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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

L’orphelinat de Juan Antonio Bayona

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Pays : Espagne
Année : 2007
Casting : Belén Rueda, Géraldine Chaplin, Roger Príncep, Fernando Cayo,…

Le cinéma de genre espagnol a fait preuve au cours de ces dernières années de grande qualité, tout en révélant de nombreux metteurs en scène talentueux. C’est exactement le cas du film du jour, « L’orphelinat », première oeuvre de Juan Antonio Bayona.

Laura emménage dans l’ancien orphelinat où elle a grandi avec son mari et son fils dans le but d’accueillir des enfants handicapés. Mais il semble qu’un fantôme du passé cherche à la hanter…

La structure du film, au premier abord, semble fortement calquée sur celle de nombreuses histoires de maisons hantées. Néanmoins, « L’orphelinat » est bien plus qu’une somme d’inspirations et transcende les a priori que l’on pouvait avoir à son égard. C’est dans ses détails, dans ses points les plus discrets qu’il gagne sa force mais surtout sa sensibilité. Voilà d’ailleurs un mot qui colle parfaitement au cinéma de Bayona : sans tomber dans le chantage lacrymal, il arrive à maîtriser sa charge émotionnelle avec une finesse et une efficacité exemplaires. Ici, cela passe par la crédibilité des personnages et sa mise en scène. Loin de faire du jump scare putassier, Bayona utilise à bon escient le hors champ et l’imagination du spectateur pour aborder son aspect fantastique ouvert à l’interprétation. Une caméra faisant des allers et retours lors d’une partie d’ « Un, Deux, Trois, Soleil » et une apparition subtile du fantôme suffisent à fonctionner sur le mental du public plus que le vulgaire sursaut de manège.


Une partie passionnante du film (et de la carrière du réalisateur) est la gestion du personnage de la mère et des enfants. Il y aurait d’ailleurs de quoi écrire des pages d’analyse sur la manière dont Bayona les traite. Ici, Belén Rueda interprète avec passion et sincérité cette figure maternelle touchante. Sa relation avec les enfants, due à un regret du passé que l’on comprend au fur et à mesure que sa culpabilité se dévoile, est marquante et dégage une force émotionnelle bouleversante. On peut y déceler une forme de syndrome de Wendy (d’où les références à l’histoire de James Matthew Barrie), dans ce besoin de se dévouer corps et âme pour des enfants, comme pour se racheter du drame qu’elle a évité par chance. Le désespoir qu’elle vivra durant le film permet une empathie totale, que l’on soit parent ou non. L’auteur de ces lignes le considère d’ailleurs comme l’une des oeuvres filmiques récentes les plus intéressantes sur la figure maternelle avec d’autres titres comme « The secret », « Incendies », « Looper » et « Préservation ».

Tout cela confère à « L’orphelinat » une force aussi bien visuelle que narrative qui explique son impact sur le spectateur. Que celui-ci cherche de l’horreur ou du drame, il finira le coeur saigné et la rétine humide par le film de Bayona. Est-ce la marque d’une grande oeuvre quand celle-ci nous hante après son visionnage ? Définitivement oui…

 

Les Cinq légendes de Peter Ramsey

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Pays : États-Unis
Année : 2012
Casting : Chris Pine, Alec Baldwin, Jude Law, Isla Fisher, Hugh Jackman

Nous nous sommes habitués à raconter des histoires pour nous expliquer comment fonctionne notre monde, particulièrement enfants. Nos contes, nos mythes, tous ces récits sont des allégories qui nous permettent de comprendre l’univers par un biais « fictionnel » pourtant proche de la réalité. On en trouve de nombreux exemples au cinéma, que ce soit dans le cinéma live (« ET ») ou bien d’animation (« Kubo et l’armure magique », « Mulan »). Notre film du jour est un excellent exemple récent de cette manière d’agencer nos mythes et nos symboles de manière compréhensive sans être aliénante.

Les Gardiens sont les protecteurs des enfants tout autour du globe. Ils sont quatre : le Père Noël, le Lapin de Pâques, la Fée des dents et le Marchand de sable. Mais quand Pitch, le croque mitaine, arrive pour effrayer les enfants, ils vont devoir composer avec un nouveau membre : l’impétueux Jack Frost…

Le film touche directement aux « Grandes histoires », proches du mythe, de par sa construction même. Ainsi, on a droit à une menace sur la planète entière avec comme protagonistes des personnages de la culture populaire. Chacun profite d’ailleurs d’un fort travail de caractérisation visuelle, que ce soit dans leurs designs ou bien dans leur univers (L’antre du Lapin, le Pôle nord). Pitch profite d’ailleurs d’un look assez simple mais efficace pour jouer sur sa nature terrifiante et assez peu définie. On peut également noter le travail sur les décors en général, appuyant les avancées dans l’animation numérique au point d’ancrer dans une forme de réalisme quasiment photographique. On sent également que tout ce qui touche aux particules (de sable, neige ou de Pitch) a profité d’un énorme effort pour conserver une vision concrète et onirique à la fois.

C’est d’ailleurs une décision logique car cet aspect mythique du récit est visible par un point de vue enfantin de par le biais de certains personnages. En plus de permettre une empathie pour le public visé assez jeune, cette vision permet de concilier réalisme et « mythologie » tout en passant de nombreux messages de manière simple mais néanmoins efficaces comme la recherche de soi ou plus encore le pouvoir des croyances. Sans toucher au domaine glissant de la religion, on peut voir que la foi et la conviction envers une figure est ce qui en fait sa force même. Pour qu’une personne atteigne un statut de « légende » ou pour qu’une histoire survive aux générations, il faut qu’elle soit assimilée par gens, qu’elle soit crue et partagée. L’inconscient collectif et notre folklore partagent une puissance qui peuvent les rendre intemporels et immortels s’ils sont transmis, expliqués et acceptés.

« Les cinq légendes » est donc un film d’animation remarquable, aussi bien sur son fond que sur sa forme époustouflante. En transformant nos icônes culturelles en héros, le film pose un œil à la fois adulte et enfantin qui devrait ravir tous les publics et émerveiller avec la même force…

 

Dunkerque/Baby Driver ou l’importance du son

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Le cinéma a connu, dans sa courte existence, de nombreuses (r)évolutions majeures. Celles-ci furent ensuite utilisées par maints réalisateurs dans le but de marquer le septième art à tout jamais. Mais au fur et à mesure qu’elles se virent démocratisées, nous, spectateurs en tous genres, les avons prises pour acquises. Alors, tandis que certains metteurs en scène usent de ces évolutions comme des outils, d’autres cherchent à remettre en question leur pertinence, leur importance dans leur récit.

Prenons le sujet de ce billet : le son. Sans celui-ci, nous n’aurions pas les envolées de Williams sur des blockbusters marquants ou le rock diabolique de « Phantom of the paradise ». Sans musique, de nombreuses scènes historiques perdraient sans aucun doute leur force. Sans le son, pas de dialogues, souvent utiles à la compréhension de beaucoup d’intrigues cinématographiques. Et pourtant, le public des premiers films a vécu ceux-ci sans cet ajout que l’on estime essentiel. Le son fut un ajout postérieur important et qui constitua une véritable révolution dans la manière de créer une œuvre filmique. Il est alors amusant qu’en France, deux films assez attendus aient rappelé la place du son (et par extension, de la musique) dans la réussite d’une œuvre : « Baby Driver » d’Edgar Wright et « Dunkerque » de Christopher Nolan.

Commençons avec ce dernier, relatant l’évacuation des soldats britanniques des plages de Dunkerque en mai 1940. Certains ont reproché un son « trop fort » alors que ce volume élevé a un but logique : l’immersion du spectateur en milieu guerrier. Nolan cherche à plonger son public dans une situation de survie désespérée et met en avant son sound design. La première bande-annonce l’annonçait d’ailleurs avec la peur d’une bombe dont on ne pourra pas entendre l’explosion. Le son est primordial pour Nolan et il le fait d’ailleurs remarquer par le biais de Mark Rylance, qui dit avoir reconnu un avion allié au bruit de son moteur. C’est la plus grande force de « Dunkerque » : l’utilisation des bruits les plus anodins, les plus entendus aussi sur grand écran, et leur accentuation de manière pertinente narrativement. Pour rappeler l’urgence de l’événement, Hans Zimmer utilise ainsi à de nombreuses reprises les aiguilles d’une montre, également un écho de la structure de l’intrigue. Nolan rappelle ainsi l’importance que peut avoir le son sur une œuvre une fois que le sound design est travaillé.

« Baby Driver » est très différent de par sa nature ainsi que celle du réalisateur, mais il met également en avant le travail du son, essentiellement par sa musique. Ceux qui connaissent le travail d’Edgar Wright savent que c’est un facteur important de sa filmographie, mais sa dernière œuvre la replace d’un point de vue central. Baby vit par sa musique, « chorégraphie » ses braquages par sa musique, s’exprime par sa musique. On peut même y voir un reflet de Wright lui-même vu la manière dont il joue avec celle-ci, s’amuse de sons normaux qu’il mixe pour en tirer quelque chose de neuf. La musique est à Baby ce que l’air est à tous : un besoin vital et essentiel à sa survie. Cela rend d’autant plus touchant son lien avec son tuteur, avec qui il communique en langue des signes suite à son handicap. La musique semble même influencer la réalité, comme on peut le constater dans les scènes de fusillades. Est-ce une manière de rappeler l’influence de l’art dans la réalité de manière cyclique ? Ou encore un jeu de Baby/Wright metteur en scène (sachant que le scénario avançait par les musiques écoutées par l’auteur de la trilogie « Cornetto ») ? En tout cas, il est facile de comprendre en voyant le film l’importance que peut avoir la musique sur n’importe qui, que ce soit sur un personnage fictif de conducteur talentueux ou bien son homologue réalisateur inventif utilisant son amour de l’art (cinématographique ou musical) pour le transmettre à son public.

D’autres exemples auraient pu être utilisés comme la perte du langage et du son considérée comme une déchéance sociétale dans « La planète des singes : suprématie », mais les deux titres cités semblaient pour moi les plus pertinents. En effet, ils soulignent tous deux qu’il suffit d’un peu de talent et d’imagination pour rappeler l’importance du son et de la musique dans notre monde, qu’ils soient représentés fictionnellement ou bien dans notre simple réalité…

Bloody Bird de Michele Soavi

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Pays : Italie

Année : 1987

Casting : Barbara Cupisti, David Brandon, Clain Parker,…

On vous a parlé sur le site des trois réalisateurs de cinéma de genre italiens les plus reconnus : Dario Argento avec « Suspiria », Mario Bava avec « Opération Peur » et Lucio Fulci avec « L’au-delà ». Abordons cette fois-ci le premier film d’un autre expert de l’horreur transalpine avec « Bloody Bird » de Michele Soavi.

Alors qu’ils répètent une pièce de théâtre sur un tueur en série masqué, les acteurs se retrouvent assassinés par un meurtrier en fuite ayant « emprunté » le costume de l’assassin fictif.

Dans ses inspirations pour cette première œuvre, Soavi a cité Dario Argento (pour qui il a travaillé sur quelques films) et le « Halloween » de John Carpenter, mais tout spectateur du film peut le constater en regardant « Bloody Bird ». Quand on voit le travail effectué sur la lumière et les décors, on y retrouve en effet cette forme d’onirisme qui sied au réalisateur de « Suspiria ». Mais quand on voit la personnalité des protagonistes, l’utilisation de la langue anglaise ainsi que certains plans subjectifs et le jeu sur quelques clichés du style, on ne peut que reconnaître que le film s’apparente autant au slasher Carpenterien qu’au giallo Argentien. C’est ce mélange de styles qui confère au métrage de Soavi une ambiance propre et reconnaissable.

Pendant une heure et demi, Soavi offre à son audience un spectacle jouant sur la mise en scène (la première séquence) avec une joie et un amour, aussi bien du genre que du théâtre. Les morts sont imaginatives et mettent en scène divers outils (perceuse, couteau, hache, tronçonneuse) qui réjouiront les amateurs d’hémoglobine. Il ne faut également pas oublier le look du meurtrier, dénommé Irving Wallace, conférant à son étrangeté et son charisme monstrueux. La gestion du lieu est efficace (et aussi expliquée par un budget réduit ayant donc poussé l’histoire à se dérouler dans un espace limité) et ce ne sont pas les quelques instants dehors avec des policiers dans leur voiture qui réduisent l’aspect suffocant du théâtre et de la menace de son implacable tueur. Soavi nous propose également un climax de qualité avec un tableau théâtral macabre mêlant cadavres et plumes de chouette, l’occasion de nous donner d’autres plans marquants par leur lyrisme funèbre.

Amoureux de l’horreur en quête d’œuvres de qualité, foncez sur « Bloody Bird ». Bien que le film ait déjà 30 ans, il reste un modèle de style horrifique aux multiples teintes avec néanmoins une couleur prédominante : le rouge, la préférée des fans du genre, qui apprécieront le mélange des styles proposés et la force de ce premier film de Michele Soavi.

Basil, détective privé

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Réalisateurs : Ron Clements, Burny Mattison,David Michener et John Musker

Pays : États-Unis

Année : 1986

Casting : Vincent Price, Barrie Ingham, Val Bettin,…

On continue notre tour des films d’animation Disney avec un autre petit oublié derrière les grands classiques : « Basil, détective privé », aussi appelé « The great mouse detective » en version originale.

Quand la petite Olivia assiste à l’enlèvement de son père, elle n’a qu’une solution : demander de l’aide au grand détective Basil de Baker Street. Cette souris maligne va tout faire pour le retrouver en compagnie du docteur Dawson. Cela le conduira à affronter son pire ennemi : le machiavélique professeur Rattigan…

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour se rendre compte que ce film est un hommage au détective de sir Conan Doyle. En plus de l’adresse de notre héros, on peut constater d’autres références par les parallèles entre les deux détectives, que ce soit par leurs ressemblances (l’amour du violon) ou encore leurs péripéties (le climax). Le film dégage ainsi un esprit britannique fort, un style assumé totalement et lui confère une personnalité propre. On pourrait également faire des liens avec un autre classique de la littérature anglaise avec le physique de Rattigan. Son évolution physique semble l’inverse de celle du docteur Jekyll en mister Hyde. Sauf que là où le physique imposant de mister Hyde était l’opposé de celui de son alter ego plus civilisé, l’ennemi de notre héros détient directement des formes plus imposantes pour souligner son antagonisme et perdra en masse corporelle lors du climax afin de lui faire perdre de son « humanité ».

L’intrigue du film est assez simple mais se laisse suivre de manière plaisante, surtout au vu de sa durée assez réduite (70 minutes). Elle dispose de plusieurs idées sympathiques (la scène d’action dans le magasin de jouet, le climax) et s’apprécie facilement, notamment grâce à la personnalité de ses protagonistes, assez colorés et rapidement appréciables. L’animation est travaillée et l’on peut noter l’utilisation d’ordinateurs pour les rouages de la tour de Londres. Cela annonce l’emploi plus tard de techniques bien plus avancées dans ce genre de films, que ce soit dans les décors ou certains objets dans les œuvres du studio aux grandes oreilles dans les années 90, et plus tard de manière intégrale, comme nous sommes habitués actuellement. C’est donc grâce à des films comme « Basil », sur lequel on a pu expérimenter cette technologie, que l’on a eu droit à une évolution dans le domaine des dessins animés en trois dimensions ainsi qu’aux effets spéciaux numériques. Évidemment, ce n’est pas le seul titre de ce genre mais il faut néanmoins souligner cet aspect.

« Basil, détective privé » reste donc toujours aussi agréable à voir, au vu de sa courte durée et de son délicieux style british assez différent de certains autres films Disney. C’est un film d’animation sympathique qui mérite le coup d’œil seul, en famille ou en amoureux et qui est grandement appréciable.

Pocahontas de Mike Gabriel et Eric Goldberg

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Pays : États-Unis
Année : 1995
Casting : Irene Bedard, Mel Gibson, Linda Hunt

Alors qu’on a abordé récemment « Kuzco « , « Le bossu de Notre-Dame » et « La planète au trésor », revenons sur un film d’animation Disney bien plus connu : « Pocahontas ».

Pocahontas est une jeune indienne qui voit sa vie bouleversée par l’arrivée de britanniques en quête d’or. Elle tombera sous le charme de l’un d’entre eux, John Smith. Mais est-ce que leur histoire saura subsister au vu de la haine entre les deux camps ?

Il y a une ampleur qui se dégage de ce film et qui est indéniable. Que ce soit par les décors (souvent mis en avant par le cadrage), les musiques (en particulier « L’air du vent ») ou les thématiques abordées, « Pocahontas » fait ressortir un sentiment de grandiose qui nous happe pendant une heure vingt. Pas étonnant dès lors qu’il soit devenu un « classique Disney » presque directement au vu du travail accompli derrière. Gabriel et Goldberg ont réussi à créer des plans marquants de par leurs couleurs chatoyantes aux sens divers et furent aidés par le travail dans la composition musicale d’Alan Menken et de Stephen Schwartz.

En ce qui concerne les thématiques abordées par le film, elles sont mises en avant par l’aspect dualistique du couple Pocahontas-John Smith. Le film narre ainsi une confrontation de cultures poussant à la peur de par l’image faite de l’autre. Dans cette optique, les colons britanniques se voient comme cultivés par rapport aux indiens et les pensent « sauvages » de par leurs différences culturelles. C’est bien quelque chose que l’on a retrouvé maintes fois à travers l’Histoire, notamment à l’époque des colonies où les « gentils européens » espéraient aider les « ignorants sauvages » en leur imposant leurs religions et leurs cultures. Or, comme nous l’avons appris différentes fois dans le passé (et le constatons encore de nos jours), imposer sa culture à un peuple car on la juge supérieure ne peut mener qu’à des situations de conflits, aussi bien théologiques que physiques. La fin laisse donc un goût assez amer quand on pense à la réalité historique et au traitement infligé aux indiens (quelque chose d’assez peu abordé, si l’on met à part certains films comme le très sous-estimé « Lone Ranger »).

Il faut également mettre en avant l’aspect écologique du récit, rappelant que l’être humain peut être en communion avec la nature. Le personnage de Radcliffe synthétise cette image du capitalisme agressif qui met en avant ses intérêts personnels par rapport à ceux du collectif, quitte à blesser les siens ou saccager l’environnement. C’est un aspect malheureusement toujours actuel, où les sociétés tentent d’engranger le plus de bénéfices sans prendre en considération que nos ressources naturelles ne sont pas illimitées. Si l’on ne prend pas en compte cela, on risque de provoquer des dommages irréversibles que tout l’or du monde ne saura réparer. Donc, pas besoin de se faire ami avec une loutre et un héron pour cela, il suffit de considérer le long terme (et donc la préservation naturelle) pour voir que la nature est un aspect à ne pas sous-estimer dans l’aspect financier.

« Pocahontas » est donc un film d’animation toujours aussi fort plus de 22 ans après sa sortie (ce qui ne nous rajeunit vraiment pas). C’est une œuvre engagée et universelle qui devrait émerveiller les enfants et faire prendre conscience aux parents des erreurs que commet toujours notre société sur les conflits culturels ou l’écologie.

La Planète au Trésor de Ron Clements et John Musker

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Pays : États-Unis
Date : 2002
Casting : Joseph Gordon-Levitt, Emma Thompson, Brian Murray

On continue notre petit retour sur quelques films d’animation Disney avec « La Planète au Trésor ».

Jim Hawkins est un jeune homme rebelle marqué, enfant, par le départ de son père. Un jour, il se retrouve en possession de ce qui semblerait être la carte menant à la Planète au Trésor, une planète aux richesses infinies. Il part donc à sa recherche en compagnie d’un équipage peu recommandable…

Adapter un classique de la littérature d’aventures est une chose. En transposer ses codes dans un univers de science-fiction en est une autre. Et pourtant, Musker et Clements relèvent le défi haut la main avec un monde finalement assez homogène et au final assez « logique » de par sa construction. Les envolées spatiales convoquent ainsi les voyages maritimes et les dangers de ceux-ci, sans oublier les quelques scènes de bataille qui relèvent de tout ce que la piraterie a offert sur grand écran précédemment. La bande originale composée par James Newton Howard arrive même à fournir des musiques qui font autant écho à l’aspect science-fictionnel du récit qu’à son aspect nautique avec une fluidité et une poésie qui font plaisir aux oreilles. Il faut aussi souligner le mélange entre animation en deux et trois dimensions, comme si ce film d’animation assemblait aussi bien les genres que les techniques;

Le fond du récit est également de grande valeur. Si l’on excepte quelques gags pour les plus petits (Monsieur Prout) et quelques comics reliefs, on sent une forme de gravité et de sincérité dans la relation entre Hawkins et Long John Silver. Le départ du père du premier (à peine entraperçu d’ailleurs pour souligner son image de fantôme du passé) est le facteur influent de sa personnalité, en quête d’une figure paternelle forte et charismatique qu’il retrouvera dans le pirate cyborg (mon dieu, que j’aime cette combinaison de mots !). Quant à ce dernier, lui qui est en partie mécanique, il retrouvera de son humanité au contact du jeune homme. Leur relation est donc le gros point fort du film et permet une forme de sensibilité faisant partie de l’attachement que l’on peut exprimer envers ce film.

Spectacle d’aventures de grande qualité, « La Planète au Trésor » a tout pour ravir et toucher toute la famille de par le divertissement qu’il apporte et l’aspect touchant de cette relation entre deux personnes qui se reconstruisent l’une l’autre de par leurs interactions. C’est un appel au voyage coloré et drôle qui conviendra à tous. En plus, il y a un pirate cyborg, que demander de plus ? ^^

Le bossu de Notre-Dame de Gary Trousdale et Kirk Wise

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Pays : États-Unis
Année : 1996
Casting : Tom Hulce, Demi Moore, Tony Jay

Aujourd’hui, on revient à nouveau sur un dessin animé Disney qui mérite d’être vu avec un oeil nouveau. Après « Kuzco » de Mark Dindal, abordons « Le bossu de Notre-Dame » de Gary Trousdale et Kirk Wise.

Paris. Une jeune gitane du nom d’Esmeralda se voit poursuivie par le juge Claude Frollo. Elle trouvera refuge à Notre-Dame où réside Quasimodo, le bossu sonneur de cloches.

Adapter un roman de Victor Hugo à un public largement enfantin est assez compliqué. Et pourtant, si le film ne garde pas la complexité du roman, il en garde une ligne déjà assez adulte et mature qu’il arrive à transposer en version animée pour un public assez large. Ainsi, les thématiques sont nombreuses et diverses derrière l’aspect « enfantin » que l’on peut craindre. C’est pourtant oublier, tout d’abord, que les films d’animation ne sont pas réservés qu’aux enfants (l’un des meilleurs exemples reste le magnifique « Anomalisa »), mais surtout que les studios Disney ont par le passé abordé de nombreux sujets assez durs pour un public d’enfants (on se souvient tous de la mort de la mère de Bambi, ainsi que d’autres parents décédés prématurément).

Le gros point fort du film réside en son méchant : le juge Claude Frollo. C’est un fonctionnaire froid et cruel qui cherche à faire la justice partout sauf dans son coeur (comme l’une des chansons nous le fait comprendre). C’est un croyant tellement pieux qu’il craint le jugement divin qui pourrait s’abattre sur lui. Mais plus encore, il est un homme dont l’apparition d’Esmeralda réveille quelque chose d’intime dans ses envies sexuelles, mais qu’il garde au fond de lui au vu de son racisme et de son dégoût des gitans. C’est sans aucun doute l’un des personnages les plus passionnants que l’on ait vu dans une production Disney, un être tellement complexe que l’on peut comprendre que certains enfants ne comprennent pas son écriture car celle-ci touche plus un public plus au courant de sujets tels que le racisme ou la sexualité.

Si l’on met de côté certaines chansons et quelques personnages créés pour rajouter de l’humour (les gargouilles), il faut reconnaître au « Bossu de Notre-Dame » un aspect sombre et mature qui peut expliquer que le film soit généralement oublié par certains lorsque l’on parle de classiques Disney. Et c’est pourtant son imagerie mature (le climax transformant les remparts de Notre-Dame en Enfer) et son écriture assez dense sur certains points qui en font une oeuvre d’animation marquante et intellectuellement passionnante à voir. Ajoutez à cela la puissance des musiques et de certains plans, et vous obtiendrez l’un des Disney les plus sous-évalués et pourtant l’un des meilleurs que le studio aux grandes oreilles ait jamais créé.

L’au-delà de Lucio Fulci

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Pays : Italie
Année : 1981
Casting : Catriona MacColl, David Werbeck, Cinzia Moreale

Nous avons déjà abordé le cinéma de genre italien sur le site à quelques reprises. Après Dario Argento avec « Suspiria » et Mario Bava avec « Opération peur », revenons cette fois-ci sur Lucio Fulci avec son « Au-delà ».

Une jeune femme, Liza, s’installe dans un ancien hôtel qu’elle cherche à rénover. Elle ne se doute pas que les horreurs qui s’y sont produites vont avoir de nouveau lieu…

Pour son film, Fulci adopte une mise en scène assez baroque, notamment dans certains plans qui convoquent l’art de la peinture dans leur composition (le magnifique plan de fin, l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma de genre). Il y a une maîtrise dans le visuel qui manque à beaucoup de productions actuelles. L’horreur visuelle trouve un attrait assez fort qui permet d’attirer son spectateur avant de l’en dégoûter par des fulgurances sanglantes marquantes. Chaque mise à mort se voit ainsi offerte de manière perturbante pour son spectateur, tiraillé entre la poésie et la beauté de la composition et la violence affichée.


C’est toute la réussite de « L’au-delà » : Fulci y crée un univers de poésie morbide, comme ces rêves qui se transforment lentement mais sûrement en cauchemars dont il est impossible de se réveiller. Le mystère est palpable et l’ambiance des plus lourdes, notamment grâce à la musique de Fabio Frizzi et la photographie de Sergio Salvatti. Si certains crieront à l’absence de travail de scénario, c’est peut-être parce qu’ils seront sans doute passés à côté du but de cette forme de narration épurée : rajouter en confusion dans l’esprit du public, mieux saboter ses repères pour qu’il se « balade » dans le film sans filets de sécurité, sans assurance de suivre un chemin balisé et linéaire comme on sait facilement lui vendre.

Face à ce labyrinthe onirique sans réels repères auxquels s’accrocher, il peut paraître difficile de faire face mais il est encore plus difficile de rester de marbre. Car avec « L’au-delà », Fulci convoque une horreur touchant à de nombreux domaines, comme tant de supplices que nous subirions en enfer. Si l’imagerie a souvent des relents Lovecraftiens, on fait également face à la présence de morts-vivants, avec une certaine « élégance » inhabituelle par rapport à ceux de son homologue de génie, Romero. Ici, pas de jump scare putassier, le réalisateur de « Frayeurs » tente surtout de faire vivre une expérience à son public en manipulant les différents outils dont il dispose en tant que réalisateur.

« L’au-delà » reste encore à ce jour une expérience horrifique de grande qualité, où l’horreur semble peu à peu se rapprocher au point de craindre de tomber dans l’écran et plonger à jamais dans les abysses du cauchemar. Fulci nous propose ainsi un ticket menant directement en Enfer et au vu du voyage qu’il nous offre, il est difficile de le refuser…

Subway de Luc Besson

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Pays : France
Année : 1986
Casting : Christophe Lambert, Isabelle Adjani, Michel Galabru

Si Luc Besson s’est intéressé à plusieurs genres au cours de sa carrière, il est intéressant d’analyser « Subway » au vu du style assez unique du film.

Fred vole des documents à Helena. Alors qu’il est poursuivi, le jeune homme se réfugie dans le métro parisien…

Besson commence son film en pleine action avec une course-poursuite assez sympathique qui nous mènera rapidement au lieu principal de l’intrigue. Le métro parisien se trouve magnifié de manière électro-onirique de par sa photographie mais également son ambiance musicale. Les couloirs du métro prennent une forme quasi labyrinthique où chacun se croise et s’entrecroise dans un microcosme aux personnalités aussi multiples que colorées. C’est un endroit qui prend vie par lui-même et devient un personnage à part entière. Si le film est aussi réussi, c’est parce que Besson arrive à le faire respirer et lui conférer une existence propre qui le fait sortir du tout-venant de la production française.

Une autre réussite du film est son duo d’acteurs principaux. L’alchimie entre Christophe Lambert et Isabelle Adjani confère à leur relation une forme de piquant et d’intérêt qui permet une empathie assez forte, surtout pour notre héros. L’excentricité de Fred est bien retransmise par une interprétation qui évite le sur-jeu et se voit aidée par le style de jeu de l’acteur d’« Highlander ». Les seconds rôles offrent également des interprétations correctes et si l’on excepte un ou deux détails (le « Robin » prononcé à la française, certes logique pour le personnage), il n’y a rien à redire sur la qualité du casting.

« Subway » fait donc preuve d’une certaine hargne de filmer et de faire du cinéma qui respire et vit au niveau de ses protagonistes et de son décor. Le métro devient grâce à Besson un narrateur d’histoire passionnant et c’est le cœur blême que l’on quitte ce film. Nous n’avons peut-être pas eu affaire à un chef-d’oeuvre du septième art mais nous avons vécu un moment passionné et passionnant, chose devenue rare dans un « gros » cinéma français qui oublie ce point essentiel pour la préhension d’un film : la passion…