Titre original : La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom- Date de sortie en salles : 26 juin 2026 avec Pathé
- Réalisation : Antonin Baudry
- Distribution : Simon Abkarian, Anamaria Vartolomei, Niels Schneider , Félix Kysyl, Thierry Lhermitte, Campbell Scott & Simon Russell Beale
- Scénario : Antonin Baudry & Bérénice Vila d’après le roman de Julian T. Jackson Une certaine idée de la France
- Photographie : Pierre Cottereau
- Musique : Théo Cascio
- Support : 35 mm en. 2,39 :1/ 157 min
Synopsis : En 1943, tout reste à faire pour De Gaulle et les Forces Françaises Libres. Si Leclerc commence à attirer l’attention avec ses victoires éclair en Afrique, la coalition alliée a décidé de se débarrasser de lui, trop gênant, pour mettre à sa place un fantoche qui leur permettra de mieux gérer le territoire français après-guerre. Une solution inacceptable pour De Gaulle qui a désormais besoin de jouer sa dernière carte : la constitution du Conseil National de la Résistance, première base sur laquelle construire un gouvernement provisoire soutenu par des élus.
Mission accomplie pour Antonin Baudry (le Chant du loup): son diptyque ambitieux, concentré sur le coeur de la Seconde Guerre mondiale entre la Débâcle et la Libération de Paris, se conclut avec maestria sur une sélection pertinente d’images d’archives tandis que s’égrènent les vers de Paul Éluard soutenus par les violons d’une remarquable bande originale. Point d’orgue de presque six heures de film coupées en deux parties alternant tension politique, dialogues engagés ponctués de punchlines historiques et faits d’armes héroïques (critique de la première partie ici).
Baudry et son équipe ont parfaitement su doser les ingrédients nécessaires à la réalisation d’un grand film historique. Si De Gaulle demeure à juste titre le pilier et le pivot du récit, incarnant les doutes et atermoiements méconnus d’un destin continuellement menacé par la pression des Alliés et les attentes de tout un peuple, s’ajoute à son histoire deux axes majeurs qui sous-tendent son projet bien illusoire : Jean Moulin et le général Leclerc.

Trois hommes, trois destins illustres, les deux derniers servant de base à l’ambition nécessaire du premier : libérer la France et la sauver non seulement de ses envahisseurs, mais aussi de ceux qui prétendent l’aider. Le discours du film est clair, et résonne pertinemment avec la situation politique actuelle : De Gaulle n’est pas ici l’incarnation du Messie, l’Homme providentiel (ou la Femme, si l’on pense à Jeanne d’Arc, d’ailleurs citée par le Général) sur lequel s’est souvent appuyé la Nation. Il est simplement celui qui, de par sa position privilégiée mais ô combien fragile, sait que l’heure est venue pour le sursaut salutaire. Celui qui impulsera l’élan indispensable pour l’avenir de son cher pays.
Cela dit, on comprend très vite qu’il se rend compte de l’importance du domaine politique dans cette guerre-là qui se joue sans coups de feu ni explosions, mais par des signatures, des accords et des poignées de mains. Cette dimension de la lutte, qu’il méprisait et dans laquelle il se fourvoyait régulièrement au départ, il commence à présent à en assimiler les processus et rouages. Constamment ballotté par les Britanniques, qui l’admirent tout en le craignant, dénigré par les Américains qui le prennent de haut, De Gaulle, homme de terrain, va apprendre à user de ces ficelles perverses que tirent les politiciens, et notamment une arme encore trop mal maîtrisée par les Français à l’époque : les médias.

Sauf que sa situation est extrêmement précaire : en 1943, le vent a tourné en Europe et la perspective d’une libération des pays envahis se fait jour car l’Amérique et sa puissance industrielle colossale vient peser dans la balance. Mais l’Amérique n’a que faire d’un histrion comme De Gaulle et préfère construire un plan d’aménagement des futurs territoires occupés qui la préserverait de potentiels conflits déstabilisants – et ferait de l’Europe une multitude d’États inféodés, dépendant de son bon vouloir. Le nouvel ennemi, jamais mentionné dans le film, viendra de l’Est, et Washington préfère se constituer un rempart inexpugnable avec non pas des alliés, mais des sujets.

La situation de Churchill n’est pas vraiment meilleure : il aime sincèrement De Gaulle et la France, mais entre celui-ci et Roosevelt, son gouvernement n’hésitera pas une seconde. Les USA sont nécessaires pour remporter cette guerre, alors que le brave Général et son armée de coloniaux ne peuvent faire pencher la balance.

C’est là qu’interviennent Leclerc et Jean Moulin. Leclerc, par ses exploits abondamment commentés en Afrique (le film s’ouvre sur la conquête du Fezzan, un territoire au sud de la Libye, en janvier 1943), donne désormais du poids aux Forces Françaises Libres. Les Américains n’aiment rien tant que les héros, surtout ceux qui n’ont pas froid aux yeux comme lui. Les Britanniques, à l’image de Montgomery, déplorent certes sa témérité, à la limite de l’insubordination, mais admirent sa détermination, son sang-froid et l’efficacité de ses prises de risque.
Comme il est difficile de se passer de sa division et du symbole qu’il représente, il suffit alors de le mettre sous la coupe d’un pantin : le Général Giraud (Thierry Lhermitte, très juste avec cette touche de comédie qui sied bien au personnage) sera cet homme, suffisamment ambitieux pour être à la solde de ceux qui lui promettent monts et merveilles, et suffisamment veule pour ne pas tenter de faire cavalier seul – bien secondé en sous-marin par Jean Monnet, revenu des USA avec des instructions claires.

Reste l’autre atout de De Gaulle : Jean Moulin. En coordonnant la Résistance intérieure, il pourrait construire un dispositif essentiel dans la réussite des débarquements envisagés. Eisenhower n’est pas dupe : il préfère une opération avec un maximum de chances de succès. Sauf que Moulin se heurte autant à la traque acharnée de la Gestapo qu’au refus des élus de participer au Conseil de la Résistance, ce qui lui confèrerait une assise politique impossible à nier. Le temps presse, et De Gaulle se retrouve avec cette unique carte à jouer : sur les fondements de ce conseil représentatif de la Nation, il pourrait constituer le gouvernement provisoire d’un État souverain, empêchant alors les Alliés de s’en partager les morceaux.

Voici tous les enjeux d’un film remarquable, sans doute moins fluide dans sa narration que le premier, mais mené de main de maître. Anamaria Vartolomei y interprète magnifiquement une jeune Résistante en personnifiant tous les moyens dont Jean Moulin et ses acolytes ont usé pour lutter dans l’Armée des Ombres : surveillance, sabotage, codage, décryptage et envoi de messages ou de matériel. Une féminisation bienvenue qui met en lumière l’incroyable travail des femmes pendant ces années noires, et notamment les plus jeunes et accortes dont le charme a pu permettre de faire passer bon nombre d’informations cruciales au nez et à la barbe des occupants.

On saluera de même la mise en lumière de l’apport logistique des femmes dans la 2e DB avec cette troupe d’ambulancières débarquée d’Amérique qui ne désire que travailler avec Leclerc : aucune exagération car l’anecdote est bien réelle (il s’agit du Groupe Rochambeau dirigée par Florence Conrad), tout comme l’entreprise de « blanchiment » de la Division Blindée dont les soldats africains ont progressivement été remplacés par des membres des maquis, pourtant nettement moins expérimentés.

Tension, suspense, exploits inondent l’écran, alternant avec quelques sentences bien assénées par un Simon Abkarian nettement plus à l’aise dans le costume du Général. Et surtout, l’émotion déborde de certaines séquences, s’écoulant des regards étonnés, choqués ou soulagés des protagonistes. En se concentrant sur un nombre restreint de personnages, Baudry a opté pour une humanisation du récit qui l’empêche parfois d’être très clair (il manque bon nombre d’éléments historiques en raison de raccourcis nécessaires) mais qui a le mérite de nous garder au coeur de ces événements tragiques, et capitaux pour le destin de notre pays.
Et quelques scènes sont dignes d’être montrées aux écoliers en classe de CM2. Une grande réussite qui fait honneur au cinéma national, et au courage, à la détermination et à la résilience de tout un peuple.
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