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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

Coffret Barbet Schroeder + The Charles Bukowski Tapes

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Alors que le centre Pompidou vient de lancer une rétrospective qui lui est consacrée, Carlotta sort un coffret Blu Ray de cinq films de Barbet Schroeder ainsi qu’une édition DVD simple de « The Charles Bukowski tapes ». Voici un bref retour sur ces éditions.

Le coffret Blu Ray reprend donc cinq films : « Général Idi Amin Dada » (1974), « Maitresse » (1976), « Koko, le gorille qui parle » (1978), « Tricheurs » (1984) et « La vierge des tueurs » (2000). Une chose qu’il est aisé de constater au vu des œuvres reprises ici est l’aspect cru et réaliste de la mise en scène de Schroeder. Ce qui peut paraître logique vu la présence de deux documentaires parmi les titres cités plus haut, mais c’est également quelque chose qui frappe en visionnant ses autres films. Ainsi, « Maitresse », où Gérard Depardieu entame une relation avec une dominatrice sadomasochiste, filme ses scènes de manière extrêmement crue, bien éloignée de la vision aseptisée dans le domaine de « Cinquante nuances de Grey ». Les corps sont représentés de manière réelle et disgracieuse.

Pour revenir sur ses autres œuvres présentées, elles se répondent par leur proche valeur au niveau du réel, mettant souvent en scène des personnages hors normes. Ainsi, « Général Idi Amin Dada » impose une personne tellement en dehors du réel que le film est renommé en « autoportrait » au vu de son influence sur le tournage. Koko aurait dû au départ figurer dans une fiction avant que le projet ne se reconvertisse en documentaire. La soif du jeu des protagonistes de « Tricheurs » est décrite comme une véritable addiction à laquelle on ne peut succomber. Quant à «The Charles Bukowski tapes », sa structure même l’impose plus comme un roman visuel que l’on parcourt tel un ouvrage, se déplaçant comme on le désire dans ses « chapitres ». Ses romances même trouvent une résonnance hors norme entre leur sexualité dans « Maitresse » ou la menace de sicarios dans « La vierge aux tueurs ».

Concernant les éditions, les restaurations 2K de chaque film sont réussies et l’on trouve toujours quelques bonus en plus de chaque disque afin d’approfondir le contenu de chacun. Il faut également noter que chaque film est en audio description.

Ces sorties en coffret et disques simples de ces films de « Barbet Schroeder » devraient convaincre à jeter un regard neuf sur un réalisateur ayant travaillé sur le réel aussi bien dans ses fictions que dans ses documentaires autour du globe. De quoi partir à la découverte pour certains d’un homme qui n’hésitait pas à essayer d’en découvrir plus sur l’être humain, qu’importent ses origines.

Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa

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Année : 1963
Pays : Japon
Casting : Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Takashi Shimura

Nous parlions de la réappropriation d’ « Hamlet » par Kurosawa dans un Japon moderne et une situation économique toujours aussi actuelle. Restons sur ce dernier aspect avec « Entre le ciel et l’enfer », autre film du légendaire réalisateur nippon.

Les questions morales surpassent toujours nos volontés simples. C’est ce qui ressort du film de Kurosawa. En effet, le choix auquel fait face le personnage incarné par Toshiru Mifune est relatif à la moralité même : comment ne pas accepter de sauver l’enfant d’un autre, surtout quand c’était le sien qui était destiné à ce sort ? Et pourtant, on sent l’hésitation franche du héros, non pas par lâcheté ou cupidité mais pour des raisons sociales. En effet, l’argent de la rançon est destiné au rachat de son entreprise, un rachat qu’il planifie depuis des années afin de définitivement s’élever socialement.

Cet aspect social, inhérent à toute société, se voit remis à niveau par la confrontation avec son chauffeur, père éploré victime malgré lui de la disparition de son fils. En quoi un homme ne mérite pas les mêmes opportunités qu’un autre, uniquement parce qu’il dispose d’une classe sociale différente ? C’est face à cette évidence même que se retrouve Gondo , jadis simple employé qui, en grimpant les échelons, a oublié ses origines. De quoi rappeler à de nombreux industriels qui se vantent de s’être construits eux-mêmes qu’ils ne valent rien de moins mais surtout rien de plus qu’aucun autre être humain, pas même ceux qu’ils emploient.

Pères, riches, pauvres, criminels ,victimes, … Les frontières deviennent de plus en plus floues et se mélangent au fur et à mesure d’une intrigue nourrie que Kurosawa représente par instants tel un théâtre moral où se mêlent dans des conflits le questionnement de l’investissement humain ou social, alors que les deux sont bien évidemment liés l’un à l’autre de manière inséparable.

Concernant le coffret, il n’y a toujours rien à redire. Entre un son et une image toujours de grande qualité et un livret toujours aussi fourni d’analyses et d’informations enrichissantes, c’est un immanquable dans la bibliothèque de DVD de tout cinéphile qui se respecte, sans même prendre en compte la qualité du film même.

En effet, dans une société où peu de privilégiés se retrouvent en face de leurs responsabilités (comme l’appartement dans lequel Gondo doit affronter le dilemme qui se présente à lui), « Entre le ciel et l’enfer » est le rappel que l’être humain est décidément des plus complexes, une complexité qu’Akira Kurosawa a su une nouvelle fois mettre en avant dans un récit passionnant toujours aussi actuel. La preuve que tout chef d’œuvre est destiné à traverser le temps sans prendre une ride, tout comme chaque facette de l’Homme, tout simplement…

Les salauds dorment en paix d’Akira Kurosawa

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Année : 1960
Pays : Japon
Casting : Toshiro Mifune, Masayuki Moro, Kyoko Kagawa
On vous avait parlé récemment du « Château de l’araignée » et de sa relecture japonaise de Macbeth. Nous restons une nouvelle fois sur une réappropriation culturelle de William Shakespeare par Akira Kurosawa avec « Les salauds dorment en paix ».

Alors qu’il marie sa fille avec son secrétaire, le président d’une grande compagnie découvre, à la suite de plusieurs incidents, qu’une personne cherche à dévoiler ses secrets assez honteux…

Encore une fois, Akira Kurosawa se réapproprie un récit de William Shakespeare. Mais cette fois-ci, il se permet, en plus de l’intégrer à son pays natal, de l’actualiser afin de correspondre à une situation économique actuelle. En effet, la vengeance du fils pour son père décédé est envers une société corrompue et profitant de son influence pour accomplir ce qui lui plait. On se retrouve une nouvelle fois face à un drame humain, qui souligne tout autant l’aspect intemporel des écrits du dramaturge anglais mais également la réussite de réappropriation du légendaire réalisateur nippon qui fait siens ses écrits historiques.

Commençant par une scène de banquet qui inspirera Coppola, Kurosawa dépeint sans fard un monde où sévissent des « salauds » mais montre que ceux-ci sont tout aussi faillibles que chaque être humain, telle une clarté dans un ciel obscur. Naissant de la volonté du réalisateur de ne pas enfermer le cinéma de son pays dans des récits d’époque en costumes, suite au succès notamment de ses « Sept samouraïs », « Les salauds dorment en paix » conserve, presque soixante ans après sa sortie, une forme d’aspect actuel au vu des affaires économiques nourrissant l’actualité.

 

Il faut évidemment mettre en avant la mise en scène de Kurosawa, jouant sur ses lumières afin de dévoiler la nature de ses personnages et finalement mettre de manière équitable chaque homme à sa place. En effet, aucun être n’est entièrement lumineux, surtout s’il s’accomplit une cause « juste » par esprit de vengeance. Impossible également le jeu intériorisé de Toshiro Mifune, appuyant une nouvelle fois son rôle d’acteur légendaire du septième art.

Ce qui reste toujours le plus intéressant dans ces éditions, c’est bien évidemment le livret accompagnant les disques du film (disposant d’une image et d’un son exemplaires). En effet, il se dévore toujours aussi rapidement et fourmille une nouvelle fois d’informations en tous genres qui devraient passionner ses lecteurs.

Difficile une nouvelle fois de ne pas conseiller l’acquisition de cet exemplaire de ce film. En effet, « Les salauds dorment en paix » est une autre franche réussite du grand Akira Kurosawa, dont chaque film constitue une leçon de cinéma à part entière, ainsi que la preuve que, si les salauds dorment en paix, il n’est pas impossible de les réveiller, à condition d’être prêt à se salir les mains…

BvS vs Civil War : Analyse sur quelques points

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Dans une année 2016 qui a compté pas moins de six films de super-héros, deux se sont distingués de par leur approche narrative commune : « Batman v Superman : Dawn of justice » et « Captain America : Civil War ». Nous allons donc tenter ici, plus que d’en faire une simple critique, d’analyser ces deux films sur leurs points communs et différences. Car mettre côte à côte ces deux films, c’est mettre côte à côte deux styles de productions assez éloignées sur leur fond.

Le point de départ de chacun de ces films est assez semblable sur la base : deux super-héros s’affrontent suite à un conflit, ce qui met en opposition deux idéologies opposées. Néanmoins, leur tournure diffère. « Batman v Superman » prend un style proche des comics, exacerbé par la mise en scène hyper iconisante de Zack Snyder, sans compter un aspect religieux prégnant, là où « Civil War » se voit réalisé tel un thriller politique sous influence Greengrass (surtout pour les mano à mano). De plus, ils diffèrent de par leur maison d’origine (DC et Marvel) et leur place dans leur univers cinématographique (l’un est censé lancer la Justice League, l’autre apporter une tournure plus sérieuse au Marvel Cinematic Universe).

Sur leur histoire aussi, les deux films partagent des thématiques assez semblables. La plus improbable concerne l’influence des parents. Zack Snyder disait d’ailleurs à propos de son film qu’il constituait une histoire de maternité, là où « Man of steel » parlait des pères (avec trois figures paternelles notamment) et « Justice League » un film sur la famille. Aussi, vous n’avez pas pu passer à côté de la (pathétique) polémique concernant le « Martha », et pourtant sa place dans le récit est totalement justifiée, tout simplement car la mort des parents de Batman fait partie de son identité propre. C’est même pour cela que le film commence par une nouvelle version de ce décès : rappeler que c’est cet événement déclencheur qui a amené Bruce Wayne à devenir l’Homme Chauve-Souris. On a vite résumé cette scène comme un changement trop rapide dans la psychologie du personnage et c’est le but. Bien loin du simple « notre mère a le même prénom, soyons copains », cet instant sonne le glas de la vision inhumaine de l’homme d’acier par Batman et surtout l’alarme que lui aussi risque de devenir comme le tueur de ses parents, le même qu’il cherchait à faire disparaitre en mettant son costume. S’il n’a pas pu sauver sa mère, sa « Martha », il va chercher à en sauver une autre.

Dans « Civil War », la mère est aussi la raison du climax (« I don’t care. He killed my mom »), mais l’on peut arguer que ce point est moins bien amené, malgré une scène de début servant à souligner le perpétuel trauma de Tony Stark dans ce décès. Déjà car il repose sur un « twist » prévisible et annoncé (le Soldat de l’Hiver a tué ses parents) et l’ennemi balance quand même son plan de manière compréhensible face à nos héros. On peut raccrocher cela à l’aspect plus humain de ce Marvel et la nature changeante d’Iron Man, mais cela reste quand même moyennement amené. Pour revenir sur l’ennemi, il est intéressant à noter que c’était un père, dépossédé de ce statut par les Avengers, là où Lex Luthor Jr a souffert aussi bien physiquement que psychologiquement de la part de son géniteur. L’ombre dans laquelle se retrouve Lex Luthor Jr est d’ailleurs partagée par Tony Stark et chacun peut se définir comme marqué par la déception qu’ils ont provoqué chez leurs pères, les ayant amenés chacun sur des chemins différents.

Passons sur la notion parentale pour nous orienter vers la lutte inhérente aux récits. La base de chacun est simple : dans « Dawn of Justice », Batman s’oppose à Superman par peur humaine là où son homologue kryptonien réagit à cause de sa manière radicale de faire justice (ce qui est bien plus compréhensible dans la version longue, il faut bien l’avouer). Nous faisons donc face à une opposition idéologique, deux formes d’héroïsme qui s’opposent alors qu’elles peuvent se compléter pour une union sans nulle autre pareille. Leur symbolisme même relève de l’opposition totale entre une figure de lumière christique venant du ciel et un héros se terrant dans la nuit et se cachant dans une cave. L’antinomie même de ces deux caractères ne pouvait mener qu’à une certaine forme de lutte, qui se trouve ici plus dans l’idéologie que dans le physique. Et quand elle le devient, c’est dans une forme tragique au vu de leur but commun et de l’orchestration de ce combat.

Dans « Civil War », cela commence par une opposition politique par rapport aux Accords de Sokovie, qui doivent essayer de réguler les actions super héroïques pour éviter tout nouveau dommage collatéral après un accident dans la ville de Lagos qui a provoqué sept morts. Les deux camps ont en soi leurs raisons : Captain America a peur que ce contrôle nuise à leurs actions et soit motivé plus par action politique que par acte désintéressé tandis qu’Iron Man se sent responsable des dégâts causés récemment par les héros, notamment par sa confrontation avec la mère d’une victime des événements d’Age of Ultron. La nature même de l’ennemi du film, le baron Strucker, prend une tournure intéressante en tant que fantôme des dommages collatéraux de la part des super-héros. Néanmoins, la tournure va différer de son ambition politique pour dériver vers un « Bucky est-il un innocent ou un meurtrier ? ». Ainsi, la grande scène de bagarre de l’aéroport n’est plus qu’un prétexte pour offrir un combat entre super-héros qui, bien que divertissante, n’est jamais traversée par la gravité de ce combat (excepté au détour d’une réplique et à la toute fin par la blessure de Rhodes, qui aurait être fatale si elle avait touché son destinataire original, Faucon). De plus, la fin du récit prouve que s’il y a bien eu séparation physique de l’équipe, celle-ci n’existe pas au niveau mental et semblera rapidement réglée pour les prochains films du MCU. On peut donc se demander l’utilité même de cet épisode étant donné que cette « guerre civile » ne constitue au final qu’une simple escarmouche plus qu’une réelle avancée dans la psyché de son personnage principal. Ainsi, si dans « Captain America : First Avenger », Steve Rogers devenait une icône américaine et que dans « The winter soldier », il remettait en question le système dans lequel il officie, on ne voit que peu d’évolution dans ce « Civil War » mais plus une simple prolongation des questionnements auparavant présents dans le volet précédent. On peut justifier ces reproches par une multiplication de personnages ainsi que l’introduction de nouveaux, mais l’intrigue suit quand même principalement le Captain et même alors, on peut renommer ce film simplement par « Civil War ». La tragédie inhérente à ce genre de conflit survient certes vers la fin mais se retrouve immédiatement tuée dans l’œuf par la réconciliation. Alors que dans un autre moment, la lutte entre Batman et Superman ainsi que leur alliance avec Wonder Woman contre Doomsday mène à la mort de l’âme d’acier, renforçant l’aspect tragique de leur conflit et ayant comme impact la formation future de la Justice League.

On peut également aborder l’ajout de nouveaux personnages aux univers respectifs. Ici, « Civil War » prend une tournure intéressante dans son intrigue avec Black Panther. L’interprétation mesurée de Chadwick Boseman dans ce rôle convient parfaitement à un arc narratif faisant résonner celui final de Tony Stark et de Zémo sur l’aspect fataliste d’une soif de vengeance. La souveraineté et le charisme qui se dégagent de ce nouvel ajout dans le MCU donnent même une certaine envie de voir le futur film solo qui lui sera consacré. Quant à Spiderman, il y a une forte fraicheur et un aspect coloré qui le rendent sympathique. En comparaison, « BvS » tombe dans une certaine maladresse pour l’inclusion de certains nouveaux héros (confusion rajoutée par la scène after credit de « Suicide Squad ») mais réussit pleinement en ce qui concerne Batman (dans l’opposition qu’il représente envers Superman) mais dans une moindre mesure Wonder Woman, présente juste assez pour annoncer les événements dramatiques qui pourraient survenir dans son film solo. En ce qui concerne la prolongation narrative des personnages déjà présents, il y a des pistes dans « Civil War » qui sont intéressantes (la romance entre Scarlet Witch et Vision) et d’autres moins (Hawkeye et Scott Lang ne sont là que pour rajouter du nombre et du spectacle dans la scène de l’aéroport). Concernant « BvS », on retrouve une prolongation de la présence de Superman sur notre planète, avec toutes les réflexions inhérentes à ses capacités surhumaines.

Que dire donc au final ? Que « Batman v Superman » est meilleur que « Civil War » ? Là n’est pas la question au vu des volontés différentes des univers proposés. Et si cette critique les a « opposés », ce ne sont que sur des thématiques communes qui sont abordées de manière différente. Ainsi, reprocher à DC de ne pas être Marvel et inversement est peu constructif. Il faut que le public apprenne à accepter leurs différences et les chérir pour ce qu’ils offrent et non ce qu’ils n’offrent pas. Chacun est imparfait (l’un souffre d’un montage cinéma ayant laissé beaucoup de côté, l’autre de son homonyme dans les comics), car rien ni personne n’est parfait mais il faut que chacun soit traité avec respect, égalité et réflexion. Et si chacun d’entre nous essayait, dans son rôle de spectateur, d’adopter ce point de vue ? Pensez-vous que cela améliorerait la qualité de certaines grosses productions et la diversité de celles-ci ?

Prédestination de Peter et Michael Spierig

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Année : 2014
Pays : USA
Casting : Ethan Hawke, Sarah Snook ,Noah Taylor

Le voyage temporel a toujours été quelque chose qui nous fascine en tant qu’être humain, sûrement au vu de notre durée de vie toujours considérée comme trop limitée. Il n’est donc pas étonnant que cela ait été autant utilisé dans la littérature ou (l’art qui nous concerne) le cinéma. On se rappelle de « Retour vers le futur » ou plus récemment du « Looper » de Rian Johnson. Aujourd’hui, abordons l’adaptation d’une nouvelle qui fut le ciment du voyage temporel et de ses paradoxes, « Prédestination ».

New York, 1970. Alors que la ville vit sous la crainte d’un terroriste, un barman discute avec un client, dénommé John. Celui-ci va lui parler de son histoire particulière…

Il est fortement compliqué d’analyser ce film sans dévoiler quoi que ce soit. En effet, la construction du récit s’articule autour de nombreux twists qu’il serait inhumain de spoiler à ceux ne l’ayant pas encore vu. Néanmoins, on peut s’engager facilement en déclarant que les paradoxes temporels façonnant l’intrigue sont tout autant inattendus (pour peu qu’on ne connaisse pas la nouvelle), logiques et excitants pour ce qu’ils apportent. Les frères Spierig étreignent le matériel original en offrant une œuvre réflexive et intelligente, là où l’on pouvait craindre un insipide actioner au prétexte temporel rapidement mis de côté. Leur mise en scène sert plus à mettre en avant leur scénario, bien que l’aspect visuel est à souligner, par le biais de plans par moments ravissants ou plus crus, le tout avec une forme de simplicité désarmante (la représentation du voyage temporel).

En plus de cela, le film aborde la thématique de la modification de corps sans fard. Cette métamorphose biologique est filmée de manière crue, réaliste et sans honte. Alors que la transsexualité est un sujet délicat à négocier (bien que d’autres œuvres aient su le faire), les Spierig en font un usage dramatique dans leur récit, jusqu’à atteindre une forme passionnante où se joignent acceptations de son corps d’une manière inédite. En cela, il faut rappeler la qualité des interprètes, particulièrement une Sarah Snook qui vole la vedette à Ethan Hawke par une composition sincère et émouvante.

Voilà donc un film qui aurait pu n’être qu’une simple série B insipide mais qui s’avère au final un film de science-fiction passionnant transfiguré par son scénario, ses thématiques et son interprétation. De quoi en faire un immanquable des œuvres du septième art sur le voyage dans le temps…

Les Boxtrolls de Graham Annable et Anthony Stacchi

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Année : 2015
Pays : USA
Casting vocal : Isaac Hempstead-Wright, Elle Fanning, Ben Kingsley

S’il y a une phrase qui a de quoi énerver les cinéphiles de toutes parts, c’est l’affirmation que si un film pour enfants est mauvais, ce n’est pas grave car « c’est pour les enfants ». On dénigre ainsi la valeur culturelle d’une œuvre tout public et on laisse passer la médiocrité de certaines productions en diminuant leur importance par leur statut. Or, faire cela diminue les capacités intellectuelles des plus jeunes, autorise les studios à produire des films sans âme à la chaîne mais signifie également que si on crée une œuvre familiale, cela ne peut avoir un statut artistique. Aujourd’hui, nous allons donc parler d’un film d’animation qui devrait parler aux petits et aux grands grâce à ses messages et à son esthétique : « Les Boxtrolls ».

Egg est un jeune garçon qui a été élevé par les Boxtrolls. Ceux-ci sont des créatures vivant dans les égouts et récupérant les déchets des humains afin de les reconstruire. Alors que ses amis se voient chassés avec véhémence, Egg décide d’aller à la surface afin de rencontrer les hommes et comprendre leur haine des Boxtrolls.

Le film est une production du studio Laïka, l’un des grands représentants actuels dans le domaine de la stop motion. Néanmoins, la société allie également des ajouts numériques, notamment dans les arrières plans, mais travaillés de manière à sembler être animés à la main. En effet, les responsables des studios tentent de garder un aspect artisanal dans leurs films et cela se voit dans leurs visuels. On sent le travail derrière chaque décor et chaque détail visuel, notamment dans l’architecture de la ville. Il y a quelque chose de purement anglais dans ce décor, mais également dans le casting vocal ou dans le ton, marquant une rupture par rapport à l’aspect américain (« Coraline », « L’étrange pouvoir de Norman ») ou japonais (« Kubo et l’armure magique ») des autres films Laika. Bref, il y a eu un travail énorme dans la construction de ce film , comme l’atteste la scène qui suit le générique, à ne surtout pas manquer.

Concernant le scénario de l’œuvre en lui-même, il dispose d’un sous-texte politique passionnant et actuel. Ainsi, les Boxtrolls se voient chassés de manière véhémente, ce qui est représenté dans un montage de manière à rappeler certaines chasses et discriminations historiques. Le responsable de ces « purges » est un homme ambitieux qui veut représenter la voix du peuple en propageant une peur infondée afin d’intégrer un cercle de personnes privilégiées. Ces dernières, représentant le pouvoir en place, se trouvent de manière trop isolée par rapport à la population pour vraiment s’en préoccuper, préférant investir dans un fromage de taille immense plutôt que de financer un hôpital. C’est dans ce contexte politique réaliste qu’Egg représente la défense d’une minorité jugée à cause d’une propagande mensongère et que son alliée, une jeune fille appelée Winnie, tente de rapprocher les hommes aux pouvoirs de la population. Difficile de ne pas faire des parallèles avec l’actualité, des personnes se déclarant « populistes » tentant d’atteindre le pouvoir par des mensonges sur des minorités et une bulle politique aux exactions irréalistes choquant les gens « normaux ».

Ainsi, ces « Boxtrolls », derrière un aspect enfantin, dégagent un message fort qui devrait être réfléchi un peu plus par les adultes. Et qui devrait pousser à arrêter de sous-estimer une production qui cible un large public et valoriser celles qui tentent d’inspirer les plus jeunes, les faire rêver mais également réfléchir sur le monde dans lequel ils vivent. Car tant que des personnes propageront la discrimination et la haine afin d’atteindre le pouvoir, le message des « Boxtrolls » restera malheureusement intemporel…

Phantom of the paradise de Brian De Palma

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Il y a de ces films qui marquent des générations et dont le côté culte ne diminuera jamais. « Phantom of the paradise » fait sans aucun doute partie de cette catégorie de classiques du cinéma. Alors que Carlotta le ressort dans un nouveau coffret collector, revenons un peu sur cette œuvre de Brian De Palma.

Winslow Leach est un compositeur qui travaille d’arrache-pied sur sa cantate « Faust ». Un jour, il se fait duper par Swan, producteur musical légendaire. Défiguré, privé de sa voix, il se met alors à hanter le « Paradise », la nouvelle salle de Swan…

Il y a tant à dire sur cette œuvre qu’une simple critique internet ne suffira pas. De Palma se réapproprie de nombreuses histoires mythiques, que ce soit « Le fantôme de l’opéra », « Faust » ou « Le portrait de Dorian Gray ». Il les insère dans un univers rock propre aux années 80 et en tire un récit qui touche à de nombreux domaines sans se perdre en chemin. Cet aspect touche à tout se retrouve également dans la mise en scène de De Palma, alternant entre split screen, aspect classique ou documentaire. C’est sans aucun doute l’une des choses qui a installé ce film comme un monument du septième art : on y retrouve de tout sans qu’un seul style ne vienne à faillir et prendre le pas sur le reste. C’est ainsi que, malgré ce qui aurait pu lui valoir d’être daté, « Phantom of the paradise » conserve un aspect intemporel, comme si De Palma avait passé pour son œuvre le même pacte que Swan.

Difficile ainsi de ne pas constater que la critique virulente envers les industries culturelles (musicales autant que cinématographiques) reste autant d’actualité, dans une société en quête absolue de spectaculaire et de divertissement (comme Swan déclare par rapport au meurtre qu’il planifie). De Palma planifie le tout avec brio, déjouant sans cesse les attentes des spectateurs (la scène de la douche). De quoi absorber aussi bien fans du film que ceux le découvrant dans un univers multiple sans jamais perdre une seconde son attachement à son récit. On n’oublie également pas le répertoire musical écrit par Paul Williams, répondant énormément à l’intrigue du film entre annonce du destin de Leach ou du pacte Faustien passé par certains personnages. Celles-ci étant enfin sous-titrées, les non anglophones pourront apprécier les subtilités d’écriture qu’elles regorgent. Difficile aussi de ne pas revenir sur la qualité des interprètes,assez sincères dans leur jeu pour que l’on suive leur déchéance avec une certaine amertume.

Concernant les suppléments du disque Blu-Ray, ils sont tellement nombreux que tous les décrire en détails prendrait des pages, entre « Paradise regained », qui revient sur le tournage du film, conversation entre Paul Williams et Guillermo Del Toro, entretiens avec l’équipe du film, ouverture amusante par Gerrit Graham (l’interprète de Beef) , karaoké de certaines chansons  ou encore « le fiasco Swan song », qui revient sur l’un des aléas du tournage dû à un label rock. Il n’y a vraiment rien à redire sur le Blu-Ray à l’image 2K sublime, tout comme sur le fameux livret accompagnant le coffret collector, rempli également d’analyses en tous genres enrichissantes, d’images officielles et de critiques d’époque.

Cette édition ultra collector par Carlotta est donc un immanquable absolu pour toute personne adorant le cinéma. Sachant qu’elle ne sera disponible qu’en 3000 exemplaires, il faudra se battre pour l’obtenir. Heureusement, elle en vaut grandement la peine. C’est donc une belle pièce à aimer, tout comme ce « Phantom of the paradise », toujours aussi exceptionnel sans que les années ne lui donnent ne serait-ce que l’apparence d’une ride.

L’homme le plus dangereux du monde de Jack Lee Thomson

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Pays : Etats-Unis

Année : 1969

Casting : Gregory Peck, Anne Heywood, Arthur Hill

Le docteur Hathaway part en Chine afin de récupérer la formule d’une enzyme qui permettrait d’éradiquer la faim dans le monde. Ce qu’il ne sait pas, c’est que l’émetteur qu’on lui a installé pour rester en contact avec le gouvernement dispose d’un explosif en cas d’échec de la mission …

Replacez-vous dans l’époque : nous sommes en pleine Guerre Froide. Les États-Unis et l’URSS se menacent l’un l’autre, jouant à « Qui va agresser en premier ? » pour répondre. Cette ambiance de secrets et de lutte scientifique fut évidemment propice au développement des films d’espionnage. Il suffit de voir les productions sorties à ce moment-là pour s’en rendre compte.

Cet « Homme le plus dangereux du monde » prend néanmoins une tournure différente d’un épisode de James Bond. Ainsi, le docteur Hathaway, interprété par Gregory Peck, souffre du deuil de son ex-femme et vit une relation compliquée avec une autre. Ce n’est pas un super agent entrainé à se battre et à séduire, on fait face à un simple scientifique (bon, il a quand même reçu le prix Nobel). On peut lire en cela le fait que, pour gagner une guerre plus « psychologique », les gouvernements sont prêts à sacrifier des civils mais également l’utilisation de la science dans cette même lutte idéologique (cf la course pour la lune).

Derrière cela, on peut quand même apprécier l’aspect divertissant du récit, jouant sous une forme de tension réussie sans tomber dans le simple manichéisme. Il est même amusant de constater (comme écrit sur le DVD fourni par ESC Editions) que le tournage s’est interrompu en Chine puis à Taiwan, sous prétexte que le film était d’abord vu comme trop anti-Mao puis pas assez. Cet aspect gris des pouvoirs en place trouve une résonance dans un Hathaway qui est plongé au milieu de tout ça, à affronter même Mao de manière idéologique (ou physique avec cette partie de ping-pong) sans qu’il ne l’ait réellement désiré, dans le seul but de faire au mieux.

Au final, ce « Chairman » (titre original) est fortement recommandable, même dans une édition simple (pas de bonus) mais à l’image propre et nette. C’est un film d’espionnage de qualité divertissante, sans jouer dans une surenchère d’explosions et aux positions nuancées.

Le château de l’araignée d’Akira Kurosawa

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Année : 1957

Pays : Japon

Casting : Toshiro Mifune, Isuzu Yamada, Minoru Chiaki

Nous vous parlions dans la critique de « La forteresse cachée » de l’influence de Kurosawa parmi de nombreux réalisateurs actuels. Néanmoins, le célèbre metteur en scène japonais a aussi été inspiré par de nombreux artistes, comme le prouve ce « Château de l’araignée », relecture du « Macbeth » de William Shakespeare.

De retour d’une bataille, Wachizu et Miki rencontrent un esprit qui leur annonce que le premier dirigera le Château de l’araignée, fief légendaire, mais que ce sera le fils du second qui lui succèdera. Manipulé par son épouse, Wachizu va tout mettre en œuvre pour que tout cela ne se réalise que pour lui…

Kurosawa ne fait pas un simple copier-coller d’ « Hamlet » : il transpose l’intrigue dans son japon médiéval tout en faisant quelques ajouts qui nourrissent son récit. De quoi permettre au réalisateur de se réapproprier pleinement un matériel artistique légendaire (il suffit de voir les nombreuses adaptations cinématographiques qui en ont été faites) et le faire pleinement sien, par le biais d’une mise en scène évidemment de haut vol. Ainsi, les apparitions fantomatiques d’un personnage se voient effectuées en deux longs plans où sa « disparition » souligne la folie dans laquelle s’embourbe Wachizu. Cet esprit, ainsi que celui vu plus tôt, ne font que souligner l’absurdité des hommes, cherchant tellement à conquérir et remplir leurs aspirations qu’ils ne font que précipiter plus rapidement leur chute.

Toshiro Mifune livre bien évidemment une nouvelle fois une interprétation exceptionnelle en Wachizu. Néanmoins, il se fait voler la vedette par sa compagne à l’écran, Isuzu Yamada. Elle est sans aucun doute l’une des meilleures incarnations de Lady Macbeth, avec ses expressions limitées au maximum. Chacun de ses gestes, chaque mouvement de son visage semble calculé et factice, de manière à faire avancer ses ambitions. Ainsi, quand elle aussi se voit affectée par les actes qu’elle a commis, cela se ressent de manière forte par les spectateurs. Ainsi, la réalisation de la prophétie par nos protagonistes les marque mentalement, les faisant dégringoler dans la déchéance psychique.

On retrouve en supplément sur le dvd un court documentaire de 26 minutes sur le théâtre Nô et le cinéma ainsi que la bande annonce. Impossible de passer aussi sur le livret de 60 pages rédigé par Linda Tahir, bible d’informations se dévorant (trop?) rapidement et qui souligne l’importance de ce « Château de l’araignée » dans la filmographie de Kurosawa. Il faut également souligner que le film n’est disponible qu’en japonais sous-titré français, en espérant que cela ne rebute pas les curieux. Il est en effet impossible d’imaginer voir ce film de manière doublée, tant cela irait à l’encontre de la réappropriation de Kurosawa de Macbeth dans une mythologie japonaise.

Bref, cette nouvelle édition livret-blu ray-dvd est plus que recommandable, surtout au vu du film présenté. «Le Château de l’araignée » est ainsi une nouvelle preuve de l’importance de Kurosawa dans l’histoire du cinéma.

Crépuscule par Henry Hathaway

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Pays : États-Unis

Année : 1941

Casting : Gene Tierney, Bruce Cabot, Georges Sanders

Il est toujours intéressant d’analyser une œuvre selon la période où elle a été produite. On peut ainsi constater les changements dans les mœurs, les choses devenues acceptables (ou non) à l’écran ou même voir les reflets de notre histoire dans notre culture. C’est le cas de ce « Crépuscule ».

Des soldats britanniques établis près de Nairobi affrontent une tribu armée par les allemands. Ils devront compter sur l’aide d’une métisse et d’un trafiquant d’armes pour les vaincre.

Difficile de ne pas voir un côté propagande derrière « Crépuscule ». En effet, produite en pleine guerre et mettant en avant des soldats affrontant l’ennemi allemand (sans le mentionner directement), cette œuvre ne cache pas son soutien aux personnes qui se battaient au même moment (cf la fin, qui demande le soutien aux combattants de la liberté).

Mais au final, qu’est-ce que le film nous apporte sur le côté ? Un récit d’aventures disposant d’un certain charme rétro et de la beauté de Gene Tierney. On peut également déceler l’impact de la guerre sur une région du monde qui n’a normalement rien à voir avec les affres des combats de l’époque. C’est ainsi que des hommes deviennent des soldats, des femmes des veuves et des régions des endroits stratégiques. La bataille déshumanise les gens, ne les transformant qu’en pions, et détruit des êtres souffrant de décisions politiques extérieures à leurs contrées. Ce message reste universel : les guerres détruisent tout et les dommages collatéraux seront toujours élevés.

En ce qui concerne le DVD que nous a fourni Artus, si l’on entend encore quelques bruits arrières et que l’image est par moments marquée de stries, il faut reconnaître qu’un certain effort a été fourni pour guérir les affres du temps. Comme bonus, on retrouve des bandes annonces ainsi qu’une galerie entourant le film. Il faut également souligner que celui-ci n’est disponible qu’en version originale sous-titrée.

Artus fournit donc avec ce « Crépuscule » un film d’époque méritant le coup d’œil pour son message anti-guerre, influé par l’époque où il est sorti, mais qui ne sera malheureusement jamais daté…