- Titre original : the Longest Day

- Date de sortie en salles : 25 septembre 1962 avec 20th Century Fox
- Réalisation : Gerd Oswald, Darryl F. Zanuck, Ken Annakin, Andrew Marton & Bernhard Wicki
- Distribution : John Wayne, Robert Ryan, Richard Burton, Eddie Albert, Paul Anka, Arletty, Jean-Louis Barrault, Bourvil, Pauline Carton, Sean Connery, Mel Ferrer, Henry Fonda, Gert Fröbe, Curd Jürgens, Roddy McDowall, Peter Lawford, Sal Mineo, Robert Mitchum, Rod Steiger, Robert Wagner & Red Buttons
- Scénario : Romain Gary, James Jones, David Pursall, Jack Seddon & Cornelius Ryan d’après son roman
- Photographie : Jean Bourgoin & Walter Wottitz
- Musique : Maurice Jarre
- Support : blu-ray Fox (2009) en. 2,35 :1/ 179 min
Synopsis : De la veille au lendemain du 6 juin 1944, le film tente de retracer toute la série d’événements, de décisions, de paroles historiques, d’accidents, d’erreurs et de coups du sort qui ont contribué à la réussite du Débarquement en Normandie. Il essaie de s’attacher aux points de vue respectifs du Haut-Commandement allié, des officiers américains et britanniques, des commandos français et des groupes de Résistants intérieurs mais également des officiers allemands.
L’exemple type de la « superproduction », le Jour le plus long est une œuvre ambitieuse et méritoire à plusieurs titres. Tout d’abord, impossible de ne pas passer à côté de ce casting monumental vanté sur les affiches et les bandes-annonces : certains des plus grands acteurs américains, britanniques, allemands et français sont à l’affiche, parfois juste le temps d’une réplique – parfois aussi, malheureusement, coupés au montage. De quoi ravir l’oeil nostalgique du cinéphile, même si la réalité historique s’en est trouvée parfois bien malmenée (John Wayne par exemple joue le rôle d’un parachutiste deux fois plus jeune que lui, et pesant 20 kg de moins ; Richard Burton lui-même a avoué être mal à l’aise en interprétant un pilote aussi âgé : lui-même ayant servi dans la RAF, il savait que les pilotes avaient très rarement plus de trente ans pendant la guerre). Cependant, quelques clins d’oeil font chaud au coeur puisque le générique comporte des comédiens ayant réellement servi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Bien que muselé par un budget bloqué à 10 millions de dollars (le plus élevé jamais débloqué pour un film en noir et blanc jusqu’à la Liste de Schindler), Zanuck a pu obtenir le droit de tourner des prises de vue sur site (la pointe du Hoc, Ouistreham, le château de Chantilly et surtout Sainte-Mère-Église), délocalisant certaines scènes sur l’île de Ré ou des plages corses. Les différents États participant à la production l’ont autorisé à faire tourner près de 23 000 soldats de plusieurs pays, dont un millier de commandos français. Au moins six navires ont été prêtés par la Marine américaine. Comme il ne s’entendait pas avec le scénariste auteur du livre éponyme, un conciliateur a été nommé pour mener à bien les opérations, et quelques grandes plumes (dont Romain Gary) ont apporté leur contribution sur certains dialogues ajoutés.
Le script multiplie ainsi les points de vue, permettant à Zanuck de tenir sa promesse de mettre « une star dans chaque séquence du film » afin de rassurer les financiers de la Fox échaudés par les dépassements de budget de Cléopâtre. Ainsi, on aura autant les déclarations des grands officiers de l’État-Major allié que quelques bons mots de troufions destinés à détendre l’atmosphère très tendue de la première heure. Détail amusant : Sean Connery y interprète un soldat irlandais (rappelons qu’il était écossais) s’étonnant de la présence d’un joueur de cornemuse à l’avant des troupes britanniques.
Le tout est parfois impressionnant (les travellings aériens sur les combats, parfois pris d’hélicoptère, sons saisissants) mais accuse aussi son âge avec une violence atténuée, des morts théâtrales (les victimes de coups de feu décèdent systématiquement les bras en croix), un rythme en dents de scie avec une exposition très longue et des dialogues qui ne sont là que pour donner du temps d’écran à chaque star au générique. À l’époque (1962), la séquence d’Omaha Beach devait être fascinante, mais depuis, les nouvelles générations ont connu Il faut sauver le soldat Ryan (ou même le jeu Medal of Honor) qui la surclasse sur tous les compartiments.
Autre point à souligner que les jeunes spectateurs ne pourront peut-être pas identifier : pour un film américain de 1962, il faut reconnaître une certaine audace à avoir tourné dans les trois langues, sachant que les dix premières minutes du film sont uniquement en allemand. Certes, il existe une version entièrement tournée en anglais, mais le marché de la vidéo permet de visionner avec plaisir une version originale où chaque interprète utilise le dialecte de son personnage (précisons tout de même que dans le blu-ray Fox de 2009, les trois quarts de la séquence du casino d’Ouistreham, menée donc par des commandos français, est doublée).
On pourra aussi regretter une vision un peu trop américano-centrée, avec des comédiens français de renom interprétant de bien pâles civils (en dehors de Christian Marquand dans le rôle du commandant Kieffer, dont les 177 fusiliers-marins devaient s’emparer du casino d’Ouistreham). Quant aux troupes canadiennes sur Juno Beach, les seules à avoir entièrement atteint leurs objectifs dans le temps imparti, elles ne sont quasiment pas mentionnées : il était plus spectaculaire de se concentrer sur le désastre d’Omaha et les exploits de la pointe du Hoc, sans doute. Cela dit, le cinéphile francophile se gargarisera de savoir que l’Oscar de la meilleure photographie a été attribuée à Jean Bourgoin (chef opérateur de Mon oncle mais aussi de la Grande Illusion) et son partenaire Walter Wottitz. Et la bande originale a été confiée aux bons soins de Maurice Jarre.

Toutefois, les nombreuses anecdotes enrichiront les spectateurs et leur permettront de mieux mettre en contexte des productions plus récentes sur le même thème : une place non négligeable est ainsi laissée à la Résistance, et l’on y verra une accorte jeune femme faire tourner les têtes des soldats allemands pour mieux permettre à son partenaire de passer du matériel à leur nez et à leur barbe – fait avéré, et qu’on retrouve peu ou prou sous les traits de Anamaria Vartolomei dans la Bataille De Gaulle.

Malgré tous ses défauts, dont beaucoup sont inhérents à sa production d’une ampleur inhabituelle, le Jour le plus long a bercé l’enfance de nombreux cinéphiles, épatés par l’héroïsme des uns et par le sang-froid des autres, éblouis de voir autant de vedettes réunies dans un même film.
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