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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Ma vie de Courgette, quand la réalité se fait poésie

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Film d’animation franco-suisse réalisé par Claude Barras (durée : 1h06) sorti le 19 octobre 2016.

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La récolte de la Courgette était attendue ! Multi-primé (une quinzaine de récompenses d’Angoulême à San Sebastian, présenté à Cannes), cet animé n’est autre que l’adaptation du roman « Autobiographie d’une Courgette » de Gilles Paris. Quand on sait que le travail sur le scénario a été confié à Céline Sciamma (à qui l’on doit la Naissance des Pieuvres, Tom Boy, Bande de filles), on se dit que l’on peut s’attendre à un film juste et profond. Ajoutons que les 106 minutes (il est toujours bon de préférer la qualité à la quantité !) sont tournées en stop motion : deux ans de travail, cent cinquante artisans, une soixante de décors, une cinquantaine de marionnettes, quinze plateaux… pour 3 secondes de film par jour et par animateur ! Bref, l’attente était grande !

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Courgette est un garçon d’une dizaine d’années qui va se retrouver contraint de vivre dans un foyer. L’occasion de rencontrer d’autres enfants comme lui : par exemple Simon le dur de la bande ou Camille l’adorable rebelle. Des dizaines d’adjectifs viennent à l’esprit durant le film. Tout d’abord : réaliste et saisissant. Le doublage (fait par des non professionnels, on est tellement loin des voix de Franck Dubosc ou de Gad Edmaleh…) sonne tellement vrai durant tout le film que ça en devient désarmant. Le spectateur plonge en immersion dans cet univers de foyer et de maltraitance grâce à des plans-séquences ambitieux et plutôt inhabituels dans ce genre de productions (si l’on compare avec les studios Laïka par exemple). Ce quotidien de Courgette et de ses amis devient bouleversant, prenant, mais sans jamais tomber dans le pathos et le grandiloquent. Cette pudeur, couplée à une poésie si difficile à obtenir dans ce monde de brutes, rend le film marquant.

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Au final, loin des super productions américaines tapageuses, qu’il est bon de tomber sur des pépites comme « Ma vie de Courgette ». A partir de six ans, foncez, adultes et enfants, pour un pur moment d’authenticité et de tendresse !

Critique à deux voix de Captain Fantastic

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Comédie dramatique américaine sortie le 12 octobre 2016 (1h58) réalisée par Matt Ross, avec Viggo Mortensen

Captain Fantastic est-il original ?

City Zen : Si le titre fera croire aux distraits qu’un nouveau Marvel vient de sortir, peut-on trouver des références à ce petit bijou de Matt Ross (acteur de séries passé derrière la caméra pour la 2ème fois après 28 Hôtel Rooms non sorti en France) ? L’affiche – et le bus – peut faire penser à Miss Little Sunshine, dans le genre road feel good movie en format familial. On dira qu’ici, le film se veut plus « intellectuel », dans son fond (pour les fans de Chomsky, on peut vous conseiller le film de Michel Gondry « Conversation animée avec Noam Chomsky ») comme dans la forme (Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » à Cannes cette année). L’aspect « vivre reclus dans les bois » m’a fait penser initialement à « Le Village » de Night Shyamalan, mais pas de fantastique dans… Captain Fantastic ! Pas besoin d’attendre la fin du film pour sortir de la forêt ! A priori, Matt Ross a voulu explorer les modes d’éducation alternative par rapport à son propre vécu et nous fait cette jolie proposition sans avoir besoin d’adapter un roman.

Monsieur Popcorn/Liam : « Captain Fantastic » fait partie de cette longue lignée de films indépendants américains arrivant dans nos contrées avec une réputation exceptionnelle.  Il y a alors une certaine crainte de devoir faire face à un ersatz de « Little miss sunshine » ou de « Juno ». Surtout que le résumé de base peut faire craindre le spectacle biaisé et manichéen : la gentille famille vivant dans la nature contre les méchants plongés dans la société de consommation. Et au final, la surprise : « Captain fantastic » est un film avec une personnalité propre. Nous avons droit à une comédie dramatique (point sur lequel il faut insister fortement) au chemin bien moins balisé que celui que nos héros suivent à bord de leur minibus. Si ce road movie peut faire penser par instant à « Little miss sunshine » ou bien « Into the wild » par ses arguments de départ, il arrive à ce que sa personnalité propre prenne le pas que ce soit dans une mise en scène lumineuse ou un récit touchant.

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 Captain Fantastic tient-il sur la durée ?

City Zen : La première scène nous plonge immédiatement dans l’ambiance avec un lent traveling arrière en forêt, comme si l’on nous invitait à prendre du recul via la nature… avant d’assister à un rituel barbare digne des Indiens du siècle dernier ! On entre dans cette famille défiant les normes sous la coupe d’un Viggo Mortensen terriblement juste, on s’hydrate de ces magnifiques photographies de paysage, on sourit… Et puis on se dit que le film dure deux heures et on se demande comment Matt Ross va réussir nous tenir en haleine jusqu’au bout. Pour le coup, j’ai trouvé que tout était dans le bon dosage, et que ça fonctionnait très bien ! On alterne les moments de vie sauvage et de civilisation, on alterne les émotions, les rires, l’action… On se détend, on s’interroge, on se laisse surprendre par un scénario qui avance tout le temps. On se laisse perdre dans des scènes particulièrement réussies. Et c’est là où Captain Fantastic entre dans la catégorie des grands films : ce subtil équilibre nous donner de quoi nous nourrir du début à la fin !

Monsieur Popcorn/Liam : Une crainte pouvait être faite dès le début du film. Ayant en effet été vendu comme une comédie (que ce soit par ses bandes annonces ou ses affiches), « Captain Fantastic » désarçonne par une scène de chasse relativement brutale, un rite de passage vers l’âge adulte (nous reviendrons sur ce thème plus tard). Le spectateur en quête d’humour risque donc de se demander où est le film lumineux qu’on lui a vendu. Néanmoins, il est dur de ne pas s’attacher à cette famille et au fur et à mesure que l’histoire avance, nous nous laissons porter avec eux dans cette quête de dernier hommage à la mère récemment décédée. Nous faisant passer par toutes les émotions, le visionnage de « Captain Fantastic » ne se fait guère sentir. Le temps passe même trop rapidement par rapport au plaisir procuré par le film.

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Captain Fantastic ouvre-t-il des débats ?

City Zen : La famille en cercle, dans le noir, au coin du feu, chacun avec un instrument de musique dans les mains. Le père lance quelques accords de guitare, le concert peut commencer… Mais c’est sans côté sans le jeune fils qui décide d’instaurer un tout autre rythme avec la puissance de ses percussions. Silence. On se regarde, on s’interroge. Le père jauge puis retourne sa guitare et s’en sert comme tambourin pour aller dans le sens décidé par son cadet. Voici la scène qui m’a particulièrement marquée et qui résume selon moi le sens du film. J’ai craint à un moment donné que les idées véhiculées penchent toujours du même côté, mais la dernière partie de cette fable vient contrebalancer les certitudes et donnent au tout une vraie réflexion sur nos modes d’éducation. Peut-on vivre en dehors des normes qu’on nous impose ? Peut-on rester en marge toute sa vie ? Comment être adapté à la société sans vendre son âme au diable ?

Monsieur Popcorn/Liam : Impossible de nier cette évidence au vu des interrogations posées sur le film. Tout d’abord, l’opposition entre deux sociétés différentes : celle de cette famille et la nôtre. Néanmoins, cette confrontation idéologique ne se fait guère de manière manichéenne et ouvre à la réflexion. Difficile donc de ne pas se creuser les méninges face aux questions que nous posent le film, que ce soit donc sur ce thème ou bien d’autres sur notre mode de fonctionnement, que ce soit sur le système éducatif, notre manière de consommer ou même d’évoluer par rapport aux mœurs, tiraillés entre volonté et refus de passage vers l’âge adulte (d’où cette scène de départ de chasse).

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Est-ce le meilleur rôle de Viggo Mortensen ?

Monsieur Popcorn/ Liam : Pour le grand public, Viggo Mortensen ne se résume qu’à un seul rôle : Aragorn dans la trilogie du « Seigneur des anneaux ». L’acteur a donc fait de son mieux pour se débarrasser de ce genre de prestation valant la célébrité et en même temps collant férocement à la peau. Et même s’il est devenu la muse de David Cronenberg le temps de trois films et qu’il a accumulé les prestations excellentes, on peut qualifier son rôle de père de famille perdu comme l’une de ses meilleures. Il faut le voir dégageant de charisme mais aussi d’amour pour sa progéniture, tout en étant également perdu suite à la mort de sa femme. Père cherchant à préparer ses enfants à un univers compliqué, c’est un homme meurtri et brisé mais essayant de le dissimuler pour aider au mieux sa famille. Mortensen représente donc l’un des meilleurs atouts de « Captain Fantastic » et y trouve dans ce rôle habité une prestation de grande qualité.

City Zen : A bientôt 60 ans, Monsieur Mortensen peut se targuer d’une filmographie longue comme un bras ! Trente ans de carrière pour cet acteur américain d’origine danoise durant laquelle il a su alterner les grosses productions (la trilogie de Peter Jackson), les films d’action (Les Promesses de l’Ombre, History of violence) mais aussi les films d’auteurs (le Psycho de Gus Van Saint, The Two faces of January)… il incarne même Sigmund Freud dans A dangerous method ! Avec Captain Fantastic, j’ai trouvé que ce rôle de la maturité lui permettait de montrer toutes ces facettes en un seul film. Disposant d’une présence physique impressionnante, Viggo n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour en imposer. Cela lui permet de jouer sur la retenue et d’explorer son intériorité en guide spirituel et intellectuel. Alors meilleur rôle, je ne sais pas, mais en tout cas très grande prestation !

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Quelle est la place de « Captain Fantastic » dans le cinéma américain actuel ?

Monsieur Popcorn/Liam : Alors que le système hollywoodien laisse de moins en moins de liberté à ses auteurs dans le moule du blockbuster, les films indépendants arrivent à subsister comme dernier bastion de la liberté artistique et d’action. C’est ainsi que les personnages n’hésitent guère à lâcher des « Fucks », qu’importe leur âge, on explique de manière à une enfant la reproduction humaine de manière sèche, on voit une partie de chasse  assez crue et le sexe de Viggo Mortensen (Un argument en plus pour ses fans ?). Bref, ce genre de choses réprimées dans les plus grosses productions américaines. Mais outre cela, « Captain Fantastic » se permet de tendre aux Etats-Unis un miroir peu reluisant dans de nombreux domaines. Il est d’ailleurs amusant de constater que si les enfants reçoivent des armes en tous genres de la part de leur père, aucune n’est un fusil (de quoi faire râler les membres de la NRA un peu plus ?). Bref, le film de Matt Ross est également une interrogation sur l’Amérique actuelle.

City Zen : angle intéressant proposé par Monsieur Popcorn ! Alors que l’on a l’habitude d’opposer les blockbusters calibrés décérébrés mode reboot remake spin off et les films d’auteur ouzbek intégralement tournés en plan séquence pour rafler des trophées à Cannes, Matt Ross propose à la fois un film attrayant et distrayant, mais également réflexif et exigeant techniquement. J’entends déjà les haters se demander « pour mieux ratisser large ? ». Et bien à mon sens, pas du tout ! La scène de la chasse dérangera Brigitte Bardot et ses associés. La scène de l’enterrement pourrait fâcher les plus cathos d’entre vous. Surtout, Captain Fantastic choque parfois, mais pas pour le plaisir de concurrence la rebelle attitude de Deadpool. Ici, les choix de mise en scène servent le propos. Quand Viggo s’exhibe dans son plus simple appareil, c’est pour mieux dénoncer les apparences. En résumé, Captain Fantastic se pose en véritable bouée d’oxygène dans le cinéma américain aseptisé actuel !

captain-4Quelle est la place de la famille dans « Captain Fantastic » ?

Monsieur Popcorn/Liam : La structure familiale est importante dans « Captain Fantastic ». C’est même d’ailleurs par cela qu’arrive l’intrigue du film avec le décès de la mère. En nous introduisant directement dans une famille désormais incomplète, Matt Ross nous plonge avec des personnages déjà désemparés. Le réalisateur confronte néanmoins cette famille à plusieurs autres modèles lors de certaines scènes, comme avec le personnage de Kathryn Hahn. Il existe donc conflit entre ces deux visions de la famille bien opposées et à laquelle notre attirance se dirige naturellement vers nos héros. Néanmoins, les choses ne sont pas aussi roses et les personnages se verront confrontés aux limites de leur système de fonctionnement. Mais alors que ceux-ci évoluent, la famille subsistera en restant soudée. Bien que proche d’une certaine manière de la mise en avant de la structure familiale américaine digne de n’importe quelle production hollywoodienne, « Captain Fantastic » n’hésite pas à la remettre en question, prônant moins le schéma que l’entraide interne entre proches.

City Zen : à l’image de la scène initiale, la famille se présente comme une tribu, au sens indien du terme. La famille est un cercle, le père se pose en chef défenseur des valeurs, mais pas en patron écrasant. Il doit permettre à chacun de trouver sa voie. Et pour cela, il doit permettre de dépasser toutes les normes de la société, prisonnière du capitalisme. La majorité – la norme – apparait comme stéréotypée et sans recul sur elle-même, à l’image de la famille idéale de la sœur du Captain. Chez elle, pas question de parler du suicide de leur mère, on préfère protéger les enfants en les abreuvant de lieux communs commodes. Viggo préfèrera toujours parler vrai à ses enfants, comme lorsqu’il explique à sa fille de 5 ans comment on fait les bébés d’une manière très pragmatique. Cette vision décalée – qui se heurte parfois violemment à l’extérieur, et même à l’intérieur de la tribu – suscite la réflexion. La fin apporte de belles réponses… aux spectateurs de trouver les siennes !

 

Poesia sin fin, voyage sur la planète Jodorowsky

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Qui est Alejandro Jodorowsky ? Un scénariste de bande-dessinées, à qui l’on doit notamment le très reconnu « L’Incal », œuvre qui a largement inspiré le Cinquième élément. Un réalisateur (la Montagne sacrée, le Voleur d’Arc en ciel) tellement génial qu’il a voulu s’attaquer à l’adaptation de Dune dans des proportions gigantesques : embaucher Mike Jagger, Salvador Dali et Orson Wells comme acteurs, les Pink Floyd pour composer la BO, Dan O’Bannon (Alien, entre autres) pour les effets spéciaux… Un projet fou à découvrir dans le très bon documentaire Jodorowsky’s Dune sorti récemment. Mais Jodo, c’est aussi un acteur, un poète, un écrivain, un mime, etc… Bref, un artiste complet, touche-à-tout, ce genre de personne qui vit à fond, dans un univers singulier qu’il aime nous faire découvrir au moyen d’un déluge de trouvailles (et qui est souvent cité en modèle par Nicolas Winding Refn, le réalisateur de Drive).

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Poesia sin fin est donc un biopic de et sur (et avec !) Jodo, qui commence à ses vingt ans (pour faire suite à La Danza de la Realidad). Dans son Chili natal, notre héros quitte avec heurt le foyer pour accomplir son rêve : devenir poète. L’occasion de nous immerger dans sa vie de bohème, là où il rencontrera bon nombre de futurs grands auteurs de la culture sud amérindienne. Un Jodo jeune interprété par… son propre fils !

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Evidemment, le film est l’occasion de nous plonger dans ce monde à part. Chaque nouvelle séquence nous propose son lot d’idées originales et poétiques. C’est un nazi monté sur échasses scrutant des badauds sans visage, c’est la mère de Jodo qui chante quand elle parle, ce sont des figurines de papiers pour faire les figurants, c’est une scène d’amour avec une naine en période de menstruations, etc, etc. On peut avoir l’impression de parfois tomber dans l’absurde (comme dans les pièces succulentes de Jodo dans son livre « Le théâtre sans fin »), mais la portée évocatrice agit avec force.

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Dans notre quotidien balisé et aseptisé, dans cette industrie du cinéma où tous les films se ressemblent pour rassembler le plus de spectateurs possible, Poesia sin fin ne trouvera son public qu’auprès de ses fans surréalistes (et par les curieux), et c’est bien dommage ! « Le cerveau, c’est notre cœur ! » nous dit Jodo. Laissez-vous tenter, oser découvrir un autre regard !

 

Mr Nobody, l’histoire de toutes ses vies

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Film sorti en 2010 et réalisé par Jaco Van Dormael (durée : 2h21)

Avec Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger

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Touché récemment par « Le tout nouveau testament » et plus anciennement par le « 8ème jour », je me suis penché sur la filmographie de Jaco Van Dormael. Ce titre « Mr Nobody » a retenu mon attention avec la présence du toujours très bon Jared Leto (quand il n’est pas coupé au montage des blockbusters !) et des critiques très partagées, signe généralement que le film délivre une vraie proposition.

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Le pitch repose sur un concept à la « Pile ou face » en explorant toutes les vies qu’aurait pu vivre Mr Nobody, en fonction de ses différents choix et des différents hasards de la Dame Fortune. Ses parents divorcent dans son enfance, il est sur le quai de la gare pour assister au départ de sa mère. Montera-t-il avec elle ou restera-t-il avec son père ? Deux choix possibles qui peuvent entrainer une multitude de nouvelles histoires.

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Toutes ces histoires qui s’imbriquent en parfait désordre chronologique permettent de parcourir des problématiques sur la vie en général, les destinées, l’amour, l’amitié, le déterminisme… L’œuvre de 2h21 est d’autant plus ambitieuse qu’elle jouit d’une jolie qualité cinématographique : plans savamment construits, cadrages intelligents et certaines séquences dégageant une poésie envoûtante. On retrouve parfois le charme de « The Eternal Sunshine of the spotless mind ».

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Ce film ne plaira pas à tout le monde car il peut dérouter, s’écartant des schémas de narration classique et abordant des questions pouvant rebuter les moins métaphysiques d’entre vous. De mon côté, j’ai adoré les premières 90 minutes, avant de m’ennuyer un peu dans la partie « toutes les femmes de ma vie »… mais j’ai adoré la fin ! Pour les cinéphiles qui aiment être surpris et qui aiment découvrir des films qui sortent de l’ordinaire.

 

Kubo, le nouveau travail de titan des studios Laïka

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Film d’animation sorti le 21 septembre et réalisé par Travis Knight

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Un nouveau travail titanesque venant des Studio Laïka (Coraline, Boxtrolls) pour ce film réalisé en stop motion dans des proportions gargantuesques ! Le casting des voix est – comme c’est devenu l’habitude – prestigieux avec Charlize Theron, Ralph Fiennes, Rooney Mara, Matthew Conaughey… Alors que les cinémas proposent encore les mastodontes de l’été en termes d’animés (Le Monde de Dory, l’Age de Glace 5, Comme des bêtes), que vaut « Kubo et les deux cordes » (un titre original plus… original que sa version française !) ?

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Kubo est un petit garçon qui a perdu son père et dont la mère possède une sorte d’Alzheimer. Devenu borgne, il gagne sa vie en racontant des histoires qu’il agrémente de jolies mélodies avec son shamisen, un instrument de musique magique. Mais un jour, il invoque par mégarde un démon du passé, ce qui va l’entrainer dans une grande aventure où il sera aidé par la mère singe et l’homme-scarabée.

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Tout d’abord, ce qui frappe, c’est l’esthétisme. On plonge d’emblée dans cet univers magique situé dans le Japon ancestral, où les personnages en origami prennent vie et où l’on invoque des esprits de la nature au détour d’un torii. Les expressions de visage sont très soignées et on y imagine bien le nombre d’heures et de préparation matérielle que ce film représente. Action et émotion s’entremêlent avec de jolies musiques : on ne s’ennuie pas le moins du monde dans ces paysages nous immergeant dans les meilleures toiles d’Hokusaï !

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L’épopée est aussi efficace que classique, avec un héros qui doit retrouver les trois parties de l’armure magique qui lui permettra d’affronter le super méchant avec en plus l’opportunité d’en apprendre davantage sur sa famille. Ça fonctionne plutôt bien, mais même si la dimension spirituelle de ces questions de filiation s’avère intéressante, l’intrigue et les personnages restent très manichéens. Le personnage du grand-père aurait pu, par exemple, être plus ambigu et plus approfondi. Dans la même lignée, les dialogues m’ont un peu laissé sur ma faim avec un degré d’interprétation se limitant fort au niveau du dessin animé pour enfants.

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En conclusion, Kubo et l’armure magique est un film d’animation magnifique illustrant à merveille le Japon ancestral. Les aventures fantasmagoriques des personnages principaux restent agréables à suivre, même si la profondeur des enjeux restent en dessous d’un Zootopie ou d’un Vice Versa. Il convient d’ajouter que les plus jeunes pourraient avoir peur avec des situations assez rudes sur le deuil et des méchants parfois effrayants (à l’image des sœurs sorcières).

Cézanne et moi, une multitude de petites touches d’émotions

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Biopic français sorti le 21 septembre 2016 (1h54) et réalisé par Danièle Thompson

Avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol.

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Affiche alléchante pour ce biopic, un genre pas si courant dans le paysage du cinéma français, porté par un duo de Guillaume renommés et talentueux : Galienne (Guillaume et les garçons à table, Yves Saint-Laurent, Eperdument) et Canet (Ne le dis à personne, La prochaine fois je viserai le cœur, Jappeloup).

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Au travers de leur amitié datant du temps de l’enfance, nous allons suivre la vie de Paul Cézanne et d’Emile Zola au moyen de va-et-vient entre les différents moments de leur relation. L’occasion de vivre le quotidien de ce peintre longtemps incompris au caractère volcanique, pendant que son ami écrivain gravissait doucement mais sûrement les marches de la reconnaissance.

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Ce film a tous les ingrédients du parfait biopic. Tout d’abord, il est fidèle à la réalité et nous propose une vision vraiment complète sur cet artiste aussi génial que détesté. Plein de petits détails viennent enrichir cette histoire où l’on croise Edouard Manet, Berthe Morisot et le Père Tanguy : de quoi ravir les amoureux de l’impressionnisme ! Par ailleurs, Danièle Thompson – fille de Gérard Oury à qui l’on doit « La Grande Vadrouille » – choisit un vrai angle de vue : sa relation avec Emile Zola, avec qui le contraste est saisissant. Le feu d’un côté, la terre de l’autre : un clair-obscur qui nous permet d’encore mieux cerner la personnalité agitée de Cézanne. En outre, les deux acteurs principaux rentrent totalement dans ces rôles de composition. Guillaume Gallienne est possédé et touchant, parvenant à nous faire croire qu’il est le peintre lui-même. Guillaume Canet n’est pas en reste avec un jeu beaucoup plus en retenue, mais tout aussi convaincant. L’évolution de leur amitié nous emporte littéralement dans un tourbillon d’émotions.

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Ajoutons à ce tableau déjà rayonnant le travail de photographie de Jean-Marie Dreujou, qui vient apporter la touche esthétique indispensable vu le sujet. Vous l’aurez compris, ce film ne mérite pas de finir au « Salon des Refusés » !

 

 

 

 

 

Frantz, osez le dernier Ozon !

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Drame français réalisé par François Ozon sorti le 7 septembre 2016 (1h54), avec Pierre Niney et Paula Beer.

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François Ozon aime sublimer la femme. Ainsi, elle dérangeait en prostituée dans « Jeune et Jolie » (2013), elle était réincarnée dans « Une nouvelle amie » (2014), elle était au centre d’un jeu pervers entre un élève et son professeur dans « Dans la maison » (2012), elle dépassait sa condition dans « Potiches » (2010), elle fascinait dans Swimming Pool (2003) et elles étaient au cœur d’un meurtre en huis-clos dans « 8 femmes » (2002). Quand ce cinéaste feu-follet croise la route du jeune et talentueux Pierre Niney (fort remarqué dans Yves Saint-Laurent, puis dans Un homme remarquable, Five et bientôt dans l’Odyssée), on se dit que le mélange sent bon le délicieux cocktail.

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Nous sommes en 1919 en Allemagne. Anna se rend tous les jours sur la tombe de Frantz, son amoureux mort durant la guerre. Elle finit par rencontrer un français – Adrien Rivoire – qui pleure également sur la tombe du soldat allemand, son vieil ami. La relation va se nouer entre celui qui est du côté des vainqueurs et la famille de la jeune allemande et réservera aux spectateurs quelques surprises.

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Nous sommes ici face à un film à 95% en noir et blanc. Si à la base, ce choix est dicté par l’aspect financier, le résultat esthétique n’en est que plus réussi. La lumière (et les zones d’ombre !) donne un beau cachet au film (on peut même penser par moment à The Artist). Les acteurs rendent les dialogues (en aAllemand !) forts et profonds. La véritable révélation du film reste incontestablement Paula Beer, très juste, que certains vont même jusqu’à comparer à Romy Schneider ! Le scénario tient la route, avec une vraie dimension psychologique pour cette version revisitée de Broken Lullaby, réalisé par Ernst Lubitsch en 1932.

Si on peut lui reprocher un manque d’émotion (ça peut aussi être vu comme une qualité de ne pas sombrer dans le pathos), voire un manque d’action pour les spectateurs ayant besoin de leur dose d’adrénaline hollywodienne, ce film ravira les amateurs du 7ème art.

Un petit boulot qui aurait pu être nettement plus grand !

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Comédie noire française (1h37) sortie le 31 août 2016

Réalisée par Pascal Chaumeil

Avec Romain Duris, Michel Blanc, Alice Belaïdi, Gustave Kervern

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A première vue, ce film possède pas mal d’arguments prometteurs. Le réalisateur – Pascaul Chaumeil – qui nous avait gratifié du fort sympathique « L’arnacoeur ». Un acteur principal – Romain Duris – plutôt bankable dans le cinéma français (l’Auberge espagnole, Une nouvelle amie, L’homme qui voulait vivre sa vie, etc). L’écriture de Michel Blanc, capable de punchlines d’humour noir qui font souvent mouche. Un pitch qui peut nous faire penser au Fargo des frères Cohen avec la touche comédie sociale à la Ken Loach. Bref, la bûche, le petit bois et l’allume-feu n’attendaient qu’à s’embraser.

copyright Nicolas Schul

L’histoire met en scène des personnages hauts en couleurs dans des situations cocasses et décalées. Jacques (Romain Duris) a perdu son emploi, sa femme est partie : il sombre dans la dépression. Mais Gardot (Michel Blanc), le mafieux du coin lui propose de tuer sa femme contre une bonne somme d’argent alors que Tom (Gustave Kervern) lui offre un emploi dans sa station-service. Et quand Brecht (Alex Lutz), leur supérieur, inspecte leurs errements au boulot, la situation bascule définitivement du côté obscur de la force, surtout qu’Anita (Alice Belaïdi) – travaillant dans la police – vient s’ajouter à l’équation. Dans ce monde sans espoir, on est prêt à tout pour vivre un quotidien décent !

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Ce film avait tout pour nous enflammer, mais de bout en bout, il nous a laissés sur notre faim.  Il manque toujours cette petite étincelle qui aurait pu faire le basculer du côté des vraies bonnes surprises de l’année. On a l’impression que rien ne va vraiment jusqu’au bout. Les différents temps du récit ne sont pas exploités, même la fin reste anecdotique. On ne peut pas dire que l’on ait passé un mauvais moment, mais ce film est à ranger dans le tiroir des « aussitôt vus, aussitôt oubliés ».

Hôtel Singapura, on y passerait bien la nuit !

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Drame singapourien (1h44) sorti le 24 août 2016 (interdit aux moins de 12 ans avec avertissement)

Réalisé par Eric Khoo, avec Josie Ho, George Young, Choi Woo-Shik

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Si le cinéma asiatique dispose de plus en plus de visibilité dans nos salles de cinéma, les œuvres singapouriennes ne sont pas si fréquentes que cela. Il faut bien avouer que la censure n’aide pas les rares réalisateurs à mener leurs projets à termes. C’est donc avec une certaine curiosité que nous pouvons nous rendre à « Hôtel Singapura ».

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A travers le personnage d’Imrah, nouvelle femme de ménage de cet hôtel, huit « sketchs » vont se succéder. Le film balaie l’histoire du pays à partir des années 40 jusqu’à un proche futur. Deux amants sont contraints de se quitter lorsque l’un des deux, anglais, retourne dans son pays. Imrah rencontre Damien, chanteur d’un groupe pop venu célébrer le succès de leur dernier disque. Une japonaise s’ébat avec son amant travesti juste avant que celui ne se fasse opérer. Deux jeunes touristes chinois censés être meilleurs amis se retrouvent dans des situations inconfortables.

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Toutes ces scènes possèdent des dénominateurs communs : la chambre 27 (d’où le titre original : « In the room ») et le sexe (d’où l’interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement) qui définit ses personnages de façon intime. Surtout, le film est réalisé avec beaucoup de soin, ce qui sublime sa dimension sensuelle. La scène d’ouverture en noir et blanc (faisant suite à l’évènement historique : les troupes japonaises envahissant Singapour) pose d’emblée les bases d’un esthétisme de qualité. La deuxième, très colorée, nous plonge dans l’ambiance des comédies musicales. Les autres « sketchs » sont du même acabit, jusqu’à la dimension fantastique et futuriste pour les derniers moments du film. Les acteurs rendent le tout très réaliste et très sensible, l’actrice la plus connue étant Josie Ho – chanteuse très populaire en Chine – vue dans Contagion de Stevie Soderbegh.

Si le rythme parfois lent et la dimension poétique pourront rebuter les spectateurs de films popcorn, ce film ravira les amateurs de cinéma par son originalité et sa qualité cinématographique.

Nerve, the Game for the new generation

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Thriller américain d’Ariel Schilman et Henry Joost sorti le 24 août 2016 (durée : 1h37)

Avec Emma Roberts, Dave Franco, Emily Meade, Miles Heizer

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Témoin de notre époque où internet a instauré la société des réseaux sociaux, sur lesquels chacun se montre et observe les autres, où il faut sans cesse en faire plus pour peser davantage de likes, Nerve propose d’explorer ce terrain sous la forme d’un jeu pouvant très facilement dérailler. Vingt ans après « The Game » de David Fincher, Ariel Schilman et Henry Joost (Paranormal Activity 3 et 4) revisitent le thème en le rendant plus moderne.

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Le film met en scène Vee (Emma Roberts, qui du haut de ses 25 ans possède déjà un CV long comme un bras !), jeune fille à la base introvertie qui vit dans l’ombre de sa meilleure amie Sydney. Elle trouve en Nerve – jeu de défis filmés sur internet – l’occasion d’enfin se lâcher et de s’émanciper. Elle va former un duo prêt à prendre tous les risques avec Ian (Dave Franco, le fils de, déjà bien en vue dans Insaisissables et Nos pires voisins). Evidemment, la situation va bien vite dégénérer !

Nerve 5

Ce film possède toutes les qualités et les défauts du teen movie. Le rythme ne souffre d’aucune faille : on a le droit à de l’action, des montées d’adrénaline, de l’amour et de l’amitié, le tout servi avec dynamisme. Le propos est traité correctement, même si cela reste très manichéen. Les acteurs font le job, sans que leur performance ne soit marquante. On peut s’interroger sur la portée de certains défis en espérant que nos ados ne tentent pas de reproduire ces folies (s’allonger sur les rails et attendre que le train passe au dessus, se suspendre à 90 mètres du sol).

Nerve 4

Au final, les spectateurs (surtout les plus jeunes !) passeront un bon moment de divertissement et pourront être amenés à se poser quelques questions sur les pratiques actuelles, même si le film ne va pas forcément très loin dans la réflexion.