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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Tron de Steven Lisberger

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Pays : États-Unis

Année : 1982

Casting : Jeff Bridges, Box Boletiner, Cindy Morgan

Quand on va voir actuellement des blockbusters, nous savons que ceux-ci, dans le but de divertir et nous en mettre encore plus plein les yeux, font usage d’effets spéciaux. De nos jours, ces grosses productions ont de plus en plus recours aux effets numériques au vu du potentiel infini de ceux-ci. Mais pour en arriver aux singes en motion capture, ratons laveurs, extraterrestres et autres acteurs rajeunis, les trucages par ordinateur ont dû passer par de multiples étapes et être mis en avant par certains films. Abordons donc aujourd’hui un pionnier des effets de ce genre avec « Tron ».

Kevin Flynn est un joueur talentueux qui s’est fait voler ses idées de jeux vidéo par Edward Dillinger. Afin de prouver ses dires, il rentre dans son entreprise et se met à accéder à un ordinateur. Cela l’enverra dans un univers numérique où il fera la rencontre d’un guerrier légendaire dénommé Tron.

Dire que « Tron » fut un tournant dans le domaine des effets spéciaux est un euphémisme. En effet, les ajouts faits grâce aux ordinateurs étaient pour l’époque inouis et gardent encore aujourd’hui un charme et une forme d’efficacité sans faille. On sent ainsi cet univers virtuel dans lequel est plongé Flynn. Et si des efforts ont été faits depuis, l’influence même de « Tron » sur le cinéma n’est pas négligeable, grâce également à son style visuel. Les vaisseaux et autres motocycles disposent d’un design réussi, tout comme l’univers du jeu, en néons colorés ayant ouvert aux interprétations au vu du jeu des couleurs des protagonistes (changés d’ailleurs en cours de tournage) ainsi que certains noms de protagonistes.

S’il y a par contre une lecture qui est fort apparente, c’est l’aspect religieux du long métrage. Difficile de ne pas voir en ces programmes martyrisés les chrétiens persécutés par l’Empire Romain. En effet, le film se pose sur une base de péplums tels qu’Hollywood adorait le faire. Mais ces codes se voient ici transposés dans un monde vidéoludique avec une homogénéité déconcertante. Les jeux de la grille sont ainsi des jeux du cirque qui divertissent désormais des spectateurs en dehors du monde numérique, les motocycles remplacent les chars et un personnage finit en position de crucifixion. Le plus intéressant revient encore au lien entre programmes et programmateurs. Ce lien religieux transforme l’être humain en dieu de par le pouvoir de sa création. L’Homme devient divin de par ce monde numérique et ce qu’il y produit, tout en ayant une influence extérieure sans être « physique ».

Cette tournure prend un nouveau sens quand on le compare avec le statut de pionnier du film dans le milieu du numérique. Ces artistes derrière les effets, ces scientifiques derrière le progrès : tous prennent une position de divinité par le pouvoir de création, un pouvoir que tous disposent mais dont peu se servent. Nous serions tous des « dieux » en puissance, juste limités par nos actes qui peuvent nous empêcher d’atteindre notre potentiel.

Ainsi, « Tron » est loin d’être une coquille vide comme certains critiques aimaient le clamer lors de sa sortie. C’est une oeuvre importante, non seulement pour la science-fiction mais pour le cinéma tout court. Et même s’il date un peu, il mérite clairement d’être vu et revu pour tout ce qu’il a apporté et tout ce qu’il a influencé d’un point de vue visuel, ce qui est quand même la marque des grands films.

Manille et Insiang de Lino Brocka

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À l’occasion de leur sortie en coffret collector limité Blu-Ray/DVD chez Carlotta, revenons sur deux films de Lino Brocka : « Manille » et « Insiang ».

« Manille » suit Julio, un pêcheur parti depuis sept mois dans la capitale philippine pour retrouver sa fiancée. « Insiang » porte le nom de son héroïne, une jeune femme vivant avec sa mère dont le nouvel amant, un petit caïd, va essayer de la séduire…

La première chose que l’on constate en regardant ces deux films est le milieu représenté. En effet, Manille se voit montrée comme une ville pauvre, où les habitants subsistent plus qu’ils ne vivent et où la pauvreté peut mener à tout. Ses personnages tentent de se sortir de ce milieu social précaire, en vain. Ils doivent se débattre avec une violence et une indigence qui fait perdre toute valeur à l’être humain. C’est donc, par un premier aspect, un combat social que vont devoir faire Julio et Insiang pour s’en sortir, alors même qu’ils ne cherchent pas nécessairement à se battre mais juste à survivre.

Ensuite, c’est à une tournure politique que l’on peut assimiler ces films. En effet, le quotidien représenté est, pour le spectateur, effarant au vu de la situation des personnages. Lino Brocka tend donc aux autorités de l’époque un miroir des travers auxquels leur politique a contribué. Sans réelle esbrouffe technique, le réalisateur cherche surtout à plonger le spectateur dans cette ville où l’on délaisse les habitants et laisse ceux-ci tomber dans une déchéance morale des plus crues, dans une forme de réalisme brut indécent et révoltant auquel il est difficile de rester insensible.

Les Blu-Ray contiennent les deux films, « Manille » restauré en 2K et « Insiang » en 4K. La qualité d’image est donc présente, tout comme pour l’aspect sonore, respectant l’aspect réaliste de sa prise de son afin de mieux nous mettre en condition dans la société représentée. Les deux disques contiennent de nombreux bonus (dont une introduction à « Manille » par Martin Scorsese) tout comme le troisième disque, DVD cette fois-ci, reprenant le documentaire « Retour à Manille : le cinéma philippin ». En cinquante-sept minutes, Hubert Niogret revient sur un cinéma actuellement mis de côté dans nos contrées face aux « concurrents » sud-coréens, indonésiens et japonais, mais au passé important sur la scène asiatique, notamment pour l’engagement politique dépeint dans certaines œuvres.

C’est donc un beau coffret que nous offre Carlotta avec ces films et c’est une excellente occasion pour chacun de découvrir le cinéma philippin avec deux œuvres sociales fortes et engagées.

L’empereur du nord de Robert Aldrich

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Pays : États-Unis
Année : 1973
Casting : Lee Marvin, Ernest Borgnine, Keith Carradine

À l’occasion de sa sortie en édition Blu-Ray/DVD accompagné d’un livret chez Wild Side, revenons sur « L’empereur du nord » de Robert Aldrich.

Alors que la Grande Dépression fait rage aux États-Unis et pousse de nombreuses personnes à voyager dans le pays pour trouver une meilleure situation économique, un vagabond surnommé « Numéro 1 » s’attaque à Shack, le violent propriétaire d’une locomotive fort convoitée…

Robert Aldrich aborde souvent la violence que doit exprimer l’être humain pour survivre et c’est encore le cas ici. On peut même voir une forme de violence dans le statut de ces « hobos », ces vagabonds qui voyageaient en quête d’une situation financière plus stable. Le train symbolise donc ici une forme d’espoir qui suscite bien évidemment la convoitise. Dans un pays économiquement faible, ce moyen de transport a une image de réussite et se l’approprier rime pour beaucoup avec une position haute dans la société.

C’est donc à une lutte acharnée que l’on assiste, la machine étant le graal des personnages. Shack se voit ainsi comme supérieur socialement aux vagabonds de par sa possession. C’est donc par le matérialisme que certains s’élèvent, permettant d’interpréter également le train comme un symbole du capitalisme, celui auxquels nombreux s’accrochent mais pour lequel aussi beaucoup meurent. La situation historique du récit est donc un facteur important à ne pas oublier pendant le visionnage du film pour mieux y déceler certaines richesses.

On peut ressentir comme une sensation d’empathie et d’intérêt pour la situation des vagabonds. En effet, le film commence sur une chanson à leur gloire et « Numéro 1 » se voit incarné de manière iconique par Lee Marvin, sans compter la légende entourant le personnage. En cela, il est amusant de constater comment la fin semble vouloir détourner le spectateur de se diriger vers ce genre de destin par le biais d’un autre personnage.

Concernant le disque, il n’y a rien à redire dessus, aussi bien en ce qui concerne les aspects visuels que sonores. On trouve en bonus un entretien de trente minutes avec le scénariste du film, Christopher Knopf. Quant au livret accompagnant ce format, il est, comme d’habitude chez Wild Side, rempli d’informations intéressantes qui plairont aux fans du film.

« L’empereur du Nord » est donc une œuvre d’aventure fort recommandable, de par ses interprètes de qualité, son contexte fort et la mise en scène de Robert Aldrich. Bref, cela mérite bien d’être vu au moins une fois si vous êtes intéressés par la Grande Dépression et ses retombées, ou bien tout simplement si vous souhaitez découvrir un très bon film.

Big Fish de Tim Burton

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Pays : États-Unis
Année : 2003
Casting : Billy Crudup, Albert Finney, Ewan McGregor, Jessica Lange

 

Ces dernières semaines, plusieurs grosses productions Hollywoodiennes abordaient de manière différente une même thématique : l’héritage du père. Ainsi, « Le roi Arthur » jouait de l’aspect mythologique de la passation d’Excalibur en transformant le père en réceptacle de celui-ci. Le second volet des « Gardiens de la Galaxie » confronte Star Lord à son père. Quant au cinquième « Pirates des Caraïbes »,on retrouve cela dans chaque protagoniste important. Henry Turner est motivé pour libérer son père de sa malédiction comme celui-ci avant lui, Salazar lâche au détour d’une réplique que son père et son grand-père ont été tués par des pirates, Jack Sparrow reçoit son compas d’un homme qui semble être une forme de père spirituel et Carina tente d’atteindre un trésor par l’interprétation qu’elle se fait de l’héritage de son père. Pour rester dans cette thématique, nous allons aborder avec un film qui le fait de manière plus personnelle encore : « Big Fish » de Tim Burton.

 

William Bloom est lassé des histoires fantaisistes de son père Edward. Mais quand la santé de ce dernier s’aggrave, il va chercher la signification derrière celles-ci.

Quand Tim Burton œuvra sur « Big Fish », il était à un cap de sa vie où il allait devenir père et où ses propres parents étaient décédés. C’est quelque chose de non négligeable à savoir une fois que l’on regarde ce film. Même si ses relations avec ses parents étaient compliquées, leur décès l’a marqué fortement, sachant qu’il venait aussi de connaître des problèmes sur les tournages de « Superman lives » (finalement annulé) et sa version de « La planète des singes ». « Big Fish » se ressent alors au début comme une forme d’évacuation de ses soucis personnels et d’une bulle filmique où il peut mettre à profit son univers ainsi que ses frustrations dans un récit qu’il décrit comme plus « personnel » et modeste.

Au vu du synopsis, on pourrait croire que Burton s’est totalement identifié en William au vu de la perte qu’il a subie, en cherchant à se réconcilier avec ses parents de manière filmique. Sauf que l’on remarque vite qu’il s’est en fait dilué dans ses deux héros. Le réalisateur de « Sleepy Hollow » met ainsi de son amour de raconter des histoires rocambolesques dans Edward, tout en exprimant sa peur de connaître avec son fils les mêmes soucis qu’il a connus son père. C’est donc un récit exutoire en tant que fils en quête de réconciliation et en tant qu’homme qui a « peur » de sa paternité.

Les histoires d’Edward trouvent aussi une signification dans la manière de raconter une histoire. La dualité qu’elles expriment (réalité contre fiction) se retrouve d’abord dans la photographie du film ainsi que son imagerie, évidemment bien plus iconiques dans les récits paternels. Néanmoins, ces derniers trouvent leurs forces sur ce qu’elles racontent sur la réalité. En effet, on oublie souvent que toute histoire a une origine et qu’elles signifient toujours quelque chose, sur la société dans laquelle on vit ou bien sur la personne que nous sommes. Cela se retrouve dans le choix d’Helena Bonham Carter en trois personnages différents (la signification étant expliquée clairement par celle-ci dans le film, nous ne vous la dévoilerons pas).

Mais encore plus, cela prend une nouvelle tournure une fois que l’on se rappelle que l’on fait face à une œuvre cinématographique. Burton lui-même semble s’adresser à nous afin de nous rappeler que, tout aussi invraisemblable semble-t-elle, une histoire a TOUJOURS un sens. Aller chercher dans celle-ci une forme de strict réalisme semble ainsi vain car elle se raccroche toujours à quelque chose de vrai. Il est alors peu étonnant de voir apparaître à plusieurs reprises un exemplaire du « Héros aux mille visages », abordant la théorie du Monomythe de Joseph Campbell et de la force de ceux-ci par rapport aux sociétés dans lesquelles ces mythes se sont créés. Il devient donc plus intéressant de chercher la signification d’une histoire et son lien avec le réel que d’imposer une forme de réalisme strict en balayant tout ce qui touche à l’imaginaire.

Avec « Big Fish », Tim Burton signe donc une œuvre cinématographique aussi bien lumineuse que poignante, touchant à l’intimité d’un homme autant qu’à la force d’un art collectif. N’est-ce pas la marque, si pas d’un chef d’œuvre,  d’un grand film, de ceux qui vous touchent profondément ?

Neruda de Pablo Larraín

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Pays : Chili
Année : 2017
Casting : Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran
Nous avons eu droit plus tôt cette année à « Jackie », totalement snobé par les Oscars suite à la vague « La La Land » et « Moonlight ». Pourtant, ce qui aurait pu n’être qu’un simple biopic à Oscars se révélait un récit abordant le deuil, qu’il soit intime ou national, avec un excellent casting appuyant l’interprétation de qualité de Natalie Portman et un visuel ancré dans l’époque avec délicatesse. Abordons donc un autre film du réalisateur talentueux nous ayant offert ce film avec « Neruda ».

Chili, 1948. Pour avoir critiqué le gouvernement, le sénateur et poète Pablo Neruda se voit traqué par le policier Óscar Peluchonneau. La traque va rapidement prendre une tournure intime et littéraire …

On trouvait déjà dans « Jackie » une réflexion sur la personnalité historique et politique au sein de l’Histoire. Il en va de même avec la personnalité de Pablo Neruda et la force que ses écrits ont eue dans son pays sans nier sa personnalité peu attachante. Larraín prouve donc qu’il sait comment dépeindre des personnages ayant marqué l’Histoire sans leur accorder un aspect totalement lumineux (ce que l’on peut reprocher à de nombreuses œuvres destinées à glaner les prix).

Il arrive à aborder ici en fond un aspect artistique passionnant sur la réinterprétation personnelle des histoires. Là où certains cherchent le réalisme pur, Larraín traite pleinement de la fictionnalité des grandes histoires, tout comme le fait Neruda. Les protagonistes prennent tous une tournure littéraire. De quoi questionner le spectateur sur l’aspect illusionnel de l’œuvre ainsi que de tout récit se déclarant biographique, ainsi que l’aspect réel se dissimulant derrière chaque histoire qu’on lui ait déjà raconté.

Il y a un aspect onirique, que ce soit dans la manière d’agencer le récit ou dans les superbes images de Larraín qui nous plonge dans un univers assez inclassable et original (comme celui de Neruda en quelque sorte). Le mythe autour de son personnage se voit souvent mais c’est afin de mieux le réaffirmer de manière visuelle. On a ainsi droit à une mise en scène délicate, sensible et coloré, transformant chaque plan en véritable tableau que l’on imagine réfléchie et agencée avec beaucoup de soin et de précision mais surtout beaucoup de maestria au vu du résultat final.

Au niveau des bonus, on a droit à un court entretien avec l’équipe du film ainsi qu’un spécialiste de l’œuvre de Pablo Neruda. Notons aussi que le dvd dispose d’un son tout à fait convenable et que l’aspect visuel rend justice à la qualité d’image prodiguée par Larraín.

« Neruda » de Pablo Larraín est donc une pépite aussi bien visuelle que narrative du septième art et la confirmation que son réalisateur est l’un des talents à suivre actuellement dans le domaine de la mise en scène. Car pour ainsi magnifier un genre (le biopic) aux allures rébarbatives avec tant de grâce et de délicatesse, il faut disposer d’un talent renversant…

 

L’homme invisible de James Whale

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Pays : États-Unis
Année : 1933
Casting : Claude Rains, Gloria Stuart, William Harrigan
Le mythe de l’invisibilité est quelque chose qui a toujours fasciné l’être humain. En effet, le fait de n’être vu par personne permettrait selon beaucoup une plus grande impunité dans nos gestes, aussi bien positifs que négatifs. On regorge ainsi de nombreuses variations de cette croyance mise en valeur par Platon avec l’anneau de Gygès. Tout le monde connaît l’effet de l’anneau unique dans « Le Seigneur des Anneaux » et le « Hollow man » de Paul Verhoeven se forge au fur et à mesure des années une meilleure réputation qu’à sa sortie. Mais le film abordé aujourd’hui est également une excellente variation de ce thème et sera réapproprié dans quelques années par son studio original dans son nouvel univers partagé.

Un scientifique dénommé Jack Griffin arrive à créer un sérum d’invisibilité. Malheureusement, il n’arrive pas à en inverser les effets. Cela va le conduire à adopter un comportement des plus violents…

On parle bien moins de ce film dans la filmographie de James Whale par rapport à son cultissime « Frankenstein », mais cela ne l’empêche guère d’être une remarquable réussite. En seulement 70 minutes, il arrive à aborder pleinement son sujet en le traitant comme un pur film de monstres avec les interrogations morales s’accrochant à ce thème. En effet, la disparition physique semble provoquer une disparition morale, comme si ne plus se sentir rattaché visuellement à notre société autorisait à une déchéance idéologique. Ainsi (comme dans de nombreux films de monstres d’Universal), être exclu de la société et de ses « valeurs » conduit à la destruction desdites valeurs.

Ce qui est encore plus intéressant en comparaison de ses congénères « Universaliens », c’est que Jack Griffin est un être humain et non une créature née avec des aptitudes physiques le rejetant en dehors du monde. C’est par la science que Griffin s’est créé et a muté vers un « monstre » qui commettra notamment des actes de terreur. De quoi rappeler le basculement moral dans lequel chaque être humain peut plonger à tout moment. En effet, on aime parler des personnes qui nous effraient mais il est encore plus effrayant de constater que celles-ci étaient des êtres normaux qui n’étaient pas prédestinées à tuer et semer la panique. C’est quelque chose qui est régulièrement oublié de nos jours : personne n’est voué à devenir un meurtrier ou un terroriste, qu’importe ses origines, sa religion ou son milieu social. Il y a toujours un moyen d’échapper aux facteurs sociaux que l’on juge inévitables de par nos actes. Ce qui est donc un message à la fois effrayant (on ne peut prévoir qui sera un monstre) et rassurant (on peut néanmoins tout faire pour être une personne admirable).

Emballé dans une mise en scène classieuse de la part de Whale et des effets toujours aussi efficaces plus de 80 ans après sa sortie, « L’homme invisible » est donc un classique du cinéma de genre qui se doit d’être vu et revu, que ce soit par son divertissement intemporel ou bien par les réflexions thématiques passionnantes offertes par la manière dont l’intrigue est abordée. Et après, certains diront encore que voir des « vieux » films ne sert à rien…

La conquête de la planète des singes de J. Lee Thomson

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Pays : États-unis
Année : 1972
Casting : Roddy McDowall, Don Murray, Ricardo Montalban
Les films de « La planète des singes » font partie intégrante des piliers de la science-fiction. En effet, les adaptations du roman de Pierre Boule ont pris des formes différentes qui leur ont donné à toutes si pas un statut de film parfait, un style qui les rend relativement passionnantes. Aujourd’hui, revenons sur l’un de ces épisodes : « La conquête de la planète des singes »

César, jeune singe ayant survécu au meurtre de ses parents, se retrouve confronté aux traitements inhumains subis par ses congénères. Il ne voit plus qu’une solution pour les libérer : la révolte.

Cela a déjà été dit et répété : la science-fiction a régulièrement servi de miroir reflétant à notre société ses travers et ce film ne fait guère exception. Commençons par son message pessimiste sur la nature humaine. En effet, dans le film précédent, le couple de singes arrivé du futur prévenait les Hommes de la catastrophe vers laquelle ils se dirigeaient de par leurs comportements et tentaient de les prévenir afin de l’éviter. Malgré cela, la situation dégénérait au point de transformer les singes en esclaves. Ici, il n’est guère étonnant que ceux-ci deviennent même des animaux de compagnie à part entière vu la disparition des chiens et des chats. L’Homme cherche absolument à asseoir son autorité et c’est ce qui le précipite à sa perte : cette sensation de supériorité que l’on retrouve tant chez de nombreuses personnes. Or, c’est par la haine et la soumission que se déclenche la fureur chez les soumis, entrainant les gens dans un cycle de violence infernale (comme le dira d’ailleurs un personnage) par la révolte.

Mais cette révolte prend une tournure prophétique et sociétale. Prophétique d’abord par la nature de César : enfant né d’un couple iconique pourchassé car promis de susciter la chute de l’espèce humaine, il prend une tournure quasiment religieuse. Rien que son nom le prédestine à un avenir belliqueux, glorieux mais rempli de violence. Mais plus encore, cette révolte rappelle de nombreuses manifestations autour du globe. Le film date de 1972, les événements de mai 68 restent encore frais et les États-Unis connaissent de multiples révoltes populaires, notamment autour de la guerre au Vietnam. On peut donc voir dans ces singes une réminiscence de ces gens qui hurlent leur colère dans la rue, de ces minorités opprimées qui, à force de se voir ignorées, se doivent de se montrer plus bruyantes et virulentes pour se faire entendre. Pas étonnant alors de constater que les rues seront mises à feu et à sang, rappelant le nombre toujours aussi fameux d’émeutes et leur aspect visuel (les confrontations contre les policiers notamment).

C’est donc dans un sentiment d’autodestruction réaliste que baigne cette « Conquête de la planète des singes », œuvre toujours aussi forte et moderne. Cela serait un avantage pour tout autre film mais ici, cela se ressent comme une crainte que nous suivions un chemin tout tracé vers notre disparition par nos (pas si) propres mains, dans la fureur populaire et la violence qui nous caractérise tant…

Star Wars 7 : le réveil d’une saga

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16 décembre 2015. C’est l’émoi autour de la planète : le septième volet de la saga « Star Wars » sort dans une impatience générale. Après la déception engendrée pour certains par la mal aimée prélogie de George Lucas, ce nouvel épisode s’annonce comme un retour aux sources. Il suffit de voir l’homme à qui il est confié, J. J. Abrams, grand fan qui a déjà remis sous les lumières l’ennemi juré « Star Trek ». Bref, la hype est énorme pour une grosse partie de la planète.

Janvier 2016. Si les recettes du film sont monumentales, les retours des spectateurs sont plus mitigés. C’est bien simple : tout le monde l’accuse d’être une redite sans âme d’« Un nouvel espoir », J. J. Abrams est vu comme un yes man aveuglé par son amour de la légende à laquelle il s’est attaqué et Disney accusé d’avoir transformé « Star Wars » en marque. Si l’on ne peut remettre en question l’aspect commercial du film (comme c’est le cas pour une grosse partie de la production cinématographique), il semble que certains aspects de l’intrigue ou de la mise en scène aient été mis de côté par les critiques. Certains se sont d’ailleurs même amusés à descendre aveuglément le film pour faire les fiers. Alors aujourd’hui, revenons sur le film en essayant de le voir pour ce qu’il est, avec ses qualités et ses défauts.

Attention : étant donné que nous sommes dans une analyse plus approfondie du film, ce texte sera rempli de spoilers. Il est recommandé de lire cette critique après avoir vu « Le Réveil de la Force ».

Tout d’abord, le point principal : la structure même de l’intrigue. Beaucoup ont noté des similitudes avec celle d’« Un nouvel espoir » et ont crié au vulgaire copier-coller. Néanmoins, si l’on peut noter les nombreuses différences entre les récits des deux films, demandons-nous pourquoi elles semblent si proches. Première constatation : un autre film de la saga adopte une forme similaire et c’est « La menace fantôme ». Point commun entre ces trois films : chacun doit lancer le début d’une « nouvelle » saga. On peut aussi argumenter que si les épisodes I et IV sont similaires, c’est pour marquer la route commune qu’avaient pris les deux Skywalker avant de diverger chacun vers un côté différent de la force. Néanmoins, il est encore trop tôt pour savoir la tournure que prendront certains personnages au cours de cette nouvelle trilogie. En cela, on peut donc trouver le plus gros reproche à faire à la construction du film : servir à introduire une trilogie, avec ce que cela implique de questions devant être répondues lors des prochains volets.

Maintenant, on peut trouver une autre lecture à l’ossature du scénario, impliquant une vision autant extra qu’intra diégétique. D’abord, d’un point de vue financier, Disney cherchait à retrouver dans ses films l’amour que pouvaient avoir les fans des premiers volets avant la haine (assez injuste) ressentie pour la prélogie. La société veut jouer sur l’intertextualité, le rappel de bons souvenirs passés (comme ils le font actuellement avec les relectures de leurs classiques). Ils demandent donc à un fan, J. J. Abrams, d’offrir un film fait pour les fans. Mais celui-ci n’est pas qu’un simple yes man admirateur : il a déjà prouvé lors de ses précédentes réalisations avoir joué de ses influences afin de créer quelque chose de neuf avec un amour de l’ancien, ce qu’on peut qualifier de réappropriation culturelle. Ici, il fait de même, au point que cela affecte les personnages du récit même. Ils connaissent les exploits des héros de la première trilogie, l’antagoniste est l’exemple même du fan qui tente de faire siennes des histoires pré existantes. Le principe même de réappropriation culturelle se trouve être un moteur de l’intrigue : se montrer à la hauteur de nos aînés, avancer dans une histoire dans laquelle on a grandi, refaire sien de l’ancien pour en sortir quelque chose de neuf. De quoi justifier une intrigue pouvant sembler similaire aux anciens films.

Concernant l’écriture des personnages, il semble que cet aspect n’ait pas été assez mis en avant. Il suffit de voir Finn, stormtrooper en cavale qui, par son geste, humanise des soldats auparavant interchangeables et atteint une forme de légende en sortant de son rang pour devenir quelque chose de plus. Rey est une jeune femme forte qui elle aussi va toucher à l’histoire de par sa rencontre avec Finn. Les critiques adressées quant à sa maîtrise directe de la Force peuvent être rapidement comparées à celles d’Anakin et Luke (tous deux détruisent une base spatiale de grande taille, le premier utilise même sans le savoir son don pour survivre à ses courses de pod) tout comme ses aptitudes physiques résultant de sa vie sur une planète peu accueillante (comme montré d’ailleurs sur Jakku alors qu’on tente de lui dérober BB-8). De plus, l’utilisation qu’elle fait de la Force est plus accidentelle avant de tourner vers le réflexe, l’instinct. Pas de quoi hurler au personnage hyper badass et mal écrit comme on a pu le faire un million de fois.

Enfin, le plus passionnant reste Kylo Ren. Icônisé dans la promotion et le début de l’intrigue, on se rend compte que le personnage est rapidement influencé par ses émotions, un jeune homme à la colère incontrôlable. Sa quête de la perfection (en l’occurrence Dark Vador) ne fait que confirmer son imperfection, sa fragilité, au point de le conduire à commettre l’irréparable. Des personnes se sont insurgées contre lui, n’y voyant qu’un méchant de piètre qualité et peu terrorisant alors que c’est cette volonté même d’atteindre le côté obscur qui le rend peu à peu terrifiant. On peut également y voir, avec la construction autour de ses parents, un symbole de ces jeunes qui s’engagent dans des luttes qu’ils jugent justes alors que cela les pousse à commettre des actes effroyables faisant peu à peu disparaître l’humanité et les sentiments en eux pour ne laisser qu’une carcasse vide, sans âme. Y a-t-il plus effrayant que la déchéance humaine, que voir une personne a priori normale peu à peu se transformer en monstre ?

Quant au retour des anciens personnages, il est fait avec un amour sincère pour eux. En regardant les premières apparitions de Leia et d’Han Solo, on sent le fan derrière la caméra qui chérit ses héros pour leur offrir une entrée en splendeur. Il est amusant de voir aussi qu’il faudra que Disney reprenne la saga pour qu’Harrison Ford aie droit à ce qu’il demandait déjà dans les volets précédents : la mort de son personnage. Sachant que George Lucas refusait cela pour des raisons marketing, cela est bien ironique de la part d’une firme accusée d’avoir transformé Star Wars en simple outil commercial de le faire… Impossible par contre de passer sur l’utilisation de Luke en pur MacGuffin. On peut y voir une manière pour Abrams de jouer avec ses spectateurs comme il l’a déjà fait dans ses précédentes œuvres, aussi bien télévisuelles que cinématographiques (la patte de lapin dans le troisième « Mission Impossible 3 »).

On peut reprocher à certains personnages d’être peu (Poe Dameron) ou pas (Captain Phasma) développés. Néanmoins, cela revient au plus gros problème du film : devoir lancer une nouvelle trilogie. En effet, on sent en voyant la fin du « Réveil de la Force » que l’histoire doit être prolongée et l’on ressent cette même chose en voyant certains protagonistes. Néanmoins, il faut espérer que cela change dans le prochain volet.

Concernant la mise en scène, elle est du même niveau que les autres œuvres d’Abrams. En effet, on oublie que derrière leurs oripeaux de blockbusters, ses films dégagent une forte émotion. On pense à la volonté d’humaniser Ethan Hunt après un second « Mission impossible » qui le déifiait ou encore les scènes de début de ses deux « Star Trek ». Ici, le grand tournant émotionnel est la discussion entre Kylo Ren et Han Solo. Cette confrontation entre un père éploré et le fils qu’il veut retrouver a de quoi déchirer le cœur, surtout au vu du sort réservé au personnage et cette caresse qu’il prodigue à son visage avant de tomber dans le vide. Il ne néglige néanmoins pas ses moments de bravoure, en particulier le duel entre Kylo et Rey, se terminant par la symbolique du chemin opposé qu’ils suivent. On retrouve du dynamisme dans ses mouvements de caméra et une lisibilité exemplaire parmi des blockbusters sur-découpés. Il ne faut également pas oublier le travail sur le sound design (récurrent dans la filmographie d’Abrams et méritant d’être bien plus abordé).

D’un point de vue musical, John Williams compose un score se basant fortement sur ses anciennes compositions (logique pour le septième volet d’une saga). Néanmoins, il compose aussi de nouveaux morceaux de qualité. Ainsi, le thème de Rey, utilisant notamment une flûte, dépeint la douceur et la naïveté derrière le personnage. Il y a une forme de respect de l’ancien que l’on retrouve également dans le récit, ayant donc contaminé la bande originale dans sa soif de retour aux sources.

Au final, si « Le Réveil de la Force » est loin d’être parfait, il ne mérite pas les critiques assassines que l’on trouve facilement sur Internet. C’est un blockbuster élégant et dynamique, bien filmé, avec une bonne écriture et qui arrive à raviver la flamme que l’on peut avoir pour « Star Wars ». De quoi lancer une trilogie aussi légendaire que les volets précédents ? Il faudra par contre attendre pour avoir cette réponse…

Paris vu par…

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Réalisateurs : Eric Rohmer, Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol
Année : 1965
Pays : France

Paris a toujours eu un aspect cinématographique et culturel prenant. Il suffit de constater le nombre d’œuvres qui font ne serait-ce qu’un détour par la Ville Lumière. La capitale française dispose d’un capital artistique non négligeable utilisé à de nombreuses reprises par toutes formes de créateurs aux domaines divers et variés. Il est donc normal qu’elle fut mise en avant par les représentants de la « Nouvelle Vague », comme nous allons en parler aujourd’hui avec « Paris vu par… ».

Barbet Schroeder confie en 1965 des caméras 16mm à six de ses amis réalisateurs à qui il demande de tourner un court-métrage dans un lieu choisi de Paris.

Ces six courts-métrages nous offrent des points de vue différents sur Paris, une image moins iconisante qu’elle a et se rapprochant plus d’un réalisme cher à la Nouvelle Vague. Chacun des réalisateurs arrive à apporter sa patte visuelle à son œuvre, que ce soit par l’utilisation de voix off ou d’une longueur de plans plus conséquente. Ils ont utilisé leurs contraintes techniques et budgétaires afin d’ancrer au mieux leurs histoires dans l’univers même de leur mouvement.

Nous allons essayer de ne pas aller trop loin dans l’écriture des histoires étant donné leur courte durée et le fait que leur description suffirait à les résumer. Néanmoins, chaque personnage dispose d’une interprétation correcte convenant à ce qu’on les suive durant les quelques minutes de leurs (més)aventures multiples. Il faut également ajouter, pour les réfractaires de la Nouvelle Vague, que la longueur des intrigues est assez peu élevée pour supporter un visionnage rapide (le film au total dure à peine une heure et demie) et que la qualité est équivalente.

En ce qui concerne le disque en lui-même, il dispose d’une qualité visuelle et sonore rendant justice aux conditions de tournage avec une belle retranscription du résultat, au budget réduit visible mais sans tomber dans le tournage amateur aux images peu appréciables. Pas de bonus mais un chapitrage permettant de naviguer dans les courts à sa guise, selon ses préférences quant aux sujets et aux réalisateurs présents.

Ainsi, « Paris vu par… » s’éloigne de la simple carte postale élégante pour nous replacer une ville dans ce qu’elle est au quotidien (du moins, il y a plus d’une cinquantaine d’années). C’est donc une œuvre intéressante à visionner dans un but plus artistique que touristique, permettant à tout cinéaste et cinéphile de voir que ne pas avoir de moyens n’est pas un frein à la création cinématographique. Il suffit d’une caméra, d’amis et de quelques idées (aussi bien visuelles que scénaristiques) afin d’offrir au septième art une œuvre modeste mais personnelle. Et s’il y a bien quelque chose que l’on peut regretter actuellement dans les grosses productions actuelles, c’est un manque de personnalité certain…

La philo vagabonde de Yohan Laffort

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Année : 2016
Pays : France

Parler de la présence de la philosophie dans des œuvres cinématographiques serait légèrement bête car on peut la retrouver partout. Même « Pourquoi j’ai pas mangé mon père » peut être vu comme une relecture « Debouzienne » du mythe de la caverne de Platon (pas une bonne relecture mais une relecture quand même). Néanmoins, il existe de nombreux a priori envers cette discipline, notamment sur son inaccessibilité à un large public.


C’est là que débarque Alain Guyard. Cet ancien prof de philosophie a plaqué ses cours pour partir à la rencontre des gens et parler avec eux de Nietzsche, Jankélévitch et autres Socrate. En effet, il vagabonde afin de provoquer une forme de chaos mental chez ses spectateurs. Il le dit lui-même : il n’est pas venu donner des réponses mais susciter des réactions, donner un coup de pied dans la fourmilière afin d’ouvrir les gens à la philosophie.

La caméra de Yohan Laffort le suit dans ses pérégrinations et ses interventions dans divers lieux. Ses témoignages ainsi que ceux de ses spectateurs dépeignent un homme sympathique, intelligent et passionné transmettant sans peine sa réflexion à un public auquel il s’adapte par ses sujets (notamment le passage en prison de Socrate avec des détenus) mais guère par son vocabulaire. En effet, ce n’est pas à la philosophie de s’ouvrir aux gens mais à ces derniers de s’ouvrir à cette matière afin d’également s’ouvrir au monde. Le visionnage passe rapidement et avec passion, de la même passion qui anime Alain Guyard dans ses élocutions.

Concernant les suppléments, ceux-ci consistent en un livret de plus de 80 pages reprenant le synopsis intégral du film ainsi qu’un entretien entre le réalisateur et Alain Guyard. Ces quelques pages se lisent de manière rapide et passionnée, comme se savoure le documentaire de Yohan Laffort.

En effet, « La philo vagabonde » est un film passionnant qui devrait permettre à certaines personnes d’accéder à un sujet passionnant et multiple, comme tente de le faire Alain Guyard. Nous avons tous besoin de porter un œil neuf sur le monde qui nous entoure et ce documentaire est un excellent préambule pour cette découverte en profondeur de notre existence, ainsi qu’un excellent complément à tout cours de philosophie.