• Titre original : Tir à vue
  • Date de sortie en salles : 5 septembre 1984 avec Parafrance Films
  • Réalisation : Marc Angelo
  • Distribution : Laurent Malet, Sandrine Bonnaire, Jean Carmet & Michel Jonasz
  • Scénario : Yves Mourot
  • Photographie : Charles Van Damme
  • Musique : Gabriel Yared
  • Support : Blu-ray Arcadès (2026) en 1,85:1 /90 min
Synopsis :

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. C’est alors qu’il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent leur seul témoin, un vieux Maghrébin connu de leur service.

les inspecteurs de police : Michel Jonasz – Jean Carmet

La collection « Polar » des éditions Arcadès se propose de nous présenter un panorama d’un temps oublié de notre histoire cinématographique, noyé sous les rares tentatives de films à grand spectacle et les comédies franchouillardes et disparaissant sous les souvenirs plus marquants des films de cape et d’épée d’antan, ou des dialogues de Michel Audiard. Pourtant, l’Hexagone ne fut pas avare en thrillers nerveux, sombres et désespérés, et notamment dans la décennie 80 où flamboyaient davantage les héros des actioners américains. Les deux documentaires en bonus sur le disque blu-ray permettent d’en apprendre davantage sur cette décennie cinématographique.

le voyou : Laurent Malet

Sorti en 1984, Tir à vue est loin d’être le plus connu de cette catégorie, et sa ressortie (pour la première fois en HD) permettra de combler pas mal de lacunes. Le cinéphile y reconnaîtra sans doute, et d’abord, Laurent Malet, un bôgosse croisé sans doute dans une des nombreuses séries TV auxquelles il a participé, avant de tomber sur un Jean Carmet dans l’un de ses rôles « sérieux », puis une toute jeune et fraîche Sandrine Bonnaire, qui sortait d’À nos amours de Maurice Pialat, un an avant Sans toit, ni loi d’Agnès Varda. Du beau monde, en somme.

la compagne du voyou : Sandrine Bonnaire

La nervosité de la réalisation, faisant alterner brutalement les très gros plans (notamment sur les regards et les mains) et les plans américains au sein d’un Paris intra-muros gris et sale, qui enferme ses habitants dans une prison d’acier et de béton (le film s’ouvre sur des rails vus en plongée avec des trains qui passent dans l’indifférence tandis que résonnent les notes grinçantes des synthés de Gabriel Yared – on est loin de la partition élégante du Patient anglais), instille une sorte de malaise existentiel prolongé par la personnalité et les agissements du personnage principal, un voyou qui gamberge et attend l’occasion de sortir de sa condition. La vengeance, mentionnée au départ dans un dialogue presque surréaliste avec un gamin, n’apparaît au final que comme un motif fumeux pour un jeune homme sans but.

Richard est jeune, beau et athlétique, cependant la mise en scène ne fait pas grand-chose pour nous le rendre sympathique : il brise les codes, tabasse, agresse et cambriole sans style. Sa romance furieuse avec Marylin est filmée sans concession : leurs corps sont montrés régulièrement nus et fougueusement enlacés, comme un contrepoint à la laideur du monde qui les entoure, et qui ne les comprend pas. Malet et Bonnaire, pour le coup, s’avèrent physiquement parfaits pour leur rôle, au grand bonheur des esthètes (ou des petits coquins).

Les forces de l’ordre en prennent également pour leur grade : l’inspecteur Casti est le seul qu’on peut raisonnablement prendre au sérieux, mais on sent bien qu’il a perdu le feu sacré (on comprend vaguement qu’il y a là-dessous la perte d’un enfant). Jean Carmet l’incarne avec sa bonhomie habituelle, avec un côté détaché assez séduisant. Son adjoint Galo, en revanche, en s’acharnant sans véritable raison sur un témoin, révèle une image peu flatteuse de la police ; on ne peut pas non plus porter aux nues l’interprétation de Michel Jonasz, qu’on sent un peu emprunté, et qui se montre rarement convaincant.

D’ailleurs, l’autre élément de malaise vient du jeu des acteurs : aucun d’entre eux ne semble à l’aise avec les dialogues sur-écrits d’Yves Mourot, mêlant tournures recherchées et argot désuet, poussant les comédiens à des effort de récitation qui nuisent au naturel des situations – au point que, par deux fois au moins, Richard somme sa petite amie d’arrêter de « dire des phrases ». Cet aspect un peu théâtral n’engendre même pas le comique, mais une ambiance malsaine avec des personnages qui paraissent se débattre dans un univers qui les dépasse, écrasés par leur destin, dans une fuite en avant mortifère et suicidaire.

On en vient à trouver que Sandrine Bonnaire joue affreusement mal, alors qu’on connaît ses qualités d’actrice : c’est uniquement parce que son personnage est écrit ainsi, jeune lolita en mal de reconnaissance, qui va se brûler les ailes auprès d’un ange de la Mort. Elle déclame sa prose comme si elle savait la fatalité qui pesait sur elle. On est à la fois très loin du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn (auquel la presse de l’époque n’avait pas hésité à le comparer – idée reprise dans le documentaire inclus dans le blu-ray), au moins aussi brutal, plus sanglant, mais autrement plus stylé et ironique, et des productions actuelles qui auraient mué ces personnages en anti-héros séduisants.

C’est sans doute le point fort de ce métrage, qui peine vraiment à plaire aujourd’hui, avec son montage chaotique et son ambiance morbide, sa musique discordante et ses tirades pompeuses, les éclat de rire de Marilyn et les crises de rage de Richard, et surtout cette atmosphère pesante, reflet d’une société ouvertement raciste et homophobe, qui annihile tout espoir de happy end. Car c’est une oeuvre qui, droite dans ses bottes, refusera les compromis jusqu’à la fin.

Les éditions Arcadès concoctent une sortie nationale en HD pour le 17 mars 2026 avec une piste son en DTS HD, agréablement restaurée, aux dialogues clairs mais capable de bien faire ressortir quelques rares effets sonores. L’image ne présente aucun défaut majeur avec une palette de couleurs restreinte mais à l’image de la réalisation qui sait faire ressortir les tons vifs (le rouge des lèvres et de la tenue de Marilyn). On y trouvera donc aussi un bonus sur le polar des années 80 intitulé le Cinéma français en garde-à-vue, doublé d’une présentation plus ciblée du film : « Un Bonnie & Clyde moderne ».


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