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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Rodin de Jacques Doillon

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Pays : France
Année : 2017
Casting : Vincent Lindon,Izia Higelin, Séverine Caneele, …

À l’occasion de sa sortie cette semaine en DVD et Blu-Ray chez Wild Side, revenons sur « Rodin », réalisé par et avec Vincent Lindon dans le rôle-titre.

Le film suit une partie de la vie du célèbre sculpteur français Auguste Rodin, notamment sa rencontre avec Camille Claudel…

Il est amusant de constater que Doillon s’attaque aux corps de ses acteurs comme le ferait Rodin lui-même : avec une forme de sensualité et de douceur qui permet d’en faire ressortir toute la force et la grâce ainsi que l’aspect rude. Sa caméra est au plus proche de ses personnages, les suit avec élégance afin de capter auxmieux leurs mouvements les plus infimes ainsi que les regards les plus brefs. Le metteur en scène et le sculpteur partagent ainsi la même réflexion visuelle quant à la manière de rendre la chair vivante par un biais fictif (même si l’un retranscrit en trois dimensions, ce que l’autre ne peut faire qu’en deux). La question de l’art est donc au coeur du film de Doillon sans que le regard ne se fasse hautain et supérieur. Si l’on filme la création, c’est par le regard du créateur même : incertain et en réflexion constante.

Vincent Lindon offre une nouvelle fois une interprétation habitée en Auguste Rodin, donnant vie avec crédibilité et intensité à l’artiste. Le choix d’Izia Higelin en Camille Claudel s’avère pertinent pour la fougue et la fraîcheur qu’elle apporte au long-métrage, tout comme l’apprentie l’a fait dans l’existence de Rodin. Ce dernier est loin d’être iconisé au vu de son comportement avec d’autres protagonistes, mais ce sont ses failles qui permettent d’ancrer le sculpteur de manière concrète. Il est d’ailleurs intéressant que le film ne suive pas la logique du biopic traditionnel en suivant Rodin durant toute son existence, mais se concentre plutôt sur une certaine partie afin de conserver son oeil sur quelques-unes de ses créations et leur contexte émotionnel.

Le DVD fourni par Wild Side est comme toujours de qualité dans sa facture technique, aussi bien visuelle qu’auditive. Il contient en supplément un entretien entre le réalisateur et la responsable du fond historique du musée Rodin, Véronique Mattiussi.

« Rodin » est donc loin d’être le biopic ennuyant et prétentieux comme certains le prétendent. C’est plutôt une oeuvre au regard incertain sur l’art, comme l’est celui de chaque artiste en phase de création. Le long-métrage de Jacques Doillon arrive donc à redonner vie à Auguste Rodin, non en tant que créateur exceptionnel mais en tant qu’homme avec des failles et des interrogations sur ses sculptures. Bref, des questionnements humains dans une oeuvre humaine.

 

Cinéma italien : Il Mattatore + Casanova

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À l’occasion de la sortie chez Carlotta de la deuxième partie de leur collection « Cinéma italien », revenons sur deux titres proposés en format physique chez l’éditeur : « Il mattatore » et « Casanova ».

« L’homme aux cents visages » (titre français d’« Il Mattatore ») suit Gerardo, ancien escroc qui raconte ses différents exploits à l’un de ses « collègues » qui a tenté de l’extorquer, ainsi que sa femme. « Casanova » raconte quant à lui l’histoire de ce fameux séducteur, aussi bien sa gloire que sa descente aux enfers.

Sur le papier, les deux films ne partagent que leur pays d’origine. En effet, il y a une certaine différence entre le premier, une comédie utilisant la technique des flashs backs pour raconter les souvenirs du héros, et le second, œuvre dramatique aussi massive que peut l’être une réalisation de Fellini. Et pourtant, chacun à son niveau exprime les vices de l’être humain avec un regard assez compréhensif. On tombe peu dans le jugement des actes mais plutôt dans l’observation pure de nos envies inavouables socialement. On peut se rattacher aux héros grâce à leurs actions, leurs volontés mais surtout leur imperfection bien commune à chaque personne. Dino Risi et Federico Fellini partagent donc une volonté sincère de jauger leurs protagonistes comme symboles de deux traits de l’Homme toujours aussi passionnants à aborder pour leur universalité : le mensonge et la sexualité.

Dans « Il mattatore », l’art du mensonge qu’exprime Gerardo peut être considéré comme une mise en abyme de la manière dont le cinéma se joue de nos émotions. En effet, le héros est au départ acteur et use de son talent pour amadouer les gens en les émerveillant et leur promettant monts et merveilles pour mieux les abuser. Le bagout dont fait preuve Vittorio Gassman dans son interprétation aide à le suivre dans ses manigances. C’est son côté charmeur qui nous accroche à ses différents récits et participe grandement à la réussite du long-métrage, en particulier une fin aussi malicieuse que le ton général.

Concernant « Casanova », Fellini nous offre un film assez froid et énorme dans ses proportions. Il nous représente tout au long des deux heures quarante de récit la luxure humaine, dans une ambiance orgiaque et unique, bien aidé par la bande originale de Nino Rota. Dans le rôle-titre, Donald Sutherland offre une partition touchant autant au charismatique qu’à la déchéance que réclamait un tel personnage. La direction artistique est à la mesure des moyens fournis au réalisateur italien qui permet d’inscrire Casanova dans une échelle aussi gargantuesque que le récit adapté. De quoi confirmer aux néophytes l’importance de Fellini dans le septième art.

Carlotta offre à nouveau des éditions de qualité techniquement, aussi bien à l’image que pour l’audio (à noter qu’ « Il mattatore » n’est disponible qu’en version originale sous-titrée). Les bonus proposés sont divers, entre les documentaires sur Casanova ou l’entretien avec Michel Hazanavicius pour « Il mattatore ».
Ce sont donc deux films assez différents sur la forme mais partageant beaucoup sur le fond que nous propose Carlotta, l’occasion de revenir sur un cinéma italien qui aura apporté sa touche au septième art en général.

Saw 3 de Darren Lynn Bousman

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Pays : États-Unis
Année : 2006
Casting : Tobin Bell, Shawnee Smith, Angus Macfadyen, …

Le genre du torture porn a souvent été mis de côté par de nombreux fans du septième art. D’un côté, on peut les comprendre au vu de certains titres étant tombés dans le gore pour le gore sans aucune réflexion thématique derrière. Mais d’un autre côté, certains titres mériteraient d’être un peu plus mis en avant. Aujourd’hui, abordons donc le troisième volet d’une saga importante dans le domaine.

John Kramer fait enlever un médecin afin d’essayer de survivre à sa maladie. D’un autre côté, un homme ayant perdu son garçon dans un accident se retrouve dans les pièges du Tueur au puzzle…

Quand on parle de torture porn, deux « sagas » viennent directement à l’esprit : « Hostel » et « Saw ». Si certains de leurs volets sont tombés dans l’horreur graphique grand guignolesque, il est intéressant de voir comment chacune aborde la valeur du corps. Dans une critique précédente, nous disions que dans la première, réalisée par Eli Roth, la chair prenait une valeur économique, un prolongement de la manière dont l’être humain se vend au quotidien. En effet, après la vente du corps comme objet sexuel, comment ne pas imaginer celui-ci devenir un produit servant à assouvir des fantasmes bien plus sanglants ? Pour « Saw », il y a une ambition moins matérielle qu’idéologique. Le Tueur se voit ainsi comme une figure divine qui punit ceux ne profitant pas de la vie quand la sienne risque de disparaître d’un moment à l’autre. Le corps est donc un moyen de torture permettant de faire comprendre l’aspect futile et fragile de notre existence.

Pour plonger dans l’aspect purement idéologique, ce troisième volet est intéressant pour les liens que l’on peut établir avec la religion. D’abord, avec la mort d’un personnage dans une position presque christique, assassiné par une fausse figure divine qui s’en retrouvera punie. Ensuite, l’histoire que va suivre le père est un exemple encore plus flagrant. Il va traverser un véritable chemin de croix, opportunité que lui offre le Tueur de pardonner ou bien de punir ceux qu’il juge responsables de sa perte. C’est donc un cadeau divin qui lui est donné : en effet, pour beaucoup, qui est le véritable juge de l’Homme si ce n’est un Dieu lui-même ? Il va au final mettre en question l’entité divine qu’est le Tueur au puzzle, ce qui lui vaudra une sentence irrévocable, tout comme celle de l’apprenti qui a trahi ce même tueur.

Pour revenir aux mécanismes des pièces, ils interrogent également la soif de son public pour la violence. Celle-ci commence ainsi dans une forme d’explosion d’hémoglobine avant de revenir vers quelque chose de plus tangible physiquement. C’est ainsi que l’opération de John Kramer se voit aidée par des plans quasi cliniques renforçant la crédibilité de l’action, tout en dégoûtant plus les spectateurs que par n’importe quel éventrement facile. Ici, on peut même se mettre en lien avec le personnage principal pour son envie de vengeance meurtrière, au vu du drame qu’il a vécu. Il y a donc un rapport plus humain qui est créé et permet quelques interrogations morales sur la justice que chacun veut se faire après avoir vécu un événement dramatique. Est-ce parce que l’on nous offre l’opportunité de nous venger de manière physique que l’on peut réellement le faire moralement ? Doit-on répondre à la violence par la violence ? En faisant cela, on risque de rentrer dans un cycle sans fin et provoquer plus de dégâts qu’en essayant de se guérir soi-même de son deuil. « L’enfer, c’est les autres » dit-on. Et pourtant, c’est bien par notre propre volonté que l’on peut provoquer ledit enfer.

Bénéficiant d’une mise en scène correcte tentant de garder le style original de James Wan et un casting assez bon, ce troisième volet de « Saw » est un film de genre recommandable cristallisant les opportunités réflexives de la saga en général, ce que n’arriveront pas vraiment à faire ses suites. Espérons que le prochain volet, mis en scène par Michael et Peter « Prédestination » Spierig, revienne à ce niveau de fond narratif plutôt qu’à celui de simple divertissement gore des derniers volets…

Fantastic Mr Fox de Wes Anderson / Robin des bois de Wolfgang Reitherman

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Pays : États-Unis

Années : 2009/1973

Castings : Georges Clooney, Meryl Streep, Jason Schwartzman,…/Brian Bedford, Peter Ustinov, Phil Harris,…

La figure des animaux a toujours été utilisée comme allégorie de l’être humain dans la culture. C’est quelque chose de simple mais pourtant logique : il faut parfois se dissocier de notre statut d’homme pour que les messages passent mieux. Demandez ainsi à George Orwell, Jean de la Fontaine ou Pierre Boulle. C’est bien évidemment le cas dans le cinéma, en particulier celui d’animation. On pourrait parler de « Zootopie », traitant de la manière dont les stéréotypes régissent notre comportement et nos craintes. D’ailleurs, comme les deux films que nous comptons aborder aujourd’hui, l’un des héros est un renard rusé. Néanmoins, nous allons pour l’heure nous concentrer sur le « Robin des bois » de Wolfgang Reitherman et le « Fantastic Mr Fox » de Wes Anderson.

Ces deux films d’animation ont bien évidemment de nombreuses différences. Tout d’abord, leur conception : le premier est un dessin animé alors que l’autre utilise la stop motion pour animer ses personnages. L’un est réalisé par une légende de l’animation (il a réalisé précédemment « Le livre de la jungle » et « Les Aristochats »), l’autre est le premier essai dans ce domaine d’un metteur en scène habitué à colorer ses films live de manière presque animée. Et si le premier a été conçu par un studio encore à la dérive par la mort de son fondateur et n’a acquis son statut de classique qu’au fur et à mesure des années, le second était appuyé par le prestige naissant d’un auteur à l’univers aussi riche que le romancier qu’il adaptait, Roald Dahl. Bref, beaucoup semble opposer les deux longs-métrages, même leur année de sortie.

En effet, trente-six ans séparent les deux longs-métrages, un laps de temps énorme en temps d’innovation technique dans un milieu en constante évolution technologique. Et pourtant, sur la forme, les deux relèvent de la même rigueur et de la même beauté visuelle. Le premier a quand même le désavantage de réutiliser des animations d’anciennes productions précédentes, tout comme d’autres films du studio par ailleurs. Néanmoins, le trait des animateurs reste dynamique et cohérent avec l’univers dépeint et cela s’oublie assez rapidement lors du visionnage du film. Même s’il a été rabaissé à ce niveau comparé à d’autres classiques de Disney, « Robin des bois » n’a pas à rougir de sa qualité visuelle.

Concernant « Fantastic Mr Fox », la stop motion a le risque d’imposer une forme de rigidité des mouvements, ce avec quoi joue Anderson tout en conférant une nouvelle fois une forme de dynamisme avec la rapidité d’action de ses personnages ou encore le mouvement de certains plans. On peut également argumenter que lorsque le réalisateur pose sa caméra, sa composition détaillée de son décor offre de nombreux tableaux, comme ceux pouvant décorer les romans de Dahl. Les deux représentent donc deux faces de l’animation : le premier, un style visuel jugé copié sur ses prédécesseurs mais pourtant remarquable, l’autre un travail de longue haleine profitant des défauts d’un média pour jouer avec celui-ci.

Sur le fond, il est amusant de comparer les réflexions de chacun sur leur milieu économique. Le premier garde les bases des aventures de Robin des bois : la volonté de prendre aux riches afin de rendre aux pauvres. Nous nous trouvons dans une société à priori moyenâgeuse, où le tyran en place profite de sa position pour compenser son sentiment d’infériorité (être moins bien vu que son frère, roi légitime, parti en croisade). Le représentant de la justice, le shérif, est à la solde de celui-ci et lui obéit au doigt et à l’œil. Certains pourraient faire un parallèle avec le monde capitaliste dans lequel on se trouve, mais cela est bien moins important que le message même du film. Robin est le représentant des pauvres, des laissés pour compte, de ceux qui subissent les agissements des puissants. Il est donc la preuve que, pour rendre une société juste, il faut se battre pour que chacun ait les mêmes chances entre ses mains pour faire de sa vie ce qu’il en veut. C’est donc à la société de s’adapter à l’individu pour que chacun puisse subsister avec les mêmes opportunités.

C’est à l’opposé auquel on a droit dans « Fantastic Mr Fox ». Ici, les personnages sont à côté d’entreprises tenues par des êtres humains qui ne veulent évidemment pas laisser l’accès à leurs ressources aux animaux sauvages à proximité. Ces derniers se retrouvent pourtant avec un accès à leurs biens fourni par monsieur Renard. Ses agissements provoquent bien évidemment la colère des humains, qui tentent de s’en débarrasser afin de se venger de la honte de s’être fait chaparder leurs biens par une vulgaire créature. Ici, la figure du renard est un peu plus égoïste dans ses motivations, avec cette envie de revenir à sa vie d’avant, bien plus excitante. Et en même temps, comment ne pas résister à l’envie de mettre en colère des propriétaires qui ne veulent partager leurs richesses avec les autres ? Il faut parfois créer le bazar chez les riches pour améliorer notre monde, mais si cela ne marche pas, il y a toujours un moyen de survivre et de profiter de son existence. Si le final est bien évidemment positif, il peut être vu dans le sens opposé du message de « Robin des bois » : les individus, pour survivre, doivent parfois s’adapter à leur société pour profiter de ce qu’elle a à offrir.

Voici donc décidément deux films d’animation qui méritent grandement le visionnage, amusants pour toute la famille mais offrant également des pistes thématiques qui méritent d’être creusées longuement pour amener à certains débats sur notre société. Ce sont également d’autres preuves qu’en plus que le film d’animation est un genre qui a beaucoup à offrir visuellement et intellectuellement, les métaphores animales pour nous représenter moralement n’ont pas encore fini d’être utilisées dans le domaine de l’art. En même temps, il y aura toujours tellement à dire sur l’être humain, que ce soit en tant qu’individu ou en tant que groupe, qu’il serait impossible de ne pas voir en nous une source intarissable de sujets pour des artistes passionnés et passionnants…

Le complexe de Frankenstein de Gilles Penso et Alexandre Poncet

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Pays : France
Année : 2015

Alfred Hitchcock déclarait que la réussite d’un film dépendait de la qualité de son méchant. Au fur et à mesure de son histoire, le cinéma a offert diverses figures négatives, d’ennemis, de monstres. Or, derrière chaque créature, il y a des artistes, des êtres humains qui s’échinent à les rendre aussi crédibles, effrayants ou attachants que possible. C’est à ces personnes que s’intéressent les journalistes Gilles Penso et Alexandre Poncet dans leur documentaire « Le complexe de Frankenstein ».

Ceux qui ont déjà lu les écrits des réalisateurs (que ce soit dans « L’écran fantastique » ou « Mad Movies ») savent que ce sont de grands connaisseurs du cinéma de genre, des amoureux qui ont fait de leur passion leur métier et même un sacerdoce. En effet, ils prolongent leur réflexion de leur documentaire sur le roi de la stop motion Ray Harryhausen pour parler des artistes derrière les grandes créatures qui ont envahi les grands écrans. Au gré des divers témoignages de responsables d’effets spéciaux ou bien de réalisateurs, ils retracent la petite histoire des grands « monstres » du septième art. Les amateurs en tous genres pourront trouver diverses anecdotes intéressantes tout en constatant l’évolution technologique derrière l’élaboration de la créature de Frankenstein, du Xénomorphe ou encore des dinosaures de « Jurassic Park ».

En effet, au fur et à mesure de l’avancée technique des effets spéciaux, c’est tout le milieu du cinéma qui se retrouve bouleversé. Le documentaire arrive à restituer cela ainsi que la remise en question professionnelle de certains artistes du domaine, obligés d’évoluer avec leur temps. C’est par ce regard humain que « Le complexe de Frankenstein » touche : bien que les créatures aient marqué de manière extraordinaire, ce sont des personnes comme toutes les autres qui se sont retrouvées à les façonner de manière légendaire. En cela, le film est un hommage à ces créateurs qui se sont vus dépasser par leurs créatures, comme le docteur Frankenstein avant lui. Mais, comme on l’oublie souvent, sans l’humain pour le créer ou le partager, le mythe n’existe pas…

Carlotta propose le film en deux éditions : deux DVD ou Blu-Ray/DVD. Dans tous les cas, les deux disques sont remplis de bonus, essentiellement des entretiens avec divers responsables d’effets spéciaux et des réalisateurs. De quoi prolonger le visionnage du film pour un petit moment encore après celui-ci.

« Le complexe de Frankenstein » est donc vivement recommandé à tout amoureux du cinéma, à tout passionné qui a rêvé, comme l’auteur de ces lignes, devant ces créatures mémorables qui auront su traverser les années et les films et qui, sans certains artistes, n’auraient pu faire subsister leur légende en dehors du grand écran…

L’homme au masque de cire d’André De Toth

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Pays : États-Unis
Année : 1953
Casting : Vincent Price, Phyllis Kirk, Frank Lovejoy,…

Il est devenu commun de taper sur les remakes incessants qui sortent sur nos écrans en permanence. Ceux-ci sont souvent critiqués pour la liberté prise envers l’oeuvre originale ou pour un résultat proche de la copie aseptisée et sans âme. Pourtant, le cinéma a offert de nombreux exemples de relectures réussies. C’est le cas de notre film du jour : « L’homme au masque de cire », réalisé par André de Toth.

Alors qu’il a été gravement blessé dans l’incendie de son ancien musée de cire, un créateur excentrique revient dix ans plus tard exposer de nouvelles statues. Mais ces dernières semblent extrêmement réalistes…

Quand on compare le film avec son prédécesseur, le « Masque de cire » de Michael Curtiz, on constate quelques différences, notamment vis-à-vis de l’héroïne, plus active dans le film de 1933. Néanmoins, André De Toth se réapproprie correctement le long-métrage précédent et y ajoute, en plus d’une mise en scène élégante et des décors travaillés, une version en 3D grâce à un tournage en relief stéréoscopique. C’est un aspect d’autant plus amusant quand l’on sait que le metteur en scène était borgne, ce qui le rendait donc insensible à cet effet. Cet outil ne se remarque pas pour le spectateur le visionnant en format normal, excepté lors de la séquence du Jokari, assez gratuite au premier abord. Mais cette séquence devient plus forte narrativement une fois que l’on regarde le film avec le prisme de la critique du divertissement. Avant de revenir sur ce point, ajoutons que « L’homme au masque de cire » dégage une certaine ambiance gothique, même si elle est loin de celle qu’offrira sept ans plus tard Girogio Ferroni avec son « moulin des supplices », partageant d’ailleurs de nombreux points communs avec le film d’André De Toth.

Plus qu’offrir une oeuvre de genre censé effrayer les spectateurs, De Toth nous donne avec ce film une interrogation sur le statut de créateur dans le milieu culturel actuel. Le personnage incarné par Vincent Price est présenté ainsi dans son premier musée, composé de statues diverses au réalisme saisissant. Mais alors que lui est satisfait de se faire plaisir artistiquement, son mécène tente de lui faire produire une exposition horrifique, bien plus lucrative financièrement. Suite au refus du sculpteur, son musée finit incendié et l’homme blessé. Son retour se conformera alors aux attentes du public mais de manière macabre. On peut alors lire dans le récit qu’en cherchant à conformer les créateurs dans un moule économiquement viable, on transforme ceux-ci en monstres là où la liberté artistique offre une plénitude spirituelle. Quand l’industrie culturelle néglige son but premier (offrir des visions uniques) pour se concentrer uniquement sur ses volontés financières, cela ne peut conduire qu’à la catastrophe humaine. On pourrait également y voir une critique de certains spectateurs qui cherchent sans cesse tellement à se terrifier de manière réaliste que ces derniers seraient prêts à payer pour voir des cadavres frais, mais sans l’admettre au vu du tabou social entourant notre fascination morbide. Le tout est donc emballé dans une fiction de divertissement horrifique, de quoi mettre en abîme son statut.

Presque soixante-cinq ans après sa sortie, cet « Homme au masque de cire » garde un statut intemporel de par sa critique d’une structure culturelle mettant plus en avant sa quête de rentabilité que sa volonté d’offrir au public des oeuvres originales aussi passionnantes visuellement qu’intellectuellement. Quand on se rappelle du remake offert par Jaume Collet-Serra, aussi beau sur la forme (le climax) qu’un peu creux sur le fond, cela rend ce film d’autant plus important à voir, que l’on aime le cinéma de genre ou non…

Black Mirror : Blanc comme neige

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Il est devenu fréquent que les séries sortent des épisodes de Noël. On pense à celui de « Sherlock », situé en partie dans l’époque victorienne et servant de lien entre les troisième et quatrième saisons. On peut également parler de ceux de « Doctor Who », toujours spéciaux et servant souvent à offrir des départs mémorables aux interprètes du célèbre extraterrestre aux deux cœurs (ce sera le cas du prochain, où Jodie Whittaker prendra la place de Peter Capaldi). Mais lorsqu’une série aussi satirique et mordante que « Black Mirror » s’y colle, la surprise laisse la place à la logique de voir une œuvre aussi sombre détourner la période des fêtes.

Alors qu’ils résident et travaillent dans la même habitation isolée, deux hommes font plus ample connaissance en se racontant comment ils en sont arrivés à fêter Noël ensemble, perdus dans la neige…

Dans la tradition de la série, notre société est dépeinte avec des technologies « crédibles » et les conséquences néfastes qui en découlent dans le quotidien. Deux évolutions sont présentées : le Z-Eye, un système implanté dans les yeux permettant à chacun d’être connecté et le Cookie, une copie numérique de sa personnalité dotée de sa propre intelligence. L’épisode étant « séparé » en trois parties (si l’on met de côté la base du récit et sa résolution), on nous présente trois aspects de ces technologies. Tout d’abord, nous sommes introduits au système hyper connecté du Z-Eye, permettant notamment à quelqu’un de donner des conseils de séduction en temps réel. Ensuite, nous sommes présentés au Cookie et ses implications. Enfin, on nous raconte comment le blocage d’un homme par sa partenaire a eu des conséquences dans son existence.

Cette répartition équitable de l’intrigue permet de questionner à plein escient les répercussions morales de ces technologies dans notre quotidien, tout comme le fait chaque épisode de la série d’ailleurs. La réussite de l’implication du spectateur dans son intrigue est son ancrage chez des personnalités réalistes avec un point de vue terre à terre. On peut également faire des liens avec d’autres sujets de société bien réalistes, eux. Ainsi, la première partie peut être vue comme une critique de l’utilisation de drones au vu des implications qu’ont des étrangers à distance sur le comportement d’une personnalité en doute et suivant les « ordres » qui lui sont donnés. N’oublions pas la création du Cookie, qui peut nous faire nous interroger sur les implications d’une intelligence artificielle et de la servilité de l’être humain, ou encore l’implication sociale d’être « bloqué » par quelqu’un.

Cet épisode de Noël est donc dans la lignée de la série en général : sombre, mature, drôle par instants, souvent grinçant et avec une chute humainement terrible, d’un point de vue psychologique ou social. Décidément, le miroir que nous tend Charlie Brooker est bien sombre…

Furyo de Nagisa Oshima

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Pays : Japon, Grande-Bretagne
Année : 1983
Casting : David Bowie,Tom Conti, Ryuichi Sakamoto, Takeshi Kitano, …

De tout temps, l’être humain aura connu les guerres, guerres qu’il a lui-même engendrées. Le cinéma a tenté à plusieurs reprises de partager avec son public les tourments qu’elle cause. Récemment, Mel Gibson nous avait plongés dans une oeuvre hyper violente tandis que Christopher Nolan utilisait ses bases pour raconter une histoire de survie humaniste. Ici, nous allons également parler d’un film traitant des dommages de la guerre à regard d’homme avec « Furyo », aussi appelé « Merry Christmas Mr. Lawrence » en version originale.

En 1942, dans un camp de prisonniers japonais situé à Java, divers soldats voient leur existence bouleversée par l’arrivée de Jack Celliers, un major qui va se rebeller contre les dirigeants de la prison…

Il est difficile de vraiment ranger « Furyo » dans une seule catégorie. En effet, le film de Nagisa Oshima touche aussi bien au dramatique qu’à l’humoristique et n’hésite pas à montrer autant des scènes à la dureté réaliste que des flashsbacks quasi oniriques. C’est cette diversité qui lui permet de subsister durablement au fil des années dans la mémoire des spectateurs. Oshima use de sa base narrative « belliqueuse » pour traiter de l’humain et des conflits qui régissent en lui, aussi bien à un niveau intimiste par l’émotionnel qu’à plus grande échelle d’un point de vue culturel. Cela se retrouve également dans une mise en scène à la composition travaillée et au rythme assez lent pour donner un côté presque hypnotisant au visionnage.

Le casting est du même acabit, faisant autant preuve d’une certaine fureur au vu de l’opposition entre les prisonniers et leurs gardiens que d’une certaine retenue par instants. Bien que chaque acteur livre une prestation inoubliable, il est difficile de ne pas s’attarder sur un David Bowie au magnétisme direct une fois son apparition dans le récit. Le chanteur dégage une telle force qu’il vole presque à lui seul l’écran et le bouffe même de par son autorité naturelle à l’image. Oshima sait parfaitement comment l’icôniser, tout comme le rendre plus vulnérable avec ces séquences de souvenir à la photographie presque surréelle de par la place qu’y occupe la lumière.

Bien que leurs statuts soient divisés en deux (prisonniers-gardes), chacun des protagonistes dégage une ambivalence entre sa perfection, souvent apparente, et ses failles, bien plus intimes. On retrouve cela dans la relation entre Jack Celliers et le capitaine Yonoi (dont l’interprète, Ryuichi Sakamoto, est également le compositeur du film). Là où le premier dégage un magnétisme presque fort, l’autre lui répond par une teneur froide qui finira par fondre lors d’une scène inoubliable que nous ne dévoilerons pas ici pour ceux et celles ne l’ayant pas encore vue. Ici, on ne trouve guère de manichéisme simplet, nous faisons juste face à des êtres perfectibles croyant tellement en leurs causes et en leurs cultures qu’elle va en mener certains à leur perte. Cette symétrie des structures se verra retournée lors d’un final touchant, appuyant la force du titre original du film.

Si l’on ajoute à cela une bande originale exceptionnelle (en particulier le thème principal), difficile de ne pas considérer « Furyo » comme une oeuvre unique en son genre. Elle dégage une humanité aussi bouleversante que douloureuse et dotée d’une telle imperfection que l’on ne peut que s’y attacher. C’est ainsi souvent en croyant à sa perfection idéologique que l’être humain rentre en conflit, alors qu’il lui suffirait juste de jeter un oeil sur lui-même pour voir que ce sont ses défauts, ses lacunes qui le rendent humain…

Man on the moon de Milos Forman

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Pays : États-Unis
Année : 1999
Casting : Jim Carrey, Paul Giamatti, Danny DeVito, Courtney Love, …

À l’occasion de la rétrospective Milos Forman à la Cinémathèque Française, Carlotta ressort en version restaurée « Man on the moon » dans les salles.

Le film suit une partie de l’existence du comédien Andy Kaufman, aussi bien les hauts que les bas d’un homme qui aura marqué le domaine de l’humour américain par sa personnalité hors du commun.

On a déjà abordé à de nombreuses reprises sur ce site le genre du biopic. En effet, c’est un style de films qui semble avoir été vu et revu, la faute à certains titres qui jouent la même orientation narrative avec souvent le même but : obtenir des récompenses distinguées. Et alors que cela aurait pu arriver encore une fois avec ce « Man on the moon », Milos Forman arrive à ne pas tomber dans la facilité. En effet, il aurait été insultant pour un personnage aussi particulier qu’Andy Kaufman que de lui offrir un film à l’impression de déjà-vu. Le metteur en scène décide donc de se rapprocher de l’être humain derrière l’humoriste avec un ton assez acerbe. On sent sa fascination pour la personnalité de Kaufman, mais jamais il ne tombe dans la représentation parfaite d’un être presque surhumain. En gardant un aspect terre à terre, Forman nous attache à cet homme qui cherchait juste à faire rire.

Jim Carrey livre dans le rôle titre une interprétation assez unique, comme Kaufman lui-même. Il prouve une nouvelle fois qu’il est plus qu’un simple comédien doué dans les imitations. Carrey se dévoile à nouveau comme un véritable acteur, sachant quand jouer de manière plus extravagante et quand freiner un peu pour donner quelque chose de plus sobre. Le reste du casting est du même acabit, bien que moins en avant de par la prestation d’un Carrey qui mériterait bien plus de reconnaissance en tant qu’artiste à part.

On sent également que Forman adresse par son film une critique assez acerbe d’un système médiatique toujours aussi formaté. Il est difficile en effet de pouvoir basculer tout ce qui relève de l’entertainment et d’offrir quelque chose de différent. Or, c’est par la diversité de choix que le public se crée et peut évoluer mentalement. Malheureusement, il est devenu plus dangereux économiquement d’offrir des productions distinctes de la masse (voir les recettes de certains films en dehors du système grand public, qu’il soit américain ou français). Les producteurs aiment régulièrement investir dans des « valeurs sûres », et l’originalité n’est pas quelque chose qui a su se prouver une base solide d’un point de vue financier.

Cette volonté de changer les bases du divertissement, cette quête d’alternative artistique, c’est ce qui asseoit définitivement « Man on the moon » comme une oeuvre toujours aussi forte actuellement qu’elle l’est émotionnellement. Qu’un biopic pareil arrive toujours à garder une place d’honneur dans un genre aussi codifié le rend tout autant indispensable que les artistes qui proposent des choses nouvelles. Car, qu’on l’apprécie ou non, c’est l’innovation qui nous permet d’avancer en tant qu’êtres humains…

Stoker de Park Chan-Wook

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Pays : États-Unis
Année : 2013
Casting : Mia Wasikowska, Matthew Goode, Nicola Kidman, …

Quand le metteur en scène sud coréen s’attaque pour son premier film américain à un thriller hitchcockien, cela donne « Stoker », et il faut avouer que le résultat est particulier.

Alors que son père vient de décéder mystérieusement, la jeune India rencontre pour la première fois son oncle, un homme mystérieux qui la tiraillera entre crainte et attirance…

Sans même avoir à entendre les déclarations de Park Chan-Wook et du scénariste Wentworth Miller, on comprend directement que « Stoker » a été inspiré par Alfred Hitchcock. Il y a ainsi cette rigueur dans la création de ses plans, chacun d’entre eux exprimant une idée avec un travail digne d’un tableau de maître (appuyé par une photographie remarquable). On retrouve également un aspect vénéneux dans ce récit, une forme de sexualité qui ne s’exprime pas directement mais se comprend facilement (la scène du piano). La présence de Nicole Kidman ajoute également une blonde au charme dangereux dans l’équation, sauf que celle-ci va dévier. En effet, Chan-Wook ne va pas offrir un simple copier-coller de l’oeuvre du grand Alfred. Il va au contraire dévier ses codes pour faire quelque chose de plus intriguant encore. Voilà qui aurait fait plaisir au maître : au lieu de faire du clin d’oeil à vide, l’hommage se fait en détournant son langage cinématographique, comme Hitchcock s’est amusé à le faire au fur et à mesure de sa carrière.

Le magnétisme étrange que ressent India face à son oncle se trouve ressenti par l’interprétation offerte par Matthew Goode, sorte de boogeyman usant de son charme pour arriver à ses fins. Ce mélange entre l’attirance qu’il provoque et la violence dont il use est à l’image même de la mise en scène du film. Sans basculer dans une forme graphique repoussante, Chan-Wook filme ses meurtres et autres instants « chocs » avec une grâce presque contemplative correspondant à la tonalité du film, mais plus encore à la vision du monde d’India. La fascination qu’il génère se transmet donc de l’intradiégétique vers l’extradiégétique. Dans une interview à Mad Movies, le réalisateur sud-coréen exprimait sa volonté d’offrir une oeuvre que sa fille adolescente pourrait voir. On comprend alors son attirance pour le scénario de Wentworth Miller, raconté presque exclusivement du point de vue d’India.

L’oncle incarné par Matthew Goode forme le haut du triangle relationnel du film, fruit de l’attirance entre India et sa mère (à laquelle Nicole Kidman offre une prestation coincée qui lui sied à merveille). Cette forme triangulaire apporte un côté sulfureux au récit ainsi qu’une sensation de malaise de par l’attraction commune exprimée par les deux femmes. La prestation de chacun donne souvent l’impression que le film va passer dans le fantastique pur, appuyé par quelques théories sur la nature vampirique de certains personnages (il suffit de jeter un coup d’oeil à certains détails que nous ne vous dévoilerons pas, certains sur Internet l’ayant fait avant nous et avec plus de précision). Encore une fois, cette théorie n’est que point de vue de par les sensations que provoque « Stoker », sublimant ce qui ne peut l’être moralement et nous offrant les mêmes interrogations éthiques que son héroïne.

C’est par son ambiguïté que « Stoker » continue à nous intriguer longuement, conscient d’offrir à son public une oeuvre sentant le souffre moralement et se présentant avec un aspect visuel aguicheur pour mieux nous happer. Hitchcock aurait été fier de voir ce que Park Chan-Wook a offert au cinéma américain pour sa première oeuvre en langue anglaise : un film passionnant, sulfureux et énigmatique qui marque longtemps au fer rouge son spectateur…