Home Auteurs Publication de Liam Debruel

Liam Debruel

Liam Debruel
355 PUBLICATION 10 COMMENTAIRES
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Une vie de chien de Charlie Chaplin

0

Pays : États-Unis
Casting : Charlie Chaplin, Edna Purviance, Tom Wilson, …

Durée : 30 minutes
Année : 1918

Les années auront beau passer, rien ne pourra rendre dépassé l’humour de Chaplin ou (tristement) ses interrogations sur une société en crise.

Tandis que Charlot cherche un emploi, il trouve un chien, tout aussi abandonné que lui.

Il suffit de visionner le film en public avec n’importe quelle audience pour constater que l’humour de Chaplin est intemporel. Véritable maître de la facétie, il prouve que le timing est essentiel en comédie, que ce soit dans le niveau de répétition d’un acte à but humoristique ou pour faire le moindre geste. Rien n’est laissé au hasard, que ce soit dans ses parties visuelles ou écrites (beaucoup de gens se reconnaîtront dans une tentative de séduction assez peu réussie). En une trentaine de minutes, Chaplin condense divers ressorts comiques sans qu’aucun ne paraisse dépassé, et ce malgré le siècle séparant la sortie du film de nos jours. Là où la plupart des comédies actuelles s’enferment dans du fourre-tout nawakesque qui fait dater des produits sortis il y a quelques temps à peine (coucou Alad2), Chaplin arrive à rester maître de ses effets pour qu’ils puissent toujours fonctionner tout en touchant le plus large public possible et sans ignorer son contexte.

En effet, les États-Unis connaissaient à l’époque une crise économique grave, provoquant le désarroi quotidien de nombreux américains. Chaplin ayant vécu les mêmes soucis financiers dans sa jeunesse, il ne pouvait ignorer la situation. Même la musique du film, créée par Chaplin lui-même, prend en compte cette situation, le thème associé au chien et finalement à Charlot jouant d’un air misérabiliste pour appuyer la tristesse de leur quotidien. De quoi permettre de rire dans la pauvreté sans la moquer ni la stigmatiser (coucou nouvelles aventures d’aladin). Chaplin traite au premier degré cette misère ambiante et arrive malgré tout à en tirer des larmes de rire sans tomber dans le chantage gratuit aux larmes. Pas besoin de forcer les spectateurs au lacrymal pour leur faire ressentir le désarroi de ses héros et leur faire ressentir au mieux le bonheur de s’affranchir de leur situation.

Charlie Chaplin était, est et sera toujours un roi de la comédie, offrant des œuvres aussi riches dans l’humour que dans le drame, tout en faisant tout pour offrir aux spectateurs un arc-en-ciel dans le ciel le plus gris qui soit. Vous pourrez voir « Une vie de chien » en compagnie de n’importe qui, il est impossible de ne jamais lâcher et entendre un rire tout en finissant la projection ivre de satisfaction. On ne peut pas en dire de même de la plupart des étrons plats déjà périmés qui envahissent nos salles. Au diable les tuches, kev adams et autres clones foireux de Gaston Lagaffe quand un maître intemporel de l’humour donne de telles leçons de comédie.

Aladdin de Ron Clements et John Musker

0

Date de sortie : 1992 (1h30)
Avec Robin Williams, Scott Weinger,Linda Larkin,…
Genre : comédie d’animation, aventure
Nationalité : États-Unis
Musique : Alan Menken

Tandis que le projet de film « Aladdin » en prises de vue réelles s’est dévoilé dans une première bande-annonce et que le personnage se voit massacré dans des comédies françaises ineptes, revenons à la fameuse itération animée des studios Disney.

Aladdin est un jeune voleur tombé amoureux de la princesse Jasmine. Après s’être fait manipuler par le vil vizir Jafar, il se retrouve en possession d’une lampe magique habitée par le Génie…

Les studios Disney ont l’habitude de se réapproprier des contes et histoires connus par tous de diverses manières. Difficile de ne pas connaître leurs versions de « Blanche-Neige et les sept nains », « Cendrillon » ou « La belle au bois dormant », piliers dans le domaine du cinéma d’animation. Certaines versions se sont vu modernisées, comme « Oliver et compagnie », relecture animalière et New Yorkaise d’« Oliver Twist », d’autres complètement réaménagées pour gommer une certaine noirceur comme « La petite sirène » ou « La reine des neiges ». « Aladdin » rentre dans une catégorie à mi-chemin dans sa manière de marquer une certaine évolution dans la technique d’animation, avec l’utilisation du numérique. De quoi marquer des personnages plus mobiles et proches par moments d’un certain slapstick (comme dans la poursuite introduisant notre personnage principal). La modernisation se fait ainsi plus dans la forme que dans le fond, malgré les nombreuses références faites par le Génie.

Ce dernier, n’apparaissant pourtant qu’après un tiers du film, en est pourtant son moteur principal par sa symbolique. Il est introduit comme un champ infini de possibilités restreint par les règles l’entourant, un peu comme Aladdin, ce diamant d’innocence obligé de voler pour manger. Ses pouvoirs en font un cadeau mais également une forme de malheur : en pouvant influer (avec une certaine limite néanmoins) sur les actes des gens, il risque de leur faire perdre la notion de difficulté dans l’accomplissement. Si un coup de main peut être salvateur, il risque également de faire oublier à quel point une victoire, personnelle ou non, est plus gratifiante après avoir franchi les épreuves nous ayant séparé de celle-ci. Les capacités du Génie peuvent ainsi nous faire oublier notre faillibilité et augmenter de manière artificielle notre ego. Le « mensonge » d’Aladdin est donc moins le point central de la narration, comme le pratiquent beaucoup de films et téléfilms actuels. Il n’y a pas de réel mensonge à pardonner, plus une capacité à se remettre en question sous peine que notre arrogance nous aveugle en nous menant à notre perte. Le Génie est également un agent normatif malgré lui en limitant les possibilités d’action (trois vœux) et en instaurant un rapport de servilité avec son maître. C’est en restant soi-même et en outrepassant avec malice et intelligence ces normes restrictives que l’on peut atteindre une plénitude libératrice.


De quoi rappeler qu’« Aladdin » est également une histoire de classes mais aussi de renfermement social. En confrontant deux formes d’enfermement (la pauvreté et la cage dorée) dans un dialogue entre notre héros et la princesse, on comprend l’universalité de l’emprisonnement poussé par une certaine norme. Les problèmes d’argent de la population d’Agrabah relèvent d’une politique aveuglant le pouvoir dirigeant pour mieux justifier ses actions tandis que le besoin de Jasmine de connaître le monde extérieur relève de traditions rétrogrades. En soi, l’affranchissement final du Génie résonne comme l’affranchissement d’une société qui ne pourra plus être esclave des desiderata de certains puissants ni de lois ancrées dans un passé répressif. Quand certains individus permettent de faire passer leurs besoins après ceux du plus grand nombre, la société peut s’améliorer d’elle-même mais encore une fois, il faut lui laisser cette possibilité…
La chanson « A whole new world/Ce rêve bleu » s’installe par une dynamique de mise en scène permettant cette possibilité de liberté. Commençant par une conversation agressive sur un balcon (forme de limite symbolique), la tournure de celle-ci s’adoucit une fois qu’Aladdin saute de celui-ci et dévoile, sans y réfléchir (et donc agissant avec spontanéité) son tapis volant. En y faisant grimper Jasmine, il lui permet d’aller plus loin que l’horizon qui la barre. Les deux personnages chantent ainsi leur bonheur de découvrir un « tout nouveau monde », un tout nouveau champ de possibilités qui les libère de leurs restrictions sociales. Le tapis volant devient agent libérateur, appuyant son rôle en aidant Aladdin à embrasser Jasmine malgré sa présence sur le balcon, les séparant par une certaine hauteur. Une fois affranchis des normes, des frontières sociales et des décisions emprisonnantes, l’amour ne peut plus avoir de limites.


On a donc pu voir une certaine réflexion derrière le film mais ce qui en fait un classique du genre passe également par la forme dynamique. La mise en scène de Clements et Musker (également derrière « La planète au trésor » ou récemment « Moana ») participe à donner un ton intemporel, évitant le clin d’œil trop vite daté pour faire mouche dans l’agencement de son histoire et de ses personnages. Les musiques d’Alan Menken s’intègrent dans la narration pour la faire avancer ou caractériser au mieux ses protagonistes, en plus d’être diablement efficaces (que la personne qui n’a jamais chanté/dansé sur « A friend Like me » ou « Prince Ali » nous jette la première pierre). L’intrigue amoureuse est classique mais dispose toujours d’autant de sensibilité pour toucher un large public. Quant à Robin Williams, sa prestation mémorable en Génie est représentative de la dynamique d’une œuvre allant à 100 à l’heure tout en ne perdant pas son public.

Classique Disney mais également de l’animation en général, « Aladdin » est un film familial idéal, ne réduisant pas son humour ou son message à une simplification aliénante, grossière et même immorale (à l’opposé de certaines adaptations françaises plus récentes). C’est au contraire un film qui embrase son imagerie et ses thèmes pour s’installer au même niveau que le conte qu’il adapte. Bref, une véritable réussite intemporelle, au contraire de ses copies douteuses sans âme

Nos Batailles de Guillaume Senez

0

Date de sortie 3 octobre 2018 (1h38)
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy,…
Genre Drame
Nationalité Belgique,France

Après avoir fait parler de lui avec « Keeper », est-ce que Guillaume Senez confirmera les attentes placées en lui ?

Alors qu’il est confronté à un drame à son travail, Olivier doit faire face au départ inexpliqué de sa femme. Ses batailles au travail et dans sa maison vont le pousser dans ses retranchements.

Le synopsis que nous venons de vous faire ne rend pas grâce à la justesse du film, ce qui est déjà une première raison d’aller le voir. Là où certains auraient appuyé la carte du lacrymal pour faire pleurer dans les chaumières, Senez préfère chercher une forme de sincérité empathique. Aucun personnage n’est un modèle, ils sont tous faillibles et ont leurs raisons d’agir comme ils le font. Jamais le film ne délaisse le plan social ou familial et parvient à un équilibre délicat qui se maintient tout au long de ses 98 minutes. Pourtant, on ne sent pas de figures construites ni d’intrigue prédéterminée mais juste une quête de suivre au plus un père qui souffre sans ignorer ses propres défauts ni blâmer la mère partie.

Le fait que les dialogues aient été le plus souvent improvisés se ressent, appuyant la quête de justesse de Senez, dont la mise en scène est en retrait pour plus mettre en avant son casting. Dans ce registre, si Romain Duris est impeccable dans le rôle principal, c’est la présence de Laetitia Dosch qui se remarque le plus, cette sœur représentant une éclaircie apportant de la lumière dans la réalité maussade d’Olivier. Un dialogue entre les deux illumine plus encore la subtilité du film : Olivier peut être vu comme une victime mais son comportement envers sa femme n’en fait pas moins un responsable du départ de celle-ci. La nuance est au cœur du film, chacun agissant au mieux pour son bien ou celui des autres, au risque de faire des erreurs.

Dans ce registre, sans dévoiler quoi que ce soit, « Nos Batailles » aurait pu profiter de certains moments pour foncer dans le domaine du drame cliché et du père courage parfait dans la tourmente. Mais c’est en montrant ses faces les moins empathiques qu’il génère la sympathie. Chacun sonne si vrai, des enfants (tout simplement parfaits) aux seconds rôles, qu’on ne se sent pas mis à l’écart un seul instant de tout ce qui se déroule dans le film. Au contraire, on se raccroche le plus possible à chacun, que ce soit dans leurs mauvais ou bons moments, avec un aspect solaire en arrière-plan qui explosera de la plus belle des manières.

« Nos Batailles » est un drame d’une douceur et d’une justesse infinie qui confirme le talent de Guillaume Senez. Avec ce second film, celui-ci déjoue les attentes et clichés des œuvres du même registre pour mieux nous toucher avec une tristesse mais également un bonheur non feints.

Le jeu de Fred Cavayé

0

Pays : France
Année : 2018
Casting : Stéphane de Groodt, Suzanne Clément, Roschdy Zem, …

Après le mitigé « Radin », est-ce que Fred Cavayé se relancera avec cette adaptation française d’une comédie italienne ?

Tandis qu’ils dînent ensemble, une bande d’amis décide de jouer à un jeu : à chaque fois que l’un d’entre eux reçoit un message, un appel ou une notification sur son gsm, il devra le rendre public. Ce qui va bien évidemment amener son lot de conséquences…

Adaptation d’une comédie italienne déjà reprise en Espagne par Alex de la Iglesia, « Le Jeu » fait un peu peur au début. La crainte est ainsi grande de se retrouver face à une comédie vaudevillesque nourrie par les clichés et les rebondissements maintes fois vus et revus. Mais alors que le film commence sur des rails assez connus, il va finalement faire dévier son chemin avec une certaine intelligence et malice. Déjà, la présence de Fred Cavayé derrière la caméra aide à sortir de la mise en scène plan-plan digne d’une mauvaise comédie de boulevard. Ici et là, quelques récurrences visuelles viennent appuyer les propos du film et l’utilisation par instants du point de vue du smartphone permet de confronter ses protagonistes à leur image pas si lisse et connue tout en ajoutant un brin d’inventivité.

L’écriture se fait également maligne, usant à fond de son pitch pour pousser nos héros au bout de leurs retranchements et en approfondissant leurs caractères plus loin que les figures stéréotypées qu’on craignait au départ. Cette même malice que l’on retrouvait dans la mise en scène semble venir de ce scénario bien moins prévisible qu’attendu avec assez de bons mots pour amuser mais surtout une dramaturgie touchante. Un certain monologue, inattendu, se révèle d’une certaine grâce par sa sincérité tout en revendiquant l’imperfection de chacun face aux événements de la vie. En cela, il faut souligner un casting impeccable offrant plus de chair et d’empathie à leurs protagonistes et dirigé comme il faut pour éviter l’outrance mécanique à la Christian Clavier. Difficile de ne pas se rattacher à leurs malheurs, leurs défauts et leur incapacité à prendre les bonnes décisions, le tout en critiquant une société tellement rattachée à un téléphone qu’il devient une boîte de Pandore aux secrets inavouables de chacun.

Ludique, amusant, drôle mais surtout (et étonnamment) touchant, « Le Jeu » est une réussite comique qui rappelle qu’un script à la nature de vaudeville peut s’échapper de ses carcans classiques pour aborder avec justesse les carences de chacun.

Le comte de Monte Cristo de Rowland V. Lee

0

Pays : États-Unis
Année : 1934
Casting : Robert Donat, Elissa Landi, Louis Calhern, …

Rimini prouve avec cette édition que ce classique de 84 ans reste supérieur à la plupart de la production actuelle.

Sur le point de se fiancer, Edmond Dantès se voit arrêté suite à une accusation mensongère. Après 14 ans d’enfermement, il parvient à s’évader et à accomplir sa vengeance sous une nouvelle identité : le comte de Monte Cristo…

Le romain d’Alexandre Dumas est un classique de la littérature. Comment peut-il en être autrement ? La vengeance est l’une des thématiques les plus centrales de l’art en général. Il fallait donc adapter avec réflexion Le comte de Monte Cristo pour pouvoir en appréhender tous les questionnements moraux. C’est exactement ce que parvient à faire Rowland V. Lee avec plus de fraîcheur que la plupart de ses camarades actuels. Bien que limité par certaines contraintes d’époque, Lee parvient à partager le romantisme romanesque et épique du livre original.

En cela, l’histoire d’amour trouve un véritable souffle touchant grâce à l’interprétation de ses acteurs, en particulier Robert Donat dans le rôle-titre. Il est aussi bien le naïf Dantès, qui se verra détruit par un système judiciaire inégal, que sa façade de Comte, à la sournoiserie désarçonnante. Cette dualité destructive est au cœur du récit, tiraillant le spectateur entre le plaisir procuré par la vengeance et la destruction qu’elle provoque dans la personnalité du héros. Il y a donc une véritable réflexion thématique plus aboutie que dans la plupart des productions abordant ce thème ces dernières années.

L’édition fournie par Rimini est d’une qualité exemplaire, surtout au niveau de la restauration, il n’est donc guère étonnant que cette dernière dispose d’un module assez enrichissant. Les bonus proposent également un autre module sur le Théâtre cape et d’épée ainsi qu’un autre dénommé La gloire de Dantès, revenant sur les adaptations du personnage d’Alexandre Dumas.

Aussi fort thématiquement que visuellement comme s’il était sorti il y a quelques semaines, Le comte de Monte Cristo est un achat immanquable pour toute personne amoureuse de cinéma, surtout avec le Blu-Ray qu’a édité Rimini. C’est un réel plaisir d’avoir ce classique dans une édition aussi qualitative techniquement.

Désenchantée Saison 1

0

Pays : États-Unis
Année : 2018
Casting : Abbi Jacobson, Nat Faxon, Eric André,…

Matt Groening revient avec une nouvelle série d’animation, mais est-elle au niveau de ses créations précédentes ?

Bean est une princesse alcoolique et rebelle. Son quotidien ennuyeux va être mis à mal par l’arrivée du naïf Elfo et du démoniaque Luci.

L’une des choses qui désarme à l’entame des épisodes est le rythme humoristique. Il faut en effet patienter un peu pour que celui-ci s’accélère, le temps de présenter le nouvel univers du créateur des Simpson et Futurama. Peut-être car, plus que ses deux grandes sœurs, Désenchantée tente de privilégier la narration à long terme tout au long de cette saison. Cela affecte un démarrage assez lent au premier abord mais qui permet de situer chacun des protagonistes assez efficacement tout en basant les règles de ce nouveau monde fantasy.
Une fois que l’on a accroché à ce début, on peut alors pleinement savourer le style de Désenchantée. Le ton y est très ironique, plus proche encore de Futurama que des Simpson, notamment par le style pince-sans-rire de Luci, qui rappelle Bender. Mais plus encore que l’humour, c’est l’aspect dramatique qui surprend dans la série. On se rapproche au fur et à mesure d’une véritable comédie dramatique confrontant certains personnages à des problèmes personnels qui donnent envie de savoir ce que proposera la seconde saison.

L’animation est à première vue calquée sur les créations précédentes de Matt Groening. C’est ainsi que dans son design, Elfo fait penser au visage de Moe Szyslak collé sur le corps de Bart Simpson. Côté technique, le château partiellement numérique évoque le quartier général de Futurama. Une nouvelle fois, ces références, volontaires ou non, finissent par disparaître de l’esprit avant de prouver que Groening a mis à profit ses expériences précédentes pour offrir une œuvre dynamique qui joue même sur de l’humour qui aurait pu être aussi efficace en live action. De quoi équilibrer des répliques et autres situations humoristiques profitant par instants de son aspect cartoonesque qu’un humour plus terre à terre.

Crédible dans son univers sans hésiter à être farfelu, Désenchantée semble au premier abord en-dessous des autres créations de Groening. Mais une fois que l’on a appréhendé sa diversité de tons et son étonnante dramaturgie, elle se révèle assez passionnante et drôle, avec ce qu’il faut de promesse pour une seconde saison plus dramatique et proche de ses personnages encore…

Becket de Peter Glenville

0

Pays : États-Unis
Année : 1964
Casting : Richard Burton, Peter O’Toole, John Gielgud, …

Rimini ressort en Blu-Ray le duel entre deux acteurs de légende.

Angleterre, 12ème siècle. Thomas Becket est promu archevêque par son ami le roi Henri II. Cette nomination va amener des tensions entre les deux hommes…

Richard Burton et Peer O’Toole. Comment ne pas être déjà happé par la présence de ces deux monstres de cinéma dans un même film ? Il est alors logique de constater qu’ils sont le moteur de Becket, par leur charisme incandescent et la friction qui émane de leur rivalité. La complicité entre les deux acteurs dans la vraie vie permet de créer ce même sentiment à l’écran. En émane donc une véritable sincérité ainsi qu’une force d’interprétation qui tire Becket par le haut.

Ne soyons pas négatifs : le film en l’état est déjà très bon. Peter Glenville parvient à tirer de cette adaptation de la pièce de Jean Anouilh ses thématiques et interrogations sur les tractations entre le pouvoir de l’état et celui religieux. Néanmoins, son aspect théâtral pourrait en rebuter certains, notamment avec certaines scènes fortement dialoguées. Il n’y a évidemment rien d’honteux. S’en dégage simplement une forme de classicisme qui laissera de côté ceux qui préfèrent la modernité de réalisation à la composition méticuleuse de tableaux médiévaux.

L’éditeur Rimini offre encore une édition qualitative techniquement. Les bonus comportent les interviews de la monteuse Anne Coates et du compositeur Laurence Rosenthal, ainsi qu’une bande annonce et le commentaire audio de Peter O’Toole.

Rimini nous permet donc de tenter d’appréhender un peu plus une œuvre aux thématiques passionnantes et au casting à l’interprétation élevée. En cela, Becket mérite d’être redécouvert avec ce nouveau support tirant encore plus vers le haut une œuvre de grande qualité.

The Intruder de Roger Corman

0

Pays : États-Unis
Année : 1962
Casting : William Shatner, Frank Maxwell, Beverly Lunsford, …

La ressortie chez Carlotta de ce film de Roger Corman permet d’en mesurer sa modernité.

Alors que trois jeunes de couleur ont été acceptés dans une école régionale, un homme en costume blanc va semer le trouble…

Le racisme est l’un des plus grands problèmes de la société. Il n’est donc pas étonnant de voir le sujet abordé aussi fréquemment au cinéma, surtout au vu d’une actualité toujours bouillante. Revoir The Intruder prouve que le problème est très loin d’être réglé, malgré les avancées. Le film a beau être sorti il y a 56 ans, le malaise nous étreint aussi fort lors de son visionnage.L’un des gros points forts de The Intruder est sa tête d’affiche, William Shatner. Le futur Capitaine Kirk transpire de charisme et de magnétisme, ce qui corrobore le malaise provoqué par ses propos et actes. Il est la représentation parfaite d’un lobby conservateur effrayé par le changement et prêt à tout pour qu’aucun noir ne puisse avoir accès aux cours. Dans son costume blanc, Shatner irradie de tant de politesse et de maîtrise qu’il en est terrifiant.

Corman traite sa mise en scène avec la même maîtrise qu’Adam Cramer, le personnage qu’incarne Shatner. Le réalisateur parvient à capter la colère sourde au fond des habitants ainsi que la crainte d’un inconnu qui va irrémédiablement exploser. Par le mal-être d’une petite ville, c’est toute l’Amérique qu’il ausculte. Le portrait se fait néanmoins plus nuancé que prévu : si certains des habitants sont profondément racistes, la plupart les suivent par crainte et par la manipulation de leaders charismatiques. En cela, la solution doit passer par les personnes au pouvoir, censées penser au bien commun plutôt qu’aux intérêts de certains puissants qui préfèrent un passé réconfortant à un avenir inconnu. Mais pour ça, il faut se rappeler que tout le monde est égal en droits, ce qui n’aide pas les affaires de certaines personnes…

The Intruder est donc une piqûre de rappel sur les dangers des lobbys et du racisme, aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde. Il semble, au vu des déclarations de certains politiciens et autres personnalités invitées à la télévision, qu’il suffit d’être un beau parleur pour faire accepter à certains des idées aussi rétrogrades sur l’être humain…

La garçonnière de Billy Wilder

0

Pays : États-Unis
Année : 1960
Casting : Jack Lemmon, Shirley Maclaine, Fred MacMurray, …

Maintenant qu’il est disponible chez Rimini en Blu-Ray, revenons sur « La garçonnière », réalisé par Billy Wilder.

Afin de s’attirer la sympathie de ses employeurs, C.C. Baxter leur prête son modeste appartement quand ils ont des relations extraconjugales. Cela va se compliquer quand son patron emmène chez lui la fille pour laquelle il a le béguin…

Billy Wilder a le goût de l’ironie dans ses longs-métrages et il le prouve encore avec « La garçonnière ». Ici, il s’attaque sans honte à la moralité de l’époque en en profitant pour critiquer la structure sociale de certaines entreprises. Pour sortir de l’anonymat, un employé est obligé de louer, en plus de ses services, sa propre intimité ainsi que sa propre réputation. Ses voisins le critiquent ainsi pour un mode de vie qui n’est pas le sien et il ne peut même plus accéder quand il le souhaite à son propre appartement. Nous sommes donc dans une réappropriation des cadres de l’industrie de tout ce qui fait la personnalité d’un individu. Cela ira encore plus loin avec la découverte pour le héros de la relation entre son employeur et la femme qu’il aime. Dépossédé de son image et de son habitation, il se retrouve également privé de l’accomplissement de ses sentiments.

Néanmoins, on ne se retrouve pas dans une lutte manichéenne des pouvoirs et l’on critique autant les abuseurs que celui qui tente de profiter dudit abus pour évoluer professionnellement. Dès l’introduction du film, la voix off nous appuie que le cynisme sera omniprésent et ce jusqu’aux tréfonds de l’écriture des protagonistes. La seule éclaircie morale sera Fran Kubelik, l’hôtesse attisant les sentiments et qui se laisse elle-même porter par ceux-ci. Le jeu de Shirley Maclaine amène alors un peu plus d’empathie au milieu de ces hommes se tirant la bourre les uns aux autres pour profiter de ce(ux) qu’ils peuvent. Dans la quête d’avancée sociale, d’abus de personnes et de coucheries non assumées, cette bulle de sincérité amène l’attachement et permet de faire grandir le personnage principal.

Billy Wilder filme tout cela en jouant de sa mise en scène pour appuyer la solitude de Baxter et sa dépossession de personnalité dans son entreprise. Plus rien ne lui appartient vraiment et sa soumission n’est qu’une logique d’un fonctionnement de travail abusif. On retrouve cette verve malicieuse dans sa manière de croquer une nature humaine désavouée au travail et de mettre en image son intrigue. Il sait comment dépeindre ses parties les plus humoristiques ainsi que celles les plus dramatiques, remettant en question les mœurs et actes de ses personnages avec la même force scénaristique, le tout avec une finesse rare et rafraîchissante 58 ans après sa sortie.

Sorti avec un livret et divers suppléments, « La garçonnière » profite d’une restauration assez qualitative, aussi bien dans l’image que dans le son. Les bonus sont nombreux et devraient satisfaire les aficionados du long-métrage ainsi que du réalisateur en général. Comprenant entre autres un making-of, un entretien avec Margie McDougall, une remise en place du film dans la filmographie de son metteur en scène ou encore des entretiens tournant autour de Jack Lemmon, cette édition (Blu-Ray ou 2DVD) permet d’offrir une nouvelle jeunesse au film.

On pourrait dire que celui-ci n’en a pas tant besoin que ça au vu de sa force narrative toujours aussi mordante 58 ans après sa sortie. « La garçonnière » est une comédie dramatique forte qui se doit d’être vue par tous les cinéphiles au vu de sa mise en scène maîtrisée, son casting de qualité et la finesse de sa description d’une société extrêmement proche de la nôtre.

Manu : l’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra d’Emmanuelle Bonmariage avec interview de la réalisatrice

0

Pays : Belgique
Année : 2018

« J’ai un drôle de père. Je suis la fille d’un cinéaste mal connu mais d’un « sacré » cinéaste quand même. D’un homme qui, sans caméra, est largué en lui-même. D’un homme qui s’est accroché toute sa vie au cinéma du réel pour y chercher un sens. Donner un sens à une réalité qui lui échappe, de plus en plus complexe, qui déborde de n’importe quel cadre (familial ou professionnel). »

En quelques phrases dans le dossier de presse, Emmanuelle Bonmariage inscrit son film dans des intentions intimistes. « Manu », c’est le regard d’une femme sur son père, Manu Bonmariage, réalisateur qui a toujours cherché à replacer une forme de véracité crue dans ses œuvres. Il était donc logique qu’Emmanuelle reprenne le format documentaire pour revenir sur cette figure excentrique. Mais dès le début, elle confronte celui-ci et son spectateur à sa réalisation. Reprochant à sa fille de mettre en scène ce qu’elle raconte, il se voit admettre que lui l’a fait également au niveau du montage. En une dispute, deux styles s’opposent, deux personnalités complémentaires qui vont donner à ce documentaire un style bien à lui qui va en faire sa force.

https://www.brusselslife.be/fr/agenda/manu-l-homme-qui-ne-voulait-pas-lacher-sa-camera

Tout au long du long-métrage, Emmanuelle Bonmariage emmène son audience dans un voyage intime dévoilant les nombreuses facettes de son père et les histoires qui lui sont liées. Entre extraits de son travail (comme « Allo Police », plongée tragi-comique dans le quotidien de la police de Charleroi en 1987) et entretiens touchants, « Manu » est le portrait d’un homme ayant cherché à replacer la vérité au sens le plus strict du terme tout au long de sa carrière. Mais en faisant cela, la réalisatrice n’hésite pas à interroger son public sur des sujets plus larges d’un point de vue cinématographique, tel notre rapport à l’image et à la caméra au vu de l’omniprésence de celle-ci dans les mains de Manu.

Et voici l’une des grandes réussites du film : remettre en perspective la grandeur du travail visuel en le replaçant dans le cadre le plus intime qui soit. En même temps que Manu, on sent que sa fille se livre également à l’écran par ce regard sincère porté à son père. Sans ignorer certains points assez douloureux (la maladie de Manu, son histoire d’empoisonnement), elle nous plonge en plein milieu de la vie d’un homme à la malice touchante (notamment quand il parle de l’avantage de la perte d’un de ses yeux enfant quand il s’agit de cadrer). C’est ce cœur qui bat derrière « Manu », cette vie comme le décrit Emmanuelle dans son interview, qui nous permet de suivre la route tracée par Emmanuelle sans voir le temps passer.

À l’image de l’homme qu’il suit, « Manu : l’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra » est d’un amusement prenant n’hésitant pas à aborder ses points dramatiques avec le plus grand soin tout en cherchant à être le plus vrai possible. C’est cette vérité crue, drôle et touchante qui faisait de Manu Bonmariage un homme unique dans le paysage cinématographique européen. C’est cette même vérité qui fait ici d’Emmanuelle Bonmariage une dresseuse de portrait sachant ce qu’il faut faire pour être au plus proche de son public et de son sujet. De quoi faire de ce « Manu » un documentaire à rattraper assez vite.

Manu, l’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra » – © Tous droits réservés

 

Interview avec la réalisatrice, Emmanuelle Bonmariage

©Jimmy Kets – Emmanuelle Bonmariage et son père.

Pour commencer de manière assez simple, d’où est venue l’idée de faire ce film ?
J’ai au fil du temps, en allant à la rencontre de mon père, qui a consacré sa vie essentiellement à son « cinéma direct », trouvé qu’il était lui-même un sacré « personnage » en miroir aux différents protagonistes de ses films. Aussi se rencontrer à travers le média, l’outil qu’est la caméra, me semblait pertinent et « palpitant » comme dirait Manu !

Est-ce que cela n’a pas été trop « lourd » à préparer comme projet, quand on sent la charge émotionnelle qui s’en dégage ?
Lourd ? Non. La charge émotionnelle dont tu parles est venue naturellement. Mon père se définit comme « émotif-actif-primaire », ce n’est pas du tout un gars qui passe par le prisme de l’intellect du mental. Il n’est pas forcément évident à cerner, mais il sait que je ne suis pas dupe, je le connais malgré tout… Je cherchais aussi à dégager du vivant au travers des séquences, à laisser émerger la vie autant que possible… À oser être ce que nous sommes, des êtres délicieusement imparfaits !
Le plus compliqué lors de la préparation du projet était de comprendre les différentes « strates » du film, sachant que mon père a eu une vie tumultueuse portant aussi à conséquence sur sa carrière et sur ses sujets de films récurrents (l’enfermement comme l’asile, la prison, l’amour, la religion, …).
Je cherchais à mêler l’homme à son œuvre, vu qu’à mes yeux, c’est un homme qui s’est confondu à sa fonction en quelque sorte.
Comment ouvrir le film, qu’il parle à un public qui ne connait pas forcément le cinéma de Manu B. et comprendre les limites de l’intime…

Quelle scène a été la plus compliquée à tourner ?
D’une certaine manière, chaque séquence en soi était à la fois compliquée et subitement simple, voire « magique » parfois… Tout dépendait de la bonne volonté ou pas de mon père, au-delà de la maladie que j’intégrais d’office (je ne lui tendais aucun piège par rapport à ça évidemment), mais lui pouvait être par moments désorienté aussi à cause de la maladie. Certaines séquences au moment du tournage n’aboutissaient pas toujours à l’objectif recherché au départ, comme la séquence finale avec la marche aux flambeaux, où j’avais envie que mon père se mêle davantage à sa famille…
Puis, grâce au long travail de montage, nous travaillions la scène dans un autre sens et ce qu’elle racontait au final était tout aussi intéressant.

Une chose que j’ai appréciée dès le début du film, c’est la « dispute » concernant le principe de mise en scène, opposant la tienne et celle de ton père. Était-ce quelque chose d’essentiel pour toi dans la construction du film, questionner Manu sur son traitement de la réalité et en cela le spectateur même ?
Cette séquence n’était pas prévue au moment de la préparation du tournage ce jour-là, mais il était indispensable que je garde une certaine souplesse à chaque fois… J’ai donc eu l’intuition qu’il fallait qu’on filme ce moment. Il a donné ce que tu as vu, mais il traite autant sa mauvaise foi et le fait qu’il se cache lui-même derrière le cinéma direct alors qu’il sait très bien que pour le besoin de ses films, il a par moments eu besoin de demander aux protagonistes de sortir de chez eux par exemple.
Je voulais que ce film (Manu) questionne la façon de filmer le réel et les gens au sein de leur intimité… Et que pour le coup, ici, c’était à notre tour de jouer le jeu !

En cela aussi, beaucoup de fictions tentent de trouver un besoin de crédibiliser leurs récits, de rentrer dans une représentation de la réalité. Je pense récemment à « En guerre » de Stéphane Brizé ou encore à certains « found footage » ou « documenteurs » par leur mise en scène, comme « Cloverfield » en 2008. Quel est ton regard sur ce principe de revenir à des fictions « réalistes », ou du moins cherchant à trouver une crédibilité en dehors de leur nature fictionnelle ?
Tout d’abord, je n’ai pas, en tant que spectatrice, un genre de cinéma plus à défendre qu’un autre… Il y a des genres qui m’attirent plus que d’autres mais j’adore me laisser surprendre par un bon film SF par exemple, si je le trouve abouti, cohérent et cherchant à nous raconter réellement quelque chose à travers son genre. Je trouve ça, quand c’est le cas, d’une grand richesse et diversité artistique.
On plonge dans la singularité du regard du réalisateur(trice) et c’est tout à fait passionnant.
Je n’ai pas encore vu « En guerre » mais je vois le genre, comme Welcome aussi… Le danger dans ce genre de film, c’est que tout d’un coup, le réel nous semble faux ou forcé, c’est un piège auquel on doit rester attentif, me semble-t-il, et bien comprendre pourquoi on veut traiter la matière filmique de cette manière. Qu’est-ce que l’on en attend par rapport au récit que l’on souhaite traiter ? Si l’on tourne un film « réaliste », il est impératif, à mes yeux, de laisser arriver le « vrai » réel au sein de la séquence fictionnelle réaliste, tu vois ce que je veux dire ? Un peu comme Cassavetes, par exemple.
La nécessité pour lui de laisser aussi improviser les acteurs au cœur même de la séquence. Quand on cherche à capter le réel avec une caméra, il peut aussi très vite se figer et se laisser « enfermer », et là pour moi, ça devient « faux ». Dans ce cas, je préfère regarder un bon classique à la Claude Chabrol !

Ton film pose, comme dit plus haut, un regard sur la mise en scène en général mais d’un point de vue évidemment plus intimiste. Était-ce quelque chose de recherché dès le départ ?
Ce mot « intimiste » revient beaucoup par rapport à Manu, je crois que l’on a tous une perception très différente de l’intime, de notre rapport à l’intime, lié à notre éducation en grande partie.
Je n’ai pas cherché à faire un film intimiste, j’ai cherché à ouvrir un maximum le film et l’accès au « personnage » de Manu par le prisme et le regard de sa fille, en l’occurrence moi… Donc forcément, comme je partage des moments de complicité (quels qu’ils soient) avec lui et le spectateur, cela nous mène à ce rapport intimiste. Mais je pense que vous le vivez encore autrement de l’extérieur, en fonction de ce que je dis en début de question.
Il allait sans doute de soi au départ qu’en tant que fille, je n’allais pas jouer sur la distance et le vouvoiement !

Pour continuer sur ce point, la scène où Manu doit redoubler ses phrases et qu’il ne les reconnaît pas semble montrer la séparation que l’on peut avoir entre le soi « réel » et le soi « filmé ». Penses-tu que l’on peut continuer à capter une forme de réalité avec la caméra, même si celle-ci peut amener à un certain changement de comportement au vu de sa présence ?
L’idée de base de cette séquence était de revisiter avec mon père des paroles dites après son dernier film « Vivre sa mort », alors que ma prise de son était très mauvaise mais le contenu intéressant… « Je suis allé trop loin avec le cinéma direct peut-être » … C’est une façon de lui donner accès à une remise en question et un regard sur lui-même qu’il n’a quasiment jamais eu (me semble-t-il), et c’est sa fille qui l’amène à ça, puisque je l’avais filmé un an auparavant. Il se fait ici que l’intention prend un double sens avec la présence de la maladie d’Alzheimer « il ne se reconnaît plus », mais maladie ou pas, j’aurais d’office gardé l’intention de le « confronter » à lui-même. On est à un stade du film où je cherche à comprendre si l’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra va quand même un peu lâcher prise et nous donner autrement de lui-même que toujours caché derrière sa propre caméra. Oui, je crois que l’on peut continuer à capter une forme de réalité malgré un changement plus ou moins léger de comportement, mais c’est ça aussi qui est intéressant. La caméra nous renvoie dans ce cas à nous-mêmes, à nos peurs, et joue le rôle de mémoire aussi…

Quand on voit l’importance de la caméra pour Manu, on peut se demander quel est ton rapport personnel avec cet objet ?
J’adore l’image, j’adore cet outil, malheureusement je n’ai aucune connaissance technique ou en tout cas bien médiocre, mais c’est et ça reste un outil, pas un prolongement de moi-même comme pour mon père Manu. Il y a un équilibre et une délicatesse à questionner sans cesse quand on la porte à l’épaule et que l’on « scrute » le monde…

Le film est le portrait de Manu Bonmariage mais je trouvais que c’était également le tien par rapport à te différencier de la mise en scène de ton père et finalement jeter ce regard doux et sincère sur celui-ci. On sent le film sur le personnage qu’est Manu mais j’ai également eu l’impression de ressentir ta personnalité derrière lui. Était-ce voulu ?
Voulu non, mais je ne comptais pas me cacher et faire semblant que je n’y étais pas non plus. La justesse de ma présence ou non était une question présente tout du long. Si je lui demande de jouer le jeu du  » filmeur filmé », je dois en être capable aussi en quelque sorte. Puis, derrière la caméra, dans ce contexte de film, il y avait quelqu’un qui n’est pas journaliste ou lisse… Il y avait sa fille.

Le film se clôture sur un passage de flambeau. Quels sont tes projets futurs et voudrais-tu continuer dans la lignée de mise en scène de la réalité comme le faisait ton père ?
Comme le faisait mon père, je ne sais pas, je ne suis pas mon père !
C’est un peu prématuré pour le moment de te pitcher ou parler des prochains projets, mais j’en ai plusieurs et de différents types (docu, docu-fiction, expérimentale, fiction tout court !).
J’ai besoin de temps cet été pour comprendre et peut-être jeter plusieurs filets… La question des productions est bien entendu ultra présente… Sans ça, c’est difficile !!
En tout cas, réaliser à nouveau me donne tout de suite envie de dire : OUI.