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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Ch@troom d’Hideo Nakata

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Pays : Grande-Bretagne
Année : 2010
Casting : Aaron Taylor-Johnson, Imogen Poots, Daniel Kaluuya, …
Genre : Drame, thriller

Si le traitement d’internet peut sembler dépassé, le traitement de la solitude adolescente reste malheureusement d’actualité.
Cinq adolescents se rencontrent sur internet et commencent à aborder leurs problèmes personnels. Mais l’un d’entre eux, le charismatique Jim, s’avère avoir d’autres idées derrière la tête…

Si on parle souvent de son « Ring », monument incontestable du cinéma fantastique à marquer dans les livres d’histoire du genre, on commence à parler de moins en moins d’Hideo Nakata. Et pourtant, il reste l’un des réalisateurs les plus intéressants à aborder dans les années 2000. En attendant d’aborder un jour l’époustouflant « Dark Water » (autre chef d’œuvre du cinéma fantastique récent), revenons sur un titre moins abordé et ancré dans sa filmographie occidentale.

En abordant la pièce de théâtre d’Enda Walsh, Nakata risque de dater le film, ce qui est malheureusement le cas. Ce n’est évidemment pas de sa faute mais plus celle d’une technologie en constante évolution pour relier les gens et satisfaire au mieux leurs envies. C’est dans sa description de la solitude adolescente que le film reste toujours aussi intemporel. Le traitement qu’il accorde à ses cinq personnages principaux dresse le portrait d’une génération souffrant de plusieurs maux auxquels les adultes semblent prêter peu attention, étant régulièrement la cause de ceux-ci. Cela se voit par une photographie accentuée à l’extrême que ce soit dans le milieu virtuel ou une réalité maussade.

Cela passe également par un casting solide, notamment par la présence de noms désormais reconnus comme Aaron Taylor-Johnson (Kick Ass), Hannah Murray (Skins) ou encore Daniel Kaluuya (Get out). La prestation des cinq jeunes acteurs ajoute de la crédibilité dans une société en doute perpétuel et qui n’a droit qu’à peu ou prou de réponses pour se soigner. Entre envies suicidaires, rapports voyeuristes, émotions chamboulées ou encore autodestruction mentale, on aborde avec une certaine réussite cet âge ingrat où chacun cherche la stabilité sentimentale tout en ne sachant pas quelle orientation prendre pour sa vie.

C’est donc l’histoire d’une génération sacrifiée que dévoile « Ch@troom », moins attaque envers les dérives d’internet que portrait d’adolescents en quête de reconnaissance affective et ce qu’importe le moyen.

Les Muppets le retour de James Bobin

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Pays : États-Unis
Année : 2011
Casting : Jason Segel, Amy Adams, Chris Cooper, …
Genre : Comédie familiale

Quand les marionnettes les plus célèbres de la planète reviennent, c’est avec une nostalgie touchante mais jamais gratuite.
Walter, un fan inconditionnel des Muppets, cherche à reformer la bande quand il découvre qu’un magnat du pétrole veut détruire le théâtre de Kermit et ses amis.

Les Muppets et le cinéma, ça a toujours été une évidence et en même temps une histoire compliquée. Il suffit de repenser à la sortie de ce film en France, privé de cinéma pour privilégier la ressortie en 3D du Roi Lion et devant se contenter du marché de la vidéo (bien que beaucoup de titres y figurant sont hautement qualitatifs et mériteraient une sortie salles mais c’est un autre débat). Mais cette difficulté de popularité n’est jamais ignorée par le film. Au contraire même, c’est le moteur narratif et émotionnel de celui-ci.

Face à un marché télévisuel souvent peu recommandable, les Muppets dégagent un sentiment rétro que l’on enfermerait volontiers dans des souvenirs sans l’appliquer de manière plus moderne. Et pourtant, l’humour qui se dégage profite de cette nostalgie sans tomber dans le fan service da pacotille. Et si l’on tombe sur une ou deux blagues pas très fines (les chaussures qui pètent), les traits humoristiques sont souvent d’une certaine finesse d’esprit qui souligne la malice d’un projet où la passion est très nette.

Ainsi, si le film est destiné à la famille, il n’aliène jamais son public. C’est ainsi que le long-métrage charrie ses thématiques comme la quête d’identité de Walter, la critique d’une société en quête permanente d’argent en détruisant l’âme de certaines créations artistiques par le biais de Tex Richman ou encore le besoin constant d’évoluer tout en conservant cette touche unique participant à notre singularité. Le tout est enrobé avec un dynamisme décapant et des scènes musicales aussi réjouissantes (« Life is a happy song ») que touchantes (« Man or muppet »).

Revival aussi coloré que doucement amer, « Les Muppets le retour » est le genre de film à regarder par un jour de pluie pour ramener le soleil dans son cœur. Sa joie et son aspect coloré devraient l’obliger à être remboursé par la sécurité sociale et nous font sortir du visionnage le cœur léger et ému ainsi que le sourire aux lèvres. Un véritable bonheur.

Happy birthday to me de J. Lee Thompson

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Pays : Canada
Année : 1981
Casting : Melissa Sue Anderson, Glenn Ford, Lawrence Dane, …
Genre : slasher

Virginia et ses amis font partie des élèves populaires de leur établissement. Mais quand ces derniers disparaissent un par un, l’état de la jeune femme est remis en question…

Dire que le slasher est un sous-genre codifié serait un euphémisme. Même les cinéphages non amateurs de cinéma de genre sont au courant des rouages qui régissent tout film rentrant dans cette catégorie : un (ou des) tueur(s) décime(nt) un groupe de personnages, généralement adolescents. Cela fait désormais 23 ans que Wes Craven mettait en avant les mécanismes scénaristiques inhérents au slasher avec son cultissime « Scream ». Bref, il ne paraît pas compliqué d’appréhender toute production du genre.

Il s’avère dès lors que le film de J. Lee Thomson est assez intéressant dans sa manière de s’inscrire dans de nombreux codes du giallo, sous-genre proche du slasher et propre à Mario Bava et Dario Argento. La gestion de la figure assassine s’inscrit dans un trauma passé et passe par une mise en avant de certains détails vestimentaires afin de dissimuler l’identité du responsable le plus longtemps possible. La manière dont le film aborde la violence s’avère aussi dans une veine un peu différente, les meurtres n’ayant au départ pas le temps de s’appuyer sur leur nature gore avant qu’une scène cadre frontalement et longuement un cadre chirurgical. Cet effet pourrait dès lors situer la violence psychologique d’un personnage plus centrale que celle physique qui se déroule autour d’elle.

On pourrait blâmer largement une écriture de protagonistes assez bancale, les futures victimes étant rédigées de manière plus qu’archétypale. Néanmoins, cela permet de mettre plus en avant un personnage principal naviguant dans une certaine inconnue empathique, le spectateur se questionnant durant la principale partie du récit sur sa culpabilité. Melissa Sue Anderson, principalement connue en tant que Marie Ingalls, offre une prestation à l’orée de son écriture et permet au film de naviguer un peu plus en dehors de certains slashers vite vus, vite oubliés. Bien évidemment, une autre réussite du film est la mise en scène de J. Lee Thompson, connu pour avoir dirigé « Les canons de Navaron », « Les nerfs à vif » ainsi que « La conquête de la planète des singes », épisode marquant de la célèbre saga. Il apporte ce qu’il faut de mystère et d’effets pour faire fonctionner au mieux son récit.

Rimini offre une édition accompagnée d’un livret de 20 pages et du documentaire Slice and Dice: The Slasher Film Forever. De quoi ravir les amateurs de slashers qui devraient apprécier ce film inédit en France et toujours aussi qualitatif bien après sa sortie. Bref, il y a assez pour passer un bon moment et justifier l’achat de ce « Happy birthday to me », plus ténébreux et fascinant que les récents « Happy birthdead ».

Entretiens avec François Truffaut/John Huston.

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Carlotta sort deux livres reprenant les entretiens de Lillian Ross avec François Truffaut et John Huston. L’occasion de découvrir un peu plus la personnalité de deux grands réalisateurs.

Lillian Ross fait partie de ces pionnières du journalisme américain dont le nom devrait être bien plus régulièrement sur les lèvres du grand public, ayant notamment rédigé pendant plusieurs décennies pour le New Yorker. Il est donc logique que son chemin ait croisé à de nombreuses reprises des personnalités telles que François Truffaut et John Huston. Ces deux livres d’entretiens sont donc intéressants à lire, que ce soit pour leur portée littéraire au vu du style de Ross ou bien pour ce que cela apporte sur la personnalité de ces deux grands metteurs en scène.

En cela, il n’est pas nécessaire d’avoir une réelle connaissance sur leur filmographie pour apprécier au mieux le contenu de ces deux recueils. On se laisse porter par ces textes et ce qu’ils racontent, aussi bien de son auteure que de ces deux personnalités atypiques du septième art. La lecture se fait assez rapidement tant Ross a une plume littéraire qui nous fait tourner les pages avec une certaine vitesse sans qu’on le remarque.

Carlotta sort ces deux livres dans des éditions dont l’aspect épuré colle parfaitement à la manière dont on appréhende leur contenu avec une certaine simplicité. On constate très vite qu’ils disposent chacun de peu de pages, ce qui explique les prix de ces éditions. C’est ainsi que les entretiens avec François Truffaut sont disponibles à 5 euros tandis que ceux avec John Huston sont à 8 euros. Bref, le coût est aussi petit que ces livres faciles à transporter dans n’importe quelle poche et au contenu convenant aussi bien à des trajets assez courts qu’au confort du fauteuil de son salon.

Clairement, il n’y a pas grand-chose à dire sur ces livres d’entretiens à part soutenir leur qualité et les recommander aussi bien pour les cinéphiles aguerris que ceux découvrant cet art avec un œil frais et neuf.

Network de Sidney Lumet

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Pays : États-Unis
Année : 1976
Casting : Peter Filch, Faye Dunaway, William Holden, …
Genre : Drame

Disponible en édition ultra collector, le classique de Sidney Lumet n’a pas perdu de sa verve.

Suite à un rachat de sa chaîne, le présentateur télévisé Howard Beale se fait renvoyer. Mais alors qu’il annonce son futur suicide en direct, sa cote de popularité explose autant que les audiences…

Sidney Lumet a toujours été connu pour mettre son grain de sel dans le système et la société américaine avec une verve aussi grinçante que réjouissante. Tout le monde se souvient du merveilleux plaidoyer d’Henry Fonda dans « 12 hommes en colère » ou le désespoir d’Al Pacino dans « Un après-midi de chien ». Ici, il s’attaque à la télévision américaine, pilier central de l‘information tout autant soumis à l’économie que n’importe quelle entreprise ou même individu. C’est donc encore une fois l’argent qui tourne au cœur du récit, soumis aux aléas d’une audience qui peut être assez volage par rapport à ces émissions.

Lumet s’attaque à ce milieu de la même manière que dans toutes ses œuvres : avec un cynisme qui ne délaisse jamais ses personnages dans une forme d’automatisme facile. Il faut en cela souligner la direction d’acteurs impeccable, que ce soit pour un Peter Filch en pleine perte de ses moyens ou une Faye Dunaway qui veut profiter au plus de l’occasion. Le réalisateur sait autant mettre en avant les failles de ses héros qu’illustrer chacun face à ses propres impératifs, sociaux ou économiques, avec le même talent qu’il a pour conter ses histoires.

La mise en scène de Lumet est ainsi une véritable leçon, tout comme pour le reste de sa filmographie. Son contrôle entier de son sujet lui permet de ne pas tomber dans certains travers et de continuer à aborder ses thèmes avec la même importance et la même rage, le tout avec une réalisation puissante et dont la discrétion apparente ne saurait dissimuler une forme de rage intériorisée, assez maîtrisée pour ne pas partir dans tous les sens mais avec assez de liberté pour se permettre de critiquer de fond en comble le milieu, que ce soit dans sa course impérative à l’audimat ou le besoin de surfer sur une communication populiste, quitte à ce que le tout retombe sur soi.

Comme toujours, le coffret ultra collector reçu par Carlotta s’avère un indispensable, aussi bien pour ses suppléments que pour son livret. Ce dernier est la première traduction française de « Fou de rage », coup d’œil sur les coulisses du film mené par le journaliste du New York Times Dave Itzkoff. Cela fait presque 200 pages de texte revenant sur la création d’un film novateur dont la résonnance actuelle n’est plus à prouver et qui devrait ravir de nombreux cinéphiles. Ceux n’ayant pas accès à ce coffret pourront se rabattre sur les éditions DVD et Blu-Ray.

« Network » semble être sorti il y a un an ou deux et non il y a 43 ans tant sa critique des médias est des plus pertinentes, à l’heure des émissions cherchant l’audimat sans nécessairement s’interroger sur la pertinence de ce qu’elles diffusent. Il s’en dégage une telle énergie qu’il est difficile de ne pas être happé par ce grand film d’un plus grands réalisateurs américains, voire du monde. De quoi souligner le talent intemporel d’une légende, tout en s’attristant de l’intemporalité du message…

Punch drunk love de Paul Thomas Anderson

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Pays : États-Unis
Année : 2002
Casting : Adam Sandler, Emily Watson, Philip Seymour Hoffman, …
Genre : Comédie dramatique

Paul Thomas Anderson offre à Adam Sandler son meilleur rôle, aussi bien dramatique que comique.

Barry Egan a une existence assez simple, concentrée sur son travail et ses sept sœurs. Mais quand Lena débarque dans sa vie, tout va partir dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire.

Paul Thomas Anderson, à travers sa filmographie, se sera construit comme un merveilleux analyste de l’humain et ses difficultés émotionnelles. Punch Drunk Love va dans ce sens, abordant la romance en prenant certains chemins assez passionnants de ce qu’ils dévient du tout venant du genre. Pour commencer, Barry est loin d’être une personnalité parfaite, se complaisant dans ses erreurs et dans une existence quotidienne morne car prévisible, ce qui le rassure d’ailleurs. Il y a un sentiment étrange, entre le loufoque et le gênant, qui se dégage de ce héros à l’imperfection criante. Il vient donc souligner la prestation remarquable d’un Adam Sandler qui ne donne désormais plus l’impression de s’impliquer autant dans ses rôles (excepté quelques raretés comme « Funny people » ou « Men, Women and Children »). Il arrive à conférer un certain ancrage émotionnel à cet homme perturbé par la perte de contrôle de ses émotions.

Paul Thomas Anderson sublime ses personnages, dans leur angoisse perpétuelle face au bouillonnement émotionnel qui les étreint dans le plus profond de leur être. C’est ainsi qu’après des œuvres aussi longues que passionnantes telles que « Boogie nights » et surtout l’exceptionnel « Magnolia », ce « Punch drunk love » semble assez mineur et plus intime. C’est ignorer l’universalité des troubles émotionnels que chaque personne a eu l’occasion de vivre au moins une fois dans son existence. Derrière le burlesque et les couleurs se cache un film déchiré par le doute personnel et la crainte perpétuelle de l’avenir, en ce qu’il a d’imprévisible, et de la solitude, la pire prison qui puisse exister.

Derrière la comédie romantique apparente, Paul Thomas Anderson se fait anthropologue mais sans aucun regard supérieur sur ses personnages. C’est leur complexité mais surtout leurs nuances qui amènent une certaine reconnaissance émotionnelle, filmée avec une maîtrise totalement antonymique avec le comportement des personnages. Il est d’ailleurs passionnant de voir la dualité perpétuelle qui se dégage de l’écriture et de la mise en scène, comme face à un mélange hétérogène mais dont l’opposition fait naître le merveilleux, le poétique, le touchant tout en étant ancré dans une certaine forme de réalisme.

Difficile dès lors de ne pas tomber amoureux de « Punch drunk love », de sa candeur apparente et de son écriture nuancée palpitante. Paul Thomas Anderson nous met à nu sentimentalement et nous offre 95 minutes uniques qui nous font chavirer avec une absence totale de contrôle. Et n’est-ce pas la beauté de l’amour, son imprévisibilité, sa spontanéité et cette sensation de vertige euphorisante ? Anderson nous livre tout cela et plus avec cette grande œuvre aussi merveilleuse que le sentiment amoureux.

L’héritage des 500 000 de Toshirō Mifune

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Pays : Japon
Année : 1963
Casting : Toshirō Mifune, Tatsuya Nakadai, Tatsuya Mihashi, …
Genre : Guerre, drame, aventure

La ressortie de ce film en salles par Carlotta permet de découvrir que Toshirō Mifune était aussi bon réalisateur qu’acteur.

Takeichi Matsuo, soldat japonais revenu dans son pays après la guerre, travaille comme cadre dans une petite entreprise. Il rencontre Mitsura Gunji, un gros patron qui lui propose de retourner aux Philippines chercher un trésor abandonné…

Quand on parle de Toshirō Mifune, on imagine l’un des acteurs les plus mythiques du septième art immortalisé à plusieurs reprises par le tout aussi légendaire Akira Kurosawa. Néanmoins, on oublie souvent qu’il a officié une fois en tant que metteur en scène. On ne peut dès lors que constater après visionnage du film qu’il sait tout autant croquer son pays que le réalisateur des « Sept Samouraïs ». Il fait ainsi preuve d’une véritable maîtrise formelle dans la composition de ses cadres ainsi que dans la manière de capter son récit, bien aidé à la photographie par Takao Saitō (qui œuvra pour Kurosawa notamment sur « Entre le ciel et l’enfer », « Barberousse » et « Dodes’kaden »). Il y a ainsi un souffle dangereux qui ressort du film, entre l’excitation provoquée par cette quête mais également ses conséquences humaines.

Mifune parle ainsi de la destruction de l’homme face à l’argent d’un point de vue aussi bien universel que national. Tout d’abord, cette quête insensée d’enrichissement de manière dangereuse ne peut qu’aller de pair avec l’aspect belliqueux du récit, suite des conséquences de la seconde guerre mondiale et des conflits qu’aura connus le pays. Gunji parle ainsi de la symbolique nationale de la récupération des pièces d’or, telle une défaite qu’il faut de ce pas effacer de sa mémoire. Mais on y voit également le traitement du pays envers ses soldats abandonnés et contraints de se reconstruire à leur manière, que ce soit dans le territoire ennemi ou bien chez eux.

La nature incandescente de l’être humain face à l’argent fascine ainsi Mifune qui analyse par ce biais aussi bien la nature humaine que son pays par le biais d’un sens de l’aventure diablement divertissant, ce qui est paradoxal au vu de la dangerosité assumée de la mission et de l’écriture presque misanthrope de certains personnages. Mifune arrive à allier aussi bien divertissement par instants des plus grisants et analyse sociale et nationale avec un talent des plus indéniables, bien aidé par le scénario de Ryūzō Kikushima, autre habitué de Kurosawa ayant coécrit entre autres « Le Château de l’araignée », « La Forteresse cachée », « Yojimbo » et « Entre le ciel et l’enfer ».

Avec « L’héritage des 500 000 », Toshirō Mifune nous livrait un grand film profond qui devrait ravir à peu près tout le monde par son intemporalité et sa réflexion. De quoi constater que Mifune fut aussi talentueux derrière la caméra que devant.

 

Crédit photos :L’HÉRITAGE DES 500 000 © 1963 Toho Co., Ltd. Tous droits réservés.

The Stuff de Larry Cohen

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Pays : États-Unis
Année : 1985
Casting : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris,…
Genre : Horreur, comédie

Cela fait presque une semaine que Larry Cohen nous a quittés. À cette occasion, revenons sur l’une de ses réalisations cultes, « The Stuff ».

Alors que toute la population s’emballe pour une substance crémeuse appelée « The Stuff », un espion industriel et un jeune garçon soupçonnent le produit d’être plus dangereux qu’il n’y paraît…

Le point de départ du film peut être vu comme nanardesque si l’on prend le tout au premier degré. Il faut reconnaître que le look de Blob blanchâtre du « Stuff » et sa manière de zombifier les gens risquent de ne pas être pris au sérieux, surtout au vu de la dérision planant à l’arrière-plan du film. Pourtant, si le ton est badin en apparence, Cohen en profite surtout pour tirer à l’arme lourde sur plusieurs pans de la société américaine. Le scénariste des trois « Maniac Cop » et de « Phone game » s’attaque à la société de consommation et s’en prend aussi bien à ses responsables qu’à ses victimes avec une folie et surtout une verve assez communicatives.

Habitué à placer un contexte critique envers son pays dans ses réalisations et scénarios, Larry Cohen mène son récit tambour battant et critique le consumérisme dans lequel basculent ses concitoyens. Il n’ignore jamais leur rôle en tant que « zombies » plus aptes à consommer qu’à réfléchir tout en n’oubliant pas les véritables responsables de cette dégradation dans notre consommation quotidienne de biens. Il tire ainsi à boulets rouges sur les responsables de grosses entreprises mais également envers ceux censés les réguler pour mieux souligner la nature corrompue d’une société qui fait encore et encore les mêmes erreurs par pures raisons économiques. Toute l’Amérique se voit dès lors responsabilisée dans son comportement et chacun en prend pour son grade, jusqu’à une armée belliqueuse prête à tout pour réagir avec force à n’importe quel événement.

Si certains pointeront du doigt des effets spéciaux assez moyens, il faut se rappeler que Cohen a dû œuvrer avec un budget que l’on imagine minuscule et l’on soulignera que l’imagerie simple du Stuff rend plus tangible sa consommation mais également le danger qu’il fait peser. Le produit a de quoi rappeler plusieurs films catastrophes des années 50 dans sa façon d’être amené et de se déplacer. Elle colle donc bien à la nature paranoïaque du récit, faisant planer une certaine forme d’incertitude chez ses personnages principaux face à un événement incontrôlable à l’échelle nationale.

Rappelant aussi bien « The Blob » que « The Body Snatchers », « The Stuff » se réapproprie certains codes du genre pour mieux s’attaquer à son pays d’origine et son envie de consommer aveuglément tout et n’importe quoi, tout en offrant une attaque réjouissante de ceux qui profitent de ces dérives. Voilà donc une excellente série B qui tient les années et nous montre que Larry Cohen nous manque déjà…

Nouvelle cuisine de Fruit Chan

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Pays : Hong Kong
Année : 2004
Casting : Miriam Yeun, Bai ling, Tony Leung Ka-Fai, …
Genre : Drame, horreur

Quand l’horreur organique s’insère dans un drame grinçant sur la condition féminine…

Une ancienne star de la télévision fait appel à une cuisinière particulière pour tenter de retrouver sa beauté passée et raviver la flamme avec son mari.

Le cinéma d’horreur a toujours accordé une place prépondérante aux personnages féminins, quelles que soient les épreuves qu’ils traversent. On pourrait citer tant de noms, que ce soit Ellen Ripley faisant face au Xénomorphe et ses nombreuses lectures sexuelles ou Julia Ducournau et son exceptionnel « Grave ». Prendre le prisme de la vision masculine de la femme semble donc essentiel pour aborder notre film du jour tant les actions qui y sont au cœur sont symptomatiques d’une pression sociale imposée aux membres de la gent féminine : le besoin de rester jeune.

Nous sommes en effet dans une société imposant un certain diktat de beauté, obligeant toute personne à se conformer à une certaine image physique face à laquelle beaucoup culpabilisent. Néanmoins, ce sont les femmes qui sont le plus touchées face à cette obligation morale et corporelle, victimes de publicité vendant le corps de manière lisse, sexué et conforme à une certaine jeunesse. « Nouvelle cuisine » rappelle cela en montrant notamment le déni de Ching Li face à son passé télévisuel, souvenirs d’un âge où elle était encore considérée comme désirable. Le personnage de son mari rappelle une certaine forme de patriarcat qui, victime lui-même de cet impératif organique, pousse les femmes de son entourage à s’adapter à un fantasme physique ingénu.

Le contenu des raviolis concoctés par Tante Mei, sans en dévoiler la nature, rappelle alors ce rapprochement à l’enfance, à un stade de jeunesse éternelle tout en se raccrochant à une politique passée mentionnée à plusieurs reprises. Le fait de prendre Bai Ling pour incarner cette cuisinière s’avère dès lors passionnant, le réalisateur Fruit Chan utilisant son image dans les médias pour mieux souligner la facticité de la quête de juvénilité éternelle et mieux la retourner, notamment au détour de quelques scènes organiques à la crudité peu ragoûtante. Il en retourne donc une implication théorique qui touche aussi bien un passé sociétal national qu’une imposition morale permanente se retrouvant malheureusement encore de manière actuelle partout sur la planète.

« Nouvelle cuisine » est donc une œuvre dramatique fortement critique et profitant de sa nature d’horreur organique répulsive pour interroger le spectateur qui aura su s’accrocher à la nature graphique de certaines scènes.

Circle d’Aaron Hann et Mario Miscione

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Pays : États-Unis
Année : 2015
Casting : Michael Nardelli, Allegra Masters, Molly Jackson, …
Genre : Thriller, Science-fiction

Est-ce que Circle arrive à transcender son high concept ? Rien n’est moins sûr…

Cinquante personnes se réveillent en cercle dans une pièce sans aucun souvenir. Elles comprennent bien vite qu’elles doivent voter à intervalle régulier pour savoir qui doit mourir.

Il existe de ces concepts à l’apparence simple qui nous intriguent assez vite, surtout quand on est le vendredi soir, à la recherche d’un petit film à regarder sur Netflix. Certaines idées scénaristiques peuvent d’ailleurs amener encore plus loin que l’idée maligne mais finalement banale sur la longueur. Malheureusement, si « Circle » prend certaines orientations intéressantes, il finit par tourner en boucle et ne suscite que rarement la surprise.

Le point de départ permettait en effet de théoriser par la présence d’un large spectre de population, brassant dans tous les sens pour partir d’une population test diversifiée. Cela permet notamment de dresser des interrogations par rapport à certains préjugés sexistes ou racistes mais il semble que le film ne va jamais totalement dans cette direction, préférant miser sur le suspense que sur la véritable interrogation sociétale. Pas de problème si le tout ne subissait pas l’effet de répétition du principe de départ. La compréhension tardive de certaines règles et des guerres de clans ne donnent qu’une sensation de soubresaut scénaristique plus que d’avancement de l’histoire tout en balançant à nouveau des pistes narratives qui ne seront jamais abouties. La mise en scène d’Hann et Miscione reste assez simple pour privilégier la nature du vote ainsi que les questionnements à haute voix de certains protagonistes dont l’esquisse rapide n’aide pas à l’empathie. Ce dernier point semble du moins plus volontaire que d’autres, amenant le spectateur à se positionner face à des inconnus qui ne seront jamais totalement appréhendés et dont la mort ne s’applique que par le regard extérieur basé sur des théories, jamais des faits.

Si « Circle » amène des idées intéressantes, on a l’impression que tout cela reste au stade de pistes uniquement. Cela en fait quand même un petit film qui mérite le visionnage mais qui ne risque pas de marquer plus que ça la mémoire du spectateur, en dépit de quelques réflexions sous-jacentes.