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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

La maison des étrangers de Joseph L. Mankiewicz

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Pays : Etats-Unis

Année : 1949

Casting : Richard Conte, Edward G. Robinson, Susan Hayward

Ah, la famille, les émois entre ses membres… Voilà quelque chose qui sert de ciment à énormément de films. La structure familiale sert ainsi souvent de motivation ou d’influence aux protagonistes dans le septième art, qui apprécie régulièrement de détourner son image parfaite en quelque chose de moins reluisant. On peut parler du « Festen » de Thomas Vinterberg. Autre classique dans un genre policier cette fois-ci, la fameuse trilogie du « Parrain ». Le film que nous abordons garde un lien avec celui-ci mais date de plusieurs années avant encore.

Max sort de prison après 7 années d’enfermement. Il retrouve ses frères, qui ont hérité de la banque de leur père, et qui craignent que ce retour soit pour se venger…

La famille est en plein centre de l’intrigue, avec ce père propriétaire d’une banque et ses fils, tous sous son « joug » avec ses traditions, sa musique pendant le repas et autres habitudes. Ainsi, on se retrouve plongé dans leur quotidien, alors qu’un long flash-back qui sert de récit central revient sur comment cette maison va se déchirer pour des intérêts pécuniaires. Mankiewicz nous offre encore une mise en scène de qualité pour mieux suivre les chemins de nos protagonistes.

L’influence familiale forte sur les personnages se ressent en permanence, comme la haine que le père tente de mettre dans nos héros, derrière son aspect bon enfant et sympathique. On croit en ce personnage grâce à l’interprétation d’Edward G. Robinson, dans un rôle préfigurant le Don Corleone de Brando. C’est à son influence que ses enfants tentent de se débattre et d’échapper, pour le meilleur et pour le pire. Ce déterminisme social les influe tous de manière pesante, quitte à faire des choix négatifs.

Nous retrouvons dans les bonus une analyse d’Olivier Père, directeur du cinéma Arte France. On peut compter également à nouveau sur une remasterisation de qualité rendant justice au film de Mankiewicz.

« La maison des étrangers » est une œuvre de son époque (notamment dans la manière dont les banques sont représentées) mais qui mérite d’être vue et revue de par sa construction de personnages et la mise en scène de Mankiewicz. Cette édition Blu-Ray par ESC Editions est la bonne occasion pour pouvoir (re)découvrir ce film.

Alliés de Robert Zemeckis

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Pays : Etats-Unis

Année : 2016

Casting : Brad Pitt, Marion Cotillard, Lizzy Caplan

Casablanca, 1942. Deux espions, un canadien et une française, se retrouvent à former un faux couple pour les besoins d’une mission. Bientôt, les sentiments vont devenir réels et leur histoire va dépasser la simple mission…

Il est amusant de voir qu’en quelques mois, Hollywood a sorti deux films à l’esprit typiquement rétro : « La La Land » et ce « Alliés ». Il se dégage de ce dernier une ambiance propre à une certaine génération de grands films plus anciens. Il y a du « Casablanca » évidemment avec le début du récit prenant place dans la ville titre, mais même dans cette romance où le bien d’autrui passe avant la romance de deux acteurs au charisme fort à Hollywood. Il y a également du Hitchcock avec ce héros confronté à une situation plus grande que nature et l’aspect femme fatale de Marion Cotillard, sans oublier le mystère qu’il s’en dégage. Et si le succès de ce film fut bien moindre que celui du musical de Damien Chazelle, tous deux semblent exprimer un amour pour le cinéma hollywoodien d’antan, comme si le passé ressurgissait inévitablement dans le futur. L’époque est assez bien reconstituée, avec cette paranoïa d’ambiance de guerre tout à fait naturelle et ces décors utilisant à merveille anciennes et nouvelles technologies. Nous nous retrouvons plongés dans cette ambiance de manière parfaitement harmonieuse, ce qui nous fait bien évidemment croire aux péripéties de nos héros.

La base même de l’intrigue repose sur ce doute : Cotillard, alliée ou taupe ? Et il faut bien avouer que celui-ci plane durant l’entièreté du métrage avec une efficacité redoutable. Nous sommes aussi désemparés que Brad Pitt quant à la véritable nature de sa femme, aidés en cela par le jeu de Marion Cotillard. Le doute est permis et c’est fébrile que l’on attend la réponse à cette interrogation. Quant à Brad Pitt, beaucoup lui ont reproché de ne pas jouer tout simplement. Mais cette façade neutre convient à son personnage, censé être un espion sachant contrôler ses sentiments. C’est même cette image de façade qui nous fait comprendre que ce personnage est doué dans son travail.

On retrouve à de nombreuses reprises des miroirs dans le film et cet objet semble symboliser la quête d’identité du récit. Les deux personnages forment déjà un ensemble symétrique SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER même dans leur camp SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER. On retrouve même cette symétrie dans certains plans et ne parlons pas de l’utilisation de l’objet même, entier, auquel on fait face en réfléchissant à nos actes ou brisé à cause des aléas de la guerre, sonnant le glas pour le bonheur marital mais également les dégâts que cause cet affrontement sur tous nos personnages.

Il faut avouer que Zemeckis a un statut assez à part à Hollywood, surtout au vu de l’échec de ses derniers films (dont ce « Alliés « ) auprès du public. Et pourtant, il est derrière de nombreux films à la réputation mondiale (« Forrest Gump », les « Retour vers le futur ») et a apporté de nombreuses innovations technologiques qu’il intègre à son récit de manière cohérente. Ainsi, voir ce qu’il fait avec des budgets assez réduits (35 millions de dollars pour « The Walk ») est assez bluffant, sans parler de sa mise en scène toujours inventive (ces panoramiques lors de la scène d’amour dans le désert) et apte à iconiser au maximum ses personnages. Bref, ce serait bien de remettre en avant ce cher Zemeckis…

Panique dans la rue d’Elia Kazan

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Année : 1950

Pays : États-Unis

Casting :Richard Windmark, Jack Palance, Paul Douglas

La tension est l’un des sentiments les plus utilisés par les cinéastes au fil de l’histoire du septième art. C’est cela qui nous raccroche aux personnages, qui nous fait espérer une fin positive et nous retient à nos fauteuils, craignant d’assister à une issue négative. En cela, « Panique dans la rue » d’Elia Kazan utilise à escient cette sensation.

Dans un quartier de la Nouvelle-Orléans, un homme se fait tuer à la suite d’une partie de cartes. Mais lorsqu’il s’avère porteur de la peste pulmonaire, les autorités cherchent à tout prix ceux l’ayant approché, ses meurtriers inclus, afin d’endiguer tout risque d’épidémie…

S’il y a un point que l’on peut mettre en avant, c’est la manière dont Kazan utilise la longueur de ses plans pour nous immerger au milieu de ses personnages. Le premier plan nous présentant le héros, Reed, incarné par Richard Windmark, s’ouvre d’abord sur lui vaquant à une activité avec son fils avant l’intrusion d’un autre personnage masculin décrit comme passant plus de temps avec le garçon que lui avant qu’un panoramique se tourne afin de montrer la femme prévenant son mari d’un appel venant de son travail. Ou comment en un plan nous dévoiler la personnalité du personnage principal… Kazan utilise encore des plans séquences afin de rendre les péripéties de nos héros plus actives à nos yeux.

On peut également noter l’écriture « humaine » des protagonistes. Loin de n’être que de simples figures unidimensionnelles, ce sont des êtres imparfaits, tentant d’œuvrer au bien de tous de la meilleure manière possible, même si elle est négative. La confrontation entre le commissaire et le journaliste en est significative : l’un tente de cacher la maladie à la population pour éviter un mouvement de panique là où il est important pour l’autre que les gens soient au courant afin qu’ils se préparent à cela. Ainsi œuvrent nos héros : du mieux qu’ils peuvent, même si c’est imparfait.

En plus d’une restauration à nouveau de qualité, le disque édité par ESC Editions comprend une analyse de vingt-cinq minutes, « L’affirmation d’un cinéaste » où Olivier Père, directeur du cinéma d’Arte France, aborde la place de « Panique dans la rue » dans la carrière d’Elia Kazan  ainsi qu’une bande-annonce . Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française.

« Panique dans la rue » reste ainsi un divertissement tendu, au suspense toujours aussi prenant avec des personnages à l’humanité et la sincérité non feintes .

La forteresse cachée d’Akira Kurosawa

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Année : 1958

Pays : Japon

Casting : Toshiro Mifune, Misa Uehara, Minoru Chiaki, Kamatari Fujiwara

 

Monsieur Popcorn 

Le cinéma asiatique revient en force ces dernières années dans nos contrées. Délaissé dans la distribution de par sa distance kilométrique, il compte pourtant de nombreuses œuvres ayant marqué des générations de réalisateurs. Il suffit de voir certaines productions récentes pour sentir son influence, que ce soit « Daredevil » qui introduit dans un épisode un plan séquence se référant à « Old Boy » ou encore « Les sept mercenaires » qui réadapte à l’histoire américaine le concept des « Sept samouraïs » de Kurosawa. On va d’ailleurs parler de ce réalisateur aujourd’hui à l’occasion de la ressortie en format DVD/Blu-Ray (asserti d’un livret) de l’une de ses grandes œuvres, « La forteresse cachée ».

Japon, XVIème siècle. Deux paysans, Tahei et Matashichi, tentent d’échapper à la guerre qui oppose deux clans rivaux. Ils vont se retrouver en première ligne quand ils devront escorter le général Rokurota Makabe et la princesse Yukihime, du clan Akizuki.

Kurosawa l’a admis lui-même : il a conçu ce film comme son œuvre la plus grand public afin de continuer à tourner des scénarios plus personnels. Néanmoins, il offre encore un grand classique ayant marqué le septième art. Il utilise le format Cinémascope pour filmer son histoire avec grandiloquence et épique, offrant en cela un spectacle intemporel toujours divertissant. Impossible de ne pas se sentir immergé dans l’écran au vu de l’immensité du récit et des images offertes par le réalisateur.

Néanmoins, « film grand public » ne rime pas avec « personnages sous-écrits » pour Kurosawa. Il offre ainsi à ses protagonistes une écriture de qualité qui les rend mémorables, en particulier les deux paysans par lesquels on assiste aux événements du récit et installant le concept de « comic relief » par leur soif d’argent. Leur crédibilité est appuyée par des interprètes de grande volée (ce que ne contredira pas notre ami Charles Gravouille par rapport à Toshiro Mifune). Même la princesse Yuki est éloignée des standards de l’époque de la simple princesse à sauver et sans capacité de se défendre (amusant d’ailleurs de voir son maquillage ressemblant à Elisabeth Taylor, avec qui elle partage également une personnalité forte).

Quant aux bonus, on peut rapidement passer sur ceux du disque pour se concentrer sur le livret qui l’accompagne, fourni d’informations en tous genres qui devraient permettre aux amateurs d’aller plus loin dans leur visionnage. On constate notamment que l’influence du film sur Georges Lucas dans l’écriture de sa fameuse saga spatiale aurait été exagérée et autres détails intéressants. Le DVD offre également un bon écrin visuel à l’œuvre de Kurosawa.

« La forteresse cachée » reste ainsi un monument du film d’aventures et surtout du septième art, prouvant qu’avec un grand réalisateur derrière la caméra, une production vue comme une simple œuvre de « divertissement » (terme trop souvent utilisé de manière péjorative, d’ailleurs) peut traverser les années sans une ride…

Orel

Cette semaine sort une nouvelle édition DVD et Blu-Ray qui permet de (re)découvrir  cette oeuvre unique d’Akira Kurosawa. Un fabuleux travail de remasterisation a été effectué :  l’image n’a ainsi que très peu de défauts et le son a également un rendu plus que satisfaisant. Vous pouvez déjà d’ailleurs vous procurezr toute les oeuvres de Kurosawa, dans de très belles éditions disposants  d’un livret qui explique tout sur chacun des films. Il est important de savoir qu’ Akira Kurosawa a inspiré de grands réalisateurs comme Martin Scorsese, Spielberg ou encore Lucas pour ne citer qu’eux. Le film est bien entendu en noir et blanc, ce qui fait aussi beaucoup partie de son charme.

Le réalisateur Japonais met en scène deux paysans qui, pris dans une guerre entre deux clans, cherchent à contourner le front pour rentrer chez eux. Sur le chemin ils découvrent un morceau d’or et  font la rencontre du général Rokurota Makabe , qui cache d’abord son identité. Le général se rend à la même destination que les deux paysans mais sa tâche est compliqué car il accompagne la princesse Yuki, héritière du clan ainsi que son trésor. La mise en scène, est pleine d’humour, surtout les scènes avec ces deux paysans pauvre qui cherche à obtenir le fameux trésor . Ils sont maladroits, ce qui est amusant car ils enchaînent les gaffes, tandis que le général est d’une grande prestance, gardant un oeil en permanence sur les deux maladroits. La princesse Yuki est la seule présence féminine du film. Elle a certes été élevée comme un homme et reste très courageuse plus que les deux paysans mais garde sa part de féminité.

Ce film est destiné pour le cercle familial car c’est le plus accessible du réalisateur de par son humour et son histoire. Le scénario de Shinobu Hashimoto et Ryūzō Kikushima est simple mais efficace , offrant de grands moments de cinéma.  Ce film aurait inspiré Lucas pour Star Wars, et les inspirations qu’a repris la fameuse saga sont voyants. Le casting est magistral avec  Minoru Chiaki et Kamatari Fujiwara dans le rôle des deux paysans, ainsi que le général interprété par Toshirō Mifune. La forteresse cachée est une oeuvre à découvrir rapidement ainsi que son film le plus accessible donc foncez-y.

Before i Wake de Mike Flanagan

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Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Casting :Kate Bosworth, Jacob Tremblay, Thomas Jane

Alors que l’on a beaucoup parlé (à raison) du magnifique « The witch » de Robert Eggers et du très bon « Conjuring 2 » de James Wan, on peut parler d’un autre réalisateur de genre promis à une carrière aussi réussie que celle du second cité : Mike Flanagan.

Son dernier film, « Before i wake », suit un jeune couple incarné par Jesse (Kate Bosworth,le remake de « Chiens de paille ») et Mark (Thomas Jane, « The mist ») qui, suite à un évènement traumatisant, décide d’adopter un garçon prénommé Cody (Jacob Tremblay, « Room »). Celui-ci s’adapte vite à eux mais il s’avère que, pendant son sommeil, il réveille des souvenirs aussi bons que mauvais…

Il avait déjà prouvé avec le très bon « Oculus » (sorti directement en France en dvd sous le nom « The mirror », d’où l’avantage de vivre en Belgique) et le démontre encore avec ce film : Mike Flanagan a du talent. Ainsi, il arrive à transformer ce qui aurait pu être une banale histoire de boogeyman en un film extrêmement touchant (comme le déjà abordé « Préservation ») et comportant des scènes horrifiques marquantes (l’attaque dans la salle de classe). Plus qu’un film à jump scare autant foirés que foireux, « Before i wake » suit la douleur de parents ayant perdus leur enfant et retranscrit sur l’écran la souffrance de cette peur au point de toucher même ceux qui n’ont jamais vécu ça. Ainsi, Flanagan lie la mère éplorée (touchante Kate Bosworth) à un garçon( attachant Jacob tremblay) ayant lui aussi vécu une perte immense et montre comment chacun se soigne de son passé respectif. Ainsi SPOILER ! , le monstre qui les attaque n’est que le reflet de cette souffrance que porte Jacob depuis sa plus petite enfance FIN DU SPOILER !.

Touchant au fantastique purement attachant, « Before i wake » ménage ses effets horrifiques en recourant certes une ou deux fois au jump scares ( ce qui est pardonnable, au vu de l’efficacité de ces derniers) mais aussi en jouant sur une peur plus « discrète ». Par exemple, la créature apparaît pour la première fois en arrière plan de manière presque anodine lors d’une scène jouant pourtant sur le merveilleux. Flanagan tisse aussi des personnages à fleur de peau, à l’attachement sincère et à l’abord assez mature dans un milieu cinématographique où les grosses productions du genre sont tout publics afin d’être vu par tout les types de spectateurs (même les petits cons qui foutent le bordel, oui , je suis toujours en colère envers une partie du public lors du visionnage de « Conjuring 2 » !) et gagner en rentabilité.

En résumé, « Before i wake » est un film sur la parenté sur fond de fantastique horrifique, non exempt de défauts (la sur explication sur la créature, bien qu’elle donne lieu à une scène poignante à arracher des larmes à n’importe qui) mais mature et de grande qualité. Monsieur Flanagan, au nom d’un cinéma de genre souvent sclérosé par une mauvaise distribution et des grosses productions généralement crées dans le même moule, permettez moi de vous remercier. Car « Before i wake » est la preuve que l’on peut encore créer un très bon film de genre de qualité intimiste et sensible . Et pour le fan de films d’horreur qui vous parle (ou écrit plutôt mais soit), cela fait un bien fou…

Le château du dragon de Joseph L. Mankiewicz

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Pays : Etats-Unis

Année : 1946

Casting : Vincent Price, Gene Tierney, Walter Huston

Il est désormais fréquent de retrouver des romances sur grand écran, que ce soit en tant qu’intrigue principale ou secondaire. Bien évidemment, ces histoires peuvent prendre de nombreux styles différents. Ainsi, la romance dont nous parlerons aujourd’hui est du style gothique. Retour sur « Le château du dragon », première oeuvre de Joseph L. Mankiewicz.

Une jeune paysanne devient dame de compagnie dans le château de Nicholas Van Ryn. Très vite, elle s’éprend de lui…

Ce « Château du dragon » reprend la trame originale des romances baroques : une jeune demoiselle, un homme au passé mystérieux et une histoire d’amour. Néanmoins, il y a un charme intemporel dans ce récit, aidé sans aucun doute par la mise en scène classieuse et soignée de Mankiewicz. Pour une première réalisation, il prouve déjà qu’il sait comment manier au mieux sa caméra pour mettre en avant son récit. Ses mouvements sont élégants sans prendre le pas sur l’intrigue en nous en faisant sortir par des déplacements trop visibles.

Le casting est également au diapason, que ce soit une Gene Tierney dotée d’une grâce éternelle, ou encore un Vincent Price toujours éblouissant de talent. Il dégage encore un charisme qui ressort de l’écran, qu’il soit grand ou petit, et parvient à nous faire oublier le classicisme de son intrigue. Rien de mal néanmoins car si le trajet fait déjà vu, le voyage reste splendide, particulièrement dans cette ressortie disposant d’une restauration exemplaire. Si les bonus restent simples, l’embellissement dont dispose l’oeuvre par ce format Blu-Ray suffit à lui seul à justifier son achat.

Cette édition Blu-Ray du « Château du dragon »par ESC Editions est donc fortement recommandable à nouveau, si vous êtes un amoureux du cinéma en quête d’une romance baroque qui conserve encore de nos jours une grâce et une élégance dont tant d’oeuvres récentes manquent cruellement.

Calvaire de Fabrice Du Welz

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Année : 2004

Pays : Belgique

Casting : Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon

Comment marquer son spectateur? Voilà la question que tout bon réalisateur, surtout ceux spécialisés dans le cinéma de genre,se pose. Cette interrogation essentielle se voit de plus tiraillée ces dernières années avec une volonté de fournir des films vendeurs qui finissent la plupart du temps oubliables et dénués de vie..Loin de certains produits actuels aseptisés,Fabrice Du Welz nous fournit avec « Calvaire », son premier film sorti en 2004, un bel exemple d’oeuvre marquant son spectateur .

L’histoire est celle de Marc Stevens (Laurent Lucas), chanteur itinérant qui, suite à un accident de voiture, se retrouve bloqué dans une auberge de jeunesse dirigée par Bartel (Jackie Berroyer) qui pense retrouver en lui Gloria, sa femme disparue… 

« Calvaire » porte effectivement bien son titre mais pour de bonnes raisons. En effet, quel autre mot peut décrire, outre l’expérience vécue par Stevens, celle vécue par le spectateur? Choquant sans aller dans du graphique vulgaire, la violence y est éprouvante et, d’une certaine manière, rafraîchissante. On en est même dérouté par une scène de fusillade des plus immersives.. Alternant la crudité naturaliste (la crucifixion) et l’onirisme proche du grotesque sans l’atteindre (la scène de danse avec le piano),Fabrice Du Welz arrive à rendre le spectateur inconfortable toute la durée du film avec une ambiance lourde et ce malgré un budget minuscule (1,7 millions d’euros si l’on croit Wikipédia). Il faut voir ainsi ce chanteur être savamment iconisé, d’abord en position christique de dos au début, se cachant derrière une certaine image idéalisée, avant que cette position revienne plus tard de face, avec les tiraillement physiques qui en découlent. La violence se fait humaine, aussi bien physiquement que psychologiquement jusqu’au point de non retour.

Mais, plus encore qu’un moment de torture, « Calvaire » fait preuve d’un amour véritable, par l’intermédiaire du Bartel, homme effondré et au coeur brisé qui agit uniquement par la croyance d’avoir retrouvé l’être aimé.Le choix de Laurent Lucas, excellent acteur qui semble par moment androgyne,est déjà bon, le transformant de pur objet de désir féminin en un purement masculin, tout le village croyant la même chose que Bartel. Mais plus qu’à un « délire » d’une population citadine qui aurait pu être décrite comme simplette, c’est surtout face à une perte de repères dû au sentiment universel qu’est l’amour que l’on se retrouve, comme ces personnes dans cette maison de retraite au début qui sautent sur Sevens car en manque d’affection. Cet aspect « romantique » se retrouve dans la filmographie d’un Du Welz qui a compris comment aborder ce point de manière humaine, sans les fioritures idéalisées décrites par de nombreuses oeuvres. Et si cette thématique trouvera un point culminant dans « Alleluia » (l’une des meilleures représentations d’un couple sur grand écran), « Calvaire » trouve en cet aspect un côté touchant, comme une fleur se dégageant d’un endroit malsain…

Un film de genre avec un coeur gros comme ça, cela fait du bien, surtout lorsqu’il est autant hypnotisant (superbe photo de Benoit Debie), passionné (comme Fabrice Du Welz)  et marquant (grâce à des acteurs de haut vol). « Calvaire » est une expérience à vivre et surtout, plus qu’un grand film de genre, c’est un grand film tout court.

Propriété privée de Leslie Stevens

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Année : 1960

Pays : Etats-Unis

Casting :Warren Oates, Kate Manx, Corey Allen

Alors que tout le monde pensait cette oeuvre perdue à jamais, « Propriété privée » a été retrouvée dans un format 35mm qui sera remasterisé en 4K. C’est cette version que nous propose Carlotta en Blu Ray. Alors, un vrai bijou perdu ?

Alors que Duke et Boots vagabondent, ils croisent le chemin d’une belle jeune femme. Ils décident de l’espionner en s’installant dans la propriété abandonnée en face…

Si le concept peut vous faire penser à un certain chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock (qui sera d’ailleurs cité), le film de Leslie Stevens prend une tournure plus perverse. Tout d’abord, les personnages que nous suivons sont assez néfastes et sont dans le pur voyeurisme, là où on pouvait voir un jeu de spectateur cinématographique dans le personnage de James Stewart. Notre statut de voyeur est ainsi directement mis en cause, surtout au moyen de la mise en scène de Stevens. Nous devenons un voyou, tels nos anti-héros.

Duke et Boots justement, ces deux « héros » antinomiques. L’un assez charismatique et plus assuré avec les femmes tandis que l’autre est plus en retrait et maladroit en compagnie de membres de la gent féminine. Cette opposition se retrouve également dans le jeu du duo Oates-Allen, compères dans le voyeurisme avec nous. Quant à la victime de cette observation indiscrète, elle trouve en Kate Manx une actrice compétente dont la beauté nous attache en même temps que nos anti-héros. Elle représente également cette opposition entre cette bourgeoisie qui cherche à s’émanciper là où Duke et Boots cherchent justement à atteindre ce statut idéalisé.

On peut constater que le Blu Ray rend justice au film, ainsi qu’à sa remasterisation de grande qualité. Niveau bonus, en plus de la bande-annonce et des crédits, on peut retrouver un entretien avec Alexander Singer, photographe et conseiller technique sur le plateau. Long d’environ 18 minutes, celui-ci devrait intéresser ceux ayant apprécié le film en offrant de nombreuses anecdotes.

L’achat de cette édition de « Propriété privée » est donc fortement conseillé, au vu de la qualité de l’oeuvre et de sa remasterisation exemplaire. De quoi ravir les fans de thriller hitchcockien et de nous interroger en tant que voyeur de cette fenêtre ouverte qu’offre le cinéma sur le monde…

Angle Mort de Nabil Ben Yadir

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Année : 2017

Pays : Belgique

Casting : Peter Van der Begin,Soufiane Chilah,  Jan Decleir, David Murgia

Peut-être est-ce par pur chauvinisme de par ma nationalité, mais le cinéma belge est de grande qualité. On peut y retrouver des réalisateurs aussi divers que talentueux et des œuvres touchant à tous les genres. Mais la Belgique est un pays qui est aussi scindé par deux cultures qui ont provoqué (et provoquent encore) quelques remous politiques. Alors quand le cinéma aborde de front ce thème, il faut s’attendre à une œuvre bouillante, ce qui est exactement le cas de ce « Dode hoek », « Angle mort » dans la langue de Molière.

Jan Verbeeck est le commissaire d’Anvers, avec de très bons résultats dans la lutte contre la drogue malgré des manières assez violentes. Il crée la stupeur quand il présente sa démission pour s’engager dans un parti d’extrême droite. Mais alors qu’il effectue sa dernière mission à Charleroi, tout va déraper…

Dès son apparition dos à la caméra, Peter Van Der Begin bouffe l’écran. Son personnage, Jan Verbeeck, est un monstre de charisme et de brutalité. Accusé de racisme, il montre son adjoint Dries comme une preuve de son ouverture. Mais ses préjugés, envers certaines communautés ou même cette ville de Charleroi, le poussent à agir avec radicalité. C’est une ordure, mais une ordure au charisme non négligeable, nous interrogeant en tant que spectateur sur nos motivations à le suivre.

Nabil Ben Yadir nous immerge dans un océan d’obscurité humaine, entre violence et racisme. Si l’on retrouve quelques touches d’humour (« Mais tu es dingue ? On est à Marchienne-au-pont ! »), celles-ci sont des bulles d’oxygène brèves avant de retourner dans cette intrigue sombre. De par sa mise en scène collant au plus près aux personnages, même dans l’action, Ben Yadir nous met face à leurs actes et à cette intrigue des plus actuelles au vu de certaines polémiques récentes. Quant à la scission idéologique que se font certains de la Wallonie et de la Flandre, elle est l’un des moteurs du récit, notamment lors des scènes aux alentours de Charleroi.

« Dode Hoek » est ainsi un thriller âpre dont on sort avec l’impression de s’être pris une bonne baffe cinématographique et l’envie de prendre une bonne douche pour tenter de se nettoyer de cette noirceur humaine à laquelle on vient de faire face…

Le voyage fantastique d’Henry Koster

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Année : 1951

Pays : Etats-Unis

Casting : James Stewart, Marlene Dietrich, Glynis Johns

Est-ce qu’un film peut être considéré comme divertissant s’il n’y a guère d’action ? Cette question peut sembler des plus stupides mais elle mérite d’être posée au vu des réactions devant certaines sorties. Il semble que l’on accepte certains blockbusters car ils présentent des explosions à tout va malgré leur scénario inepte et leur mise en scène vue et revue. De l’autre, on accuse d’autres œuvres d’anti spectaculaires car repoussant au maximum leur climax ou préférant jouer sur une tension psychologique. Le film du jour peut ainsi se classer dans cette catégorie.

Theodore Honey, un ingénieur excentrique, enquête sur le crash d’un avion Reindeer produit par sa compagnie. En chemin pour le lieu de l’accident, il se rend compte qu’il se trouve dans le même type d’appareil que celui ayant chuté…

Le film d’Henry Koster dégage une certaine douceur par rapport à ses personnages, en particulier son héros. Incarné par James Stewart, celui-ci est présenté comme particulier dans ses rapports humains. La tête dans les sciences, il se trompe constamment de maison et éduque sa fille par des jeux mathématiques. Mais c’est aussi un homme marqué par le décès de sa femme qui tente de sauver les autres en transformant son travail en sacerdoce.

James Stewart apporte à ce personnage un malaise social et une forme de candeur qui le rend directement attachant. Ainsi, on se raccroche à lui lorsqu’il essaie d’informer l’équipage de son vol des risques d’accident. Les interactions entre cet homme et les membres de l’avion dégagent une sincérité et une crainte de crash palpable. Il y a une pureté dans la déclaration d’Honey à cette actrice ou cette candide hôtesse de l’air.

Quant au suspense, il fonctionne à merveille en se permettant même de dévier du chemin du film catastrophe que l’on pouvait attendre. Nous ne révélerons guère comment mais cette tournure permet même de s’interroger sur les failles d’un homme qui suit aveuglément les mathématiques sans se soucier de facteurs extérieurs tel que l’humain, alors que ce sont nos émotions qui nous influent dans nos avancées. D’ailleurs, on peut qualifier ce film même d’humanisme, même dans son « action ».

Concernant l’édition dvd que nous fournit ESC Edition, on peut passer sur les quelques bonus (bande annonce originale, présentation par le directeur de programmation de la Cinémathèque Française Jean-François Rauger) pour se focaliser sur le travail remarquable de remasterisation effectué sur ce disque. Le film n’est disponible qu’en anglais sous-titré français, ce qui ne devrait pas poser problème à tous ceux voulant découvrir ce film « catastrophe » humain et divertissant dans un suspense crédible et attachant.