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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Never let me go de Mark Romanek

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Pays : Royaume-Uni
Année : 2010
Casting : Carey Mulligan, Andrew Garfield, Keira Knightley,…

Revenons aujourd’hui sur un film sensible de la part du réalisateur de « Photo obsession », « Never let me go » (aussi intitulé « Auprès de moi toujours »).

Kathy, Ruth et Tommy sont liés depuis leur plus jeune enfance passée dans une école particulière. Alors que leurs chemins se séparent adultes, ils tentent de survivre à l’existence qui leur a été imposée…

Le film de Mark Romanek se dévoile par une ouverture clinique de par sa location dans un hôpital. Par cette scène, il tente de nous accrocher en nous montrant que la romance qu’il va nous raconter aura un aspect assez différent de toutes celles que l’on a pu voir sur grand écran. En effet, « Never let me go » tient autant de la romance que de l’anticipation, par un aspect que l’on va garder secret pour ceux qui ne l’ont pas encore vu. Il y a un aspect terre à terre correspondant à la teneur de son intrigue et appuyé par ses décors purement britanniques (l’institution en première partie, plusieurs scènes en campagne dans la seconde). Mark Romanek sublime ces instants, aidé en cela par la photographie d’Adam Kimmel et ses interprètes (touchante Carey Mulligan).

L’auteur de ces lignes n’a pas eu l’occasion de lire le roman original de Kazuo Ishiguro et jugera donc uniquement le scénario d’Alex Garland. Celui-ci dégage un aspect poétique mais surtout philosophique sur le déterminisme social, mais plus encore sur la fuite inévitable du temps, comme nous le rappelle cette fin poignante. Loin d’être un objet tire larme ou de jouer la carte du chantage émotionnel, « Never let me go » trouve en sa sensibilité d’écriture une force qui nous permet d’être accroché par ce qu’il raconte, notamment les thématiques qu’il soulève dans son aspect science-fictionnel. Sans trop en dévoiler, on touche à une dépossession du corps et à un fatalisme du destin qui donne un aspect très sombre dans cet univers au visuel assez proche du cotonneux et de l’onirisme par ces quelques images. Notons d’ailleurs le changement de ton de ces scènes une fois placées en milieu hospitalier, ramenant le spectateur dans l’aspect clinique de l’ouverture. Il y a donc une richesse tout autant visuelle (ces champs contre champ séparant Ruth de ses deux amis pour appuyer sa brisure relationnelle avec ceux-ci) que thématique qui en fait quelque chose d’humain.

Au final, « Never let me go » est une œuvre bouleversante et touchante sur l’amour ainsi que sur le contrôle de sa destinée dans une société qui cherche à s’améliorer mais ne peut s’empêcher d’être moralement ambiguë. En cela, elle dégage un humanisme et une émotion jamais feinte. À une époque où l’on doit subir des productions à la romance factice, ce genre de films fait du bien autant qu’il nous touche émotionnellement.

Le feu sacré d’Arthur Joffé

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Pays : France
Année : 2015

À l’occasion de sa sortie en dvd chez les éditions Montparnasse, revenons sur « Le feu sacré », documentaire réalisé par Arthur Joffé.

Arthur Joffé reprend la caméra en amateur pour filmer de tout, parler de sa vie et entendre les témoignages de ses proches.

Quand on est un artiste, il est difficile de créer. En effet, cela implique une introspection, une réflexion sur notre projet ainsi que les implications de celui-ci. Un film, par exemple, doit rentrer dans son budget et être le plus rentable possible. Joffé le sait, lui qui a connu un énorme échec commercial avec son « Harem ». Ici, il traite donc de ses difficultés à créer d’un point de vue personnel. Il y a ainsi une forme de frustration de ne pas pouvoir filmer ce qu’il veut, comme nous font comprendre ces scénarios qui apparaissent mais dont l’on ne verra pas une image cinématographique. Alors, Joffé décide de prendre la caméra pour assouvir ce besoin.

Cela aurait pu être un projet purement égocentré, abscons et creux. Et pourtant, il y a quelque chose qui nous permet de s’accrocher, un aspect presque lumineux qui se détache de Joffé. Cette envie de filmer à tout prix nous touche et nous met face à nos propres frustrations, professionnelles ou personnelles. Au gré des témoignages ou de ces instants volés par la caméra, on sent un homme passionné, qui préfère mettre bout à bout des parties presques décousues entre elles plutôt que de se résigner à ne pas tourner de long-métrage. Il y a donc certes de la frustration mais également un cœur et une volonté, rappelant que le cinéma est un art universel qui n’a besoin que de deux choses : une caméra et de l’imagination.

L’édition fournie par les éditions Montparnasse est sobre, avec un disque contenant le documentaire ainsi qu’un entretien avec le réalisateur.

Au final, « Le feu sacré » est la preuve qu’Arthur Joffé le détient encore, dégageant un amour pour le cinéma, aussi intime, furtif et multiple soit-il. De quoi appeler les cinéphiles en tout genre à sortir leur caméra, prendre l’air et se laisser absorber par la vie afin de trouver de quoi nourrir leurs œuvres.

 

L’emprise des ténèbres de Wes Craven

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Pays : États-Unis
Année : 1987
Casting : Bill Pullman, Cathy Tyson, Zakes Moakes, …

À l’occasion de sa sortie en coffret avec livret chez Wild Side, revenons sur « L’emprise des ténèbres », réalisé par le maître de l’horreur Wes Craven.

Denis Allan est un anthropologue parti à Haïti se renseigner sur le cas d’un homme qui serait revenu « à la vie ». Découvrant alors que cela serait lié à une poudre anesthésiante, il va devoir naviguer entre une dictature impitoyable et la magie vaudou qui flotte dans l’air…

Comme nous l’avions dit dans notre précédente critique du film, Wes Craven aura, au long de sa carrière, touché à de multiples types de sous-genres dans le domaine du fantastique. Néanmoins, on peut constater que, même en touchant au monde de l’onirisme, il aura su appuyer le tout avec une forme de crédibilité permettant à l’adhésion de son public. Que ce soit la situation économique des protagonistes du « Sous-sol de la peur » ou la cinéphilie de ceux de « Scream », Craven aura cherché à rappeler le sens du fantastique en ancrant sa filmographie dans des univers « réalistes », aussi fantaisistes soient les aventures de ses personnages.

Cette « dichotomie » se retrouve également dans le titre original du film, « The serpent and the rainbow ». La menace militaire sera tout aussi perturbatrice pour notre héros que celle du vaudou. La mise en scène sera du même ton, alternant par instants un style presque proche du documentaire et des vignettes horrifiques marquantes. En s’appropriant l’ambiance vaudou, Craven arrive à offrir une œuvre de genre « exotique », profitant aussi bien de son appui historique que mythologique, soufflant en plus un vent d’aventures sur le récit.

Jouant moins sur une peur facile que sur une ambiance totale, « L’emprise des ténèbres » pourra avoir un rythme « lent » aux yeux de certains. Néanmoins, avec son intrigue bien cousue et sa photographie, le film captive, également aidé par un Bill Pullman attachant dans le rôle principal. En tant que support moral du spectateur, il nous permet de nous accrocher à ses mésaventures mais également de questionner ce qu’il va vivre de par le surréalisme de certains instants. C’est ainsi que, au fur et à mesure du long-métrage, nous nous interrogeons sur la pertinence de ce qu’il nous dévoile, tel une figure de narrateur incertain auquel nous sommes obligés de croire.

Comme à chaque fois chez Wild Side, le livret accompagnant le film est passionnant et devrait ravir les fans de Craven. En une soixantaine de pages, Frédéric Albert Levy nous offre de multiples informations pour mieux appréhender le film. Vous pourrez également retrouver en bonus un entretien de trente minutes avec Alexandre Aja.

Cette édition de « L’emprise des ténèbres » devrait ravir aussi bien les fans de Wes Craven que les amateurs du cinéma de genre en général. C’est en fait une œuvre originale et réussie qui se présente sous une édition de qualité, méritant grandement l’investissement, que vous soyez familier de la carrière du réalisateur des « Griffes de la nuit » ou non…

Black Mirror : une série de Charlie Brooker (Saisons 1 + 2)

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Nous étions revenus la semaine dernière sur les séries britanniques « Sherlock » et « Broadchurch ». Aujourd’hui, abordons-en une autre avec les deux premières saisons de « Black Mirror ».

Ces deux saisons sont composées chacune de trois épisodes racontant des histoires différentes. Elles ont toutes la particularité d’être des histoires d’anticipation, abordant différents niveaux de science-fiction reflétant notre société tel un miroir sombre (d’où le titre). Cette structure en miroir se retrouve également dans la construction des épisodes, chacun étant un reflet de son point de vue de par ce qu’il raconte. Ainsi, le premier épisode de la première saison (The National Anthem) et le troisième de la seconde (The Waldo moment) suivent un personnage mis face à une situation qui le dépasse (une demande de rançon particulière pour l’un, la prise de pouvoir politique d’un personnage de cartoon pour l’autre). On peut également y voir une forme d’art qui transcende leurs créateurs ainsi que la société en général.

Les deuxièmes épisodes de la saison un (15 Million Merits) et deux (White Bear) font chacun confronter un personnage face à une société des médias où l’écran a pris une importance considérable dans l’existence de chacun. Ils partagent également cet aspect « marketable » de tout, que ce soit d’un cri de rage contre la construction de notre société ou bien la vengeance face à un acte horrible, le tout mis dans les deux cas de manière à en faire des shows, plaçant le divertissement au-dessus de tout, que ce soit notre bien-être personnel ou bien de l’éthique. En ce qui concerne le dernier épisode de la première saison (The Entire History of You) et le premier de la deuxième saison (Be Right Back), ils confrontent des couples face à une évolution technologique remettant en cause leur situation. On utilise ainsi des outils « plus grands que l’humain » pour les mettre en scène de manière intimiste, à échelle humaine.

C’est l’humain qui est ainsi au centre de chacun des épisodes. Si les épisodes touchent à divers sujets de société (les médias, l’art contemporain, la politique, les innovations technologiques), ils le font avec un œil d’Homme, permettant de se lier à certains protagonistes, aussi imparfaits soient-ils. On n’a jamais ainsi souligné assez le travail des interprètes dans la série, disposant d’un casting de qualité (on y croise Toby Kebell, Jodie Whittaker, Domnhall Gleeson, Hayley Atwell, …). C’est leur sincérité dans leurs performances qui permet de suivre chaque personnage dans ses mésaventures. N’oublions pas également la mise en scène toujours travaillée pour coller au plus près à l’écriture des épisodes et leurs thématiques respectives. Il y a autant de richesses sur le fond que sur la forme et il en faudrait plusieurs pages pour toutes les aborder, mais il vaudrait mieux que vous les dénichiez par vous-mêmes.

En effet, dotée d’un œil acéré sur notre société, « Black Mirror » est une série à suivre absolument. Addictive, sombre et mature, elle est sûrement l’une des productions les plus passionnantes que la télévision a pu nous offrir ces dernières années. Et au vu des richesses créatives que le petit écran nous habitue désormais à fournir, ce n’est pas un petit compliment…

Le voyage d’Arlo de Peter Sohn

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Pays : États-Unis
Année : 2015
Casting : Raymond Ochoa, Frances McDormand, Jeffrey Wright

Alors que Pixar accumule les succès publics et critiques, il existe quand même une de leurs productions qui fut un échec financier, le seul du studio. Mais que vaut-il réellement ? C’est ce que nous allons voir en revenant sur « Le voyage d’Arlo ».

Arlo est un jeune dinosaure séparé de sa famille. Il va partir à sa recherche en compagnie de Spot, un jeune être humain.

Le point de départ du film est simple : il part d’un décalage sur la nature des êtres humains et des dinosaures suite à leur non-annihilation par une météorite. Ceux-ci se sont donc développés et c’est le personnage humain qui prend la fonction d’animal de compagnie du héros, un jeune brachiosaure plus petit que la moyenne. Leur relation semble jouer sur la « supériorité » de l’être humain sur l’animal, en inversant les positions afin de souligner l’aspect absurde de celle-ci. Il y a d’ailleurs une véritable dynamique entre les personnages qui évoluent au fur et à mesure du récit. En effet, Spot est vu par Arlo comme responsable de la mort de son père. Le chemin narratif, outre être un voyage initiatique, sera également une route vers le pardon ainsi qu’une acceptation des différences et de l’égalité entre chaque vie. C’est en reconnaissant l’égalité entre Spot et lui qu’Arlo accomplira sa quête, tout comme en admettant que la mort de son père était plus accidentelle que de la volonté propre de Spot qui ne cherchait qu’à survivre. S’il est souvent difficile d’accepter une forme d’équité ou le pardon, c’est pourtant en le faisant que l’on atteint une forme d’accomplissement et que l’on arrive à avancer dans son existence.

Par rapport à l’animation, elle est encore de grande qualité, surtout sur les décors photo-réalistes en décalage avec l’animation des personnages, ouvertement cartoonesque pour souligner le décalage par rapport au point de départ de l’intrigue. D’ailleurs, cette dernière prend souvent des tournures assez particulières, notamment quand elle passe par du pur western saurien, le tout avec une homogénéité déconcertante. Si l’on peut reprocher un aspect déjà vu à l’intrigue en surface, on peut reconnaitre le travail de profondeur avec quelques thématiques, certes déjà abordées auparavant, mais amenées de manière touchante. On parle notamment de traversée du deuil, d’affirmation de soi, de spécisme, de secte (les ptérodactyles) et de quête d’accomplissement comme chaque être a mené durant son existence. Nous cherchons tous notre place dans le monde, à savoir l’acte qui nous rendra heureux ou célèbre. Si cela peut sembler simpliste, c’est bien un aspect que nous ne pouvons pas renier dans notre vie et que le film exprime très bien à un public familial, tout en sachant quand jouer la carte de l’émotion (la scène du fantôme, touchante).

Alors qu’est-ce qui peut expliquer un résultat financier aussi décevant ? Peut-être est-ce l’ombre de « Vice Versa », sorti la même année et à la popularité supérieure. À moins que ce ne soit un marketing qui fit penser à un spectacle plus simple que prévu. Il aurait pourtant fallu creuser en-dessous de cette apparence simpliste pour se rendre compte que « Le voyage d’Arlo » vole aussi haut que les meilleurs Pixar et prouve une nouvelle fois que dans le domaine du film d’animation, ceux-ci constituent clairement le haut du panier…

Barberousse + Dodes’Kaden d’Akira Kurosawa

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À l’occasion de leur sortie en coffret Livret/Blu-Ray et DVD chez Wild side, revenons sur deux œuvres du maître du cinéma japonais : Akira Kurosawa.

« Barberousse » suit l’arrivée d’un jeune médecin japonais arrogant dans un dispensaire dirigé par l’extrêmement strict Barberousse. « Dodes’kaden » raconte l’histoire de marginaux vivant dans un bidonville.

Le fait que ces deux films se suivent chronologiquement dans la filmographie de Kurosawa est extrêmement intéressant de par ce qu’ils reflètent de la personnalité du réalisateur japonais. Le premier fut en effet un succès, là où l’autre fut tellement détruit par le public et la critique que le metteur en scène en fit une tentative de suicide. Ils marquent la transition d’un style dans sa carrière, particulièrement dans l’aspect visuel. On constate ainsi un passage du cadre cinématographique pour « Barberousse » à un autre plus télévisuel avec « Dodes’kaden », annonçant l’émergence des télévisions dans les familles du monde entier. Difficile également de ne pas remarquer le passage du noir et blanc à la couleur, un aspect que Kurosawa a traité avec beaucoup de travail. Ses plans dans « Dodes’kaden » sont ainsi extrêmement colorés, relevant d’une poésie à priori incompatible avec le sujet du film.

En effet, les deux titres abordés parlent ainsi de la pauvreté dans la société japonaise, d’abord couverte par une histoire passée, puis en pleine vue en examinant ce sujet dans un contexte « moderne ». S’il est difficile d’aborder une telle thématique au cinéma, Kurosawa le fait avec hargne, passion et poésie. Les récits qui nous sont narrés sont tragiques mais accrochent de par leur humanité, leur multiplicité, que ce soit le jeu sur les flashbacks dans « Barberousse » ou tout simplement l’alternance entre les différents protagonistes dans « Dodes’kaden ». Kurosawa filme le tout avec perfectionnisme, que ce soit dans ses « détails » (cf ces vêtements et outils qu’il fit construire six mois avant le tournage pour leur donner un aspect usé), dans sa photographie ou bien la longueur de ses plans.

Concernant le bonus, mettons comme toujours en avant les livrets explicatifs, tellement passionnants et fournis que l’auteur de ces lignes s’est demandé ce qu’il aurait eu de plus à raconter. Ils se dévorent rapidement et fournissent de nombreuses informations qui devraient ravir les acheteurs. Les autres bonus sont réservés aux disques Blu Ray, que ce soit un portrait de Toshiro Mifune ou un retour sur le film pour « Barberousse » ou des portraits de Kurosawa lors d’entretiens avec son fils et sa fille pour « Dodes’Kaden ».

Il est clair que si vous êtes un amoureux du septième art, ces coffrets sont grandement recommandables, que ce soit pour leurs écrins ou tout simplement les films qu’ils contiennent. Ces deux titres sont en effet de grands films qui vous bouleverseront et vous passionneront, tout en appuyant qu’Akira Kurosawa restera toujours un grand nom du cinéma mondial.

Massacre à la tronçonneuse 2 de Tobe Hooper

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Pays : États-Unis
Année : 1986
Casting : Bill Moseley, Caroline Williams, Denis Hopper, …

Alors que nous apprenions il y a quelques jours le décès du réalisateur Tobe Hooper, revenons sur la suite de son film le plus connu : « Massacre à la tronçonneuse 2 ».

Alors qu’elle est en direct avec des auditeurs, une présentatrice radio entend leur meurtre par Leatherface. Elle va alors se retrouver entre la famille de celui-ci et un shérif en quête de vengeance…

Comment donner une suite à une œuvre devenue culte ? Voilà la question qu’a dû se poser Tobe Hooper étant donné le classique qu’est devenu son « Massacre à la tronçonneuse ». En effet, il fallait trouver une idée forte pour ne pas fournir une simple copie de ce qui sera un monument à part entière du septième art. L’idée de Hooper est alors simple mais pertinente : aller dans un sens a priori opposé à l’œuvre originale en appuyant le grand guignol et l’humour. Le réalisateur du « Massacre dans le train fantôme » trouvait en effet que l’aspect humoristique noir n’avait pas été assez perçu par son public et méritait d’être approfondi. C’est ici le cas avec la personnalité du shérif incarné par Denis Hopper, excentrique dans sa quête de revanche, notamment lorsqu’il teste des tronçonneuses avant de partir à l’attaque.

Ceux qui s’attendent donc à une simple redite du film original peuvent passer leur chemin. Là où la violence était suggérée, elle est désormais montrée de manière graphique. Un lien empathique est également établi avec Leatherface par son amour pour l’héroïne. On se retrouve presque devant ces films de monstre à la Universal où la créature est plus une réaction de son milieu qui tente vainement d’être humaine. Cette relation atteint son summum quand elle se retrouve dans son antre et se voit offrir un « cadeau » que l’on ne vous dévoilera pas pour garder l’effet de surprise. Soulignons juste le travail de Tom Savini sur les effets spéciaux, permettant une crédibilité dans les instants gores du film.

Pour revenir à l’humanisme dans le film, plus que dans le premier volet, on saisit encore plus que la nature de Leatherface est plus due à son entourage familial, plus violent et profitant de sa faiblesse psychologique pour les aider dans leurs actes. La tronçonneuse qui lui fut offerte est un symbole de cette soumission pour son entourage. Sa forme phallique est également utilisée lors de sa rencontre avec l’héroïne, baladant la machine entre ses cuisses comme un jeune homme découvrant sa sexualité et ici, l’amour. La jeune femme devient alors un espoir, une forme d’échappatoire à la chape de plomb familiale qui guide chacun de ses actes. Sans sa tronçonneuse, Leatherface est donc émasculé et ne peut se sentir capable d’être « satisfait » par une existence avec cette présentatrice radio. De quoi apporter du piment à un film souvent mal jugé car comparé à son prédécesseur.

Si « Massacre à la tronçonneuse 2 » n’a pas eu le même impact historique que son prédécesseur, il n’en est pas moins une œuvre de genre de grande qualité. Hooper y prouve une nouvelle fois qu’il était l’un des maîtres de l’horreur en faisant prendre une nouvelle tournure à son chef-d’œuvre avec un film marquant, drôle, touchant et méritant d’être grandement réévalué par le public.

Broadchurch : une série de Chris Chibnall

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Tandis que l’on se plaint beaucoup de la production télévisuelle grand public française, il semble que les voisins d’Outre-Manche se sont spécialisés dans l’aspect qualitatif de leurs produits, bénéficiant également d’un fort culte. Ainsi, on a parlé récemment de « Sherlock », l’une des meilleures adaptations du héros d’Arthur Conan Doyle. On pourrait également aborder « Doctor Who », sans aucun doute l’une des meilleures séries de science-fiction jamais créée. Aujourd’hui, nous allons plutôt nous diriger vers les rivages de « Broadchurch » (qui partage d’ailleurs avec le show précédent un compagnon et désormais deux docteurs dans son casting).

La petite ville de Broadchurch est sous le choc en apprenant la mort d’un petit garçon retrouvé sur la plage. Deux policiers aux personnalités différentes vont alors enquêter sur ce décès qui va mettre sens dessus dessous tous les habitants.

L’avantage d’une série sur un film est de bénéficier d’une durée plus conséquente afin d’approfondir ses protagonistes. Cette déclaration peut sembler vaine par sa logique mais il ne faut pas oublier que c’est un point important qui explique le regain des productions télévisuelles en comparaison de ses homologues cinématographiques. Néanmoins, il faut savoir user de ce temps avec maîtrise et c’est ce que fait « Broadchurch ». Chaque personnage se voit ainsi conféré d’une personnalité propre, aidé par un casting dont les acteurs sont tous aussi bons les uns que les autres. Le point de vue multiple qui se fait permet une empathie totale pour chacun, tout en rendant la révélation finale de la première saison percutante (amenée d’ailleurs par une longue séquence). La psychologie de chacun est compréhensible, aussi bien dans les actes de bonté que de lâcheté. Le mot « humaniste » n’est pas galvaudé au vu des failles des personnages, que ce soit ces parents en deuil ou ces policiers qui ont du mal à avancer dans l’enquête.

L’ambivalence de nos héros permet d’ailleurs une division des points de vue intéressante. D’un côté, nous avons Alec Hardy, incarné par l’excellent David Tennant, qui est plus extérieur à l’affaire. C’est en effet un policier muté, venant tout juste de découvrir cette ville dans laquelle il pense pouvoir se reposer d’une affaire l’ayant détruit pyschologiquement (et qui sera plus amplement abordée dans la deuxième saison). De l’autre, Ellie Miller, jouée par Olivia Colman, est une femme de la région, connaissant personnellement les victimes et se sentant alors plus à l’intérieur même des événements car ils la touchent personnellement. Leur duo dispose d’une écriture aussi qualitative que pour les autres protagonistes, ainsi que d’une alchimie drôle mais surtout touchante.

Au vu de la résolution de la première saison, on aurait pu se dire que la série aurait pu se terminer là. Il s’avère pourtant qu’elle comptera deux autres saisons : une suivant le procès du meurtrier de Danny (que nous ne vous dévoilerons pas) et une autre concentrée sur une affaire de viol. Elles prolongeront toutes deux les questionnements des showrunners sur la faillite de l’être humain et de ses côtés les plus sombres, ainsi que la gestion d’un deuil des plus douloureux. La mise en scène s’avérera comme la série en elle-même : lyrique, poétique mais surtout humaine, au plus proche de ses personnages. Si les enquêtes passionnent et nous accrochent épisode par épisode avant de trouver à chaque fois une conclusion surprenante et logique à la fois, ce sont les êtres qui importent le plus.

De par l’humanité qu’elle dégage, « Broadchurch » peut être considérée comme l’une des meilleures séries que la télévision nous ait offerte. Forte et poignante, elle a la capacité de vous transpercer le cœur tout en vous ayant passionné par sa structure narrative et sa mise en scène délicate. Bref, c’est la preuve de la puissance que peuvent dégager les productions télévisuelles mais surtout que la réussite d’une œuvre passe par son aspect humain, aussi faillible et imparfait soit-il…

Rebelle de Mark Andrews et Brenda Chapman

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Pays : États-Unis
Année : 2012
Casting : Kelly Macdonald, Emma Thompson, Billy Connolly, …

La réputation des films d’animation Pixar n’est plus à faire, loin de là. Chacune de leur sortie est attendue avec impatience par les cinéphiles de tout âge et, mis à part de manière incompréhensive « Le voyage d’Arlo », chacune de ses œuvres a connu d’excellents retours financiers. Aujourd’hui, revenons donc sur l’une de leurs œuvres : « Rebelle », réalisé par Mark Andrews et Brenda Chapman.

Merida est une princesse écossaise au tempérament de garçon manqué. Lorsque sa mère tente de la marier à l’un des princes de la région, elle décide de lui faire changer d’idée en lui jetant un sort. Mais celui-ci ne se déroulera pas comme prévu…


Commençons par le plus évident : la qualité de l’animation. Le film a beau déjà dater de cinq ans (ce qui fait beaucoup en termes d’évolutions visuelles), il reste tout autant photo réaliste au niveau de ses décors. Si l’on est habitué désormais à ce genre d’efforts de la part de Pixar (CF la scène de début de « Monstres University » avec le pigeon, forme de déclaration aux spectateurs des avancées technologiques en la matière), il faut néanmoins rappeler que le studio a permis de nombreuses innovations dans le domaine et qu’il ne tente guère de se reposer sur ses lauriers.

L’histoire, au premier abord, est un simple conflit entre enfant et parent comme on a pu le voir tant de fois sur grand ou petit écran. Mais, comme toujours chez Pixar, il faut creuser un peu plus loin derrière ces couches pour apprécier encore plus les lectures de la narration. Merida semble ainsi représenter la nouveauté, l’innovation, là où sa mère est un symbole de la tradition dans ce qu’elle a de plus respectueux des us et coutumes historiques. En adoptant cette vision, le conflit prend une tournure plus sociologique. En effet, on oppose souvent modernité à tradition comme si ces valeurs étaient purement antinomiques et ne pouvaient se rejoindre. Beaucoup de conflits sont d’ailleurs dus à cette idée. Hors, quand chaque camp fait preuve d’écoute et de communication, ils peuvent se concilier en quelque chose de meilleur, une société qui évolue mais conserve son histoire.

Cette évolution se fait d’ailleurs avec des figures féminines. La manière dont les hommes sont représentés est intéressante : des guerriers, des bagarreurs courageux mais qui peuvent basculer dans une violence inutile pour des questions personnelles (le père qui veut se venger de la perte de sa jambe, le guerrier qui ira à sa perte en cherchant plus de pouvoir). Tandis que Merida et sa mère amèneront à une amélioration de leur société par leur conflit, les hommes courent vers la chute par motif d’ego. Cela donne une tournure féministe au récit mais également sociétale, comme on l’a déjà constaté par le passé. Combien de personnes ont risqué (et risquent encore) de balancer notre monde dans le chaos par but de pouvoir ? Comme l’a dit un sage vulcain : « Le bien du plus grand nombre surpasse le bien d’un seul ».

« Rebelle » est donc une nouvelle preuve du talent des studios Pixar. C’est un film d’animation féministe, fort et qui ravira tous ses spectateurs, que ce soit par la qualité de ses images ou les lectures offertes par son scénario.

Sherlock : une série de Mark Gatiss et Steven Moffat

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Depuis sa création littéraire par sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes a connu de nombreuses variations artistiques. Nombreux sont ceux qui se sont attaqués au personnage, avec plus ou moins de réussite. Aujourd’hui, nous allons rapidement nous attaquer à l’une de ses meilleures adaptations : « Sherlock ».

La série produite par la BBC replace le fameux détective dans le Londres actuel. Ce qui aurait pu donner quelque chose d’assez fade, voire interchangeable (« Elementary »), trouve un charme fort ici. Peut-être est-ce dû à l’ambiance purement british qui s’en dégage, mais les créateurs de « Sherlock », Steven Moffat et Mark Gatiss (également interprète de Mycroft) ont réussi à garder la saveur des intrigues et des personnages originaux en les étoffant de manière moderne. Moffat, également derrière les dernières saisons de « Dr Who », a déclaré que si Conan Doyle voyait sa série, il finirait frappé mais peut-être oublie-t-il que l’auteur jouait aussi avec ses lecteurs. Les fans se rappellent sans doute du premier épisode de la troisième saison et la manière dont il s’amuse avec la résolution du cliffhanger de la saison précédente. Les showrunners jouent donc autant avec les histoires originales (Le Chien des Baskerville) qu’avec leur public (le traitement de Moriarty dans la saison 4).

« Sherlock » est construite en quatre saisons de trois épisodes auxquels s’ajoute un épisode de Noël qu’il ne faut surtout pas mettre de côté au vu de l’amusement et de la certaine importance qu’il représente ainsi qu’un autre épisode de sept minutes. Au vu de sa structure, il est intéressant d’y déceler quelque chose sur la construction même des liens entre les personnages. Le climax de l’épisode pilote a lieu dans deux bâtiments à la ressemblance exacte et amenés dans un plan symétrique. Le suspense se joue sur la présence de Sherlock en péril et du docteur Watson qui tente de le sauver. La résolution du climax fait comprendre que les personnages trouvent une forme de symétrie par leurs personnalités. La série tentera par la suite de faire évoluer le duo en trio, que ce soit par la présence d’un personnage amical (Mycroft), rival (Moriarty) ou plus ambigu (Irene Adler). Néanmoins, ces tentatives de structure triangulaire se brisent toujours, par le dédain fraternel, la distance ou bien la mort. Même quand le Docteur Watson se trouvera une compagne, la structure triangulaire finira à nouveau brisée. Il faudra attendre le dernier épisode de la quatrième saison pour que la série assume des structures triangulaires, que ce soit par Sherlock, Watson et Mycroft piégés ensemble ou bien par la nature de l’ennemi, sa relation avec deux de ses « prisonniers ».

Cet aspect structuré se retrouve appuyé par la mise en scène, structurée comme l’est l’intellect de Sherlock Holmes (je vous recommande d’ailleurs l’excellente vidéo de Nerdwriter, que je vous remets plus bas). Il y a toujours une forte inventivité et une même malice inhérente à l’esprit même de la série. Il faut également ajouter un travail d’écriture allant dans le même sens. Il faut voir comment la première saison montre Sherlock sous des traits charismatiques mais également peu marqué avant que la deuxième saison ne l’humanise et lui place des failles avec un nouveau sentiment par épisode (l’amour, la peur, la colère). Son ego en prend un coup mais cela rend notre héros encore plus attachant, par sa maladresse sociale et par son génie un peu plus remis les pieds sur terre. Il faut également noter comme il est marqué par un traumatisme infantile annoncé plusieurs fois (même dans l’épisode de Noël) mais expliqué lors du final de la saison quatre. Son addiction à la résolution d’énigme s’expliquera alors par une « devinette » qu’il n’aura pas su résoudre plus jeune. Sherlock doit dépasser ses problèmes d’enfance afin d’être un meilleur homme.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette série mais il serait dommageable de tout vous dévoiler. C’est à vous de découvrir cette série inventive, malicieuse et passionnante qui mérite un visionnage d’urgence si vous ne l’avez pas encore vue. « Sherlock » est en effet une série addictive, dont le dernier épisode provoque le tiraillement entre en avoir plus ou terminer sur cette fin parfaite. À vous de juger si vous ressentez cette même sensation que votre serviteur mais en tout cas, foncez sur « Sherlock » si ce n’est pas encore le cas ! Passer à côté d’une série aussi intelligente et addictive, ce serait un énorme gâchis…

La vidéo de Nerdwriter sur la manière de filmer les pensées dans la série :

https://www.youtube.com/watch?v=bfFgnJoLiQE&t=4s