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Liam Debruel

Liam Debruel
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Amoureux du cinéma. À la recherche de films de qualités en tout genre,qu'importe la catégorie dans laquelle il faut le ranger. Le cinéma est selon moi un art qui peut changer notre vision du monde ou du moins nous faire voyager quelques heures. Fan notamment de JJ Abrams,Christopher Nolan, Edgar Wright,Fabrice Du Welz,Denis Villeneuve, Steven Spielberg,Alfred Hitchcock,Pascal Laugier, Brad Bird ,Guillermo Del Toro, Tim Burton,Quentin Tarantino et Alexandre Bustillo et julien Maury notamment.Écrit aussi pour les sites Church of nowhere et Le quotidien du cinéma. Je m'occupe également des Sinistres Purges où j'essaie d'aborder avec humour un film que je trouve personnellement mauvais tout en essayant de rester le plus objectif possible :)

L’évadée – Arthur Ripley

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Date de sortie : 1946 (1h21)
Réalisateur : Arthur Ripley
Casting : Robert Cummings, Michele Morgan, Steve Cochran, …
Genre : Drame, policier
Nationalité : États-Unis

Synopsis: Ancien soldat, Chuck Scott (Robert Cummings) se fait engager comme chauffeur par Eddie Roman (Steve Cochran), le chef d’une bande de malfrats. Séduit par Lorna, la femme d’Eddie, il décide de fuir avec elle. Alors qu’Eddie a mis des tueurs à leurs trousses, Chuck est accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. La police se met alors, elle aussi, à traquer Chuck et Lorna. …

Critique : Si les codes du film noir sont inscrits de manière reconnaissable pour toute personne aimant le cinéma (et ce même sans nécessairement disposer d’une grande expérience en la matière), il suffit comme toujours d’une simple pichenette pour que ceux-ci se bousculent de manière nouvelle. C’est clairement le cas avec cette « Évadée », sorti depuis peu en DVD chez Artus. Le film d’Arthur Ripley amène ainsi rapidement une forme de tension autre, comme une sensation que l’on ne voudrait qualifier sous peine d’influencer le regard vierge de tout à priori sur le long-métrage. Mais soyez bien rassurés : cet inconfort de reconnaissance est somme toute des plus galvanisants par ce qui se profile au fur et à mesure que la narration avance.

Cela passe par quelques fulgurances visuelles, telle cette mort où une bouteille de vin renversée préfigure une mort que l’on imagine violente. Il se dresse également une perte de repères qui aide au développement de l’empathie avec Robert Cummings. Ce dernier est à l’image de la mise en scène, préférant une robustesse dans l’appui au récit que trop ressortir au risque de nuire à l’intrigue. Il se crée ainsi une solidité globale qui conforte la bonne opinion avec laquelle nous ressortons du long-métrage. Un coup d’œil sur certains sites spécialisés permet de constater de nombreux retours confus mais cela nous semble justement important dans ce que semble développer le long-métrage.

Fourni dans une bonne édition chez Artus, « L’évadée » se révèle autant récit de fuite que de perte, et ce en de multiples sens. Jouant avec les attentes de manière intéressante, le film d’Arthur Ripley est une intrigante découverte qui peut laisser perplexe par moments mais dont les multiples circonvolutions offrent une expérience narrative des plus réussies. On peut même ressentir l’influence que cette « Évadée » a pu avoir sur certains titres plus connus d’un grand public. Espérons alors que ce dernier saura profiter de cette édition pour mieux inscrire le film dans les mémoires.

Calibre 32 – Alfonso Brescia

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Date de sortie : 1967 (1h34)
Réalisateur : Alfonso Brescia
Casting : Peter Lee Lawrence, Agnès Spaak, Massimo Righi, …
Genre : Western
Nationalité : Italie

Synopsis: Une association de banquiers et notables d’une petite ville de l’Ouest se font régulièrement piller par des bandits sans scrupules. Ils font appel à un pistolero pour s’en débarrasser : l’élégant Silver, joueur de poker et coureur de femmes.

Critique : Le pouvoir d’évocation du western est tel qu’il suffit parfois d’un rien pour pouvoir développer un bon titre du genre. On imagine ainsi une silhouette taiseuse ou presque, au charisme froid résonnant avec la chaleur austère des décors. Si vous fermez les yeux, vous pouvez observer le décor aux bruits reconnaissables avant que le bruit des balles ne vienne briser ce faux silence. Ce « Calibre 32 » se situe évidemment dans toutes les cases que l’on pourrait cocher en la matière mais cela n’empêche guère le film d’Alfonso Brescia de fonctionner, bien au contraire tant on ne s’ennuie pas durant l’heure 34 de ce long-métrage.

Peter Lee Lawrence arrive par exemple à bien jouer de son héros plus archétypal que caricatural. La froideur quasi déshumanisée qui se ressent dans son regard permet de bien appuyer l’ancrage du protagoniste. Il se crée alors un intérêt non feint malgré un scénario classique par la construction plutôt solide de l’ensemble. Dès l’ouverture, l’atmosphère est posée par une séquence d’iconisation puis une autre de crime se terminant dans le sang. Si ce dernier est plutôt peu présent, il en reste une ambiance marquée qui rend le visionnage plus qu’appréciable. Alfonso Brescia y apporte un soin visuel, disposant de quelques idées mais cherchant surtout une rigueur qui ne fait que renforcer le capital sympathique de ce western spaghetti sur le fil du cliché.

Si l’on rajoute en plus que le film se trouve dans une bien belle édition combo Blu-Ray/DVD, on doit admettre avoir été agréablement charmé par ce « Calibre 32 ». Bien ancré dans les codes du western spaghetti, le film d’Alfonso Brescia se révèle soigné dans ses apports tout en déroulant les attentes de son audience qui en sort peu surprise mais grandement divertie. Voilà un long-métrage qui donne envie de se refaire un marathon de westerns à défaut de se retrouver dans des duels sous le soleil typique du Far West avant de partir vers le soleil couchant….

La femme déshonorée – Robert Stevenson

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Date de sortie : 1947 (1h20)
Réalisateur : Robert Stevenson
Casting : Hedy Lamarr, Dennis O’Keefe, John Loder, …
Genre : Drame, Thriller
Nationalité : États-Unis

Synopsis: Directrice de presse, Madeleine Damien fait une tentative de suicide. Le docteur Caleb la prend en charge et la convainc de changer de vie. Elle emménage alors à Greenwich Village et se met à la peinture. Elle rencontre David, un scientifique, qui va lui redonner peu à peu goût à la vie. Un soir, elle retrouve Félix, un ancien amant.

Critique : L’éditeur Artus a gagné son excellente réputation par la diffusion de films anciens souvent oubliés de la part du grand public et remis en lumière par un travail d’édition qualitatif. C’est encore le cas avec cette « Femme déshonorée », film réalisé par Robert Stevenson (plus connu par les fans de Disney pour « Mary Poppins » ou encore « L’apprentie sorcière »). La première chose qui frappe durant la découverte du film est son ancrage encore contemporain par le biais de doubles standards de genres. Ainsi, la réputation de Madeleine est vue comme néfaste car elle a une vie romantique chargée, ne correspondant donc pas à des normes imposées sur le corps de la femme. Il se crée une forme de malaise par ce biais encore trop moderne, notamment dans la façon dont le film tournera autour du jugement permanent de l’héroïne. Ce regard inquisiteur se définira de manière plus physique dans un dernier tiers plutôt passionnant dans son basculement total vers le thriller.

Robert Stevenson arrive à façonner un certain corps à cette charge discrète mais existante et joue d’une mise en scène plus que correcte, par exemple par l’usage de certains zooms. Il est aidé par la grâce d’une Hedi Lamarr captant avec une fausse froideur ce portrait de femme utilisée et malmenée, dans une prestation qui se révèle sans aucun doute comme l’aspect le plus réussi du long-métrage. L’actrice porte sur ses épaules l’intégralité du long-métrage, au point qu’on ne voit plus qu’elle dans chaque plan où elle se trouve, ironiquement à l’inverse de ses confrères masculins qui participent au mal-être émotionnel de Madeleine. Il en sort un léger classicisme dans la résolution du film mais rien qui n’atteigne l’intégrité de celui-ci.

Si l’on peut reprocher à la copie DVD des scènes nocturnes un peu trop sombres, la qualité de l’exemplaire fourni par Artus n’est pas à remettre en question, faisant ressortir de belle manière le cadre noir et blanc d’une œuvre des plus intéressantes. « La femme déshonorée » s’avère ainsi bien mené tout du long et parvient à ancrer définitivement le visage d’Hedi Lamarr dans un rôle conservant toute la modernité de son propos.

Bergman Island de Mia Hansen-Løve

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Date de sortie : Juillet 2021 (1h53)
Réalisatrice : Mia Hansen-Løve
Casting : Vicky Krieps, Tim Roth, Mia Wasikowska, …
Genre : Drame
Nationalité : France, Belgique, Allemagne, Suède

Synopsis: Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. À mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…

Critique : L’acte de création peut autant se révéler une libération qu’un fardeau, surtout quand l’on ne parvient pas à dévoiler convenablement nos ambitions dans ce domaine. Souvent, on sent une ombre pesante planer sur nos espoirs. Parfois, c’est celle du temps qui passe, que l’on ne rattrapera jamais et qui nous rapproche de plus en plus de la fin. D’autres, c’est un modèle, un artiste, un vrai, de ces personnes qui jamais ne badineraient autant que nous. Ce fantôme existe dans le dernier film de Mia Hansen-Love et il se nomme Ingmar Bergman. Le fameux réalisateur suédois est dit, dans une réplique du film, croire aux esprits. Pas étonnant alors qu’il vienne hanter un couple arrivant sur son territoire.

« Bergman Island » dégage une certaine tendresse quasi amère, celle du questionnement existentiel dans le rapport à l’être aimé et la création. Il en ressort une certaine délicatesse, quasiment à fleur de peau, en particulier dans l’interprétation de Vicky Krieps. Par sa partition subtile, l’actrice émeut doucement mais sûrement, avec une mélancolie qui va se déverser dans le cadre par le biais d’une jolie photographie. Mia Hansen-Love réussit à dessiner les doutes de ses protagonistes avec un certain style, évitant la lourdeur métatextuelle tout en y touchant par un certain prisme, et sachant comment aborder le regard vers Bergman sans se sentir perdu si l’on n’a pas vu de films de lui. C’est moins le clin d’œil qui semble transparaître que la confrontation, pesante, lourde, mais au final salvatrice.

L’exercice d’équilibriste au cœur de « Bergman Island » relève alors de la tonalité faussement éteinte mais luisant avec une certaine beauté par son traitement du couple d’artiste. En ce sens, le film envoûte, bien aidé par la mise en scène de sa réalisatrice qui appose une forme d’élégance visuelle qui touche par tout ce qu’elle invoque comme faux fantômes et vrais doutes. C’est un bien beau film, de ceux qui ne font pas de bruit pour mieux se glisser durablement dans notre esprit.

The Conjuring 3 : The devil made me do it de Michael Chaves

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Date de sortie : Juin 2021 (1h52)
Réalisateur : Michael Chaves
Casting : Patrick Wilson, Vera Farmiga, John Noble, …
Genre : horreur, fantastique
Nationalité : américaine

Synopsis :Conjuring 3 : sous l’emprise du diable retrace une affaire terrifiante de meurtre et de présence maléfique mystérieuse qui a même ébranlé les enquêteurs paranormaux Ed et Lorraine Warren, pourtant très aguerris. Dans cette affaire issue de leurs dossiers secrets – l’une des plus spectaculaires – , Ed et Lorrain commencent par se battre pour protéger l’âme d’un petit garçon, puis basculent dans un monde radicalement inconnu. Ce sera la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’un homme soupçonné de meurtre plaide la possession démoniaque comme ligne de défense.

La saga « Conjuring » est au cinéma de genre ce que le Marvel Cinematic Universe est au cinéma d’action : un univers partagé qui a posé quelques attentes au niveau des titres grands publics et a su répéter ses codes au gré de ses productions, pour le meilleur comme pour le pire. On peut ainsi parler d’une certaine inégalité au sein de la licence, ayant permis de bons moments d’effroi comme les « Conjuring », et d’autres de rires involontaires, comme le soporifique « Annabelle ». Dès lors, voir qu’un troisième volet de l’épisode initial sort sans James Wan aux manettes effraie, tout comme la présence du réalisateur de « La malédiction de la dame blanche » au vu de l’absence de qualité chez ce dernier. Le résultat donne malheureusement raison à ces craintes tout en évitant le bas du panier du Conjuringverse.

« The devil made me do it » se base à nouveau sur une histoire vraie, celle d’un procès se basant sur la possession supposée d’un homme par un démon pour commettre un meurtre. La base narrative s’avère intéressante car permettant de dévier de la structure habituelle tout en conservant un aspect d’investigation, plus appuyé. Mieux encore, la menace passe ici par une secte sataniste, apportant une part d’humanité ainsi qu’une opposition entre cette méchante et les capacités de Lorraine Warren. Cette dichotomie visuelle et narrative nourrit par moments l’histoire mais ne permet pas d’apporter plus, faute de développement assez poussé pour permettre une réelle implication émotionnelle.

Ce n’est pas faute d’essayer, notamment en cherchant à se recentrer sur l’union entre Ed et Lorraine Warren ainsi que la relation de ce faux coupable de meurtre. Néanmoins, on sent par moments que (réalisateur) ne sait pas sur quel pied danser. Il vire dans le baroque, puis le réalisme, il se veut premier degré tout en citant ouvertement « L’exorciste » ou « Shining », il cherche à restituer une crédibilité historique tout en tombant dans le spectaculaire sans savoir comment gérer son équilibre tonal. Cette inégalité affecte tout le long-métrage et confère au tout des contours grossiers, que ce soit par les ficelles de son histoire ou ses effets horrifiques acculés. En cherchant à toucher à différents aspects, le film se perd et oublie au final de se développer par lui-même malgré sa volonté.

Si la mise en scène de Michael Chaves offre quelques propositions visuelles (notamment une scène de recréation de souvenirs) et dispose d’une bonne facture technique, il manque cette inventivité et cet aspect ludique dans le genre qui fait le sel de Wan. Pire encore, car la comparaison peut paraître inutile : elle n’apporte que peu d’effroi et se base d’un point de vue fantastique sur des moments plutôt confus et au final jamais réellement effrayants. Loin de se plaindre du produit même fini, mais il faut bien admettre que, si l’on retrouve une certaine solidité de film de genre à bon budget, « The devil made me do it » n’arrive pas à développer une personnalité propre ou à amener une forme de nouveauté dans sa conception.

Cela reste plus que dommageable vu l’affection sincère que l’on peut ressentir pour les Warren, toujours solidement interprétés par Patrick Wilson et Vera Farmiga. Leur alchimie s’avère une des rares lumières d’un film qui ne semble pas savoir où se diriger visuellement ou narrativement, quitte à rentrer dans le moule tout en mettant de côté ses possibles directions intéressantes. La direction moins solide du reste du casting et la façon d’évacuer sa menace plus terre à terre pour quelque chose de plus ostentatoire dans le climax n’aident donc pas à réellement captiver malgré ses alentours d’investigation qui auraient mérité d’être mieux brossés.

«The conjuring 3 : the devil made me do it » se révèle alors décevant par ses promesses non accomplies, arrivant à se montrer à de rares moments. Il en sort une construction déséquilibrée et bien trop prévisible pour réellement se faire récit d’enquête fantastique, train fantôme horrifique ou drame amoureux marqué par l’horreur. Restent des intentions, transcendant par instants un film plutôt morne dans sa globalité.

La bataille du rail de Jean-Charles Paugam

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Date de sortie : 2021 (1h58)
Réalisateur : Jean-Charles Paugam
Casting : Pierre Lottin, Clara Ponsot, Yasin Houicha, …
Genre : comédie dramatique
Nationalité : France

Synopsis : Franck, squatteur professionnel, doit remplacer un pote dealeur pour la nuit s’il veut crécher chez lui. Le problème, c’est que Franck n’a jamais dealé … Il n’est pas près d’oublier ses nouveaux clients, plus tarés les uns que les autres.

Critique : Les conséquences du Covid dans la distribution de longs-métrages continue de se répercuter avec cette « Bataille du Rail », évincé de la programmation salle pour arriver directement sur Canal+. C’est un sort un peu injuste (sans dénigrer évidemment la place de la chaîne) au vu de la sympathique proposition que constitue le film de Jean-Charles Paugam. C’est un périple dans la nuit, entre comédie et micros drames, s’inscrivant d’une certaine manière, toutes proportions gardées, dans l’influence du cinéma des Safdie. On ressent entre autre cela dans cette optique d’un trajet nocturne où le personnage principal accumule les mésaventures à une échelle croissante et surtout inarrêtable. Il se crée alors un rythme constant dans ses saynètes, bien aidé par la maladresse permanente de Pierre Lottin dans le rôle principal.

Jean-Charles Paugam amène dans sa mise en scène une forme inéluctable dans les malheurs, amenant la comédie avec une certaine discrétion pour mieux souligner son héros malheureux. Il en ressort une forme de vie par cet aspect réduit, proche d’un quotidien où les tracas relèvent inévitablement du financier. C’est presque un récit de fuite qui se dessine, celle de la pauvreté et des conséquences économiques qui s’y dessinent par le biais du deal. Perdu dans un costume qui ne lui sied guère, Franck relève alors de l’antihéros gaffeur et perdu dans une ville qui sait relever ses diverses situations. Le semblant de normalité de façade amène alors une certaine empathie qui nous donne envie de mettre de côté ses quelques défauts.

Par son approche sincère et son périple permanent, « La bataille du rail » relève bien de la comédie dramatique pure, notamment suite à un humour discret où le burlesque se crée dans l’habituel. Il en ressort un film amusant mais surtout marqué par une course permanente. Le résultat se révèle attachant, à défaut d’être pleinement réussi, avec un charme plutôt plaisant une fois son récit clos. On espère donc qu’à défaut de pouvoir le découvrir sur grand écran, son passage sur le plus petit permettra un rattrapage rapide du film de Jean-Charles Paugam.

La brigade du suicide d’Anthony Mann

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Date de sortie : 1947
Réalisateur : Anthony Mann
Acteurs principaux : Dennis O’Keefe, Mary Meade, Alfred Ryder, …
Genre : policier
Nationalité : États-Unis

Résumé : Deux agents du Trésor, O’Brien et Tony Genaro, infiltrent un gang de faux-monnayeurs extrêmement habiles, au péril de leur vie.

Critique : Le film d’Anthony Mann dénote rapidement par l’usage d’une voix off sentencieuse proche du documentaire. Il suffit donc de quelques instants pour comprendre l’envie de réalisme du réalisateur dans sa manière de suivre son récit et traiter ces agents d’institutions avec un éloge qui risque de rebuter encore plus une certaine audience. Néanmoins, il faut s’accrocher au-delà de ces aspects pour mieux apprécier la qualité d’un long-métrage plutôt classieux dans ses ambitions narratives et visuelles.

Ainsi, l’élégance de la mise en scène frappe directement, bien aidée par une photographie usant de ses aspects artificiels pour mieux dépeindre la violence d’un milieu criminel corrupteur. Anthony Mann dépeint avec une verve moderne son récit avec une efficacité qui accroche tout du long, bien appuyée par les prestations impeccables du casting. On sent une maîtrise absolument permanente sur ses différents aspects, ce qui permet de mieux mettre de côté certains points un peu réfractaires (dont la voix off et l’éloge patriotique énoncé auparavant) et de mieux apprécier la nature haletante d’un long-métrage passionnant de bout en bout.

On peut donc remercier Rimini de permettre à cette « Brigade du suicide » d’être remise en lumière avec cette édition vu la qualité d’ensemble du long-métrage. Cette sortie mérite d’ailleurs d’être soulignée par le haut niveau de sa restauration et l’intérêt de ses bonus, auxquels il faut ajouter un livret de 28 pages. Le travail accompli par Anthony Mann pousse donc aux louanges et à ignorer ses scories au vu de la plastique impeccable d’un film policier absolument solide et surtout remarquable à souhait. Il s’avère donc important de jeter un œil à cette « Brigade du suicide » si vous êtes en quête d’un excellent film.

 

Ammonite de Francis Lee

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Date de sortie : 2020 (1h58)
Réalisateur : Francis Lee
Casting : Kate Winslet, Saoirse Ronan, Fiona Shaw, …
Genre : drame historique
Nationalité : Royaume-Uni

 

Synopsis : 1840. Mary Anning fut une paléontologue renommée mais vit aujourd’hui modestement avec sa mère sur la côte sud et sauvage de l’Angleterre. Mary glane des ammonites sur la plage et les vend à des touristes fortunés. L’un d’eux, en partance pour un voyage d’affaires, lui demande de prendre en pension son épouse convalescente, Charlotte. C’est le début d’une histoire d’amour passionnée qui défiera toutes les barrières sociales et changera leurs vies à jamais.

Critique : La romance historique se déploie avec une grâce certaine, que ce soit dans notre partie d’Europe avec « Portrait d’une jeune fille en feu » (dont on ne rappellera jamais assez la beauté) et ici de l’autre côté de la Manche avec cette « Ammonite », sortie en VOD. En ce sens, cette diffusion sur petit écran nuira peut-être à une expérience jouant de sa lenteur, nous faisant languir de sa romance par un rythme qui risque de déstabiliser une certaine audience. Il faut bien admettre que la première heure peut sembler un peu figée dans son époque, et ce malgré sa résonnance féministe qui transparaît dès son ouverture. Ce rejet de la femme se révèlera d’ailleurs un des points centraux du récit, prodiguant à celui-ci une amertume résolument moderne par l’invisibilisation constante de nombreuses femmes dans l’histoire et l’actualité.

Quand la deuxième partie amène à la concrétisation de cette relation, c’est comme si le film s’emballait, tel un cœur épris d’amour devant son élue. C’est à croire que la narration se met à respirer, à l’instar de nos deux héroïnes (dont les interprètes, Kate Winslet et Saoirse Ronan, se révèlent toujours aussi talentueuses). La beauté quasiment froide de la mise en scène de Francis Lee se reprend d’une chaleur, avant que les aléas des événements n’obligent à une redescente émotionnelle douloureuse, à l’instar d’une sortie de champ en plan fixe. C’est l’effervescence discrète mais néanmoins passionnée de certaines séquences qui rend la conclusion d’autant plus triste et tragique, telle toute romance ayant pu marquer les esprits brisés.

La comparaison avec le film de Céline Sciamma n’a donc pas lieu d’être tant, malgré le partage de quelques points en commun, le long-métrage de Francis Lee vogue sur d’autres flots. Alors laissez donc une chance à « Ammonite », jolie histoire d’amour, de femmes et de blessures intimes qui saura faire saigner les cœurs sensibles. Sa passion triste mais chargée a de quoi faire chavirer toute audience tout en profitant d’une belle esthétique et d’un fond des plus amers.

Those who wish me dead de Taylor Sheridan

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Date de sortie : 2021(1h40)
Réalisateur : Taylor Sheridan
Casting : Angelina Jolie, Finn Little, Jon Bernthal, …
Genre : Thriller
Nationalité : États-Unis

Résumé : Un jeune garçon est témoin du meurtre de son père en lisière d’une immense forêt nationale.  Traqué par des tueurs à gages décidés à l’empêcher de parler, il rencontre rapidement dans la nature une femme pompier expérimentée et spécialiste des techniques de survie qui propose de l’abriter dans sa tour d’observation. Lorsque les tueurs à gages incendient la forêt pour effacer leurs traces, le duo va devoir affronter de terribles flammes pour espérer échapper à la mort et à leurs poursuivants.

Critique : En quelques années, Taylor Sheridan est devenu un scénariste reconnu dans le cinéma américain au point que sa simple présence à l’écriture d’un film constitue un argument augmentant l’intérêt pour ce dernier. Sa plume constitue ainsi l’une des grandes forces de titres tels que Sicario , sa suite La guerre des Cartels , Comancheria ou encore Wind River qu’il avait déjà réalisé. Ce nouveau passage derrière la caméra avait donc de quoi largement intriguer, sans oublier la présence d’un casting généreux (Angelina Jolie, Nicholas Hoult, Jon Bernthal ou encore Aidan Gillen). Et si le résultat n’a pas nécessairement l’impact attendu, il se révèle néanmoins intéressant.

Le film s’inscrit dans une veine de thriller racé et sombre cohérent thématiquement avec une certaine représentation de la violence américaine au cœur des écrits de Sheridan. Il y a ainsi une brutalité parfois estomaquante au cœur de l’intrigue, une sécheresse qui ne laisse personne indemne par son traitement. On sent la volonté de capter une sauvagerie humaine dans des personnages corrompus ou devant faire face à une fureur aussi implacable que la nature elle-même. En mettant en opposition lors de sa dernière partie les flammes de l’incendie à celles de tueurs animés par leurs cruautés (et bien aidés par l’interprétation de Gillen et Hoult), Those who wish me dead  semble vouloir évoquer une rage que l’on ne peut pas espérer affronter mais à laquelle juste survivre assez longtemps.

Le long-métrage amène alors divers regards dont celui d’Hannah, toujours traumatisée par un événement qui la suit comme un boulet. Cette confrontation se révèle donc symbolique mais ne trouve pas assez d’épaisseur pour être réellement brossée narrativement. Cela se révèle dommageable vu les qualités d’un scénario portant plus le film que sa mise en scène, plutôt bonne mais peu aidée par quelques effets plutôt moyens. Néanmoins, il n’y a pas besoin de creuser bien loin pour trouver des qualités au résultat final.

En effet, si Those who wish me dead n’est pas la claque espérée, il n’empêche que le film fonctionne plutôt bien dans ses propositions, notamment grâce à une narration intéressante et marquée dans ses thématiques. On continuera donc d’attendre avec une certaine impatience les futurs projets de Taylor Sheridan au vu de son talent toujours aussi présent.

La dame rouge tua sept fois d’Emilio Miraglia

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Date de sortie :1972,  7 septembre 2021 en Blu-Ray DVD chez Artus (1h39)
Réalisateur : Emilio Miraglia
Casting : Barbara Bouchet, Ugo Pagliai,Marina Malfatti, …
Genre : giallo
Nationalité : Italie

Synopsis : Au cours d’une dispute dans le jardin du château familial, Kathy Wildenbrück tue sa sœur Evelyne. Peu après, un étrange personnage vêtu de rouge assassine des proches de Kathy. Des témoins affirment avoir reconnu Evelyne qui est pourtant morte. Ceci serait la continuation de la malédiction qui touche la dynastie des Wildenbrück : tous les cent ans, la « Dame rouge » possèderait le corps d’un membre de la famille, l’obligeant ainsi à tuer sept personnes.

Critique : Est-ce qu’on louera assez le travail de l’éditeur Artus dans le domaine de ressortir certains titres souvent peu mis en valeur par le biais d’éditions de qualité qui vont à ravir à tous les amateurs de cinéma ? Probablement pas, mais cela ne nous empêchera pas de le répéter, encore plus avec la sortie conjointe des deux giallos (ou gialli) réalisés par Emilio Miraglia : « L’appel de la chair » et « La dame rouge tua sept fois ». Nous nous concentrerons ici sur le second, plus abouti dans sa proposition que son prédécesseur sorti un an plus tôt.

En effet, le climat de suspicion amené tout au long du récit sert une intrigue où résonnent malédiction familiale et conflits d’héritage, avec des retournements de situation réguliers pour le giallo. On y trouve ainsi tous les ingrédients inhérents au genre, bien que l’on soit plutôt peu intéressé par la séquence gratuite de viol. Que cela ne vous éloigne en tout cas pas d’un titre plutôt recommandable au vu des effets de mise en scène d’Emilio Miraglia, plutôt libre dans ses mouvements de caméra et sachant comment mieux iconiser sa Dame Rouge au rire plutôt effrayant.

Le traitement colorimétrique de certaines séquences se ressent ainsi par le biais d’une photo agréable et bien remasterisée par l’édition proposée ici par Artus. La régularité dans les meurtres appuie le divertissement procuré ici par Miraglia et les twists fonctionnent bien dans leur manière de casser l’aspect fantastique pour mieux se recentrer sur un jeu de massacre terre à terre mais néanmoins excitant. Si l’on ajoute à cela un casting plutôt bon (à l’instar de Marina Malfatti, présente également dans « L’appel de la chair »), il y a de quoi offrir un bon spectacle giallesque, avec certes quelques défauts (certains aspects de l’enquête), mais néanmoins plaisant.

La sortie de « La dame rouge tua sept fois » chez Artus constitue donc une excellente occasion d’enrichir sa culture du giallo avec un divertissement agréable dans ses propositions de style tout en sachant appréhender respect des codes inhérents au genre et esquive du classicisme trop simple. Le tout, sans être aussi remarquable que certains titres des iconiques Argento, Bava et Fulci, sait comment faire fonctionner sa narration avec une ironie de fond par moments assez mordante et quelques plans où se dessine un effroi sincère.