• Titre original : La Bataille de Gaulle : l’Âge de fer
  • Date de sortie en salles : 3 juin 2026 avec Pathé
  • Réalisation : Antonin Baudry
  • Distribution : Simon Abkarian, Benoît Magimel, Anamaria Vartolomei, Niels Schneider & Mathieu Kassovitz
  • Scénario : Antonin Baudry & Bérénice Vila d’après le roman de Julian T. Jackson Une certaine idée de la France
  • Photographie : Giora Bejack & Pierre Cottereau
  • Musique : Volker Bertelman
  • Support : 35 mm en. 2,39 :1/ 160 min

 

Synopsis : Juin 1940.

La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de baisser les bras. Seul contre vents et marées, ce général inconnu s’enfuit à Londres pour sauver ce qui reste de liberté. Sans armée, sans soutien, sans espoir. Mais avec une conviction irrationnelle : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Faisant le pari ultime, il cherche à convaincre le monde que la bataille pour la France n’est ni terminée ni perdue. La réalité, cependant, est inébranlable et semble déterminée à lui prouver qu’il a tort. Pourtant, petit à petit, des résistants, des étudiants rebelles et des soldats déterminés se soulèvent en Angleterre, en France et en Afrique pour rejoindre la cause. Leur foi, leur audace et leur soif de liberté défient ce que l’histoire semblait avoir écrit d’avance.

La Seconde Guerre mondiale au cinéma semble avoir le vent en poupe : la programmation du Festival de Cannes l’a en partie démontré. Les raisons en sont nombreuses et pas forcément convaincantes, et ce ne sera pas le sujet ici. Ce qui nous intéresse est moins le contexte historique, voire le personnage dépeint, que la valeur du film.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, du simple point de vue pédagogique (après tout, il s’agit d’un film historique), le premier volet du diptyque d’Antonin Baudry sur le Général de Gaulle et la constitution de la France libre est assez réussi.

Après une introduction somme toute classique fondée sur des images d’archives montées avec frénésie, on se retrouve à l’aube de la Débâcle en compagnie d’une division de blindés français (chose qu’on voit si rarement au cinéma !), menée par un colonel Charles de Gaulle qui, dès ses premières répliques, pose déjà les bases du personnage : on a beau lui expliquer que la ville où il se rend est prise par les Allemands, il lui faut y aller pour s’en rendre compte par lui-même.

Le reste, on le connaît, même de manière fragmentaire : le refus de la capitulation, la fuite pour Londres et la volonté de poursuivre le combat de l’extérieur, comptant sur des volontaires (qu’il n’a pas encore) et le potentiel recelé par les colonies. Sauf qu’il est bien vite désavoué par le tout nouveau Gouvernement de Vichy et que les Anglais, qui salent son panache, ne voient guère d’autre en lui qu’un illuminé qui risque de leur mettre des bâtons dans les roues par la suite.

Fernand vous salue bien

Pourtant, Churchill lui conserve sa sympathie, parfois contre l’avis de son cabinet : ils partagent tous deux la conviction qu’il ne faut pas laisser le moindre espace à un individu aussi dangereux qu’Hitler, et que les projets de cessez-le-feu, voire de traité de non belligérance, ne sont que de la poudre aux yeux pour un dictateur aussi déterminé, et aussi particulièrement préparé au combat.

La première partie du film nous montre donc les dessous d’un projet qui n’allait pas du tout de soi : comment De Gaulle, à qui l’on va faire l’aumône d’un modeste quartier général en plein cœur de Londres, s’acharnera à constituer une force d’abord politique, puis militaire, dans le but de reprendre la lutte armée contre l’envahisseur nazi et, à terme, de le bouter hors des frontières. Un projet qui nécessite la participation pleine et entière des Britanniques, pour le support logistique au départ – or ces derniers misent avant tout sur l’atout US : Roosevelt est certes désireux d’entrer en guerre, mais l’opinion américaine y est pour l‘heure hostile, et surtout il refuse de se compromettre avec ce général d’opérette qui sera trop compliqué à manœuvrer.

On a donc d’un côté un homme droit comme un i, tout entier tendu vers un objectif illusoire mais incapable de faire les compromissions nécessaires dans un cadre diplomatique (par fierté mal placée parfois, par orgueil patriotique souvent mais aussi du fait d’un caractère insuffisamment souple et de principes qui apparaissent alors comme rétrogrades) et de l’autre un Premier Ministre admiratif, sincèrement touché par les efforts de De Gaulle de faire vivre un espoir aussi ténu, mais également pressé de toutes parts (par son parti, son gouvernement et ses alliés) de se débarrasser de cet olibrius ingérable.

À table avec Churchill & De Gaulle

Au départ, Churchill choisit le camp du Général, se disant sans doute que la très faible chance qu’il représente pourrait faire pencher la balance lorsque l’heure sera venue. C’est alors que survient la terrible décision de Mers El Kébir, et le premier drame de l’entreprise : les Britanniques ont bombardé la flotte française, l’opinion hexagonale se sent trahie, De Gaulle est anéanti et ses collaborateurs l’abandonnent.

Tout l’intérêt du film réside dans ces moments intimes entre le Général, digne et raide, et le Premier Ministre, affable mais perspicace, agrémentés de dialogues teintés d’humour et d’une petite pointe d’émotion ; mais également dans ce parcours chaotique, où De Gaulle aura plusieurs fois touché le fond, renvoyé de son bureau, remplacé par un autre, cloué au lit en pensant être invulnérable aux maladies tropicales… et se remettra en selle en thésaurisant sur de maigres mais précieuses victoires : le ralliement du Tchad (première étape vers la réunion des Forces Françaises Libres avec les armées coloniales) et surtout l’impressionnante bataille de Bir Hakeim.

Le Général Koenig (Benoît Magimel) surveillant la progression des forces de l’AfrikaKorps vers le camp fortifié de Bir Hakeim.

C’est sans conteste l’autre grand atout de ce métrage, et son incontestable point d’orgue : le fait d’avoir consacré (pour la première fois au cinéma) vingt bonnes minutes à cet événement-clef pour les FFL. Baudry raconte ainsi en images comment une troupe très inférieure en nombre à réussi à tenir une position fortifiée afin de permettre aux Britanniques, coincés à Tobrouk, de se replier vers l’Est pour y établir une nouvelle tête de pont (qui sera plus tard stratégiquement décisive lors de la bataille d’El Alamein). Pour la seconde fois depuis la début de la guerre, après Dunkerque, le sacrifice de nombreux Français a permis à leurs alliés de s’en sortir.

Grâce à une belle science du montage et une narration qui sait utiliser habilement les ellipses temporelles sans diluer ou dilater le récit, Baudry parvient à nous captiver tout au long des 160 minutes et ce, malgré l’impression persistante d’assister parfois à une transcription un peu austère, un peu hiératique, d’anecdotes piquantes et de répliques cinglantes. Abkarian, s’il donne par moments le sentiment d’avoir revêtu un habit trop grand pour lui, finit par convaincre dans la peau de cet individu (haut) perché, inaltérable et inflexible, mais non dénué d’émotions dignement contenues. Son De Gaulle ressemble à un archétype historique mais colle parfaitement à la vision du réalisateur : un héros, certes, mais un héros parfois difficilement compréhensible, peu amène, distant, porté avant tout par une idée de la France qui supplante toute reconnaissance.

Sa grandeur un peu archaïque, parfois risible, vient surtout d’un espoir en quelque chose qui n’existe déjà plus, mais qu’il est persuadé de faire renaître. En ce sens, ses constantes références à Clovis, bien naïves (et historiquement infondées), illustrent le paradoxe vivant qu’il représentait. Les producteurs ne s’étaient pas cachés de leur volonté de « rendre De Gaulle plus humain » ; on a davantage le sentiment qu’ils l’ont rendu plus iconique.

Fernand & Livia sur les toits de Paris

Néanmoins, la Bataille de Gaulle n’oublie pas un autre composant essentiel du parcours du Général : la Résistance. Les personnages de Fernand et Livia (Anamaria Vartolomei, qui allie charme et talent) personnifient ainsi les hommes de l’ombre, mus par l’honneur et fermement attachés à leur Patrie : l’épisode véridique de la sanglante célébration du 11 novembre vient rétablir un pan important de notre mémoire collective. Avant l’apparition d’un certain Jean Moulin, préalablement à l’unification des très nombreux mouvements de Résistance spontanés.

Sur le plan formel comme sur le plan narratif, le film de Baudry est une réussite dont peut s’enorgueillir le cinéma national, qui se permet enfin d’éclairer de nombreux points obscurs de notre Histoire.


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