L’Odyssée : Nolan rappelle la Loi de Zeus à notre époque !
Dans le prologue de l’adaptation de son chef d’œuvre La Horde du Contrevent en bande dessinée, Alain Damasio dit : « De toute façon, on ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la qualité de sa trahison. »
Une œuvre s’inscrit dans le contexte dans laquelle elle nait. Il serait à mon sens ridicule de comparer une retranscription écrite de chants antiques avec une version cinéma sortie en 2026… Attention : spoilers !
Même si Allociné annonce Zendaya dans le rôle d’Athéna, la fin du film semble plus ambigüe. N’est-elle pas la Troyenne décapitée ? La Déesse a-t-elle pris l’apparence de cette jeune femme ? Ulysse est-il guidé par une présence divine, ou est-il hanté par celle qui symbolise sa bourde originelle ? On ne tue pas ses repères.
L’eau dit ses vérités !
Car s’il y a bien une chose que Nolan martèle, c’est la Loi de Zeus (là où on parlait de Xénia chez Homère. « Respecte, prends soin de l’étranger car un Dieu se cache peut-être en lui. » Force est de constater qu’Ulysse a bafoué cette loi avec sa ruse du Cheval, ou même lorsqu’il éborgne Polyphème le pas nommé (même si je ne sais pas si «éborgner » est approprié lorsque l’on parle d’un cyclope !).
C’est cet axe qui me semble être le choix central de Maitre Christopher. Dans une époque où les guerres se multiplient, où l’on méprise celui qui n’est pas comme nous, ça semble être assez cohérent : et si on respectait l’autre dans sa différence ?
C’est comme si en perdant ses icônes et son rapport au sacré, notre époque devenait égocentrée, repliée sur elle-même, dans la peur de l’étranger, dans le rejet des différences.
Ainsi, dans les choix du Britannique, on remarque qu’hormis le personnage ambigu de Zendaya, il n’y a aucun Dieu matérialisé. On parle d’Hadès, de Poséidon, de Zeus, mais ils n’existent pas à l’écran (à moins qu’ils ne se dissimulent devant nos yeux de spectateurs dupés ?).
De nos jours, puisque ces dieux n’existent plus, nous n’avons plus à croire qu’ils puissent se cacher chez le quidam que l’on rencontre fortuitement, et donc plus d’intérêt à le respecter. C’est peut-être là la cause des maux de l’humanité ?
Oh sombre héros de l’Homère…
On peut aussi se dire que ce choix de ne pas montrer les Dieux relève du médium cinéma : on ne montre que ce que les humain.e.s peuvent vraiment voir. Il y a cette volonté chez Nolan d’être au plus proche de l’humain, au plus loin de la CGI. L’art des images animées et de faire de ces images du grandiose, du marquant. Car adapter les écrits d’Homère en long-métrage, c’est se dire que ce médium a son intérêt : on ne peut pas se contenter d’illustrer à l’identique. Faire du cinéma, c’est laisser des images marquantes.
Comme ce moment où Circé transforme les hommes en porcs à mains nues : rien que cette scène vaut le coup d’une adaptation au grand écran. 
Comme ce cheval planté dans le sable fait penser au Monolithe de 2001, Odyssée (tiens, tiens) de l’espace. L’origine de tout, l’origine de tous les maux.
Comme cette image d’Ulysse vu de dos face à l’armée de Lestrygons géants : l’Homme face à ses Dieux, face à ses Démons ?
Epoque sacrée, sacrée époque !
Pourquoi Homère a-t-il écrit l’Odyssée à son époque ? Sans être un spécialiste du sujet, on peut se dire que les intentions sont multiples : mémorielle (conserver et transmettre le souvenir d’un passé héroïque), morale et éducative (l’œuvre comme manuel de valeurs et de bonne conduite), divertissante (captiver le public lors des fêtes), explicative (là où la science a ses limites, il y a les Dieux) et politique (fédérer les cités grecques autour d’une « Histoire » commune). 
Nolan y répond moult siècles plus tard avec sa volonté de réunir un maximum de spectateurs dans les salles de ciné. Chez lui, il y en a pour tout le monde : certain.e.s se réjouiront des scènes d’action grandiloquentes (avec des décors incroyables, des costumes vraiment bien foutus) pendant que d’autres comme nous pourront creuser les symboles. Le box office adore Nolan, comme on adore une icône. Et finalement, peut-être que les Dieux sont les actrices et acteurs caché.e.s derrière ces personnages dans ce casting digne de l’Olympe !
En 2026, quelles sont nos icônes ? Qu’est-ce qui est sacré à notre époque ?
Ulysse revient !
Si l’on réfléchit aux choix de l’auteur, on peut aussi mettre ce film en perspective des autres pépites du réalisateur démiurge à Hollywood, le Maitre du Temps.
Même si dans le film, je trouve que Matt Damon apparait beaucoup moins futé que le Ulysse originel : est-ce un choix du réalisateur témoin de son époque ? On retrouve cette thématique du retour du « héros » , comme dans Interstellar ou dans Batman rises. La liste pourrait être longue avec ce héros oubliant son passé comme dans Mémento, le montage éclaté à la Dunkirk ou la difficulté à assumer ses choix comme Oppenheimer.
Et si on va chercher chez d’autres réalisateurs, cette Odyssée m’a fait penser à Ang Lee dans Un jour dans la vie de Billy Linn. On pourrait se dire aussi que l’Odyssée est peut-être la plus belle histoire d’amour de tous les temps, puisque même Calypso et son lotus n’arrive pas à faire oublier l’amour pour Pénélope, un peu comme dans The Eternal sunshine of the Spotless mind. Avec ce choix du scénariste (Christopher himself, sans son frangin cette fois-ci) d’ajouter la broche, un symbole pour vérifier que l’on dit bien la vérité, comme la toupie d’Inception…
En conclusion, qu’est-ce que je retiens de ces 2h52 nolanesques qui passent si vite ? La perte du sacré et de ses conséquences. En 2026, quelles sont nos icônes, nos valeurs ? Si de nos jours, chacun.e respectait la Loi de Zeus, si chacun.e respectait l’autre dans ses différences, nous pourrions vivre dans l’harmonie. Plutôt que d’avoir ce défilé de prétendants prêts à tout pour monter sur le Trône du plus fort de l’Univers.
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