Home Auteurs Publication de Liam Debruel

Liam Debruel

Liam Debruel
355 PUBLICATION 10 COMMENTAIRES
Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Kuzco de Mark Dindal

0

Pays : États-Unis
Année : 2000
Casting : David Spade, John Goodman, Eartha Kitt

Si les studios Disney ont créé de nombreux classiques, certaines de leurs œuvres restent néanmoins dans l’ombre. Aujourd’hui, revenons brièvement sur l’une de celles-ci : « Kuzco ».

Kuzco est un empereur arrogant et égoïste qui profite de sa vie de luxe. Mais un jour, Yzma, son ancienne assistante qu’il a renvoyée, tente de le tuer. Malheureusement pour elle, sa fiole ne l’empoisonne pas mais le transforme en lama…

Quand on regarde le fond, on pourrait faire les fines bouches : en effet, on fait face à une histoire de rédemption d’un personnage égocentrique qui devra mettre son ego de côté pour devenir une personne bonne et responsable. Mais ici, c’est plus la forme qui fait le charme de Kuzco. En effet, il se base sur un humour slapstick assez coloré et donnant un aspect assez différent par rapport à la plupart des créations Disney. Ici, les blagues s’accumulent et Mark Dindal en profite pour utiliser toutes les opportunités humoristiques pour appuyer leur histoire. Brisage de quatrième mur, utilisation du plan fixe (la scène du restaurant) ou en mouvement pour mieux appuyer l’humour, … Tout y passe pour faire passer un message déjà vu de manière bien plus sympathique. Il faut également souligner son esthétique basée sur la mythologie des pays sud-américains (un territoire alors encore peu abordé par les films d’animation) tout en jouant sur un fort anachronisme (le laboratoire, le restaurant) qui ajoute en humour absurde. Cette absurdité se retrouvera même dans son climax, sa résolution étant basée sur une blague non sensique comme le film en regorge.

On peut aborder aussi la construction en duos des personnages, Yzma-Kronk et Kuzco-Pacha. Chacun de ces « couples » se repose sur une personnalité égocentrique et une plus innocente qui symbolise une forme d’équilibre pour les valeurs qu’ils portent. Ils disposent tous d’une alchimie forte qui appuie encore plus les effets comiques de la narration, portés par leurs traits respectifs. Si le message du film et son intrigue peuvent paraitre déjà utilisés, on peut tout de même constater un travail narratif assez bon pour susciter l’empathie de ses personnages (même « maléfiques ») tout en faisant passer sa morale de manière divertissante et efficace.

Il est donc dommageable qu’un film comme « Kuzco » ne dispose pas de plus de renommée car, s’il est loin des grands classiques du studio aux grandes oreilles, il dispose d’assez de charme et surtout d’humour pour marquer ses spectateurs de tout âge. Et si la forme semble un peu plus mise en avant que le fond, cela n’empêche guère au tout de fonctionner plus que correctement. Coloré, hilarant et en soi unique en son genre, « Kuzco » mérite donc un travail de réhabilitation de la part du public.

Hostel d’Eli Roth

0

Pays : États-Unis
Année : 2005
Casting : Jay Hernandez, Mike Fleiss, Derek Richardson

Eli Roth a une image assez variée dans le milieu du cinéma de genre. Vu par beaucoup comme un opportuniste, il a pourtant apporté des propositions dans le domaine de l’horrifique avec un style touchant aussi bien au potache qu’au cruel. C’est exactement le cas de ce « Hostel », que nous abordons aujourd’hui.

Trois étudiants, deux américains et un islandais, font le tour de l’Europe en quête de sexe,de drogue et d’alcool. Ils décident alors de se rendre dans un petit village slovaque conseillé par un autre touriste rencontré à Amsterdam. Ils ne se doutent pas que cela les conduira en Enfer…

Vu comme un vulgaire torture porn par une majeure partie de ses spectateurs, « Hostel » apporte pourtant une réflexion sur plusieurs niveaux. Pour commencer, abordons l’ambivalence des personnages. En effet, il est compliqué de s’intéresser à des protagonistes décrits comme des petits cons. Ainsi, peut-on vraiment souffrir pour de jeunes américains arrivant de manière arrogante de par leurs origines ? Cela devient plus complexe lorsque l’on sait que les personnes derrière leurs tortures sont également des touristes en quête de divertissements peu appréciables socialement. Sauf que la débauche recherchée est bien évidemment moins légale car elle implique la souffrance et le décès de personnes.

On peut alors se questionner sur une certaine envie de divertissement barbare. La violence de certains se voit réfrénée sur d’autres au gré d’instruments de torture multiples, permettant à chacun de s’appliquer de la manière qu’il le désire. L’un d’entre eux déclarera avoir rêvé de devenir chirurgien avant de percer sa victime une dernière fois. Les actes commis deviennent ainsi un refuge des désirs brisés de certains, ainsi qu’un moyen de canaliser ses envies sanglantes en les répercutant sur d’autres citoyens qui sont assez déshumanisés pour pouvoir se dédouaner de la violence infligée et en même temps assez humanisés pour « profiter » des actes commis.

Il n’y a néanmoins pas que ces personnes qui cherchent à profiter de la violence infligée mais également le spectateur. En effet, si le film a attiré du public, c’est pour la violence qu’il est censé représenter. Et s’il y a de nombreux effets assez gores (l’œil), « Hostel » n’est pas l’œuvre la plus violente graphiquement dans le milieu du torture porn. Il interroge notamment son public sur son envie d’effets sanglants, n’hésitant pas à le frustrer en dissimulant certains de ses instants pour lui faire prendre conscience que lui aussi regorge d’une soif de violence qui ne peut être apparemment résorbée que par le biais de la mort (aussi factice soit-elle) de plusieurs personnes.

Il ne faut également pas oublier l’époque à laquelle est sortie le film. La vague des « Torture porn » est en effet arrivée avec les révélations des actes de torture commis à Guantanamo. Ces films sont donc le reflet d’une société qui applique la violence aussi bien dans le domaine de la politique que dans celle du divertissement (par le milieu du cinéma). Si la barbarie humaine a fait succès sur grand écran (et continue également sur le petit), c’est parce qu’on la retrouve dans notre quotidien, dans nos journaux et dans nos actualités sur les réseaux sociaux. La violence du film ne fait donc que rappeler la violence de notre vie.

Si son aspect potache du début pourra en rebuter certains, il est néanmoins incontestable qu’« Hostel » est un film qui mériterait plus d’honneur de la part de certains aptes à juger au premier regard sans gratter ce qui se trouve derrière une œuvre. Il y a donc derrière un aspect au premier abord lourd, un travail assez pertinent et fort sur la violence humaine, cachée derrière assez d’hémoglobine pour attirer le chaland en quête de spectacle sanglant…

 

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon + Hier, aujourd’hui et demain

0

Revenons aujourd’hui sur deux films italiens, ici testés sous format DVD chez Carlotta : « Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon » d’Elio Petri et « Hier aujourd’hui et demain » de Vittorio de Sica.

Nous vous parlions récemment d’un autre film de Petri (ressorti également chez Carlotta), « La dixième victime », où il abordait déjà l’aspect sombre de la nature humaine, et c’est exactement ce qu’il refait ici avec « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon ». Sous nature d’une enquête criminelle, il aborde de manière non feinte l’abus de pouvoir et la corruption en haut lieu par le biais de son anti-héros, responsable du meurtre. Mais bien loin de chercher à être disculpé, il veut surtout par ce meurtre prouver que, de par sa position, il ne sera jamais mis en cause pour cet assassinat. C’est donc à un jeu dangereux auquel on assiste, où l’on utilise les preuves pour relancer l’intérêt sur sa personne sans que qui que ce soit ne songe à envisager cette piste pourtant crédible. Si l’on ajoute à cela la musique d’Ennio Morricone (dont cet air incessant revenant en permanence) et le jeu de Gian Maria Volonté, à la limite de la schizophrénie dans un rôle assez sombre, il est difficile de ne pas reconnaître en ce film une bande acerbe, cynique et plongeant dans l’obscurité de l’âme, lorsque la puissance du statut nous isole des êtres humains, aussi bien physiquement qu’idéologiquement.

Autre analyse de la société italienne mais sur un ton plus coloré cette fois-ci, « Hier, aujourd’hui et demain » est un film à sketches revenant sur la société italienne. Aidé par la présence devant sa caméra notamment de Sophia Loren et Marcello Mastroianni, Vittorio de Sica revient avec humour sur divers sujets sociétaux avec une certaine verve comique. Il utilise ses décors citadins pour donner à chacune de ses histoires une certaine ambiance différente, aidée par une photographie de qualité. Porté par son duo d’acteurs à l’alchimie et au charisme magnétique, « Hier, aujourd’hui et demain » mérite le coup d’œil, que ce soit pour son message féministe (on souligne d’ailleurs l’utilisation de Mastroianni comme une victime régulière de Loren, cassant son image forte) ou ce qu’il a à dire sur l’Italie des années 60, comme quoi certaines choses semblent encore actuelles…

Les deux disques proposés par Carlotta sont d’excellentes qualité. On constate pour « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » un grand nombre de bonus alors que ceux-ci sont plus réduits pour « Hier, aujourd’hui et demain ». Néanmoins, au vu de la qualité de restauration des masters, ils constituent tous deux des achats indispensables.

En effet, découvrir ces deux films, c’est découvrir un peu plus un cinéma italien hautement recommandable pour tout apprenti cinéphile en quête de nouvelles œuvres. Différentes sur le fond ainsi que la forme, elles partagent toutes deux néanmoins le même but : revenir sur la complexité humaine, que ce soit de manière sombre ou colorée…

La dixième victime d’Elio Petri

0

À l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-Ray chez Carlotta, revenons sur « La dixième victime » d’Elio Petri.

Afin de réduire les meurtres et contrôler les excès de violence, un jeu est organisé : un chasseur doit retrouver sa proie et l’éliminer avant que celle-ci ne le tue. Alors qu’elle est à sa dixième participation, Caroline tombe sur Marcello…

Le réalisateur italien (dont c’était le cinquième film) aborde l’anticipation avec un style résolument particulier. Là où, sur un sujet presque similaire, James De Monaco abordait ses « Purges » dans une Amérique froide et violente, Petri situe son action dans une Italie colorée et pop, appuyée par une photographie mettant en avant cette ambiance vive. Certains pourront trouver cette esthétique kitsch ou datée mais cela confère au film un aspect assez différenciable par rapport à un genre où la colorimétrie est réduite pour souligner l’ambiance pesante de la société dans laquelle survivent les protagonistes.

Si cet aspect visuel est aussi marqué, c’est également pour faire le lien avec une société de consommation dans laquelle l’image est tout ce qui compte. En cela, Petri offre un message visionnaire, préfigurant la télé réalité et ses effets dévastateurs sur ses participants. Mais outre offrir ce spectacle de chasse à l’homme comme attirant pour les spectateurs de l’univers du film, Petri nous le décrit aussi comme cela pour nous attirer nous, public extérieur à la pellicule. On a ainsi des relents James Bondiens, par la présence notamment d’Ursula Andress ou le charisme de Marcello Mastroianni en victime peu attachante, nous interrogeant sur le lien empathique à adopter avec les personnages.

Le DVD rend grandement justice à la qualité visuelle du film par sa restauration 2K. Il faut en revanche souligner l’absence de bonus, mis à part une bande-annonce, et que le film n’est disponible qu’en version originale italienne sous-titrée. Mais que cela ne vous gâche en rien le visionnage de ce film aussi pop et coloré sur la forme que cynique et sombre sur le fond.

Car en effet, cette « Dixième victime » prouve que l’on peut allier différents styles tout en proposant une critique acide et avant-garde de ce que deviendra notre société où l’humanité rapporte moins qu’une bonne image…

Les Sinistres Purges présentent : « Ben Hur » de Timur Bekmambetov

0

Cela faisait des heures que la silhouette errait dans ce manoir et ses couloirs sombres. Elle fouillait chaque porte, chaque espace afin de trouver ce qu’elle cherchait depuis quelques mois désormais. Soudain, elle aperçut une porte rouge, si rouge que l’on pouvait se demander si elle n’avait pas été peinte avec du sang. La personne l’ouvrit et y trouva derrière un long escalier en spirale, composé par ce qui semblait apparemment être des milliers de marches. Une fois en bas, elle fit face à une autre porte, blanche cette fois-ci. Elle était si blanche que l’on pouvait la croire repeinte récemment par de la peinture blanche (si vous avez pensé à autre chose, vous êtes franchement immonde. Mais je vous aime quand même). Derrière celle-ci se trouvait un cachot, refermé par une autre porte en grille. C’est en s’approchant de celle-ci qu’elle l’aperçut : l’homme qu’elle cherchait tant. Il se trouvait par terre, en position latérale de sécurité, uniquement revêtu d’un t-shirt Kev Adams et d’un pantalon d’un jaune si fort qu’il fallait quelques secondes pour s’habituer à sa vision. C’est ainsi qu’elle demanda, d’une voix qui ne semblait ni féminine ni masculine (ce sera pratique plus tard) : « Est-ce que tu es bien le rédacteur des Sinistres Purges ? »

Le jeune homme se leva alors et, d’un ton qui se voulait apparemment solennel, répondit : « Oui, je suis Monsieur Popcorn. »

Quelques secondes de silence gênant plus tard, la silhouette lâcha : « Je suis venu vous sortir de cet endroit lugubre. Nous avons besoin de vous. »

« J’aimerais bien vous rejoindre mais je suis enfermé ici depuis un moment et je n’ai pas encore fait ma Sinistre Purge sur Ben Hur pour celui qui me détient. »

« Comment cela se fait-il ? »

« Les obligations scolaires et extrascolaires, le fait d’être enfermé ici avec comme vêtements ces choses disgracieuses, l’obligation de subir du Jul trois heures par jour pour me « motiver », … »

« Non, que vous soyez resté enfermé ? »

« Tant que je n’ai pas écrit sur Ben Hur, Mathieu Cinéman veut me garder ici et me faire souffrir alors que je ne veux pas revoir ce truc ! Il y a tellement de choses à dire dessus que la tâche me faisait peur. Rien qu’en reparler réveille en moi des souvenirs douloureux… »

La silhouette commença : « Non, mais en fait, vous auriez pu… » mais les flash-back l’interrompirent, permettant d’avancer dans cette introduction toujours aussi longue comme vous aimez les subir.

On commence par une voix off solennelle qui annonce les méfaits de l’Empire Romain avant de basculer sur les deux personnages principaux qui se titillent avant une course de chars qui se voit transformée par l’art du fondu en une course amicale entre ces mêmes deux personnages et un panneau « huit ans plus tôt ». Je sens que l’on va avoir droit à un film bien lourd, pas vous ? Juste pour annoncer la couleur : c’est réalisé par l’homme derrière « Abraham chasseur de vampires » et qui trouve normal de faire un remake d’un classique car « les jeunes ne regardent plus de films de trois heures ».*tousse*On en parle des « Seigneurs des anneaux ?*tousse* Bref, revenons au film. Il s’avère que ces deux cavaliers sont Judas Ben Hur et Messala, un prince et son frère adoptif. La voix off souligne lourdement qu’ils s’apprécient beaucoup et sont censés symboliser l’unité possible entre juifs et romains. On sent avec l’utilisation de certaines caméras modernes une volonté de donner un cachet plus actuel au film, ce qui n’est franchement pas une mauvaise idée quand on veut s’attaquer à un tel classique. Le problème (et cela se confirmera par la suite), c’est qu’il faut ensuite donner une identité au film pour éviter qu’il ne soit caractérisable que comme un vulgaire blockbuster débilisant sans âme à la « Fast and Furious » et « Transformers » (j’espère que je n’aurai pas droit à des fans de voitures pour vouloir me casser la gueule dans les commentaires), tout en gérant adroitement ses scènes pour éviter l’humour involon… et voilà que Judas tombe de cheval. Une partie de moi rit de cet instant qui ne semble pas naturel et plus « Horsus ex machina », mais l’autre partie se rappelle que ce genre de chute m’arriverait trois secondes après m’être installé sur l’un d’entre eux. Messala va alors essayer d’aider son demi-frère blessé et je ne m’avance pas plus sur ce point, j’expliquerai plus tard pourquoi (mais cela aura un rapport avec une fin hors de propos et niaise là où elle aurait dû être plus subtile. Spoilers).

Messala amène alors son frère, engendrant ainsi la colère de sa mère adoptive qui craint pour son véritable fils. Ben Hur finit bien évidemment par se soigner (sinon, ce film durerait beaucoup moins longtemps) et fait la fête avec Messala. On comprend bien vite que le cœur des deux messieurs est pris, dont le dernier pour la sœur de Ben Hur, apparemment à la grande déception de sa mère adoptive qui ne l’apprécie décidément pas (sûrement suite à ses préjugés sur ces « maudits romains ». Encore une qui doit voter FN tiens). Messala, ennuyé par ce traitement et les regards des gens sur lui à cause de ses origines, décide de partir à Rome dans le dos de Tirza, sœur de Ben Hur, qui vient d’ailleurs le voir pour lui demander où il est parti avant que l’on ne se retrouve directement balancé en pleine bataille, trois ans plus tard. Cette même bataille de quelques secondes (littéralement) se termine par un plan assez moche dans une foule de soldats qui deviennent des marchands par la magie du fondu. Je crois que le manque de subtilité du film va rapidement me donner envie de faire écarteler des gens par des chevaux. On va également passer sur le court intermède où Ben Hur laisse la servante dont il est amoureux partir se marier avant d’aller la récupérer en chemin car c’est bien trop rushé pour être véritablement touchant. Peut-être aurait-il fallu que la scène soit rallongée mais bon, les gens ne vont plus voir de films de trois heures… *tousse*Et on s’étonne que les gens aillent voir « Les nouvelles aventures d’aladin » vu comme on traite certains comme des demeurés* Parlons plutôt de Jérusalem qui vit sous l’oppression romaine, avec ce que cela signifie en terme de crucifixion. On comprend que la personne qui va se retrouver à chanter « Always look on the bright side of life » est un rebelle, ce qui va mener Ben Hur à papoter liberté avec un ébéniste au look christique et aux paroles extrêmement… religieuses… attends deux minutes film… est-ce que là tu es en train de dire que c’est Jésus ? Oh mon dieu mais c’est totalement Jésus ! Dans le film avec Charlton Heston, on le voyait certes mais de manière assez divinisée, dans la tradition du péplum épique. Ici, il est balancé de manière lourdingue et relativement inutile. D’un point de vue religieux, j’avoue m’en moquer royalement car je suis athée mais d’un point de vue cinématographique, il faut avouer que ça manque encore plus de subtilité ici et que cela ne tente même pas d’imposer un point de vue pertinent avec un ancrage « réaliste » de par cette même représentation car on sent quand même une tentative d’aura divine derrière lui. Bref, si Jésus Christ, c’est parce qu’il préférait être incarné par Willem Dafoe (je vais tellement me faire crucifier pour cette blague… ok, j’arrête). C’est ensuite à Ben Hur et sa compagne Esther de débattre s’il vaut mieux essayer d’aider les gens autour d’eux ou tout simplement ceux qui leur sont chers. Ben Hur lâchera même un « S’il y a un Dieu, pourquoi n’arrange-t-il pas les choses ? ». Ce à quoi Esther répond par un sourire et un départ en forme de fuite tranquille, là où un « il doit s’occuper des radicalistes qui croient parler en son nom mais s’y connaissent autant en religion que moi en physique nucléaire » aurait été plus convenu (quitte à parler religion, peut-être vaut-il mieux essayer de le faire de manière constructive ?).

Après une transition « nuages sombres » afin d’annoncer que ça va bientôt puer la crevette séchée, Ben Hur se retrouve face à certains de ces rebelles et, après une confrontation verbale avec eux, les laisse s’occuper d’un d’entre eux apparemment blessé. Sa tête me rappelle d’ailleurs quelqu’un mais je ne vois plus qui… Ben Hur est plus tard convoqué par un général romain qui n’est autre que Messala qui, après un flash-back, explique que Ponce Pilate va venir à Jérusalem et que ce serait sympathique de la part de son demi-frère de surveiller un peu qu’aucune attaque ne se produise contre lui. Après cette conversation sympathique, Ben Hur retourne chez lui changer les pansements du blessé qui… Oh putain mais c’est Rico ! Mais oui, dans « Hannah Montanah », celui qui… euh… Enfin, on m’a dit qu’il jouait dans cette série Disney Channel que je n’ai jamais regardée pour voir Miley Cyrus pour qui je craquais quand j’étais jeune avant qu’elle ne se balance nue sur des boules de chantier. Pas mon style.

Bref, cela explique le niveau de son jeu d’acteur… et son niveau de fils de puterie en voulant attaquer Ponce Pilate depuis le toit de Ben Hur, alors que l’éminent pilate des calaïbes (Kev Adams, rends-moi mon clavier bordel !) est incarné par Pilou Asbaek, que j’avais apprécié dans le remake US de « Ghost in the shell », d’ailleurs pas si mauvais qu’annoncé pour ma part (et largement meilleur que ce « Ben Hur »). Messala se voit ordonné de rentrer chez Ben Hur Judas et les légionnaires de tuer et arrêter les gens selon leur importance dans le scénario futur pendant que Rico le connard se casse rêver d’une meilleure carrière. Judas ment sur sa responsabilité dans l’attentat pour sauver sa famille, ce qui ne fonctionne pas vu que Messala est mis sous pression par un supérieur moins diplomate que lui. Judas menace donc un soldat mais se retrouve vite à porter une croix dans Jérusalem. Et tandis que les romains cherchent à ce qu’il ne reçoive pas d’eau, un homme barbu s’élance sous le regard abasourdi des gens et… Bon, ben, cela fait une nouvelle apparition subtile de Jésus. Est-ce que je peux dire que cette scène me met mal à l’aise ? Passons là-dessus pour revenir sur Ben Hur, envoyé dans les galères. Et si vous vous demandez si c’est équivalent à se taper des films de merde, je vous répondrai que non. Beaucoup de personnes y sont mortes, traitées comme des esclaves à trimer toute la journée sous les coups des fouets. Chaque jour de leur vie, elles ont dû survivre dans le sang et la douleur, aussi bien physique que mentale, en pensant à leur famille qu’elles ne reverront probablement jamais. Bon, au moins, elles ne devront pas se taper « Alad’2 » ou « Les nouvelles aventures de Cendrillon »…

Cinq ans plus tard, le navire dans lequel Ben Hur officie se retrouve dans une bataille navale ( B4, coup dans l’eau. Comme ce film d’ailleurs). Cette scène n’est pas mauvaise en soi car elle se déroule essentiellement à l’intérieur du bateau avec notre héros et les regards vers l’extérieur suivent ceux de Ben Hur, excepté quelques malheureux inserts. Bref, je ne vois pas trop comment ils pourraient faire foirer cette séquence. Réponse quelques secondes plus tard : avec le cri extrêmement convaincu d’un malheureux qui va s’écraser contre le bateau. Cela aurait pu être dramatique, c’est devenu humoristique. Bon, au moins je pourrai remplir ma collection de scènes qui auraient pu être vraiment bien si elles ne tombaient pas dans l’humour involontaire. Si l’on ajoute à cela quelques secondes filmées à la première personne pour tenter de faire immersif et original mais tournées de manière tellement numérique que j’ai plus l’impression d’être dans une mauvaise cinématique de Playstation 3, il y a de quoi soupirer. Ben Hur néanmoins survit et se voit soigné par Morgan Freeman avec des dreadlocks blanches. Si l’on peut se demander légitimement s’il était préférable qu’il ne récupère pas ses sourcils de « Dreamcatcher », on essaie de penser à autre chose en voyant Ben Hur répondre à ses questions après avoir caressé un cheval blanc qui ne s’appelle pas Stewball. Apprenant que Morgan Freeman avec des dreadlocks blanches (c’est un nom à rallonge que je vais garder néanmoins) va à Jérusalem, Ben Hur lui demande un coup de main pour le faire revenir dans sa ville. On passera rapidement sur Jésus qui sauve un lépreux devant les yeux de Messala et de Batou pour revenir à Ben Hur, qui prouve savoir y faire avec les chevaux. Ils arrivent à Jérusalem où notre héros retrouve sa femme puis confronte son demi-frère, qui lui dira que sa mère et sa sœur sont mortes. Après lui avoir échappé ainsi qu’à ses soldats (et ce malgré un avis de recherche de 5 étoiles), il retrouve de nouveau sa femme à qui il dit que c’est la haine qui lui a permis de survivre. Ce à quoi son aimée répond : « Reste attaché à la mer et tu demeureras son esclave ». J’aurais envie de rire sur la profondeur de ces phrases mais c’est comme le film entier : cela sonne creux et vide. Alors que les romains décident d’exécuter des juifs, Morgan Freeman avec des dreadlocks blanches propose à Ben Hur de participer à une course de chars afin d’humilier l’oppresseur par ce qu’il aime. Un soir (à noter que ceux-ci manquent en lisibilité, ce qui ne semble pas un choix volontaire dans la mise en scène), Ben Hur se voit abordé par le romain qu’il avait menacé plus tôt dans le film en prononçant un « on n’oublie jamais l’homme qui a tenu un couteau sous notre gorge », phrase que je veux faire imprimer sur un t-shirt (la gamme Monsieur Popcorn sera prête pour septembre 2017 pour toute la famille). Il annonce qu’il a réussi à faire éviter la crucifixion à sa famille et les a emmenés dans une caverne qui s’avère destinée aux… lépreux. Je sais que c’est l’intention qui compte mais je peux quand même dire que cette décision était légèrement idiote…


Arrive enfin le clou du spectacle : LA course de chars, la scène mythique du film original, cet instant de légende sur lequel s’est vendu ce film grâce à une vidéo 360 sur YouTube. Il ne faut donc pas se laisser tomber dans une connerie du genre … faire revenir Rico dans les tribunes OKLM. Film, permets-moi de te mettre sur pause pour me gifler. Ou te gifler bordel, j’en ai marre d’être le seul à souffrir. Avec tous les coups que je me donnerais devant la connerie de certains films, je ressemblerais à un Deadite… L’autre point faible du film est que cette course n’arrive qu’après une heure et demie de métrage, là où cela arrivait bien plus tard dans le film avec Charlton Heston. Il manque également un manque d’ampleur mais cela est sûrement dû au budget alloué et une volonté d’humaniser les protagonistes. La course commence et le résultat est moyen. D’abord, les quelques morts touchent encore une fois au comique involontaire. Ensuite, si l’on sent des effets live, les quelques effets numériques font perdre en crédibilité, notamment dans certains aspects du décor. La course même est moyennement mise en scène, pas illisible mais sans réelle brutalité ou impact alors que c’est ce que Bekmambetov semble essayer de faire. La durée est relativement courte et ne permet pas de s’immerger totalement. Enfin, le duel entre frères de cœur ne fonctionne guère et ressemble plus dans leurs interactions à un affrontement entre un super-héros et son némésis. Ce ne sont plus Messala et Ben Hur, les frères ennemis, mais gentil Ben Hur vs méchant Messala. C’est donc à nouveau symptomatique du film : creux, vide et fade.

Ben Hur gagne évidemment, sous les cris de la populace dont Rico le FDP. On traine Messala, aussi salement amoché que quelqu’un ayant annoncé sur Internet avoir aimé « Suicide Squad », sous le regard de Ponce Pilate qui parle de la soif du sang du peuple, ce qui aurait pu être plus intelligent si le film s’était permis de l’aborder pleinement. Et tandis que Ben Hur s’attriste de son sort de futur vagabond, on assiste à l’arrestation de Jésus. Ben Hur tentera plus tard de lui offrir à boire comme il l’avait fait apparemment mais les soldats refusent et le messie se fera crucifier par après, aux côtés de Rico, sans aucun doute lassé de l’état de sa carrière. La mort de Jésus est suivie d’une pluie qui guérit les lépreux de leur affliction. Affecté par ce décès, Ben Hur cherche à retrouver Messala pour qu’ils puissent se pardonner mutuellement. Ce dernier a perdu sa jambe et lui en veut, lui promettant la mort mais au final, chacun se pardonnera (cf la scène de début) avant de se lancer à cheval sur une musique assez hors de propos et les bons mots de Morgan Freeman avec des dreadlocks blanches : « Ne te retourne pas Judas, la vie est devant toi ». Et Fin !


Ce fut laborieux d’aborder ce film parce qu’il a de quoi faire une réussite : un bon casting (Toby Kebbell est un très bon acteur qui mérite mieux), un bon sujet, quelques pistes thématiques intéressantes sur la violence humaine et le pardon et surtout la musique de Marco Beltrami, compositeur sous-estimé qui n’offre ici pas son meilleur travail mais offre quelques compositions assez réussies. Malheureusement, Timur Bekmambetov écrase son récit afin de le faire correspondre à un format de blockbuster et c’est ce que devient le film : un blockbuster fade et creux, auquel il m’a fallu du courage pour accrocher car il est difficile de rire d’un objet creux. Une purge comme « Les visiteurs 3 » avait de quoi se tirer les cheveux au vu de la médiocrité de l’objet, il y a ici de quoi pleurer sur un remake pas attendu mais échouant lamentablement à offrir une once de vie ou de sincérité. Le film fut un échec malgré un budget plus réduit que pour d’autres collègues blockbusteriens mais il pose de nombreuses questions. Tout d’abord, avait-on réellement besoin d’un remake de Ben-Hur ? Ensuite, est-ce que cet échec n’était pas prévisible, aussi bien de manière critique que financière ? En parlant du film avec mes amis de la « Table Ronde » (dont mon kidnappeur), cela nous semblait logique mais il semble que cela ne le soit pas au vu de certains producteurs. Devons-nous vraiment mériter des relectures de classiques dans un moule de divertissement interchangeable afin de toucher un public qui ne serait apparemment pas intéressé par les œuvres « longues et vieilles » ? N’est-ce pas sous-estimer les spectateurs que d’offrir ce genre de spectacle sans âme ?

« Voilà un débat qui devrait être mené par tous. »

« Alors, maintenant que vous avez fini », commença la silhouette, « je peux peut-être vous dire que la porte était ouverte. »

Elle joignit l’acte à la parole en ouvrant le cachot où se trouvait le critique, abasourdi.

« Mais les cachots sont censés rester fermés… » lâcha-t-il d’un ton consterné (mais surtout con). Il fit face ensuite à la silhouette à qui il demanda : « Qu’allons-nous faire maintenant ? »

Celle-ci répondit : « Nous enfuir d’abord. Ensuite, parler d’un film. »

« Mais lequel, oh caméo finement dissimulé afin que je puisse réfléchir avec qui aborder ma prochaine Sinistre Purge sans contrainte grâce à l’art de la dissimulation et du cliffhanger aussi subtil qu’un coup dans les parties intimes ? »

« Au fond de ton cœur, tu le sais Liam… »

« Oh non ! Surtout pas… »

FIN SUR UN CLIFFHANGER AUSSI PUTASSIER QU’UNE EXPLOSION DANS UN FILM DE MICHAEL BAY !

Et parce que c’est l’été, je vous offre en bonus la « Table Ronde » sur Ben-Hur auquel Mathieu Cinéman et moi avons participé. N’hésitez pas d’ailleurs à aimer sa page ainsi que la chaîne « La Table Ronde » car leur travail est vraiment bon et qu’ils m’ont payé vraiment cher pour ce placement de critique subtil. D’ailleurs preums pour les vidéos sur « Dunkerque » et « Blade Runner 2049 ».

 

Tuez Charley Varrick! de Don Siegel

0

Pays : États-Unis
Année : 1973
Casting : Walter Mathau, Felicia Farr, Joe Don Baker

À l’occasion de sa sortie en coffret Blu-Ray / DVD accompagné d’un livret chez Wild Side, revenons sur « Tuez Charley Varrick ! ».

Charley Varrick passe une journée assez mauvaise. Le braquage qu’il a commis a coûté la vie à sa femme et l’un de ses acolytes et la grosse somme qu’il a récupérée appartient en plus à la mafia. Entre celle-ci, les policiers et l’attitude nonchalante de son acolyte survivant, Charley aura quelques problèmes à régler…

L’ouverture est réglée comme sur du papier à musique, contrairement au braquage représenté. L’efficacité de cette séquence ainsi que la manière dont elle est agencée (ce plan jouant sur le reflet du guichet) est digne des grands classiques du polar. Le reste sera du même avenant mais dans un tout autre style. On sent que ce film a eu une influence forte sur de nombreux polars actuels, notamment le « No country for old men » des frères Coen. L’ambiance est souvent sèche, convoquant une image de l’Amérique peu reluisante et avenante comme on aime à la décrire actuellement. Don Siegel filme le tout de manière dure et nerveuse.

Les problèmes des protagonistes tournent tous autour de l’argent, ce qui est compréhensible au vu de l’intrigue. Néanmoins, on peut y voir une lecture sur l’économie, autodestructrice à force de vouloir être riche. Cette quête de l’argent tourne à l’obsession et relève d’une nature humaine absurde à force de s’entretuer pour ce qui ne constitue au final que du papier facilement inflammable. La structure économique de notre société mène ainsi à un cycle de violence et de destruction aussi bien physique que morale qui ne peut se voir arrêté qu’en constatant l’invraisemblance de cette quête du gain à tout prix.

Encore une fois, Wild Side offre un très bel écrin à son film, que ce soit pour l’aspect sonore ou visuel. Le Livret accompagnant cette édition est à nouveau passionnant et devrait faire plaisir à ceux qui auront apprécié le visionnage de ce film, en particulier ceux voulant en savoir plus sur la personnalité de son réalisateur Don Siegel.

Découvrir « Tuez Charley Varrick ! », c’est découvrir une œuvre forte sur l’Amérique et le pouvoir destructeur de l’argent sur l’être humain. Le faire dans l’édition que nous propose Wild Side, c’est profiter d’une œuvre de grande qualité dans une édition de qualité. Bref, ne tuez pas Charley Varrick mais faites face avec lui à ses mésaventures passionnantes.

Le quai des brumes de Marcel Carné

0

Pays : France
Année : 1938
Casting : Jean Gabin, Michèle Morgan, Michel Simon

C’est avec le vent rafraîchissant de la nostalgie que nous vous proposons aujourd’hui de revenir sur « Le quai des Brumes » de Marcel Carné.

Le Havre. Alors qu’il erre dans la ville, Jean, un soldat en fuite fait la connaissance de Nelly, une jeune femme dont il tombe directement amoureux.

Dès les premiers instants, le film de Marcel Carné irradie d’une beauté intemporelle, que ce soit par sa musique forte d’un point de vue thématique (on sent son aspect romantique et la froideur des événements à venir) ou le charisme de Jean Gabin. Son magnétisme ne subit pas les affres des années et fait partie des raisons qui font du « Quai des Brumes » un classique instantané. Sa personnalité rustre convient parfaitement à son personnage de déserteur qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. L’aspect mélodramatique du récit est porté par la force de son regard, ainsi que de celui de sa compagne à l’écran Michèle Morgan. Il suffit de voir ses yeux à elles pour que l’on comprenne que Gabin ne faisait qu’une constatation en lui parlant de leur beauté.

Dans ce récit se croisent et s’entre croisent diverses personnalités à l’opposée les unes des autres. Il suffit de les voir pour sentir la vie derrière chacun, grâce à un travail d’écriture simple mais efficace et des acteurs portant à bout de bras leurs protagonistes. Leurs réactions les uns envers les autres apportent une nouvelle force au récit, des faits du hasard ou du « destin ». Marcel Carné ajoute également une touche iconique par sa mise en scène, comme ce suicide hors champ d’un protagoniste appuyé une nouvelle fois par sa remarquable musique. Si l’on sent par instant le tournage en studios, cela contribue néanmoins à l’attachement que l’on peut ressentir devant le visionnage de ce film.

Difficile ainsi de ne pas reconnaître le charme intemporel de « Quai des brumes ». C’est un monument du cinéma français et du mélodrame, quand celui-ci ne se voyait pas toujours de manière négative. De quoi prouver que les grands films ne sont pas ceux qui divertissent sur l’instant mais ceux qui marquent leur public, même après presque quatre-vingt années d’existence…

Breaking news de Johnnie To

0

Pays : Hong Kong
Année : 2004
Casting : Kellie Chen, Richie Ren, Nick Cheung

Les médias ont toujours été entourés d’une certaine crainte. Étant donné qu’ils fournissent diverses informations aux gens, on peut s’inquiéter de la manipulation desdites informations, qu’importe la raison derrière. Voici donc tout l’intérêt d’aborder aujourd’hui le « Breaking News » de Johnnie To.

L’image de la police Hong Kongaise est écornée suite à une fusillade retransmise en direct à la télévision. Alors qu’ils trouvent par hasard le repère des malfaiteurs, les agents vont se retrouver dans une lutte médiatique entre leurs supérieurs et les malfrats.

Tout est question d’image médiatique dans ce film. Les deux camps s’opposent ici sur la bataille des médias en usant de ceux-ci pour dévaloriser l’autre. C’est quelque chose que l’on sait ne plus pouvoir sous-estimer actuellement : l’importance de son image, ce que nous représentons. C’est ainsi que la lutte entre les deux camps se fera autant de manière physique que médiatique. Du côté de la police, il y a cette volonté de reconquête après la diffusion de la fusillade et de son issue humiliante avec cet agent implorant un des criminels de ne pas lui tirer dessus. Du côté des malfrats, on sent plus cette envie de jouer contre ces responsables de l’état en les narguant et en leur prouvant que leur apparente puissance est en effet futile, surtout au vu du surnombre de policiers censés attraper une poignée de brigands. Chaque acte d’un camp répond au précédent de l’autre, dans un cycle d’affrontement médiatique comme on en retrouve tant dans l’actualité.

« Breaking News » touche à plusieurs domaines. On retrouve d’abord une certaine nervosité dans son action, notamment par l’immersion dans ses quelques fusillades. C’est ainsi que Johnnie To ouvre son film par un plan séquence vertigineux, introduisant à merveille le conflit à venir ainsi que plusieurs protagonistes. Quand il touche à la critique des médias, le film se tourne vers quelque chose de plus comique, presque loufoque, un humour que l’on retrouve aussi chez les personnages des otages, un père lâche et ses deux enfants. Enfin, on retrouve une pointe de romantisme par la relation entre l’inspecteur Rebecca Fang et le chef des malfaiteurs. Cette touche de romance atteindra son apogée lors de la poursuite finale, haletante mais également amère.

Au final, « Breaking News » annonce les scandales à venir dans le domaine des médias, emballé sous assez d’action pour attirer le spectateur lambda et le cueillir ensuite avec son message critique. Bref, c’est une œuvre fort recommandable, aussi explosive dans son action que dans sa réflexion.

Docteur Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian

0

Pays : États-Unis
Année : 1931
Casting : Fredric March, Miriam Hopkins, Rose Hobart

Le cinéma est une industrie. C’est ainsi que le but cherché en permanence par certains producteurs est une rentabilité rapide et conséquente, d’où la création de certains projets abherrants et le lancement de suites à des produits indigestes mais rentables. Dans ce même but, beaucoup cherchent à aspetiser leurs œuvres, de crainte de déplaire à leur public ou bien de ne pas pouvoir ratisser large avec une classification trop restreinte. Et pourtant, de nombreux films se sont vus reconnus pour avoir l’audace de remettre en question leurs spectateurs. C’est exactement le cas de celui-que nous allons aborder aujourd’hui.

Le docteur Jekyll est un scientifique respectable mis à bout. Ses théories se voient ainsi jugées excentriques par ses collègues plus âgés et son mariage mis à mal par son beau-père. Lors de ses recherches sur la dualité de l’être humain, il va malheureusement libérer un alter ego aux instincts plus primaires : Mister Hyde…

 

Le récit créé par Robert Louis Stevenson a connu de nombreuses adaptations. Cela n’est guère étonnant : cette histoire permet de s’interroger sur la dualité de l’Homme, ses instincts les plus bestiaux qu’il se doit de réfréner pour être vu comme une personne convenable. La transformation de Jekyll et Hyde se révèle due à une pression sociale forte, tellement forte que l’éminent docteur s’abandonne dans la dépravation. Nous pouvons établir un lien avec « L’homme invisible », étant donné que les deux partagent la même déchéance physique conduisant à une même déchéance morale. La reconnaissance ici de la pression sociale permet de s’interroger également si les sociétés trop oppressantes ne créent pas leurs propres monstres. En tentant d’imposer un point de vue commun aux gens, les responsables de notre structure sociale ne font qu’aggraver la situation et repoussent les individus dans leurs limites morales, conduisant ainsi à la création de « monstres moraux ».

Mais ces derniers ne sont pas uniquement le fruit de créations artistiques, bien au contraire. Il suffit de jeter un œil à l’histoire pour voir le nombre de personnes néfastes que la société a créées involontairement. Cela peut toucher n’importe qui, même les spectateurs et Rouben Mamoulian n’hésite pas à le montrer. On commence ainsi le film par des plans subjectifs, nous mettant dès son début dans la peau du Docteur Jekyll pour mieux nous intéresser à ce qu’il va vivre. Plus encore, le film joue souvent sur des faces caméras, obligeant le public à faire face aux événements narrés. Quand Ivy regarde Jekyll nue sous ses draps tout en agitant sa jambe, ce n’est pas qu’à lui qu’elle s’adresse mais également à l’audience confrontée à son appétit sexuel. Toute personne a des besoins, physiques et idéologiques, et les assouvir peut se montrer en contradiction avec ce que notre structure sociale veut. C’est ce que nous explique Rouben Mamoulian sans honte et sans crainte de se mettre ses spectateurs à dos.

Ce « Docteur Jekyll et Mister Hyde » est donc un chef d’œuvre intemporel, par ses thématiques et sa mise en scène novatrice. Qu’un film de 1931 aie plus d’audace et de réflexion derrière que la plupart des divertissements insipides qui sortent sur nos écrans devrait nous poser des questions sur le système de production cinématographique et les attentes du public.

Batman de Leslie H. Martinson

0

Pays : États-Unis

Année : 1966

Casting : Adam West, Burt Ward, César Romero

C’est avec tristesse que nous apprenions il y a quelques jours le décès d’Adam West, légendaire interprète de la série Batman des années 60. Suite à ce tragique événement, nous avons désiré lui rendre hommage en revenant sur sa version cinéma.

Batman et Robin se retrouvent face à un défi de taille quand Catwoman, le Pingouin, le Sphynx et le Joker unissent leurs forces. Est-ce que le Dynamique Duo saura les vaincre ?

Certains se plaignent de l’aspect coloré et décalé du film et de la série mais, au contraire des films de Schumacher qui tentaient de récupérer vainement cet esprit dans un but lucratif, les versions avec Adam West dégagent une sincérité et aussi un respect envers les comics sortis à ce moment-là. Il ne faut pas oublier que ceux-ci étaient mal vus par certains responsables politiques qui les accusaient d’influencer de manière négative les jeunes. Les comics durent alors s’adapter pour offrir une ambiance bien plus campy que ce à quoi on a droit maintenant.

Pour revenir au film, on peut donc facilement le décrire comme kitsch, ce dont il ne se gêne pas. Entre les marivaudages entre Catwoman et Bruce Wayne, les onomatopées apparaissant lors des combats ou encore certaines scènes totalement autres (Batman courant avec une bombe), il y a clairement quelque chose de complètement décalé dans le film de Leslie H.Martinson et c’est ce qui le rend intemporel. Il y a un aspect par instants cheap dans certains effets et le jeu des acteurs est des plus surjoués mais il s’en dégage quelque chose d’hilarant. Mais attention, cette hilarité n’est pas moqueuse, on rit AVEC le film et non du film.

D’un point de vue cinématographique, pourtant, on ne peut pas parler d’un grand film. La réalisation de Leslie H. Martinson est plus proche d’un épisode de série et mis à part une suggestion par un plan des préférences sexuelles de Robin, on ne peut pas parler d’effort dans la mise en scène. Ses bons points reviennent surtout par son ambiance comme décrit plus haut, ses méchants haut en couleur, quelques punchlines et surtout la nostalgie d’une époque où tout semblait bon enfant, où les méchants ne semblaient pas si réalistes et où l’on pouvait croire à un monde moins sombre.

Revoir ce Batman revient donc à revenir à une période aux allures plus colorées. Monsieur West, vous nous manquerez donc en tant que symbole de kitsch, de surjeu et de couleurs et il sera dur de ne pas devenir plus nostalgique en vous revoyant arrêter ces maudits criminels…