- Titre original : Apollo 13

- Date de sortie en salles : 8 novembre 1995 avec Universal Pictures
- Réalisation : Ron Howard
- Distribution : Tom Hanks, Bill Paxton, Kevin Bacon, Gary Sinise, Kathleen Quinlan & Ed Harris
- Scénario : William Broyles Jr & Al Reinert, d’après le roman de Jim Lovell & Jeffrey Kluger
- Photographie : Dean Cundey
- Musique : James Horner
- Support : blu-ray UHD 4K Universal (2017) en 2.39:1/ 140 min
Synopsis : L’histoire de la tragique mission Apollo 13, lors de laquelle une explosion à bord de la capsule a sérieusement compromis les chances de survie de l’équipage, poussant tous les techniciens de la NASA à élaborer une stratégie de retour sur Terre extrêmement risquée…

La périlleuse mission Apollo 13 possédait tous les éléments pour en faire un de ces blockbusters au budget confortable et au casting 5 étoiles qui agrémentent les étés au cinéma. Le scénario, fondé sur le roman coécrit par l’un des protagonistes (le capitaine Jim Lovell, commandant de bord de cette mission, incarné fidèlement par Tom Hanks), met doctement en place les éléments constitutifs de l’intrigue sans trop s’appesantir sur la symbolique du nombre 13, même si un journaliste vient rappeler les troublantes évidences (la fusée décollera à 13h13 et l’équipage sera en route pour la lune le 13 avril 1970).

Ceux qui connaissent un tant soit peu l’histoire des missions spatiales savent qu’elle est jonchée de tragédies : trois ans avant le décollage prévu d’Apollo 13, en 1967, le cosmonaute Komarov périssait lors du retour sur Terre de la capsule Soyouz 1 ; la même année, les trois astronautes d’Apollo 1 sont morts dans l’incendie de leur module au sol. Des événements qui ont non seulement profondément impacté l’opinion mais également le programme de développement spatial qui a dû insérer de nouvelles procédures de sauvegarde pour éviter qu’ils se reproduisent.

L’excellente série retraçant tout le programme Apollo s’attarde justement sur ces faits, mais ils sont rappelés adroitement dans First Man par exemple, et nettement plus brièvement ici dans le prologue. Une manière de nous montrer s’il en était besoin que l’aventure spatiale n’était pas sans risques, bien au contraire, mais qu’ils avaient été pris en considération autant qu’il le fallait.
Reste que tout n’est pas prévisible dans l’inconnu du vide spatial, et les ordinateurs balbutiants de la fin des années 60 étaient bien incapables de se substituer à l’ingéniosité et l’expérience des humains dédiés à la conception, la fabrication et le pilotage de tels engins. C’est précisément ce qui fait le sel d’Apollo 13 : le traumatisme d’Apollo 1 a conduit à une redondance de systèmes de sécurité (cela aurait pu également freiner le développement du programme spatial, tel que c’est décrit dans les premiers épisodes de la série For All Mankind) qui font des astronautes de véritables experts en la matière, secondés autant que possible par une multitude de scientifiques et de techniciens au sol.

Ainsi, lorsque l’incident se produit après une longue mise en place nécessaire des personnages et des faits jusqu’au décollage de la fusée, la mise en orbite de la capsule et l’injection sur la trajectoire lunaire, le spectateur est paré : face caméra, Tom Hanks énonce la fameuse réplique entrée dans la légende (Houston, we have a problem.) et c’est le branle-bas de combat. Bien vite, le constat de la situation amène à une conclusion terrible pour l’équipage, résumée par une autre phrase pleine d’amertume :
We lost the Moon.
L’importance de cet aveu insère un peu plus de dramaturgie à toutes les procédures en urgence, et parfois à l’aveugle, qui vont se succéder : moins d’un an avant, Lovell avait fait partie du programme Apollo 8, qui lui avait permis d’accomplir plusieurs révolutions autour de notre satellite naturel, en photographier la face cachée et préparer consciencieusement les futurs alunissages. Il n’avait qu’à tendre la main pour toucher la Lune, dont la surface grise s’étendait sous son hublot. Cette expérience lui avait permis de diriger cette mission précise, avancée en raison d’un coup du sort (l’officier prévu pour Apollo 13 souffrait d’une sciatique) et voilà qu’un incident venait l’empêcher encore une fois de toucher au but.

La dernière heure du film met en œuvre plutôt efficacement la montée en tension consécutive à la mise en place des procédures d’urgence. D’abord, il fallait assurer la survie des astronautes (gestion de l’alimentation électrique et de l’oxygène). Ensuite, leur permettre d’adopter une trajectoire qui les ferait rentrer sur Terre avec très peu de carburant et un moteur risquant d’exploser – et ajoutez-y l’obligation de couper l’ordinateur de bord pour économiser l’énergie. La manœuvre effectuée est tellement surréaliste qu’elle a poussé des spectateurs à affirmer qu’il était impossible que l’équipage ait pu s’en sortir : c’est pourtant ainsi que cela s’est passé ! Et on n’est pas au bout de nos soucis puisque même si la capsule revient sur Terre, rien ne dit que le bouclier de protection thermique n’ait pas souffert…
Ron Howard (Rush, Willow), sans génie mais avec application, dirige adroitement une formidable équipe de comédiens, avec un Ed Harris (Truman Show, Abyss) ultra-charismatique en Gene Kranz (chef de mission au sol), qui pousse son équipe au maximum de ses capacités pour qu’Apollo 13 ne soit pas le désastre annoncé.

Bill Paxton (Aliens) et Kevin Bacon (Hollow Man, Traque à Boston) font le job dans des rôles plus ingrats (les équipiers de Lovell) mais on retiendra surtout la performance de Gary Sinise (Mission to Mars) qui interprète Ken Mattingly, cloué au sol en raison d’une suspicion de rougeole – et dont la persévérance fournira les clefs de la survie de ses compagnons.
Dans ce monde d’hommes, Kathleen Quinlan incarne avec élégance la femme de Lovell, compréhensive, patiente mais capable d’accès de colère lorsque les décisions de la NASA lui semblent iniques. On retiendra également la manière dont l’opinion publique, qui commençait à se désintéresser du programme spatial, s’est mis à suivre avec ferveur l’impossible odyssée d’Apollo 13 quand le drame a été rendu public. À croire que la NASA avait fomenté l’incident pour attirer à nouveau l’attention et dégager des crédits supplémentaires.

Terminons sur la partition de James Horner (Légendes d’automne, Titanic, Aliens), un brin pompeuse et dans laquelle on reconnaît bon nombre de mesures déjà utilisées ailleurs : elle colle à l’esprit de cette super-production bien sage mais spectaculaire aux images resplendissantes et à la distribution étincelante.
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