonistes. Toujours en cohérence avec sa filmographie, la terreur se niche dans une cellule familiale brisée, se devant de faire face alors que leur perte est encore forte, dans une situation de faiblesse devenant de plus en plus inconfortable. C’est donc à des êtres torturés d’affronter leurs démons intérieurs, au risque d’y succomber…

« Absentia » est symptomatique des œuvres de Flanagan : des films d’horreur qui cachent des drames lourds influençant des personnages torturés mais bien humains dans leurs doutes. On en oubliera le manque de moyens pour mieux apprécier les germes d’un metteur en scène intriguant dès ses premières créations…

La bande à Picsou

0

Relecture moderne du dessin animé de notre enfance, cette version est parfaite, tout simplement.

Bisous.

Non, plus sérieusement, qu’est-ce qui fait la réussite de cette nouvelle mouture ?

L’animation se permet pour commencer de donner des allures plus modernes aux aventures du canard trillionnaire tout en gardant l’aspect comic books que voulaient les producteurs originaux. Il suffit de voir le nouveau générique pour le constater, avec un dynamisme particulier et une énergie qui donne tout de suite envie de regarder toute la première saison en un seul visionnage. Le ton colle durant chaque épisode avec une action constante, une soif permanente d’aventures et une écriture drôle qui fait régulièrement mouche. Le tout appuyé par un casting vocal de qualité, emmené par un David Tennant absolument parfait en Picsou. On notera également la présence dans quelques épisodes de Lin-Manuel Miranda, créateur du phénomène musical « Hamilton », dans un rôle que nous vous conseillons de découvrir par vous-mêmes…

Cette modernité colle néanmoins avec un respect sincère de l’œuvre originale. Là où le fan service aurait pu être utilisé, nous sommes plus dans un réagencement de la mythologie de la famille Duck et ses proches. On retrouve divers éléments qui faisaient le charme du dessin animé réécrits avec assez de qualité pour qu’on ressente au pire un sourire nostalgique devant leur présence, au mieux un vrai bonheur de les voir replacés de manière homogène dans la narration. Concernant celle-ci, si les épisodes sont souvent uniques dans leurs aventures, certains restent reliés par un arc narratif principal qui confronte la famille à une perte « inexpliquée ». Si la bande à Picsou peut aussi réécrire l’histoire, Riri, Fifi et Loulou se voient obligés de résoudre ce mystère familial pour pouvoir avancer dans leur vie.

Mais bien que la série n’évite pas le drama domestique, elle aborde d’autres thématiques au cours de ses épisodes « solos » qui sont assez pertinents avec l’écriture plus avancée des personnages. L’épisode dans la pyramide traite clairement d’un culte qui profite de son ascendant sur la population pour abuser de ses richesses. En parlant d’argent, on notera que Picsou est moins caractérisé par sa radinerie que par son envie d’amasser l’argent pour partir dans des quêtes autour du globe. D’ailleurs, la série abordera ce point avec humour mais également une dramaturgie assez réussie qui permet d’apporter de la profondeur à ce qui aurait pu n’être qu’un autre revival nostalgique sans but artistique.

Réjouissant visuellement et narrativement, cette nouvelle version du dessin animé culte a autant de richesse que Picsou et tout l’esprit d’aventure que l’on pourrait souhaiter de la part de « La bande à Picsou ». Une série d’animation à savourer le plus possible et une réussite de qualité.

Foodfight de Larry Kasanoff

0

Pays : États-Unis
Année : 2012
Casting : Charlie Sheen, Eva Longoria, Hilary Duff,…
Genre : Animation dégueulasse, clichés de film noir
Durée : 1h27

Peut-on parler d’abomination numérique à propos de ce film ? Clairement…

Dans le monde secret des mascottes de marque vivants dans un supermarché, Dex Dogtective doit enquêter sur la disparition de son amoureuse, coïncidant avec l’arrivée de produits de la marque Brand X…

Si Pixar a fait des émules dans le domaine de l’animation numérique, il faut avouer que les concurrents n’ont pas nécessairement été au même niveau, dont le cas de ce Foodfight. L’histoire de sa conception joue déjà à la farce, le film ayant dû être retourné suite au vol des disques durs contenant le long-métrage entier. Une décennie de travail, 65 millions de dollars de budget, … Et au final, des animations indignes d’un travail étudiant fait sous consommation d’alcool à 2h du matin. Les personnages alternent entre rigidité robotique et mouvements abrupts aussi naturels que le jonglage de tronçonneuse à une main sur la glace. Il est impossible d’y croire sans le voir tant on est proche d’un enfer de CGI au budget proche du néant que de la production assez cossue. En comparaison, les films des studios Laika (Coraline, L’étrange pouvoir de Norman, Les Boxtrolls et Kubo et l’armure magique) ont coûté 5 millions de moins…

Le scénario semble par moments se diriger vers une critique d’une uniformisation des produits là où la multiplicité des marques permet une plus large offre aux consommateurs. Si l’idée n’est pas mauvaise et symbolisée par la reprise de certaines mascottes connues, l’histoire part trop dans tous les sens pour réellement aboutir à quoi que ce soit. Le film part dans la référence gratuite à Casablanca, que ce soit par certaines répliques ou la reprise de la lutte chantée en symbole de lutte pour la liberté, mais cela fait vain et incompréhensible pour un certain public (qui ferait mieux de revoir le chef d’œuvre de Michael Curtiz). En plus de tomber dans des gags vulgaires assez lamentables, « Foodfight » verse dans le sous-texte sexuel avec autant de subtilité que les blagues de Kev Adams, ce qui ne fait que rajouter de la gêne au visionnage…

 

On passera vite sur les clichés internationaux pour souligner le manque de cohérence de l’univers, instaurant d’abord une frontière entre les humains et les mascottes pour la détruire avec autant de rage que George Lucas face aux cassettes d’« Au temps de la guerre des étoiles ». Là où des films d’animation instaurent certains univers sans les sur-expliquer (coucou Kubo !), Foodfight est laborieux et semble n’avoir rien à faire de ce qu’il raconte. Si l’on reste toujours concentré sur la médiocrité de l’animation (sérieusement, c’est autant agréable que du tabasco dans les yeux), on peut imaginer que même un travail visuel plus fourni n’aurait pu aider à dissimuler le raté narratif du film. L’humour ne marche pas, les références tombent à l’eau et la cohérence des apparitions célèbres ressemble plus au clin d’œil facile (on aurait pu en profiter pour taper sur « Les mondes de Ralph », mais ce dernier avait au moins plus de cohérence dans ses « caméos ») qu’à la vraie réflexion inhérente à un univers riche à la « Ready Player One ».

Bref, que dire à propos de Foodfight ? Énorme échec dans tous les domaines qu’il tente de toucher, le film est d’une médiocrité sans nom. Néanmoins, si vous cherchez un nanar à regarder à plusieurs avec ce qu’il faut de bière et de pizza, cela amène plus de plaisir devant cet étron numérique. Sinon, un visionnage seul peut être considéré comme l’équivalent d’une séance de sadomasochisme cinématographique. On tire peut-être sur une ambulance déjà en flammes mais l’on ne rappellera jamais à quel point ce Foodfight s’inscrit au panthéon des pires films d’animation qui aient été créés. Et rien que ça, ça le rend légendaire…

La reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee

0
A CHILL IS IN THE AIR – Concept art from Walt Disney Animation Studio’s upcoming “Frozen” introduces Arendelle, a kingdom trapped in eternal winter thanks to one sister’s icy powers—and another’s inability to stop them. In theaters Nov. 27, 2013. ©2013 Disney. All Rights Reserved.

Pays : États-Unis
Année : 2013
Durée : 1h49

Casting : Kristen Bell, Idina Menzel, Josh Gad,…

Maintenant que la tempête médiatique s’est calmée autour du film, pourquoi ne pas revenir un peu plus calmement sur le populaire film d’animation Disney ?

Elsa cache depuis sa plus tendre enfance des pouvoirs qu’elle n’a jamais su contrôler. Alors qu’elle s’enfuit suite à la divulgation de ceux-ci à son royaume, sa jeune sœur Anna va partir à sa recherche…

Les chants entendus durant les crédits de distribution devraient mettre la puce à l’oreille sur le traitement narratif du film. Nous sommes clairement dans un traitement mythologique, dans la nature du conte partagé par le biais d’une culture orale, inscrivant une certaine logique aux chansons du film. Disney cherche donc à revenir à la nature originale de ses contes, avec ce que cela implique de moments d’animation lyriques et poétiques, mais en le rattachant à des thématiques plus modernes détruisant de l’intérieur le classicisme inhérent à un genre que la société aura façonné. La grâce visuelle allie donc ces ambitions d’antan (magnifier des histoires populaires par le biais de l’animation, questionnement de la tradition) et présentes (ne plus tomber dans des schémas personnels anciens, aborder les figures de manière plus moderne).

La figure féminine est bien évidemment la plus intéressante, s’émancipant d’un schéma patriarcal imposant une figure masculine forte pour montrer qu’elle sait se protéger par elle-même. Ici, le triangle amoureux imposé se voit perverti par l’ambition et la trahison, remisant un romantisme existant derrière une moralité corrompue. Le prince n’est plus qu’abîme, les relations amoureuses deviennent petit à petit secondaires car le lien familial est bien plus puissant et passionnant. La Reine des neiges est surtout un récit de réconciliation, une séparation entre sœurs marquée par des drames intimes et exprimée avec tendresse avec « Do you want to build a snowman ? ».
Anna et Elsa sont le cœur du film, deux conceptions différentes de la société qui sauront s’unir et bénéficier de chacune. On pourra l’entendre quand elles reprendront en même temps leur air principal (« For the first time in forever » pour Anna, « Let it go » pour Elsa) sans remarquer la complémentarité de ceux-ci. La positivité de l’une va se confronter aux remords de l’autre, se croyant libérée dans la solitude sans savoir le désarroi qu’elle a provoqué involontairement. Deux modes de vie et de réflexion imposés par leur existence, l’une vivant dans l’espoir de découvrir le dehors là où l’autre craint de le détruire. Mais la peur de celle-ci sera construite pour qu’Anna fasse face aux aspects les plus négatifs de leur monde. C’est donc ce binôme, cette relation qui fera ressortir la Reine des neiges des carcans narratifs habituels du genre.

Visuellement, le film regorge de nombreux moments de poésie renvoyant à nouveau au conte populaire. S’il est moins cruel en apparence par rapport à l’œuvre originale, cela n’empêche pas de regorger de brefs instants de fureur, telle une attaque envers Elsa qui déchaîne ses pouvoirs avec un mélange de rage et de tristesse par rapport au traitement subi. Le climax, fruit à nouveau d’une fureur visuelle, regorge d’instants de grâce entraperçus auparavant et culminant dans un sommet aussi efficace grâce à sa mise en scène. Jennifer Lee et Chris Buck amènent ce qu’il faut dans leur réalisation pour atteindre pleinement ses objectifs émotionnels et embarquer au mieux la narration (cf « Let it go », plus forte thématiquement quand elle est réinscrite dans le métrage).

Ouverture à une modernité aussi bien dans ses thèmes que dans ses visuels, « La reine des neiges » est une prolongation des interrogations féministes qu’on avait retrouvées un an plus tôt dans « Rebelle ». C’est une œuvre qui mérite le soutien populaire dont elle a bénéficié même si elle a pu jouer contre elle sur la longueur, ce qui est dommage au vu du lyrisme de l’œuvre. Bref, un film souffrant de sa popularité pourtant logique dans sa manière de se réinscrire dans une veine de contes plus proches des questionnements actuels.