- Titre original : Kurôzu zero

- Date de sortie en salles (Japon) : 27 octobre 2007 avec Toho
- Réalisation : Takashi Miike
- Distribution : Shun Oguri, Meisa Kuroki & Kenta Kiritani
- Scénario : Shôgo Mutô, d’après le manga de Hiroshi Takahashi
- Photographie : Takumi Furuya
- Musique : Naoki Ohtsubo
- Support : Blu-ray Roboto Films (2026) en 1.85:1 / 130 min
Synopsis : Genji a décidé de s’emparer du lycée de Suzuran, de devenir le maître de toutes les bandes d’adolescents qui s’y affrontent depuis des années et qu’on surnomme les corbeaux. C’est le moyen qu’il a trouvé pour convaincre son père, leader d’un gang de yakuzas, qu’il est digne de lui succéder. Sauf que d’autres prétendants sont sur les rangs, dont Serizawa dont on dit qu’il est le plus fort de tous. Genji n’a pas d’autres choix que de demander l’aide de Ken, qui a tenté de réussir cet exploit il y a longtemps – sans savoir que ce dernier travaille pour un gang rival de celui de son père…

Comptant une centaine de films comme réalisateur au compteur, dont les très controversés (et très culte) Audition ou Ichi the Killer, Takashi Miike a également porté à l’écran deux films adaptés de l’univers de Takahashi. Ces mangas s’inscrivent dans la mouvance furyô, typiquement créée pour ce support, voire pour l’animation : des histoires ayant pour protagonistes des bandes de jeunes délinquants, souvent désoeuvrés, avançant dans la vie à coups de poings et de tatanes, mais pas dépourvus de sentiments malgré l’allure qu’ils se donnent. Mains dans les poches, têtes penchées et regards de biais, ces jeunes s’habillent avec ce qui leur tombent sous la main et compensent leurs manques de moyens par une accessoirisation à outrance : chaînes, ceintures, colliers trop grands et des coupes de cheveux indescriptibles (quand ils ne sont pas rasés ou décolorés).
Le furyô a ses adeptes au Japon, toutefois il a eu du mal à prendre en France (pourtant le second marché mondial du manga) : ces récits n’ont passionné qu’une frange d’amateurs passionnés. Jusqu’au succès assez inattendu récemment de Tokyo Revengers.
La série Crows d’Hiroshi Takahashi a été publiée dans les décennies 1980 et 1990. Elle narrait le quotidien du lycée de Suzuran, un établissement pour les classes populaires dans lequel la violence est de mise : des chefs de bande se muent un temps en caïds et tentent de soumettre des classes ou d’autres bandes. Alliances et mésalliances sont fréquentes, se font et se défont au gré de la volonté des plus persévérants, des plus forts et, surtout, des plus craints parmi les prétendants.
Miike, qui n’est pas du genre à transposer directement une oeuvre à l’écran (il aime bien se qualifier d' »arrangeur »), a choisi dans ses deux films de resituer le contexte avant celui de la série, réalisant ainsi des « préquelles ». Les fans y retrouveront donc quelques personnages, dont Bandō, et l’univers qu’ils connaissent par coeur : murs défraîchis et couverts de tags, bâtiments presque en ruines, salles de classe désertées avec des professeurs qui se font dessus. Quant aux couloirs, cages d’escaliers, terrasses et cours, ils servent de champ de bataille lors des affrontements massifs, ou des duels d’honneur. Et les balcons font office de tribunes.
Roboto Films nous propose ainsi de pouvoir revoir ce diptyque en France sur un support de qualité (Wild Side l’avait déjà édité en DVD). Disponible à la vente depuis le 21 mai 2026, vous aurez la possibilité de visionner les deux films dans leur VO et dans une VF correcte, au mixage satisfaisant, avec quelques rares bonus qui vous permettront de mieux appréhender cet univers aux codes singuliers.
Entrer dans le film n’est pas chose aisée. Si l’on connaît un peu Miike, on sera surpris de ne pas y retrouver sa tendance à explorer les limites de la décence et de la violence. Seuls ceux qui ont déjà lu des manga comme Bakuon Rettō ou Racaille Blues (ou à la rigueur le nettement plus connu GTO) se sentiront en terrain connu. Les autres risquent d’être déstabilisés par cette succession de scénettes alternant les bagarres, les poursuites et les gags foireux, et surtout ces lignes de dialogues construites autour de punchlines en carton.
Prenez la première demi-heure d’Akira avec ces jeunes loubards à moto, enlevez la moto et rajoutez des séquences comiques façon le Collège fou, fou, fou et vous aurez une vague idée de ce que vous propose Crows Zero. Au départ, on suit Serizawa et son pote Tokyo et on n’arrive pas à comprendre comme ce petit bonhomme peut terroriser tout un établissement. Cependant, la manière dont il parvient à semer la police et un commissaire bien maladroit nous montre qu’il a de la ressource.

C’est alors qu’on bascule sur Genji. Mince, élancé, beau gosse, regard sombre et voix basse. Pas étonnant que la jolie chanteuse Ruka se montre intéressée par lui. Mais son projet est de devenir le maître de Suzuran, la condition qu’a imposée son père pour qu’il puisse hériter de son empire mafieux. On s’aperçoit très vite que, coté baston, Genji a du répondant. Mais comme le lui dira Ken, un ancien élève assez pitoyable, être balèze ne suffit pas pour accomplir cette mission impossible : il lui faut des alliés, des groupes ou des classes entières qui accepteront de le suivre. Parfois, vaincre un leader suffit, mais d’autres fois, il faudra se montrer nettement plus persuasif, ou inventif.

Honnêtement, le début est donc assez consternant. Pourtant, une fois que les codes ont été posés et les protagonistes définis, on se prend au jeu de cette guerre de territoire avec ces défis, ces baston, ces menaces et plein de coups fourrés et de traquenards qui remplissent la vie de ces lycéens qu’on ne voit jamais bosser sur leurs leçons. Le double-jeu de Ken (ancien élève minable devenu yakuza tout aussi minable), l’apprentissage de Genji (qui se heurtera à plus fort que lui), la sérénité de Serizawa troublée uniquement par la santé de son camarade (qui est un ancien ami de Genji) et l’ombre des clans d’adultes qui se servent de ces affrontements comme bon leur semble donnent une épaisseur et une tension imprévue à ce métrage.

Néanmoins, entre deux gags nawak et quelques dialogues retors, les séquences de baston sont assez impressionnantes, montées dynamiquement avec une caméra très ludique qui sait se servir des décors. Et l’on s’aperçoit qu’au final on a passé un bon moment.
Outre les bandes-annonces, deux bonus intéressants aideront à mieux comprendre cet univers dont certains codes nous échappent sans doute : Crows Zero par Azz l’Épouvantail et le Furyo par Babilonya. Et si vous avez apprécié, un second film réalisé par Miike est également disponible.
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