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Pierre Bryant

Pierre Bryant
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Cinéphile depuis mon plus jeune âge, c'est à 8 ans que je suis allé voir mon 1er film en salle : Titanic de James Cameron. Pas étonnant que je sois fan de Léo et Kate Winslet... Je concède ne pas avoir le temps de regarder les séries TV bonne jouer aux jeux vidéos ... Je vois en moyenne 3 films/jour et je dois avouer un penchant pour le cinéma d'auteur et celui que l'on nomme "d'art et essai"... Le Festival de Cannes est mon oxygène. Il m'alimente, me cultive, me passionne, m'émerveille, me fait voyager, pleurer, rire, sourire, frissonner, aimer, détester, adorer, me passionner pour la vie, les gens et les cultures qui y sont représentées que ce soit par le biais de la sélection officielle en compétition, hors compétition, la semaine de la critique, La Quinzaine des réalisateurs, la section Un certain regard, les séances spéciales et de minuit ... environ 200 chef-d'œuvres venant des 4 coins du monde pour combler tous nos sens durant 2 semaines... Pour ma part je suis un fan absolu de Woody Allen, Xavier Dolan ou Nicolas Winding Refn. J'avoue ne vouer aucun culte si ce n'est à Scorsese, Tarantino, Nolan, Kubrick, Spielberg, Fincher, Lynch, les Coen, les Dardennes, Jarmush, Von Trier, Van Sant, Farhadi, Chan-wook, Ritchie, Terrence Malick, Ridley Scott, Loach, Moretti, Sarentino, Villeneuve, Inaritu, Cameron, Coppola... et j'en passe et des meilleurs. Si vous me demandez quels sont les acteurs ou actrices que j'admire je vous répondrais simplement des "mecs" bien comme DiCaprio, Bale, Cooper, Cumberbacth, Fassbender, Hardy, Edgerton, Bridges, Gosling, Damon, Pitt, Clooney, Penn, Hanks, Dujardin, Cluzet, Schoenaerts, Kateb, Arestrup, Douglas, Firth, Day-Lewis, Denzel, Viggo, Goldman, Alan Arkins, Affleck, Withaker, Leto, Redford... .... Quant aux femmes j'admire la nouvelle génération comme Alicia Vikander, Brie Larson, Emma Stone, Jennifer Lawrence, Saoirse Ronan, Rooney Mara, Sara Forestier, Vimala Pons, Adèle Heanel... et la plus ancienne avec des Kate Winslet, Cate Blanchett, Marion' Cotillard, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Meryl Streep, Amy Adams, Viola Davis, Octavia Spencer, Nathalie Portman, Julianne Moore, Naomi Watts... .... Voilà pour mes choix, mes envies, mes désirs, mes choix dans ce qui constitue plus d'un tiers de ma vie : le cinéma ❤️

Cobain : Montage of heck. L’homme derrière la légende!

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Titre : Kurt Cobain: Montage of Heck
Réalisation : Brett Morgen
Scénario : Brett Morgen
Production : Brett Morgen et Danielle Renfrew Behrens
Société de production : Universal Studios
Musique : Kurt Cobain, Nirvana et Jeff Danna
Mixage : Eric Thomas
Photographie : Jim Whitaker
Montage : Joe Beshenkovsky et Brett Morgen
Pays d’origine :  États-Unis
Langues : anglais, anglais sous-titré
Genre : Documentaire
Durée : 132 minutes
Date de sortie :  France : 4 mai 2015

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Comme énormément de monde, c’est au collège que j’ai découvert Nirvana, par le biais d’une ancienne connaissance qui, malgré mon amitié limitée pour lui (inexistante aujourd’hui), est parvenue à m’extirper du gouffre nauséabond de la culture musicale telle que les médias de masse la transmette depuis quelques années. Étant né en 1997, j’ai raté toute la période où Nirvana atteignait les sommets des charts, où les médias n’hésitaient pas à évoquer l’un des patrons du grunge (et donc du punk rock quelque part) aux journaux de 20 heures, que ce soit en bien ou en mal. Non, moi je suis sorti du ventre de ma mère alors que la qualité de la musique médiatisée était sur une pente descendante, touchant aujourd’hui le fond actuellement mis à part quelques rares exceptions. Dorénavant, il faut y mettre du sien pour s’écarter au mieux de cette nouvelle culture populaire, se forcer à accéder à de nouveaux horizons moins indigestes que ceux que l’on nous propose actuellement.

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Nevermind fut pour moi le premier album qui marqua ce tournant dans ma vie. A la première écoute de l’album, j’eus une sensation similaire à celle de l’homme qui fut accompagné de force hors de la caverne de Platon (on va l’appeler Jacques le mec, ça sera plus simple), celle d’une expérience désagréable et agressive pour les sens. Cependant, comme Jacques, je me suis efforcé tant bien que mal en le réecoutant plusieurs fois, j’ai persisté jusqu’à prendre conscience de sa beauté et de sa rage revigorante tel les rayons du soleil agressant Jacques avant de l’entourer de sa chaleur. Mais l’allégorie de la caverne ne s’arrête pas là, après la révélation vient le rejet par ses congénères, qui préfèrent s’entêter à vivre dans un obscurantisme dont les médias de masse en sont en grande partie la cause (cette critique est une déclaration d’amour à ce formidable pan de notre société) plutôt que tenter de vous comprendre et vous accorder le bénéfice du doute.

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Ce sentiment d’exclusion ressenti par une pelletée d’adolescents loosers en quête d’identité fut incarné par Nirvana, plus particulièrement et bien malgré lui par son leader et icône Kurt Cobain. Avec Montage of Heck, Brett Morgen explore en long, en large et en travers les 27 courtes années de l’artiste hétéroclite, non pas en tant que symbole, mais en tant qu’Homme. Par le biais de témoignages, de sublimes séquences d’animations avec des enregistrements de la voix de Cobain en fond sonore, tout un tas de pages de carnets alternant notes et dessins et séquences lives, le metteur en scène tire le portrait d’un génie torturé et dépressif.

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Très vite, le film de Morgen transcende sa condition de documentaire pour s’harmoniser avec l’esprit bouillant et torturé du leader de Nirvana. Ainsi, le réalisateur adapte sa mise en scène à son propos et nous délivre un trip sensoriel marqué par un chaos formel rappelant The Wall d’Alan Parker. Morgen alterne avec une étonnante aisance passages furieux dopés aux plus puissantes des musiques de Nirvana (le générique avec Territorial Pissings est à ce titre scotchant) et d’autres empreint d’une tendresse, comme ceux filmés dans le cadre familial, où l’amour entre Kurt Cobain et sa femme Courtney Love explose à l’écran, faisant par la même taire toutes les critiques à l’égard de l’ex-chanteuse de Hole. Mais nul intention de glorifier l’artiste au travers de ce film, et on ne peut que se sentir gêné voire dégoûté face à des situations aberrantes venant d’un Cobain que l’on pourrait qualifier de connard égoïste si on était pas en mesure de le comprendre grâce au travail de reconstitution de Brett Morgen.

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Car, paradoxalement, en choisissant de traiter l’homme derrière le mythe, le film nous rappelle pourquoi le chanteur et guitariste du groupe grunge en est arrivé à être ériger au rang de représentant de toute une génération. Par son imperfection et ses nombreuses contradictions évoquées tout au long du métrage, Kurt Cobain et Brett Morgen nous rappellent pourquoi ce génie musical a acquis ce statut qui l’a rongé de l’intérieur. C’est tout simplement parce qu’il EST nous. Il est notre reflet lorsque l’on se regarde le matin devant un miroir avant de partir au collège, au lycée ou à notre travail ennuyeux et aliénant. Il est notre source de réconfort et notre ami lorsque nous nous faisons humilier ou moquer, rejeter par le monde des adultes et des parents, dans le fond aussi immatures et imparfaits que nous le sommes (les parents divorcés de Kurt qui se rejettent la faute de l’état de leur fils plus de 20 ans après sa mort).
Parce que Cobain était l’être humain dans ce qu’il y a de plus sensible et fragile mais aussi une figure médiatique importante, il s’est fait porte parole d’une jeunesse maladive et paumée. Sa mort (très peu abordée dans le film) a mis fin à son existence en tant qu’Homme mais son mythe reste et restera intacte à tout jamais.

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Quand on parle de Nirvana, on parle du premier groupe de rock dont j’ai acheté un album. Apprenant qu’un documentaire sur le leader du groupe sortait, je me suis dit que c’était une belle occasion de découvrir la légende de ce chanteur hors du commun.

Alors qu’en est-il ? Kurt Cobain: Montage of Heck est un documentaire retraçant la vide de Kurt Cobain, le leader du groupe Nirvana. Construit grâce à des films de son enfance, des enregistrement audios, des témoignages de ses proches et aussi des extraits de concerts (le MTV unppluged, le live de Reading). On trouve aussi certaines parties de sa vie modelées grâce un dessin animé qui apporte un plus bienvenu à certains enregistrements.

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Le montage du film est relativement bon. Présentant de nombreuses facettes de ce personnage au travers des divers témoignages et de ses carnets où les notes sont des moyens pour le réalisateur de passer d’un thème à un autre. On découvre un homme à l’enfance difficile, qui devra faire face au rejet constant d’une famille peu à son écoute ce qui le poussera inexorablement vers la musique et malheureusement l’autodestruction. La difficulté de se construire, de s’affirmer sont des thèmes qui sonnent fort en voyant le film quand on repense à certaines de ses chansons et son mal être naissant et grandissant qu’il a voulu crier dans In Utero avec le titre prémonitoire I hate myself and i wanna die. Le film a le bon goût de ne pas s’attarder sur la fin de Cobain préférant laisser une belle image de lui en mémoire.

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Ce documentaire est une jolie biographie qui n’est pas là pour juger la vie de Cobain mais pour la retranscrire le plus fidèlement possible. C’est chose faite et de belle manière grâce une enquête soigneusement menée et très fournie en témoignages. A voir que l’on soit ou non admirateur de sa musique.

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Il ne devait y avoir qu’une date de sortie unique dans chaque pays du 4 au 12 mai. En France, c’était le lundi 4 mai. Mais après des mois de teasing, 18 000 spectateurs étaient au rendez-vous, et face au succès d’autres séances furent programmées dans quelques rares cinémas.C’est une de ces dates supplémentaires que je parvins à réserver.

“I’m Kurt Cobain!”
Et ce fut… ce fut une avalanche auditive, visuelles, émotionnelle presque accablante. Impossible d’en parler sans un deuxième visionnage.
Mélange de rushs, de lives, de vidéos personnelles et autres bijoux secrets ; d’animations illustrant les histoires contées par la voix de Cobain ; de textes et de dessins issus des carnets de Kurt, virtuosement mis en musiques par un fantastique travail sur le son.
A cet entrelacs presque onirique se mêlent des interviews plus terre à terre, celles des proches d’entre les proche de Cobain : selon le réalisateur Brett Morgen, ce sont les seules les personnes qui se seraient rendues à son enterrement s’il était mort gardien de nuit, son dernier petit boulot. Il y a sa mère, sa sœur, son père, sa belle-mère, Krist Novoselic, son ancienne petite amie Tracy, et, exceptionnellement, Courtney Love. Mais là où Tracy seule écrivait à Kurt des mots d’amour, c’est Kurt qui écrira à Courtney d’étranges vers enflammés auxquels elle rendra la pareille.
Pour justifier l’absence notable (et regrettable) de Dave Grohl, le réalisateur explique que Grohl aurait en réalité bien été interviewé, mais qu’il était déjà trop tard pour inclure son témoignage dans le montage final. “It’s not my fault. I’ve never wanted the fame.”

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Enfin un film sur Cobain.
Pas sur sa mort, pas sur son œuvre, sur la personne qu’il était.
Un film qui montre ses excès, sans les idéaliser pour coller au mythe de la rock star junkie névrosée, et sans non plus les dramatiser à la manière des tabloïds ; un film tentant simplement de saisir « l’homme derrière Nirvana », y compris ses failles.
La formation du groupe, leur évolution artistique et de carrière, leurs concerts, leurs albums, tout cela n’est que sommairement évoqué durant ces 2h15 de film. Et pourtant, les minutes filent lorsqu’on est plongé dans le monde hurlant de Kurt.

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“It’s all in the music man!”
Montage of Heck, c’est d’abord le nom du montage audio réalisé par Kurt sur la cassette numéro 58, perdue parmi cent autres au milieu des affaires de l’icône entreposées dans un garage anonyme. C’est ce trésor enfermé dans des cartons pendant un quart de siècle que Brett Morgen récupérera et qui sera le matériel principal de son film. Et cette cassette numéro 58, il l’écoutera par hasard en la piochant au milieu des maquettes de fœtus, des toiles torturées, et des carnets aux gribouillages morbides, écrits hâtivement comme dans l’urgence d’une vérité oppressante.

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Ce contenu certes insolite est en vérité la plus personnelle et incongrue des autobiographies de Cobain. Car avant d’être un des, sinon l’artiste le plus influent de sa génération, Kurt est avant tout humain, rongé de doutes, de failles remontant à l’enfance. Peur de la honte d’abord. “Kurt hated being humiliated. He hated it” dira Krist Novoselic.
Et une peur plus grande encore, celle de l’abandon. Chez cet ancien enfant roi ayant vu ses parents divorcer, puis ayant été rejeté par sa propre famille, il découlera un désir irrépressible de famille idéale, soudée et aimante. Il tentera même de se suicider après que Courtney ait ne serait-ce que songé à le tromper.
On a aussi du mal à croire que celui qui s’infligeait autant de mal ait pu être aussi violent envers les autres alors qu’il était plus jeune, jetant ses sœurs hors de la maison durant des crises de colère.

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“I’m gonna get 3 millions dollars and then I’m gonna be a junkie.”
N’ayant jamais été tournées pour être un jour visionnées par le public, certaines vidéos personnelles sont une invasion directe dans la vie privée, particulièrement celles prises dans l’appartement que Kurt partageait avec Courtney et leur fille Frances. L’humour et la déchéance s’y côtoient ; certaines scènes font peine à voir et rappelleraient presque Candy ; d’autres sont lumineuses.

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A un tel niveau de proximité, le spectateur dépasse le stade du voyeurisme.
“I feel like people want me to die because it would fit the classic rock story.”
Le principal compliment qu’on peut adresser à ce film, c’est la manière dont il élude le suicide Cobain. Trop de choses ont déjà été dites, inventées, fantasmées à ce sujet.
De par les quelques phrases distillées au grès des interviews, on comprend cependant que seul Krist Novoselic exprime encore une réelle culpabilité, celle de ne pas avoir pu empêcher le geste de son ami. Il dira d’ailleurs par la suite que ce film l’a aidé à « guérir ». La mère rejette la faute sur le père. La belle-mère de Kurt, celle-là même qu’il qualifiait de “wicked”, blâme elle la famille l’ayant rejeté. La sœur, elle, met le suicide de son frère sur le compte de son cerveau génial (et donc torturé) d’artiste, ayant trop longtemps bouillonné dans la ville morne d’Aberdeen.
Au final, l’héroïne, le succès ingérable, la pression médiatique, n’ont été que des déclencheurs malheureux.
Tout était déjà là, incubé. Avant le fusil, la drogue, les médicaments, il y avait eu le train.
En 1994, seul le premier cependant réussit à prendre la vie de Kurt Donald Cobain, 27 ans, né à Seattle.

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“Nothing’s gonna save me, it goes without saying.”
-« Qu’est-ce que tu fais ce soir ? »
-« Ce soir je peux pas, je vais voir un docu sur Kurt Cobain. »
C’est limite si je ne lui épelle pas le mot rien qu’en le prononçant mais je vois bien qu’elle ne comprend pas. Je vais l’aider.
« Oui, parce que tu sais, Nirvana ça doit gérer au ciné. »
Elle me retourne le même regard vide.
« Le chanteur. Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana. Tu connais c’est sûr. »
Et elle, obligeamment, hoche la tête aux premiers accords de Come as you are quand je dégaine mon portable de ma poche pour lui faire écouter.
Non, il est évident que cette fille ne connaît pas Kurt. Mais avant ce film, je me rends compte que je ne connaissais pas non plus. Pas vraiment.
Alors on est quitte. Ou presque.

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À qui s’adresse vraiment ce film ?
Peut-être pas, paradoxalement, aux fans hardcore de Kurt Cobain, qui connaissent déjà chaque détail de sa vie sur le bout des doigts.

Montage of Heck fait en effet le choix d’inclure de nombreux extraits déjà connus de la vie de Kurt (extraits d’interviews, lives, journal intime) que certains pourront considérer comme de la redite mais qui sont pourtant essentiels au projet du film.

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Parallèlement, les amateurs de cinéma se déplaceront difficilement si la musique de Nirvana ne les intéresse pas, d’autant plus que le film a été très peu distribué. On ne pourra pas vraiment les blâmer, le film n’étant à première vue qu’une création incomplète, simple collage de sons et d’images. On est bien loin d’une réalisation traditionnelle même si on s’approche parfois du film d’animation avec des séquences mettant en image les enregistrements audio de Kurt Cobain.

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Et pourtant, au fur et à mesure que le film déroule la vie d’un homme sous nos yeux, quelque chose de plus grand se met en place. Une tragédie en cinq actes transposée dans une famille moyenne de la bourgade d’Aberdeen, Washington, USA. Un drame centré sur un personnage en quête d’amour, un enfant ordinaire à l’adolescence extraordinaire.

Le premier acte correspond à l’exposition de la situation des
personnages. Les trente premières minutes du film retracent l’enfance de Kurt Cobain. Alors que certains ont pu trouver ces séquences inutiles, elles sont pourtant essentielles à la structure du film. On y voit un bambin épanoui, aimé de ces parents et de son entourage, touchant avec sa mini-guitare et son masque de Batman. Ces images feront figure de paradis perdu dans la descente aux enfers qui va suivre.

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Le deuxième voit apparaître l’élément perturbateur. Puis arrive l’adolescence. Kurt, intenable, se voit rejeté par tous ceux qui l’accueillent : mère, père, grands-parents, oncles et tantes. De même à l’école où il est la risée de ses camarades. Il se réfugie en conséquence dans la guitare et la marijuana. C’est là qu’apparaît ce que soulignent tous les témoignages et va le suivre toute sa vie : Kurt Cobain cherche avidement l’amour et la reconnaissance mais ne l’assume pas, et agit de façon contraire.

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Dans le troisième acte, les protagonistes cherchent une solution au drame, tout paraît encore possible. La solution, elle arrive et se pose comme une évidence : la musique, au début simple exutoire de la haine de Kurt Cobain envers lui-même et le reste du monde, apporte le succès. Bien qu’il s’en défende, ce succès compte énormément pour Kurt, tout comme les retours de ses premiers fans et critiques. Il y trouve la reconnaissance qu’il cherchait. C’est à cette période qu’il trouve aussi l’amour avec Courtney Love et rêve de fonder un foyer.

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Dans le quatrième acte, l’action se noue définitivement, chez Racine du moins, les personnages n’ont plus aucune chance d’échapper à leur destin
Cette partie est sûrement la plus glauque du film. On y voit Kurt et Courtney dans une déchéance totale, enfermés dans leur appartement et drogués à l’héroïne. Si on croyait que la naissance de Frances devait apporter un peu plus de légèreté, on est vite déçu, l’environnement dans lequel la fille grandit restant presque aussi glauque que les scènes précédentes.

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Au cinquième acte, l’action se dénoue enfin, entraînant la mort d’un ou de plusieurs personnages. Je vous sens encore dubitatifs. Ce que je décris, c’est certes une vie tragique, mais de là à comparer avec une pièce de Racine faudrait voir à pas trop se foutre de la gueule du monde, hein, ho. Et pourtant je vais aller plus loin : ce film est quasiment une tragédie autobiographique ; écrite (à travers le journal intime), racontée (à travers les enregistrements sonores, le Montage of Heck original, les répondeurs), dessinée (le journal intime toujours), filmée (pour partie), mise en musique (la bande-son est intégralement constituée de morceaux de Nirvana) par l’homme qui l’a vécue.

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Il ne faut pas pour autant minimiser le travail de Brett Morgen, qui a su rassembler et assembler tous les éléments de ce puzzle dans ce qu’on imagine un travail extrêmement patient et méticuleux. Le choix est assumé de passer vite sur les aspects purement musicaux et sur la fin pour se focaliser sur le sujet choisi, la vie de Kurt Cobain.

Mais Montage of Heck porte bien son nom puisqu’il propose un montage véritablement excellent, le rythme et l’alchimie son/image étant assez stupéfiants. La musique de Nirvana, de base très chargée en émotion et ici admirablement mixée, s’y prête à merveille et magnifie quelques moments d’une rare intensité, comme l’ascension éclair du groupe à la sortie de Nevermind sur fond de Breed ; Sappy dont les paroles font écho à la fois à l’enfance de Kurt et à celle qu’il voudrait pour sa fille, ou encore Where did you Sleep Last Night au Unplugged qui ne m’a jamais autant touché qu’à travers ce film.
Je conseille au final ce documentaire à quiconque s’intéresse un minimum à Nirvana, même à ceux comme moi que le mythe qu’est devenu Kurt Cobain intéresse assez peu. Vous n’y verrez peut-être pas autant de grandes choses que moi, mais ce sera bien le diable si vous n’êtes pas un minimum touché par cet être humain au destin brisé, et porté par cette musique si forte.

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AMY : l’analyse, la critique et 5 révélations sur la vie d’Amy. Un film bouleversant, auréolé de l’Oscar du meilleur documentaire 2016.

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Un magnifique documentaire sur la vie d’Amy Winehouse, loin des images véhiculées par les médias et la presse à scandale.

Réalisateur : Asif Kapadia
Acteur : Amy Winehouse
Genre : Documentaire, Musical
Nationalité : Américain
Date de sortie : 8 juillet 2015
Durée : 2h07mn
Date télé : 2 décembre 2016 22:10
Chaîne : Canal + Cinéma
Festival : Festival de Cannes 2015, Oscar 2016 du meilleur film documentaire.

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Un documentaire percutant qui rend un magnifique hommage à la chanteuse jazz Amy Winehouse, décédée à la suite d’une overdose d’alcool en 2011.

Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles. Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire.Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

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Au cinéma, un film en appelle souvent un autre. En présentant Senna en 2010, le réalisateur Asif Kapadia, le producteur James Gay-Rees et le monteur Chris King ne se doutaient pas que David Joseph, PDG d’Universal Music Royaume-Uni, leur demanderait de s’attarder sur la vie mouvementée et la carrière époustouflante d’Amy Winehouse.
Présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes, Amy dresse le portrait d’une artiste complète, mettant en valeur la beauté et la profondeur de ses textes là où le public francophone s’attarderait essentiellement sur ses prestations vocales, en se défaussant du sens caché des titres mythiques comme Rehab, Back to Black ou You know I’m no good.

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En retraçant la confection de l’album Back to Black aux 11 millions d’exemplaires vendus dans le monde, et en partageant la vision d’Amy Winehouse sur sa vie, sa célébrité et ses relations personnelles, y compris avec son mari Blake Fielder-Civil, le documentaire livre un portrait complet, d’une incroyable profondeur et d’une grande sincérité. Car ce film d’amour, déclaration pleine de respect d’un réalisateur impartial, livre des témoignages et des images inédites qui parlent d’elles-mêmes.

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C’est ce qui rend ce documentaire si singulier : l’opinion du public n’est jamais orientée. Le spectateur n’a qu’à profiter des documents d’archives, des images intimes et des témoignages des proches de la chanteuse, de son mari, de ses ex, mais aussi de ses parents. Le travail de montage joue un rôle essentiel : Chris King a réalisé une œuvre magnifique, influencée notamment par l’approche musicale du cinéma bollywoodien ; les chansons et leurs paroles sont la colonne vertébrale du film, alors que les entretiens structurent la narration.

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L’émotion des intervenants, palpable à travers leurs voix, ne fait que renforcer le dispositif visuel. Ainsi, aucune des protagonistes interviewés n’est visible à l’écran. Seule la vérité profonde de l’artiste a de l’importance, Amy Winehouse est donc de tous les plans. Le spectateur se laisse ainsi happé par les images, transporté dans l’univers singulier d’une artiste unique. Les documents amateurs offrent au film une authenticité incomparable. L’image n’est certes pas parfaite, mais la mosaïque audiovisuelle apporte au film une grande fluidité et met encore plus l’accent sur l’artiste.

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Dans ce film où l’émotion est forcément au rendez-vous, tant chaque spectateur aura envie de retenir Amy Winehouse et de la sauver de la pente descendante qui l’a conduite à la mort, il reste avant tout son génie, son sourire, sa démarche cathartique dans chacun de ses titres… En situant l’artiste dans son époque, Amy ne cache rien de ses pathologies sous-jacentes, de ses souffrances et des joies d’une jeune femme qui est devenue, bien malgré elle, un phénomène de société. Le bon équilibre est toutefois trouvé, entre ses chansons, ses joies et les épreuves qui l’ont fragilisée. Le film témoigne de la vérité profonde de l’artiste, sans gâcher le propos par un jugement quelconque, qui serait mal placé.

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Si les chansons d’Amy Winehouse constituent son testament, ce portrait, agrémenté d’images inédites, le complète admirablement. C’est là toute la force d’une oeuvre qui, à l’instar de la vie de la chanteuse, s’arrête beaucoup trop tôt. Rideau.

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Amy Winehouse est morte à 27 ans, comme Cobain, Hendrix, Morrison, Joplin. Peu de zones d’ombre demeurent autour de sa mort. La caméra suivait la chanteuse quand elle sortait de l’enfance, prenait des poses de princesse sexy, et ne l’a plus quittée, jusqu’au zoom final sur son cadavre roulé dans un drap, disséminé sur les écrans du monde entier. En piochant dans ce foisonnement d’images, ce portrait tisse une chronique dérangeante et triste de la foire à la célébrité. Tous les proches livrent leur témoignage en voix off. On se demande quels pactes diaboliques furent scellés pour qu’il nous soit permis de voir la jeune star voguer d’appartement en chambre d’hôtel, de cuite en cuite et d’amoureux en amoureux. Jusqu’au centre de désintoxication, filmé de l’intérieur par un amant poison.

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Amy Winehouse est morte à 27 ans, au pic de sa jeunesse, comme Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin. La disparition de ces idoles rock, à la fin des années 1960, avait donné prise aux fantasmes et aux légendes les plus folles. Quarante ans plus tard, peu de zones d’ombre demeurent autour de la mort de la diva soul londonienne : les images pullulent et s’échangent à flux continu sur la Toile. La caméra suivait déjà la chanteuse bien avant ses premiers enregistrements, quand elle sortait de l’enfance et prenait des poses de princesse sexy pour chanter Happy Birthday à une copine. Elle ne l’a pas quittée, jusqu’au zoom final sur son cadavre roulé dans un drap, disséminé sur les écrans du monde entier.

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Amy Winehouse est l’une des premières icônes filmées partout et par tout le monde, de sa naissance (ou presque) à sa mort au coeur de l’été 2011. En piochant dans ce foisonnement de séquences, le cinéaste britannique d’origine indienne Asif Kapadia tisse une chronique dérangeante et triste à pleurer, qui met en lumière, avec une crudité rare, la foire aux célébrités brûlant une jeune femme en peu d’années.

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Remarqué pour son film sur Ayrton Senna, Asif Kapadia est un documentariste accrocheur. Amy regorge d’images saisissantes, d’autant plus inédites qu’elles ont été filmées dans l’intimité de la chanteuse. Tous ses proches (même ceux qui dénoncent le film aujourd’hui) sont de la partie et livrent leur témoignage en voix off. On se demande quels pactes diaboliques furent scellés pour qu’il nous soit permis de voir la fille d’East Finchley, un quartier du nord de Londres, voguer d’appartements en chambres d’hôtel, d’auditions en coulisses, de cuite en cuite et d’amoureux en amoureux. Jusqu’aux centres de désintoxication, filmés de l’intérieur par Blake, le beau gosse de Camden avec qui elle a abordé le versant dur de la drogue (crack et héroïne) et pour qui elle était prête à se damner (« Je ferai tout comme toi »). Le pic de la déprime est atteint quand son ange noir, qui maigrit et se décompose au fil de l’histoire, demande à sa douce de chanter, rien que pour lui, dans la chambre de la clinique, une version ultime de Rehab — le tube d’Amy Winehouse sur la dépendance.

Amy Winehouse

Tous ces documents ont pour effet de nous river à l’écran, sans qu’on en soit fier pour autant. Leur vertu est de nous faire communiquer, comme rarement, avec la musique et ses sources. Les différents complices de la chanteuse livrent leurs secrets : les bandes fantastiques d’une première audition dans les bureaux d’une maison de disques, ou celles de l’enregistrement de l’album Back to black dans un studio de New York. Amy Winehouse se remet très mal d’une rupture avec son chéri toxique et lui écrit chanson sur chanson. L’instant poignant où elle chante le morceau Back to black, qu’elle vient d’écrire sur le coin d’une table, a peu d’équivalents dans l’histoire du documentaire rock.

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Mais le film se détourne de la musique à mi-parcours. Pour ne s’intéresser qu’aux ravages de la célébrité. La chanteuse n’arrive plus à composer. Elle est traquée, espionnée, bousculée par la presse tabloïd. Elle dépérit mais doit alimenter le business qui tourne à pleins tubes. Son père l’emmène se reposer sur une île mais invite une équipe de télé-réalité. « Papa, si c’est de l’argent que tu veux, je t’en donne… », lui dit sa fille, excédée, devant les caméras. Ensuite, rideau. Son cœur lâche. Le nôtre avec.

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LES CONDITIONS QUI FONT DE CE DOCUMENTAIRE UN FILM UNIQUE ET EXCEPTIONNEL TANT PAR SON FOND QUE PAR SA FORME

Depuis sa plus tendre enfance, Amy Winehouse a été filmée. Mais en passant de la sphère privée à la sphère publique, son rapport à l’image s’est transformé.
Jadis, Lou Reed avait intitulé un album Growing Up in Public. “Grandir en public”, c’est ce qui arrive aux célébrités, surtout à celles qui le deviennent précocement. Ce phénomène est aussi ancien que la médiatisation des “people” mais il s’est accentué avec le progrès technologique comme le prouve Amy.

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Le réalisateur Asif Kapadia n’a filmé que les témoins. Il n’a pas tourné un seul plan d’Amy Winehouse mais a recherché, collecté puis ordonné une profuse banque d’archives consacrées à la chanteuse prématurément disparue.

Les sources sont multiples : Kapadia utilise des images de provenance “classique” (concerts filmés, talk-shows, émissions musicales, séances en studio, extraits de sujets ou reportages de JT…) et d’autres qui n’auraient pas pu exister avant l’âge digital (séquences intimes, sans enjeu de diffusion, filmées à la dérobée, à la DV ou au smartphone).

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Enfin, on voit des images qui appartiennent aux deux époques : celles qui étaient faites autrefois en super-8 (où l’on aperçoit Amy enfant) et aujourd’hui au Camescope, à l’appareil photo ou à la caméra numérique. Avec cette nuance importante : la labilité du digital rend ces family movies numériques beaucoup plus aisés à fabriquer et à faire circuler que les vieilles et fragiles bobines analogiques qui nécessitaient un appareillage complexe…

L’un des aspects les plus saisissants du film de Kapadia est donc de se rendre compte qu’Amy Winehouse a été filmée quasiment durant toute sa courte vie, dans des moments publics et privés.

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On peut ainsi la découvrir dans les situations classiques de son métier (sur scène, en coulisses, en studio…) que dans des moments intimistes et habituellement non médiatisés (conversations avec ses copines ou son amoureux, vacances, voyage de noces…). Les fabricants de ces images intimes sont parfois extérieurs (équipes télé ou ciné) mais le plus souvent, il s’agit de la chanteuse elle-même ou de son très proche entourage.

La frontière public/privé a souvent été franchie par les médias “people” depuis des décennies mais Amy prouve que les technologies numériques tendent à faire disparaître complètement cette ligne de démarcation essentielle à l’équilibre mental des êtres.
On peut supposer que cette tendance va s’accentuer, et que bientôt fleurira ce nouveau genre : le docu biopic uniquement composé d’archives qui documenteront la vie du sujet de sa naissance à sa mort, sous toutes les coutures possibles de son existence. Ce qui est à la fois excitant et effrayant: où s’arrêtera notre voyeurisme prédateur ?

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Car la profusion polysémique des images d’Amy Winehouse n’est pas seulement la forme du film, mais aussi son sujet. Entre autres choses, le film montre bien l’évolution de la chanteuse dans son rapport aux images : au début désirant, à la fin terrorisé.
“Growing up and dying in public”

Amy Winehouse est passée de l’image miroir flattant son narcissisme ordinaire de girl next door à l’image prédatrice omniprésente menaçant sa santé mentale et sa vie.
Ce qui a tué Amy est un cocktail très complexe de fragilités personnelles, de mauvaises rencontres, d’abus de drogues et de pressions liées au succès : les images, sorte de cinéma permanent doublant la vie, ont sans doute fait partie de ce mélange détonant. “Growing up and dying in public”…

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Asif Kapadia, left, and James Gay-Rees accept the award for best documentary feature for “Amy” at the Oscars on Sunday, Feb. 28, 2016, at the Dolby Theatre in Los Angeles.

CINQ REVELATIONS SUR LA VIE TRAGIQUE D’AMY WHINEHOUSE

A la sortie de la projection (23 mai 2015), les spectateurs étaient bouleversés. Certains ont même avoué avoir lâché une petite larme. La présentation d’Amy, le documentaire consacré à la diva britannique Amy Winehouse, était l’un des moments les plus attendus du dernier Festival de Cannes. Et, au vu du flot de critiques unanimes publiées après sa projection, le film d’Asif Kapadia a tenu toutes ses promesses.

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Amy, qui sort ce mercredi au cinéma (8 juillet 2015), retrace l’ascension puis la déchéance de la chanteuse, décédée d’une overdose en juillet 2011, à l’âge de 27 ans. Au total, deux ans de travail ont été nécessaires au cinéaste britannique pour réaliser ce documentaire. Et pour cause, il lui a fallu convaincre les proches de la star et sa famille de témoigner. « Un par par un, ils nous ont fait confiance […] C’était comme une thérapie pour eux. » Son addiction aux drogues et à l’alcool, les pressions présumées incessantes de son père, la relation destructrice avec son ex-mari… Le film comporte également plusieurs révélations sur la jeune femme.

Elle est précoce musicalement

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Il s’agit de la scène d’ouverture du film. Amy Winehouse, âgée de 14 ans, participe à une fête d’anniversaire. Sucette à la bouche au milieu de sa bande de copines, rien ne la distingue des autres adolescentes. Jusqu’à ce qu’elle entonne la traditionnelle chanson Happy Birthday, la caméra alors fixée sur elle. L’adolescente a déjà une voix prodigieuse et une parfaite maitrise vocale malgré son jeune âge. The Guardian raconte qu’Amy Winehouse reçoit sa première guitare à 14 ans, et commence à écrire ses propres chansons l’année d’après, inspirée par des artistes de jazz et de folk tels que James Taylor et Carol King. Le documentaire dévoile d’autres extraits de ce type, notamment des images d’archives inédites ou des films de famille jamais vus.

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Elle est sous antidépresseurs à 13 ans

L’enfance d’Amy Winehouse est marquée par le divorce de ses parents. Dépassée par la situation, sa mère, Janis, confie dans le documentaire n’avoir aucune autorité sur sa fille, qu’elle laisse faire tout ce qu’elle veut. Selon le magazine Variety, la jeune ado tombe alors rapidement dans l’anorexie et la dépression. A 13 ans, elle est déjà sous antidépresseurs. Elle multiplie les sorties et les régimes déséquilibrés.
Une période sombre dont elle ne sortira jamais vraiment. Amy Winehouse en reste fragilisée et sa mère finit par se résigner. En 2013, elle confesse au Sun avoir accepté qu’elle ne pouvait rien faire face au caractère explosif de sa fille. « Elle était trop forte pour moi », se souvient-elle.

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Elle rate une occasion d’aller en cure à cause de son père

Le père d’Amy Winehouse, Mitchell, semble aussi avoir fait des erreurs dans l’éducation de sa fille. Le documentaire dresse le portrait d’un homme antipathique et infidèle. D’un père très intéressé par les retombées financières de la carrière de sa fille. Chauffeur de taxi reconverti en manager, il était « motivé par l’argent et la gloire », selon une amie d’Amy Winehouse.
En 2005, il s’oppose même à ce que sa fille effectue une cure de désintoxication, rapporte Variety. « Elle n’en avait pas besoin », estime-t-il à l’époque. Une anecdote que la chanteuse rapporte dans sa célèbre chanson Rehab: « I ain’t got the time, and if my daddy thinks I’m fine » / « Je n’ai pas le temps [d’aller en cure de désintoxication, NDLR] et puis papa pense que je vais bien ».
S’il reconnait avoir commis des fautes, Mitchell Winehouse a été très virulent envers le documentaire qu’il accuse d’être « trompeur » et remplit de « contrevérités ». Si bien qu’il a demandé au réalisateur du film de procéder à des modifications. « Ils essaient de me montrer sous le pire visage possible », s’est-il insurgé le mois dernier, selon The Guardian.

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Elle commence le crack avec son ex-mari

Le documentaire d’Asif Kapadia montre également à quel point la passion amoureuse qui unissait Amy Winehousse et son époux -toxicomane- Blake Fielder-Civil, a été destructrice. Le couple, qui s’est rencontré dans un bar de Londres, a été marié deux ans, de 2007 à 2009. Le jeune homme aurait participé à la descente aux enfers de la chanteuse.
Sur le plateau du talk-show de Jeremy Kyle, il a reconnu l’avoir initié au crack mais a nié être responsable de son addiction. « Je ne pense pas avoir ruiné sa vie, non. Je pense que nous nous sommes trouvés l’un l’autre. Certaines personnes doivent comprendre qu’elle avait déjà d’autres addictions avant de me rencontrer. »
Le réalisateur du film, Asif Kapadia, lui a alors répondu qu’il n’avait pas essayé de « pointer du doigt ou blâmer quelqu’un en particulier. (…) Mais beaucoup de gens ont pris des décisions qui n’ont probablement pas été bonnes pour Amy. »

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Elle dépense jusqu’à 16 000 dollars par semaine en drogues dures

La dépendance d’Amy Winehouse aux drogues dures a ainsi duré plusieurs années. Durant cette période, la diva soul n’avait plus vraiment de limites. Comme l’indique Chris King, l’un des producteurs du film, elle pouvait dépenser, au plus fort de sa consommation, jusqu’à 16 000 dollars par semaine pour s’approvisionner en drogues dures, notamment en cocaïne et en crack.

Une dépendance qu’elle ne pouvait pas affronter seule, selon Asif Kapadia. « Elle n’avait pas assez confiance en elle pour faire face à ce problème », confie le réalisateur au magazine américain Rolling Stone. Pour lui, l’univers de la musique et sa célébrité n’ont rien arrangé à la situation, bien au contraire. « L’industrie a mis en scène sa mort d’une manière immonde. Dans mon documentaire, je n’ai jamais voulu rendre ça cool. Parce qu’il s’agissait d’une personnalité complexe, fragile », conclut-il, interrogé par le magazine Première.

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COMENCHERIA : le western du XXIe siècle! Ni plus, ni moins … Explications!

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Épatante relecture du genre, ce film de braquage surprenant décrypte en filigrane l’Amérique profonde. Celle qui, à bout de souffle, s’apprête à voter Trump. Polar efficace et stylisé, le film confirme le savoir-faire du Britannique David Mackenzie, qui réussit son passage dans le cinéma hollywoodien.

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Réalisateur : David Mackenzie
Acteurs : Chris Pine, Ben Foster, Jeff Bridges, Gil Birmingham, Katy Mixon
Titre original : Hell or High Water
Genre : Policier / Polar / Film noir
Nationalité : Américain
Editeur vidéo : Wild Side Video
Date de sortie : 7 septembre 2016
Durée : 1h42mn
Festival : Festival de Cannes 2016, Festival de Deauville 2016

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Et si, pour rembourser vos dettes à la banque, vous alliez la braquer ? C’est le plan délirant de Toby et Tanner Howard (Chris Pine et Ben Foster), deux frangins au bout du rouleau qui cherchent à éviter la saisie de la propriété familiale. La stratégie est simple : dévaliser au petit matin les agences des villages quasi déserts de leur Texas, puis rendre, littéralement, au créancier la monnaie de sa pièce. Face à eux, un flic proche de la retraite (Jeff Bridges) et son meilleur ennemi d’adjoint (Gil Birmingham), bien décidés à démêler l’affaire.

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Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leur trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

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Remarqué par ses incursions réussies dans le drame social (My Name is Hallam Foe) ou le film de prison (Les Poings contre les murs), le Britannique David Mackenzie a été tenté, comme d’autres, par les sirènes de Hollywood, qui lui a offert un précieux pont d’or. Comancheria confirme sa virtuosité, même si on était en droit d’attendre davantage d’un réalisateur que l’on sent plus désireux de séduire les producteurs et le public américains que de creuser la veine personnelle déployée dans sa période anglaise. Comancheria n’en est pas moins un film d’action très plaisant et intelligent, croisant les genres du polar et du western, comme a su le faire également le Roumain Bogdan Mirica avec Dogs, projeté dans la même section Un Certain Regard de Cannes 2016. Le réalisateur s’aventure aussi sur les terrains du road movie et du buddy movie.

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On songe pêle-mêle au No Country for Old Men des frères Coen, à Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah et à toute la veine du cinéma mélancolique des années 1970. Celui où des tandems de perdants magnifiques errent et galèrent dans une Amérique de laissés-pour-compte.

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Comancheria évoque en creux l’esprit hors la loi, les zones morales grises et la métamorphose de l’Ouest: « Comancheria est un mot espagnol pour décrire la zone où les Comanches vivaient aux États-Unis », nous expliquait, au dernier Festival de Cannes, le discret David Mackenzie. « J’ai choisi ce titre parce qu’il évoque en creux les thèmes du film : la dépossession, l’esprit hors la loi, les zones morales grises, les liens familiaux et l’esprit de sacrifice pour la famille, et bien sûr la métamorphose de l’Ouest… » Et sa persistance dans la psyché américaine.

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Scénarisé par Taylor Sheridan, qui a précédemment signé l’excellent Sicario, le film livre une relecture contemporaine du western par cette confrontation d’un monde finissant et d’une modernité destructrice. Rétifs à l’autorité de l’État, les autochtones dégainent leurs colts et se lancent eux-mêmes à la poursuite des braqueurs, les 4 x 4 ayant juste remplacé les chevaux.

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Après le huis-clos oppressant des Poings contre les murs, les grands espaces arides de l’Ouest américain rythment une action sans failles, sur fond de vengeance envers le système bancaire, secteur d’activité de l’économie qui semble au cœur de nombreux films sarcastiques, de Capitalism : a Love Story de Michael Moore au récent The Big Short : le Casse du siècle d’Adam McKay… Mais cet aspect relève vite du MacGuffin tant Mackenzie et son scénariste Taylor Sheridan (Sicario) ont préféré s’attacher à deux duos de personnages.

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C’est d’abord l’association formée par un flic facétieux et désabusé (Jeff Bridges, en roue libre) et son collègue taciturne (Gil Birmingham), mi-Indien mi-Mexicain, qui doit supporter ses vannes. C’est ensuite le rapport trouble entre deux frères très opposés, version glauque d’Abel et Caïn : le stratège Toby (Chris Pine, échappé de Star Trek) a besoin des gros bras de Tanner (Ben Foster), dont les pulsions violentes seront à l’origine de biens des déboires. Cette silhouette très cartoonesque semble surgir d’un film des frères Coen ou de Shane Black (The Nice Guys), dont l’humour trash semble influencer Mckenzie.

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En même temps, le cinéaste n’omet pas les thèmes de ses films antérieurs, à savoir la famille, la masculinité, la loyauté, et la difficulté à trouver sa place dans la société actuelle. « Ce qui m’a intéressé, c’est que le film offre une réflexion sur l’Amérique contemporaine et sur les questions des rapports entre communautés, des armes à feu […] et du besoin de faire justice soi-même. En tant qu’Européen, c’était exaltant de prendre un instantané de l’Amérique […] J’ai malgré tout cherché à réaliser un film dont l’identité visuelle et culturelle soit américaine ». Ces déclarations du réalisateur révèlent l’ambition de sa démarche mais on reste sur l’impression d’assister à un exercice de style certes brillant mais manquant un peu d’âme et de sincérité.

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Comme ses héros, Comancheria ne paie d’abord pas de mine et l’on pourrait facilement le prendre pour un polar de plus, au concept certes amusant. En réalité, sous le chrome du film à flingues se cache un futur classique aux infinis degrés de lecture. Comancheria est à la fois – accrochez-vous – un buddy movie tragi-comique, une chronique familiale sur le poids des racines, un portrait acéré des mentalités texanes, une radiographie de l’agonie d’une certaine Amérique et peut-être le premier vrai western ancré dans notre époque. Le tout habité par un quatuor d’acteurs incandescents, sous la mise en scène inspirée d’un réalisateur (écossais !) s’abreuvant aux sources des plus grands.

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« Il y a cent cinquante ans, tout ça était la terre de mes ancêtres… jusqu’à ce que les grands-parents de ces gens la leur prennent. Et maintenant, d’autres la leur prennent. Sauf que cette fois, c’est pas une armée, ce sont ces fils de pute là-bas », murmure l’adjoint du shérif, descendant de Comanche et de Mexicain, en désignant la banque visée par les frères Howard.

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À travers eux, on entend la voix de cette Amérique écrabouillée par la crise de 2008, désespérée par le système et prête à voter Donald Trump à la prochaine élection. Dans l’écrin de son suspense policier réaliste, tourné en lumière naturelle, Comancheria manie les contrastes en orfèvre. Car ces considérations politiques et sociales n’enlèvent rien à ce qui fait l’autre intérêt du film : l’adrénaline des scènes d’action et la drôlerie des situations. Oui, on peut même le regarder en mangeant du popcorn !

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Divines : Caméra d’Or 2016 à Cannes et 3 Césars. Une œuvre française qui compte! Explications et entretien avec Houda Benyamina!

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Cette description tourbillonnante et émouvante de la banlieue sublimée par un trio de comédiennes divinement douées a permis au premier long-métrage de la jeune réalisatrice franco-marocaine Houda Benyamina de remporter la caméra d’or au dernier festival de Cannes. Une récompense amplement méritée !

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Réalisateur : Houda Benyamina
Acteurs : Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena
Genre : Drame
Nationalité : Français
Date de sortie : 31 août 2016
Durée : 1h45mn
Festival : Caméra d’Or du meilleur premier long métrage Festival de Cannes 2016, César du cinéma: meilleure premier film pour Houda Benyamina, meilleur espoir féminin pour  Oulaya Amamra et meilleur second rôle féminin pour Deborah Lukumuena.

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Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

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L’enthousiaste « t’as du clito » lancé par la réalisatrice à Edouard Waintrop, le délégué général de la Quinzaine des réalisateurs restera l’un des moments forts du Festival de Cannes 2016. En parsemant d’un zeste de provocation sexiste cette cérémonie de clôture obligatoirement glamour et parfaitement orchestrée, Houda Benyamina nous entraîne directement dans l’ambiance de son film : secouer gentiment mais fermement un monde trop correct, pétri d’injustices et laissant sur le bord de la route un bon nombre d’humiliés, de ceux qui apprennent à vivre tant bien que mal avec les moyens du bord. N’ayez crainte, pas de discours ennuyeux ou moralisateur. Bien au contraire, grâce à l’énergie communicative des trois comédiennes, ça bouge, ça vibre, on rit, on pleure, c’est lumineux comme la vie. Loin des stéréotypes de banlieue, entre chronique sociale et polar, on découvre une jeunesse dans toute son humanité, aussi belle que laide, maniant humour et débrouille avec une facilité déconcertante.

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Sans que l’on y prenne garde, entre tragique et comique, on se retrouve embarqués dans l’univers de désolation de deux gamines au bagout et à la rage de vivre inaltérables, animées du désir commun de s’élever dans ce monde qui les rejette. Laurel et Hardy de banlieue (c’est ainsi que les présente la réalisatrice), Dounia la gringalette qui rêve de puissance et Maimouna la solide qui n’est que douceur forment un duo au ressort comique imparable basé sur leurs oppositions notoires. Dounia habite dans un camp de Roms avec sa mère. Elle ne connaît pas son père et dans la cité, on l’appelle « la bâtarde ». Elle est en quête de dignité.

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Elle refuse de croire aux discours de l’imam déconnectés de la réalité et bien plus encore aux jobs sans avenir qu’est censé lui offrir un BEP accueil (superbe scène où Oulaya Amamra révèle toute l’ampleur de son talent de comédienne). Elle veut être reconnue pour ce qu’elle est et n’a qu’un but : gagner beaucoup d’argent pour s’offrir voyages et voitures de luxe, habile alibi permettant à la réalisatrice de dénoncer sans s’appesantir les méfaits de l’ultralibéralisme. Mamounia a plus de chance que son amie Dounia. Elle vit dans un cadre familial strict, elle est la fille de l’imam. Le lien fusionnel qui va les porter tout au long du film est à la vie, à la mort, constitué d’un amour absolu et total comme seuls peuvent en concevoir des êtres purs et entiers. La gentillesse et la naïveté de Maimouna nous donneront l’occasion de nous régaler de quelques dialogues ciselés et hauts en couleurs.

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Mais quand Dounia décide de travailler pour Rebecca la dealeuse, c’en est bien fini de la tendresse et de l’innocence. On plonge abruptement dans un nouvel univers, décrit avec toujours le même souci du détail et de la dérision, celui de la pègre de bas étage. Car Rebecca est sans foi, ni loi. Pour se comporter en business woman des trafics en tous genres, elle use de toutes les postures masculines. Elle se fait conduire en mini-décapotable, elle aime flamber, choisir ses partenaires comme bon lui semble et surtout détenir le pouvoir. L’impeccable Jisca Kalvanda porte à merveille le personnage de cet effrayant garçon manqué.

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Au milieu de ces filles à la personnalité pétaradante, c’est Djigui, un jeune danseur que Dounia contemple, cachée dans les cintres du théâtre et dont elle tombe secrètement amoureuse. qui apportera une note de féminité. Tout comme Dounia, il souhaite s’élever mais lui a choisi l’élévation spirituelle, suggérant discrètement et sans doute un peu naïvement que l’art peut servir d’alternative à l’argent quand il s’agit de se réaliser. Néanmoins les scènes de danse, harmonieusement chorégraphiées, apportent la part de rêve nécessaire.

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Ce qui n’empêchera pas l’histoire de se diriger inexorablement vers une tragédie qui finira par happer cette jeunesse fragile blackboulée par un monde bien plus dur qu’elle ne l’avait imaginé.
La banlieue et ses zones d’ombre ont toujours inspiré le cinéma, mais jamais encore aucun film n’avait réussi à trouver ce juste équilibre entre innocence et cynisme, entre fraîcheur et réalisme. Un film qui, en plus d’être humain et bouleversant, nous offre pleinement le charisme, la générosité et le talent de la toute jeune Oulaya Amamra, petite sœur de la réalisatrice. Un duo prometteur que le cinéma a intérêt à ne pas perdre de vue.

 

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ENTRETIEN AVEC HOUDA BENYAMINA

Houda Benyamina était au cinéma Le Kerfany, à Moëlan, lundi pour une rencontre-débat autour de son film Divines. Entretien avec une réalisatrice à la recherche d’échanges avec le public.

La réalisatrice Houda Benyamina aux côtés de Michel Grossard, président du cinéma Le Kerfany de Moëlan-sur-Mer, lors de la rencontre-débat.

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Vous avez remporté la Caméra d’or lors du dernier Festival de Cannes. Comment vivez-vous cette notoriété nouvelle ?
Les gens voient ça comme quelque chose de fulgurant, notamment à cause du discours que j’ai donné lors de la cérémonie. Je suis une laborieuse, je travaille beaucoup. Je n’ai pas vu de changement significatif dans ma vie, si ce n’est les petits regards lorsque je dépose mon enfant à l’école ! Au niveau du cinéma, je suis bien sûr beaucoup plus identifiée dans la profession.

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De quel constat êtes-vous partie pour donner vie à Divines ?
Je me suis toujours dit qu’il y avait un avant 68, et un après, avec la colère qui s’est transformée en révolte. Les émeutes de 2005 sont restées une sorte de cri sans écho. Je me suis demandé pourquoi il n’y a pas eu de changement en dix ans. D’autre part, il s’agit aussi pour Dounia, le personnage principal, d’une réflexion spirituelle. Elle incarne la société d’aujourd’hui, très égocentrée. C’est pour elle un incessant va-et-vient entre la vie extérieure et un combat intérieur.

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Le film passe de répliques fortes à des moments plus légers, notamment au travers de la danse. Qu’avez-vous essayé de provoquer avec cette alternance entre subtilité et violence ?
À vrai dire, je n’y ai pas vraiment pensé de cette manière. En revanche, j’ai beaucoup travaillé sur les contrastes. J’avais envie d’une tragédie, mais aussi qu’on rit, comme dans la vie. Il y a des éléments de genres différents : de l’action, du conte… J’aime le beau, mais je peux aussi être fascinée par la laideur. Les personnages sont aussi contradictoires que les thématiques abordées. Divines parle du sacré, mais aussi de la politique et des valeurs omniprésentes dans notre société, en partant du capitalisme et de son dieu Argent. Ou parfois du manque de valeurs, justement.

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L’écart est grand entre les salles cannoises et les petites salles finistériennes…

J’adore. Je suis chez moi partout. Je suis chez moi ici, à Moëlan. Et je suis chez moi à Cannes. La Bretagne m’appartient autant que Cannes ! Je suis très heureuse de voir comment les différents publics vont ressentir le film. Où que j’aille, je le prends avec beaucoup de considération. Je veux poser des questions à la société dans laquelle je vis, alors quoi de mieux que de rencontrer les gens ? On ne peut pas sauver des vies, avec le cinéma, mais on peut sauver des âmes.

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Vous avez écrit le scénario du film à Brignogan, dans le nord-Finistère. Cela partait-il d’une volonté de vous isoler pour parler d’un thème assez dur ?
À la base, je suis venue en Finistère pour travailler avec le Groupe Ouest. C’est un réseau pour lequel travaillent des personnes reconnues dans l’amélioration de scénarii. Je reconnais aujourd’hui qu’être au calme m’a fait modifier ma façon d’écrire. Et pour le prochain long-métrage, je repartirai m’isoler, c’est certain. Avec le Groupe Ouest, si je suis sélectionnée, sinon ce sera ailleurs. Mais j’adore la Bretagne. Il y a beaucoup de légendes, ici. On y trouve une atmosphère assez magique, brute, sauvage. Je pourrais vraiment avoir envie d’y tourner, un jour. Qui sait ?

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« J’vais l’dire, t’as du clito… » En mai, Houda Benyamina a bousculé le Festival de Cannes avec cette saillie féministe lancée durant son discours de remerciement. La réalisatrice âgée de 35 ans venait d’obtenir la Caméra d’or pour Divines, son premier film, en salles depuis le 31 août. Chronique sociale, tragédie grecque, histoire d’amitié et d’amour filmée avec exaltation, Divines ressemble à son auteure, une boule d’énergie, une enragée et une battante.

Quelle époque auriez-vous aimé connaître ?
J’aurais aimé lutter avec les Black Panthers, connaître l’époque de Mohamed Ali, Martin Luther King et Malcolm X, ou alors la Révolution française. J’aime ces époques où des hommes remettent en cause l’ordre établi grâce à des combats. Je suis fascinée par ces gens prêts à mourir pour leurs idées.

Une image de notre époque ?
Une photo de clitoris, bien sûr ! Cette expression « t’as du clito » que l’on entend dans le film m’est venue lors d’une discussion il y a quelques années. Je trouve important de féminiser le courage, d’autant plus lorsqu’il est évoqué par le clitoris, qui induit l’idée du plaisir féminin !

Un son ?
L’absence de silence. Il y a toujours tellement de bruit autour de nous que l’on a de moins en moins le temps et l’opportunité d’expérimenter le silence. On est toujours sollicité par le son d’un portable. On ne sait plus faire le vide… Le silence n’existe plus.

Un livre ?
La Famille, un trésor et un piège, d’Alexandro Jodorowsky [avec Marianne Costa, Albin Michel, 2011]. Un essai qui m’a beaucoup marquée. Il parle du poids de la famille dans nos gènes, de la façon dont cela nous détermine et explique comment travailler dessus pour se libérer et éviter de reproduire les erreurs du passé ou de nos ancêtres.

Un slogan ?
« Tu frappes, tu caresses », que j’utilise dans mon film et qui est emblématique du cours de l’histoire alternant entre périodes de crise et moments glorieux. Nous sommes clairement à une époque où l’on frappe… Mais je suis plutôt pour, ça permet de ne pas mollir.

Une expression agaçante ?
« LOL », je trouve la sonorité très laide, et je déteste le côté non assumé des phrases qui sont ponctuées par cette expression.

Un bienfait de notre époque ?
La communication. Internet a permis des avancées inouïes. Je suis systématiquement pour le progrès qui permet de se dépasser. J’aime cet outil au service de l’information et de l’intime. Par exemple, j’appartiens à un groupe Facebook où sont inscrits 85 de mes cousins répartis dans le monde entier… Et j’adore aussi l’idée de tout savoir en temps réel sur l’actualité, notamment grâce à [l’appli de vidéos en direct] Periscope.

Le mal de l’époque ?
Le besoin de s’attaquer à des boucs émissaires au lieu de chercher des solutions. Il fut un temps où le bouc émissaire était le protestant, puis le juif ; maintenant, c’est le musulman. Un comportement dévastateur pour l’humanité.

C’était mieux avant, quand…
J’adore mon époque, même s’il s’en dégage comme une odeur de guerre mondiale. Si j’étais née homme, d’autres époques m’auraient séduite, mais heureusement qu’en tant que femme je vis au XXIe siècle.

Ce sera mieux demain, quand…
Les femmes auront une place plus importante dans la société. Mais je suis confiante, la marche de l’histoire l’impose !

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UN IMMENSE MERCI A HOUDA BENYAMINA POUR SA FRANCHISE, SON FRANC PARLE, SA JUSTESSE, SA GENEROSITE, SON ATTENTION, SA GENTILESSE, SA SAGESSE, SON ELEGANCE, SA CLASSE, SON CHARISME ET SON COEUR (GROS COMME CA) SUR LA MAIN …

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Captain Fantastic: mon plus gros coup de cœur de Cannes 2016! Explications.

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captain_fantastic-3-561aa[1]CAPTAIN FANTASTIC

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Road-movie utopiste mené tambour battant, Captain Fantastic confirme surtout une chose : Viggo Mortensen est un acteur à part. Son charisme et son aura naturels irradient sur tout le film. Et si le dosage entre action, discours moral et comédie reste fragile, la galerie de portraits de ces véritables marginaux conduit tout droit vers le feel good movie.
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Réalisateur : Matt Ross
Acteurs : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler, Nicholas Hamilton
Genre : Drame
Nationalité : Américain
Date de sortie : 12 octobre 2016
Durée : 2h
Festival : Festival de Cannes 2016, Festival de Deauville 2016, Festival de Sundance.

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Ben vit avec sa femme et ses six enfants dans les forêts du Nord-Ouest Pacifique, totalement isolé de la société, mais en père dévoué qui se consacre à l’enseignement académique et physique de ses enfants. Bientôt, une tragédie se produit, qui force la famille à quitter leur petit paradis.

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On fonce droit devant, tête baissée, avec pour seul point de repère ce discours implacable sur la société consumériste et l’appauvrissement des esprits. On l’a déjà entendu, notamment dans les romans de Thoreau ou dans toute forme d’apologie du retour à la terre. Sous ces allures de comédie, Captain Fantastic est donc cette petite voix qui préconise un temps de casser son prisme pour voir notre réalité sous un autre œil. Utopie grossière ou unique manière de vivre « pleinement », ce sera au spectateur de se faire son jugement. C’est d’ailleurs là l’intérêt de ce Little Miss Sunshine mâtiné de Mosquito Coast : ne pas donner de jugement prémâché. La petite famille semblait parfaitement huilée dans sa vie en autarcie mais l’écho du réel ne pardonne pas. Lorsqu’il s’agit de se confronter au monde alentour, les rouages explosent malgré tout le mal que se donne le bon père de famille qui semble avoir une réponse à toutes les interrogations. Les deux régimes s’affrontent : celui du surplace, qui maintient la famille dans sa forêt protectrice, loin de tout et loin du monde, et celui du road-movie qui confronte ce système idéaliste à l’action improvisée.

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Parfois le manichéisme du portrait reprend hélas les rênes du récit. La peinture de la société est assez grossière. Ainsi les deux « neveux civilisés » sont des ados débiles qui ne savent pas ce qu’est la Constitution face aux enfants marginaux qui, eux, sont tous de petits génies. Si le récit prenait une couleur absurde ou totalement irréelle, cela pourrait passer. Mais au contraire, il la fuit constamment et affiche du coup sa propre hésitation. Si bien qu’on ne sait plus si l’on doit rire ou être agacé par cette absence de caractère. Pour un projet décrivant et louant la singularité et toutes formes de rébellion, célébrant Noam Chomsky comme un dieu, c’est d’autant plus regrettable. Mais malgré cette petite errance, Captain Fantastic sort du lot, porté par les épaules d’un Viggo Mortensen en état de grâce (dans quel film ne l’est-il pas ?).

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Le héros des Promesses de l’Ombre incarne ce « gourou » familial avec une telle force qu’il parvient à conquérir son audience dans et hors du film. On retrouve des gestes (son front collé à son fils, comme dans A history of violence avec son frère), son physique affûté, son phrasé unique, doux et guerrier à la fois. On ressent son discours jusqu’à l’épouser comme lorsqu’il harangue ses troupes dans Le retour du Roi. Oui, Viggo Mortensen est une icône, totalement en dehors du système – Captain Fantastic ou Jauja prouvent son engagement sans faille, loin des studios et du préfabriqué. Il démontre que le cinéma de l’acteur existe bel et bien et guide ses compositions par sa manière de se fondre dans ses rôles et de transpirer sa véritable identité. Dans cette entreprise éphémère (familiale dans le récit et même celle, toute petite, du ciné indé), il aura été une fois de plus guide, mentor, roi.

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CAPTAIN FASTIC: DESCRIPTIONS D’UN FILM BOULEVERSANT A PLUS D’UN TITRE

Vivre dans une cabane au milieu des bois, avec pour douche une rivière, pour repas les fruits et légumes de la forêt et du potager et pour télévision, la vue des montagnes variant au fil des saisons, qui n’en a pas rêvé?

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Ben Cash, héros du film de Matt Ross, a décidé de faire de cette utopie sa réalité. Ce père de six enfants âgés de 4 à 17 ans s’est installé avec sa femme et sa tribu dans une forêt du nord-ouest américain. Un mode de vie qui semblerait pouvoir durer pour toujours, si ce n’était le suicide de Leslie, femme de Ben et mère de ses enfants. Un événement tragique qui contraint la petite communauté à sortir pour affronter le monde extérieur. Si les principes anticonformistes de ce conte éducatif ne sont pas tous transposables dans nos vies de citadins connectés, les problématiques soulevées par ce conte méritent que l’on s’y penche.

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Le rapport à la nature:
Dans le film: les enfants de Ben vivent en symbiose avec la nature. Non seulement la forêt est leur terrain de jeu, mais ils y évoluent au fil des saisons et des caprices du temps, sans jamais sembler en être affectés. Les pluies diluviennes n’empêchent aucune randonnée, la boue de la rivière les protège du soleil et les camoufle des prédateurs pendant la chasse. Confrontés, chez leurs grands-parents, à une vraie douche, ils prennent cette dernière pour une « chambre à gaz », ne s’étant pour leur part jamais lavés ailleurs que dans le torrent.

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Ce qu’on peut en tirer: s’il est assez inimaginable de transposer au quotidien un tel mode de vie, le film donne envie de renouer -le temps de courts séjours pour commencer- avec les plaisirs simples de la vie au grand air. L’idée étant surtout de se reconnecter avec les richesses de la nature et d’apprendre à ses enfants à s’émerveiller de la beauté d’un paysage, à reconnaître les chants des oiseaux ou encore à goûter la joie d’une baignade en rivière. Ou comment se réapproprier des savoirs ancestraux que nous avons peu à peu totalement oubliés.

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La vérité:
Dans le film: Ben ne ment jamais à ses enfants. Lorsque leur mère meurt, pas question d’édulcorer sa fin tragique. Elle s’est suicidée en se tranchant les veines, elle n’a pas succombé à sa maladie, comme tente de leur expliquer leur tante, pleine de bonnes intentions. Idem en ce qui concerne les questions du plus jeune sur la sexualité. « C’est quoi un viol, papa? », demande l’enfant. « C’est quand un homme force une femme à avoir des rapports sexuels. » « Mais c’est quoi un rapport sexuel? » Réponse de Ben: « C’est lorsque le pénis de l’homme pénètre dans le vagin d’une femme. » « Mais pourquoi voudrait-on faire cela? » « Parce que cela procure du plaisir et que c’est ainsi que l’on fait des enfants. »

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La vérité est crue, brute et ne souffre aucune concession. Avec un bémol toutefois. Si l’on ne se ment pas au sein de la famille, il est en revanche possible de simuler une attaque cardiaque dans un supermarché pendant que les enfants chapardent les victuailles.
Ce qu’on peut en tirer: faut-il protéger nos enfants des vérités trop cruelles ou au contraire partir du principe que rien n’est plus douloureux pour un enfant que de sentir qu’on lui ment? On aurait tendance sur ce point précis à suivre Ben. La conversation sur le sexe est à ce titre particulièrement édifiante.

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En se fondant sur des données factuelles, en nommant un pénis un pénis et un vagin un vagin, la leçon d’éducation sexuelle semble soudain d’une simplicité éclairante. A chacun bien sûr de placer le curseur là où il le souhaite, mais les cabinets de psy étant remplis de patients ne parvenant pas à se débarrasser du poids de leurs secrets de famille, la vérité, même difficile, est peut-être à terme moins dévastatrice.

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L’alimentation:
Dans le film: la famille Cash ne mange aucun aliment transformé et se nourrit presque exclusivement de ce que la nature et la chasse lui procurent. Le Coca est décrit comme de « l’eau empoisonnée » et la perspective de manger un hot-dog révulse Ben au point d’exfiltrer immédiatement sa tribu du fast-food. Lors d’une de leurs premières confrontations avec le monde extérieur, les enfants font part de leur inquiétude en apercevant leurs concitoyens obèses. « Mais qu’est-ce qu’ils ont, ils sont malades? », demandent-ils, interloqués.

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Ce qu’on peut en tirer: il y a fort à parier que n’importe quel nutritionniste applaudirait le régime alimentaire de la famille Cash (à l’exception sans doute du coeur de daim mangé cru par Bo après qu’il a tué son premier animal au couteau). On assiste depuis quelques années à une quête de plus en plus partagée d’une nourriture plus saine, moins grasse, moins salée et néanmoins savoureuse.

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Cela dit, si l’autosuffisance alimentaire peut faire rêver, le dogmatisme de Ben Cash a ses limites, en témoigne la façon dont ses enfants se ruent sur le gâteau à la crème qu’il leur achète exceptionnellement un jour. Là encore, un peu de modération est sans doute de rigueur. Il doit être possible d’assainir l’alimentation de ses enfants tout en ne diabolisant pas tout ce qui ne sort pas d’un potager. Trop de privations génère souvent des compulsions.
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Le sport:
Dans le film: les enfants Cash ont la condition physique d’athlètes de haut niveau. Tous les matins, ils partent en courant dans la montagne, enchaînent gainage et pompes, escaladent les parois les plus raides de la montagne. Le sport fait partie intégrante de leur vie, au même titre que les cours de maths, de lettres ou de philosophie. S’ils ne semblent pas rechigner, l’ambiance « camp d’entraînement » instaurée par Ben est probablement ce qui distingue le plus son modèle des communautés des années 1970.

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Ce qu’on peut en tirer: là encore, difficile d’entraîner des enfants à la survie en milieu hostile lorsqu’on vit en ville ou que l’on n’a pas soi-même une condition physique exceptionnelle. La leçon que l’on peut pourtant retenir est la suivante: il est beaucoup plus facile de motiver ses enfants à se dépenser lorsqu’on est soi-même dans une telle dynamique. L’éducation par l’exemple est, en la matière, certainement la meilleure. Par conséquent, plutôt que de s’échiner à envoyer les enfants au judo, pourquoi ne pas instaurer des séances hebdomadaires de running en famille, des parties de foot ou de badminton? Une façon ludique de passer du temps ensemble tout en faisant de l’exercice.

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Le risque:
Dans le film: c’est sans doute ce qui rend Captain Fantastic assez polémique sur le fond. Ben Cash est l’antithèse du père anxieux tremblant de peur lorsque l’un de ses enfants se tient en équilibre en haut d’un toboggan. Quand son fils cadet se casse le poignet et manque dévisser lors d’une séance d’escalade, sa réponse tient en cinq mots: « Respire, élabore, pense, observe et souris. »
La prise de risque est valorisée, voire encouragée. Elle permet de repousser ses limites et d’avancer. Les enfants reçoivent pour leur anniversaire des couteaux de chasse ou de combats, ils manient l’arc comme s’ils étaient nés avec et maîtrisent les bases élémentaires du self défense.

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Ce qu’on peut en tirer: dans une société où la prévention est un maître mot, les théories de Ben Cash risquent de ne pas faire beaucoup d’émules. Pourtant, à force de vouloir prévenir le moindre choc, bosse ou chute, ne fabriquons nous pas des enfants incapables de prendre la moindre initiative de peur d’échouer ou de souffrir? Il est sans doute indispensable d’accepter cette réalité: nos enfants trébucheront et se feront mal. Et ils risquent de se faire d’autant plus mal s’ils ont été élevés dans la ouate.
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L’instruction:
Dans le film: accusée de contaminer les esprits libres de ses enfants, l’école est proscrite par Ben Cash. Ce qui ne l’empêche pas d’instruire ses ouailles avec une extrême sévérité. Comme preuve de l’efficience de ses méthodes pédagogiques, son aîné parvient à être accepté dans les meilleures universités américaines. Quant à sa benjamine, elle connaît sur le bout des doigts la Constitution américaine et possède des notions de médecine assez poussées.

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Les enfants Cash sont plus qu’encouragés à argumenter et à défendre leurs points de vue. Lorsque l’une de ses adolescentes lui confie lire Lolita, elle devra en livrer une analyse circonstanciée. Une école à domicile, donc, et sans notes, mais dans une certaine mesure bien plus exigeante.

Ce qu’on peut en tirer: le home schooling est un modèle difficile à transposer lorsque les deux parents sont actifs. Mais là encore, Captain Fantastic ouvre des pistes intéressantes. L’inexistence de notes, d’évaluation, de classement semblent rendre l’instruction plus plaisante.

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Le langage:
Dans le film: les enfants Cash parlent cinq ou six langues, dont l’esperanto. Cette dernière est d’ailleurs interdite par Ben, probablement parce que lui-même ne la comprend pas, preuve de sa légère tendance à vouloir tout contrôler. Au-delà du multilinguisme, le vocabulaire revêt une importance particulière. Tout mot « vague » est banni. Chaque pensée doit s’exprimer par un vocable précis et pertinent. Les plus jeunes ont d’ailleurs un niveau de langage en total décalage avec leur âge.

Ce qu’on peut en tirer: la parole est une arme et un outil d’émancipation. Encourager ses enfants à utiliser les bons mots, valoriser l’expression orale, développer le vocabulaire en lisant un maximum d’histoires, sensibiliser aux langues étrangères en leur suggérant de regarder les films en VO sont autant d’initiatives pour permettre aux plus jeunes d’élever leur niveau de langage.

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Nos Patriotes : la critique et entretien exceptionnel avec le réalisateur Gabriel Le Bomin.

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Un hommage ordinaire à un héros extraordinaire.

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Réalisateur : Gabriel Le Bomin
Acteurs : Alexandra Lamy, Pierre Deladonchamps, Marc Zinga, Louane Emera
Genre : Historique
Nationalité : Français
Distributeur : Paname Distribution
Date de sortie : 14 juin 2017
Durée : 1h47mn

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Après la défaite française de l’été 1940, Addi Ba, un jeune tirailleur sénégalais s’évade et se cache dans les Vosges. Aidé par certains villageois, il obtient des faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l’occupant et qui ne se nomment pas encore « résistants », il participe à la fondation du premier « maquis » de la région.

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Passionné d’histoire et particulièrement intéressé par les conséquences des conflits sur le comportement des êtres humains qui les subissent, Gabriel le Bomin, à qui l’on doit Les fragments d’Antonin, cherchait depuis déjà quelques temps l’angle propice pour aborder le sujet de la Résistance. La lecture du livre de Tierno Monémembo « le terroriste noir » l’incite à nous faire découvrir le destin hors du commun d’Addi Bâ, un engagé volontaire de l’armée française qui au moment de la défaite de 40 s’évade des prisons allemandes où sont concentrées les troupes coloniales. Avec héroïsme, plutôt que de rejoindre la zone libre comme la plupart de ses congénères, il choisit de rester en zone occupée pour lutter contre l’effondrement de ce pays qu’il considère comme le sien. Ces hommes courageux ne portent pas encore le nom de résistants (qui sera utilisé un peu plus tard). On les appelle des « patriotes ».

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La scène d’ouverture au rythme tendu et au cynisme foudroyant pourrait bien constituer les prémices d’une œuvre haletante. Il n’en sera pourtant rien. Une volonté affichée de bien faire et le désir de s’adresser au plus grand nombre nous infligent une leçon d’histoire plus proche de l’exposé scolaire à la rigueur appliquée que de l’exaltation qu’un sujet aussi poignant pouvait nous laisser espérer . Entre colonialisme et résistance, le message historique ne manque pourtant pas d’intérêt, d’autant que les scènes extérieures filmées dans les décors naturels où se déroulèrent précisément les événements évoqués sont magnifiquement mises en lumière et les codes vestimentaires si spécifiques à cette période sont respectés avec précision.

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Malgré une mise en scène soignée, faute de tension et de sentiments exaltés, le spectateur ne parvient pas à s’approprier pleinement ce morceau d’histoire conté sur un ton linéaire et peuplé de personnages secondaires caricaturaux peu mis en valeur. Dès lors, tous les Allemands sont relégués au rang de monstres pendant que les résistants ne peuvent qu’être totalement exemplaires.

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Au milieu de cette peinture en noir et blanc se glisseront quand même un ou deux lâches collabos histoire de tenter de griser un peu le tableau. La palme du manichéisme revient à Christine (Alexandra Lamy toujours aussi énergique et lumineuse), institutrice à la droiture et au dévouement sans faille en butte à un mari (Antoine Chappey) veule et égoïste que l’on ne peut imaginer autrement qu’en délateur. Elle disparaîtra sans plus d’explications au bout de quelques scènes pour être remplacée par la jeune Louane Emera, incarnant Marie, une bénévole de la Croix Rouge dont la fraîcheur et l’enthousiasme juvénile masquent judicieusement un jeu encore incertain.

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Parachuté dans un village des Vosges où l’on n’a jamais vu un homme de couleur, on peut s’étonner de voir Addi Bâ circuler librement alors qu’il est activement recherché par la Gestapo et qu’il n’est pas le bienvenu pour tous les habitants de cette France partagée. L’accumulation des clichés raciaux basiques ne manquera pas de nous le rappeler.

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C’est pourtant le remarquable Marc Zinga (dont a déjà pu mesurer tout le talent dans des films aussi variés que Dheepan, Bienvenue à Marly Gomont et surtout Qu’Allah bénisse la France totalement habité par son personnage d’Addi Bâ qui parviendra sans conteste à capter notre attention. Habillé d’une dualité qui fait défaut aux autres protagonistes, il excelle autant en combattant redoutable qu’en séducteur délicat et donne une réelle dimension humaine à cette histoire qui n’attendait que ça.

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S’il manque de panache, ce film a le bel avantage de réhabiliter la mémoire d’un homme qui a sacrifié sa vie pour un pays qui aura mis 60 ans à lui rendre hommage. Ce n’est qu’en 2003 que lui sera décernée la médaille de la résistance, remise à ses seuls descendants, ses neveux et nièces.

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Entretien avec Gabriel Le Bomin, réalisateur du film.

Dans votre parcours de cinéaste ou de documentariste, l’Histoire est présente depuis le début à travers les grands conflits qui l’ont marquée : 14-18, 39-45, Algérie, Indochine ou Rwanda, la guerre semble vous fasciner…

GLB: Ce qui m’intéresse avant tout dans l’Histoire c’est qu’elle raconte justement des histoires, et ces histoires mettent en scène des personnages qui vivent, aiment, se battent dans des situations souvent très fortes. C’est cette tension entre l’intime du personnage et l’épique de la situation qui m’intéresse. Mais ce n’est pas tant la guerre qui m’interroge que ses conséquences sur les êtres qui la font ou la subissent. Comment la violence légale, la guerre donc contraint et impacte les individus, les poussant à se révéler à eux-mêmes… Je pense que notre passé peut nous apprendre beaucoup sur le contemporain. Cela va au-delà du fait de raconter un événement historique, cela permet d’en voir les ramifications concrètes. A chaque fois que je m’y suis intéressé, je n’ai pas pu m’empêcher d’y projeter une partie de mon époque. Par exemple en préparant mon 1er film, « Les fragments d’Antonin », qui se déroulait durant la 1ère guerre mondiale, j’ai évidemment regardé beaucoup d’autres films sur cette époque-là et j’ai constaté que, dans l’histoire du cinéma à partir des années 20 et jusqu’aux années 2000, chaque décennie s’est emparée du conflit de 14-18 et l’a représenté d’une manière très singulière. On raconte en fait la même histoire mais pas de la même façon… Les angles d’approche, les représentations de l’événement, l’imaginaire qui le nourrit sont différents. Pour « Nos Patriotes », j’ai procédé de la même façon et j’ai constaté la même chose : en nous emparant d’un sujet historique, nous ne pouvons pas nous empêcher de l’irriguer des thématiques et de l’imaginaire de notre propre époque.
Mais je n’ai pas travaillé que sur des sujets historiques ! Mon 2e film, « Insoupçonnable », est un thriller contemporain. J‘ai également réalisé pour Arte une comédie légère avec Laurent Stocker et Claude Gensac… En fait, j’aime la diversité, l’éclectisme, l’ouverture en tant que spectateur et j’espère y arriver en tant que réalisateur. Mais il est vrai que les sujets ayant trait à l’Histoire me plaisent car ils ont une densité, une profondeur et permettent un travail de représentation très créatif…

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Vous connaissiez le destin d’Addi Bâ ou l’avez-vous découvert à travers les ouvrages qui lui ont été consacré ?

GLB: J’essayais depuis un bout de temps de trouver une porte d’entrée dans un récit qui aurait pour cadre la Résistance. J’avais déjà travaillé sur ce sujet sur des documentaires, et j’y avais appris beaucoup de choses tout en me disant que l’on pouvait encore en trouver d’autres originales à raconter… Quelqu’un m’a conseillé de lire le livre de Tierno Monénembo, « Le terroriste Noir », et j’ai alors découvert le personnage extraordinaire d’Addi Bâ. J’ai étendu mes recherches aux historiens qui avaient écrit sur le sujet, notamment Etienne Guillermond qui a effectué un travail de journaliste et même quasiment d’archéologue, en allant rencontrer les gens qui l’avaient connu, les lieux où il a vécu, en retrouvant des photos. A partir de ce moment, j’ai eu le sentiment d’être face à une figure très singulière, originale, à la marge… Addi Bâ fait partie de ce qu’on appelle les « primo Résistants » : ils ne portent pas encore ce nom mais se définissent plutôt comme Patriotes : le mot résistance n’apparaîtra qu’un peu plus tard, vers 1941-42… Ces gens ne cherchent pas à faire des choses spectaculaires mais simplement à agir face à des événements écrasants : l’effondrement d’un pays, le délitement de la classe politique, une France coupée en deux, l’instauration d’une zone libre et d’une autre occupée… Malgré tout cela, ces personnes refusent de subir et d’accepter. Il s’agit pourtant de gens du quotidien : une directrice d’école, un employé de préfecture ou une postière…
Quant à Addi Bâ, engagé volontaire dans l’armée française, il est défait en mai 1940, s’évade des prisons allemandes où sont concentrées les troupes coloniales et, au lieu de choisir de rejoindre la zone libre, décide de rester dans en zone occupée et d’en découdre. Incroyable !

 

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C’est en effet un formidable sujet, mais on sait que la guerre, les films d’époque en costumes sont jugés risqués, démodés et anxiogènes par les financeurs du cinéma. Le projet de « Nos patriotes » a–t-il été compliqué à monter ?

GLB: C’est une question intéressante car elle pose celle du désir du « marché », que l’on pense connaître mais que l’on ne peut saisir vraiment… C’est un domaine qui évolue constamment et très vite. Je pense que c’est la conviction profonde que l’on a de son sujet qui peut emporter la décision des investisseurs. Alors oui, certains nous ont dit que la seconde guerre mondiale avait été sur-représentée au cinéma et à la télévision mais globalement, avec le producteur du film Farid Lahouassa, nous n’avons pas eu à trop argumenter sur le sujet parce que nos partenaires de Canal + nous ont immédiatement rejoints par exemple, dès la lecture d’une des toutes premières versions du scénario. Il était clair pour eux qu’à travers le parcours d’Addi Bâ il y avait une histoire forte et humaine à raconter… Ils avaient beaucoup aimé « Les fragments d’Antonin » et ils m’ont dit cette phrase qui m’a profondément touché : « c’était un film plein de promesses… ». Ils ont eu envie de soutenir un projet qui s’inscrive dans cette lignée. France 3 Cinéma nous a également vite accompagné, lorsque nous avons disposé à la fois d’un scénario plus abouti et d’un casting établi. Les équipes de France 3 Cinéma ont vu l’originalité de cette histoire et la nécessité pour le service public d’être de cette aventure. Cette confiance était rassurante car, en effet, les chaînes de télé assument toutes les réserves que vous évoquiez. Mais nous avons pu compter sur des gens qui ont foi dans une approche singulière et qui peut résonner aujourd’hui : celle de ce Tirailleur Sénégalais, musulman, qui n’est pas citoyen français mais sujet de l’Empire. Un homme qui pourrait avoir la volonté de se mettre à part mais qui au contraire va dépasser ces différences et adhérer à une cause plus large, celle de la liberté et de la fraternité…

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Le budget du film n’était j’imagine pas celui d’une superproduction hollywoodienne mais vous avez su contourner l’obstacle, par exemple dans la scène de l’explosion du pont. Il y a une part de spectaculaire à l’écran mais l’essentiel est ailleurs et ce sont les personnages qui l’emportent à ce moment du récit…

GLB: Aujourd’hui, grâce aux images numériques, on peut tout montrer. Je pense que la mise en scène, ce n’est pas tout montrer justement ! Je crois plutôt que le cinéma est l’art de l’ellipse et de la suggestion. L’art du regard. La question est : qui regarde la scène. Et ainsi on commence à savoir comment la filmer… Dans la scène dont vous parlez, nous avons à faire avec un groupe de jeunes Résistants qui doivent faire sauter un pont. Evidemment que l’on rêve aux moyens nécessaires pour filmer ce moment spectaculaire, mais on sait aussi qu’on ne les aura pas ! La question est donc ensuite de savoir s’il faut prendre les moyens disponibles pour tourner cette scène avec de multiples point de vue, un train, etc. ou s’il faut au contraire se concentrer sur autre chose ? Nous, nous avons choisi de nous concentrer sur le regard de ce groupe : ils voient arriver le train, ils sont surpris dans leur sommeil et un peu effrayés… mais ils le font sauter et assistent à l’opération comme à un feu d’artifice, comme des gamins épatés par ce qu’ils ont accompli… C’est un pari audacieux car la scène peut être ratée au final : se concentrer sur les visages des personnages plutôt que sur ce qu’ils voient. C’est le fameux hors-champ qui permet à l’imaginaire du spectateur d’associer des images qu’il connait à celles qu’il ne voit pas… J’en avais déjà fait l’expérience sur « Les fragments d’Antonin » où il n’y avait vraiment pas d’argent, quand il a fallu représenter le champ de bataille de la grande guerre. J’ai misé sur l’impression visuelle que les spectateurs avaient gardé des films de Jeunet, de Kubrick, sur les archives des tranchées de 14-18, et j’ai plutôt montré d’autres choses : ce qui se passe après la bataille, ce que l’on fait des blessés entre le front et l’hôpital… Cela donnait des scènes très fortes et c’est je pense la même chose avec « Nos patriotes ».

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Votre film est très ambitieux : du point de vue narratif mais aussi visuellement avec ces superbes scènes en forêt magnifiquement éclairées par Jean-Marie Dreujou, votre chef opérateur…

Tout est parti du fait que nous voulions absolument tourner à l’endroit où ces événements ont eu lieu, dans ces forêts et ces villages des Vosges, là où Addi Bâ a vécu durant 3 ans. Cela a été possible grâce à la volonté de Farid Lahouassa de maintenir le tournage en France… Avec Jean-Marie, nous avons travaillé et réfléchi à chaque décor avec de vrais partis prix de lumière et de mise en scène. Jean-Marie est un très grand chef opérateur, qui a travaillé sur les films de Jean Becker, de Patrice Leconte ou de Jean-Jacques Annaud. Il a un regard, une vision… Je me souviens par exemple des « Caprices d’un fleuve » de Bernard Giraudeau, ou de « La fille sur le pont » de Leconte, qui avaient une image incroyable et dont certaines images demeurent présentes dans nos mémoires. C’est un homme de grand talent mais aussi d’une grande humilité, au service de chaque mise en scène, quelle qu’elle soit… Avant « Nos patriotes », nous avons travaillé sur un téléfilm pour Arte et, à l’époque, il venait de terminer « Le dernier loup » d’Annaud, en Chine. 144 jours de tournage avec parfois jusqu’à 7 caméras à gérer en même temps ! Pour la télévision nous n’avions qu’une caméra et 20 jours… Jean-Marie avait parfaitement su adapter sa technique et sa mentalité à l’inconfort relatif de la situation. Nous nous sommes également posé une autre question avec lui et Nicolas de Boiscuillé, le chef décorateur : comment renouveler l’imagerie de la 2e guerre mondiale et de la Résistance, déjà beaucoup exposée à l’écran ? Comment la rendre juste mais singulière, rigoureuse mais originale ? Le travail est donc passé par les détails des costumes, des accessoires, des coiffures, la patine des intérieurs mais aussi le choix des décors en forêt… La lumière du film devait donc être à la fois naturelle et stylisée, esthétique mais jamais maniérée, avec l’idée de restituer du mieux possible la sensualité de ces lieux et des personnages. Je dois dire aussi que nous avons eu beaucoup de chance avec la météo : l’automne fut magnifique et la neige n’était pas prévue ! Nous sommes arrivés un matin d’automne sur le décor où les flocons tombaient depuis la nuit. J’ai maintenu le plan de travail et je me suis servi de cet aléa climatique pour installer une ellipse dans le récit : 6 mois ont passé dans le maquis et nous sommes passés à l’hiver dans l’histoire du film !

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Vous parliez de sensualité et c’est un des autres aspects passionnants du film. On voit bien que ces hommes, ces Résistants, sont rattrapés par leurs pulsions humaines et qu’elles causeront même leur perte parfois. Vous nous montrez donc des personnages qui sont certes des héros mais qui n’en restent pas moins des hommes, faillibles…

GLB: Absolument et c’est de cette manière que nous avons travaillé avec Marc Zinga sur le personnage d’Addi Bâ. Ce n’était pas un superhéros ! Il est intéressant de voir qu’à travers des actes courageux, il montre comme tout être humain ses faiblesses, ses contradictions, tout en essayant de lutter contre. C’est ce qui est toujours intéressant dans un personnage : ses paradoxes, ses zones d’ombres, ses luttes intimes… Addi Bâ est un homme qui, dans la réalité, a subi et appliqué la violence. C’était un combattant redoutable durant la Campagne de France, le 12e bataillon des Tirailleurs Sénégalais engagé dans la Meuse, s’est rageusement défendu… C’est donc quelqu’un qui arrive dans le maquis chargé de ça, rempli de la guerre, et il fallait que cela ressorte dans le jeu de Marc. Toute cette violence vécue n’a en fait jamais été véritablement digérée et il n’en n’est pas ressorti intact… A un moment d’ailleurs, son chef de réseau joué par Pierre Deladonchamps lui dit : « je n’ai pas besoin de tueurs, j’ai besoin de soldats… », et Addi parvient globalement à appliquer la consigne. Mais il est aussi rattrapé par son point faible : les femmes. Cet aspect là était beaucoup plus présent dans le roman de Monénembo, car c’était une des caractéristiques réelles de cet homme. La sexualité en temps de guerre est d’ailleurs un sujet en tant que tel…

Et vous le montrez fort bien dans les scènes de groupe dans le maquis. Avant de parler de vos comédiens principaux, je voudrais d’ailleurs évoquer les seconds voire les 3e ou 4e rôles, car vous avez choisi des acteurs qui ont des gueules et des caractères marquants : je pense par exemple au petit garçon muet ou à l’officier allemand…

GLB: J’adore ces personnages que l’on dit secondaires et qui sont pourtant très importants, jusqu’au simple figurant. Je prends un grand plaisir à les caster moi-même, en les rencontrant quelques jours avant le début du tournage de manière très conviviale pour leur raconter l’histoire, ce qu’ils vont avoir à y faire, la place de leur personnage… Ca prend un peu de temps mais ça nourri le film et ça enrichi le récit en lui apportant toutes les nuances nécessaires. Cela m’a permis par exemple de parler du racisme de l’époque à plusieurs niveaux : celui des allemands pour les soldats africains, mais aussi celui de certains Résistants où citoyens lambda envers les troupes coloniales… Avec « Nos patriotes », j’ai le sentiment que je pourrais tout aussi bien raconter l’histoire de quasiment tous mes personnages !

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Venons-en aux principaux, à commencer évidemment par Addi Bâ, incarné par Marc Zinga. Est-il vrai qu’il s’est volontairement isolé du reste de l’équipe durant le tournage, demandant même qu’on l’appelle par le nom de son personnage ?

GLB: Quand nous avons commencé à réfléchir à notre casting, nous nous sommes demandé à qui l’on pourrait bien proposer le rôle. C’est Farid, le producteur, qui m’a fait découvrir le travail de Marc, que je connaissais mal… En voyant ses films, j’ai senti de suite qu’il y avait quelque chose de très puissant dans l’incarnation physique de ses personnages. C’est donc à lui et à lui seul que nous avons envoyé le scénario ! Marc a lu et dit oui immédiatement. Je suis donc allé le rencontrer à Bruxelles, là où il vit, et nous avons eu un échange très dense, vibrant… Nous étions à deux ans du tournage mais Marc nous a assuré qu’il serait au rendez-vous… et il l’a été, malgré les difficultés inhérentes au cinéma, comme les retards, les reports, etc. Dès que nous sommes passés au travail concret sur son rôle, j’ai senti son investissement, par exemple à travers le nombre de lectures qu’il a souhaité organiser. Marc voulait approfondir les choses, tout lire, tout voir, rencontrer les autres acteurs, affiner les moindres détails de ses costumes. J’aime cet investissement total ! Alors ensuite, dans le quotidien du tournage, c’est assez étonnant de voir quelqu’un qui décide à ce point d’incarner son personnage, au point que l’équipe en effet n’a pas eu accès à Marc Zinga, l’homme, mais à sa créature, son personnage ! C’est une technique déroutante au début mais bluffante au final car le résultat est là, sur l’écran : ce n’est pas une posture, il est formidable… Je me souviens du premier jour : j’envoie un texto à Marc pour lui dire que nous rentrons à l’hôtel, que je suis très content des scènes tournées et que, pour fêter cela, nous pourrions aller dîner. J’ai reçu sa réponse : « Pardonne-moi mais je ne dînerai ni ce soir ni les autres soirs…», signé Addi Bâ ! Bon… Je ne l’ai pas du tout mal pris, comprenant que c’était sa façon à lui de travailler, de se concentrer et sans doute de se protéger. Marc a besoin de se mettre en immersion, de faire sa traversée sous l’eau et de remonter à la fin. D’ailleurs, le dernier jour du tournage, il est vraiment redevenu Marc Zinga. A tel point que, lorsqu’il m’a parlé pour la fête de l’équipe, il n’avait plus la même voix… Je m’étais habitué à un timbre plus grave, plus rocailleux, plus viril, celui d’Addi Bâ ! Marc est ce que j’appelle un acteur total et pour moi, c’est une rencontre importante…

 

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A l’inverse si je puis dire, vous avez choisi Alexandra Lamy, personnalité solaire et rieuse, pour jouer le rôle de Christine, l’institutrice, dans un registre plus sombres que ses rôles récents au cinéma…

GLB: Nous nous étions déjà rencontrés pour un autre projet de film qui ne s’est jamais fait et j’en gardais un souvenir très positif. J’ai toujours été épaté par l’étendue de la palette d’Alexandra. Pour moi, un acteur ou une actrice qui sait jouer la comédie est aussi capable de toucher à l’émotion et à l’intime, créant avec le public un lien très fort. Elle avait montré cette facette chez François Ozon dans « Ricky », chez Sandrine Bonnaire dans « J’enrage de ton absence », ou dans des téléfilms pour TF1 dans lesquels on percevait l’intensité et la gravité de son jeu. C’est un registre dans lequel Alexandra excelle aussi… Je l’ai prévenue qu’il ne s’agissait pas du rôle principal mais du 1er rôle féminin, celui d’une femme qui va tendre la main à Addi Bâ, le protéger, et elle m’a dit oui tout de suite. Elle n’avait jamais joué dans un film historique et, ajouté à l’aspect plus dramatique du sujet, cela constituait un vrai challenge. Je n’ai jamais eu de doute, je savais qu’Alexandra serait parfaite, balayant les clichés que certains peuvent avoir la concernant. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec Francis Perrin sur un rôle grave dans « Insoupçonnable ». A l’époque, Francis jouait beaucoup de pièces de boulevard et, à partir de sa performance formidable dans mon film, il a enchainé ce genre de rôles à la télé ! Lui comme elle, parce qu’ils savent maîtriser le rire, dégagent un sentiment d’empathie qui nous rassure même quand ils nous entrainent ailleurs… Alexandra elle aussi s’est investie dans son personnage en choisissant minutieusement ses costumes, sa coiffure. Elle a accepté de travailler presque sans maquillage, loin de l’image pétillante que l’on a d’elle. C’était un terrain de jeu différent et elle y est très juste, toujours crédible, jamais artificielle. J’ajoute que, sur un plateau, c’est quelqu’un d’extrêmement respectueux de toute l’équipe, saluant tout le monde, des techniciens aux acteurs quand elle arrive le matin et quand elle part le soir. Alexandra est toujours et sincèrement positive, et on en a souvent besoin durant les moments plus compliqués d’un tournage !

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Que diriez-vous de Pierre Deladonchamps qui joue l’employé de préfecture, chef du réseau de la Résistance ? C’est aussi le régional de l’étape !

GLB: Ce que je ne savais pas ! J’avais découvert Pierre dans « L’inconnu du lac » mais c’est en voyant « Le fils de Jean » fin août 2016, alors que nous démarrions notre préparation, que je me suis dit qu’il serait très intéressant pour ce personnage. Un homme partagé entre son travail à la préfecture, où il doit appliquer les directives de Vichy sans rien laisser paraître, et son œuvre souterraine pour lutter contre… 48 heures après avoir reçu le scénario, Pierre m’a appelé pour me dire qu’il adorait l’histoire et le personnage mais qu’en plus effectivement, il connaissait parfaitement tous les lieux où nous allions tourner puisqu’il vivait à Nancy ! Rien ne lui était étranger, de la moindre ruelle au dernier sentier de forêt… Il a amené avec lui son énergie, sa sincérité et sa modernité mais aussi sa force et une forme de fragilité. Son chemin dans le film est celui de quelqu’un qui se révèle. De fonctionnaire en retrait, un peu gris, il devient un véritable chef, qui tranche, décide, affronte… C’est un acteur qui possède aussi une véritable intériorité, comme Grégory Gadebois, un autre comédien que j’admire profondément ! Gadebois est venu pour une scène, après que nous avons travaillé ensemble sur un documentaire où il était le narrateur. J’avais été stupéfait par sa performance vocale… Le filmer avec Pierre, dans toute la différence de leurs physiques, de leurs timbres de voix, a été un régal.

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Terminons avec Louane Émera, à qui vous avez confié le rôle de Marie, cette jeune postière membre de la Croix rouge. Un pari, sachant que son 1er et seul film avant le vôtre était une comédie populaire à succès, « La famille Bélier », et que Louane est désormais aussi une star de la chanson…

GLB: Quand nous avons commencé à réfléchir à ce personnage impétueux, rebelle, garçon manqué, bagarreur, nous avions le choix entre toute une génération de jeunes comédiennes âgées de 20 ans… C’est mon directeur de casting, Nicolas Ronchi, qui a eu l’idée de faire lire le scénario à Louane. J’avais vu « La famille Bélier » et j’avais vibré au film, pleuré même à certaines séquences, mais je ne me faisais pas beaucoup d’illusion en me disant qu’elle sortait d’un film à 7 millions d’entrées, avait été récompensée par un César avec en plus en effet une carrière de chanteuse magnifique. Je pensais qu’elle ne viendrait pas jouer un second rôle, mais, à ma grande surprise, Louane a lu le scénario et a dit oui très vite. Nous nous sommes vus dans un café et elle m’a expliqué pourquoi… En fait, depuis « La famille Bélier », elle avait reçu une quinzaine de scénarii et quasiment à chaque fois on lui proposait de jouer dans des comédies où elle était soit chanteuse soit la fille des personnages. Dans « Nos patriotes », Louane n’est la fille de personne… Marie est une jeune femme qui prend des décisions, loin des conflits de la post-adolescence ! Elle a adoré l’histoire et la relation entre Addi Bâ et Marie, qui cherche elle aussi à faire des choses, à agir, avec le sentiment qu’elle aurait pu faire de même si elle avait vécu à l’époque de la Résistance. C’est très intéressant car Louane a fait un choix à la fois contre l’image que l’on peut avoir d’elle mais également pour une histoire dans laquelle elle avait envie d’apparaître… En plus de sa très grande sensibilité, elle est d’une profonde intelligence : elle comprend très vite les situations et les personnages.
Revenons à vous pour finir… La grande histoire semble avoir rattrapé celle du film. Le président Hollande, à la fin de son mandat, a évoqué Addi Bâ lors d’une rencontre avec le président guinéen mais aussi le sort des Tirailleurs Sénégalais et leur reconnaissance tardive par la République.

 

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Avez-vous le sentiment d’avoir participé vous aussi à cette réhabilitation ?

Il est troublant en effet de constater que la figure d’Addi Bâ a été oubliée pendant plus de 60 ans. Le voir cité dans un discours présidentiel m’a totalement bluffé… Il y a aussi le mot « patriote » qui est revenu fortement dans le débat public à l’occasion du récent scrutin. Tout cela nous dit que les circonstances actuelles et historiques se rencontrent. Le destin d’Addi Bâ a donné lieu à un livre d’histoire, à un roman, à un documentaire et aujourd’hui à un film de cinéma. Donc, à travers des médiums très différents, un même personnage continue d’exister… Il a donc une part très fortement inspirante de romanesque et son action n’est pas tombée dans l’oubli, même si à un moment on l’a oublié. Ce n’est qu’en 2003 que le travail d’Etienne Guillermond permet de voir Addi Bâ décoré de la médaille de la Résistance, décernée à ses descendants, neveux et nièces, puisqu’il n’a pas eu d’enfant avant son exécution en 1943. Il a fallu de l’obstination pour faire ce film, mais aujourd’hui je suis fier et heureux de pouvoir partager ce travail avec le plus grand nombre je l’espère… Que le parcours d’Addi Bâ et de tous ceux qui l’ont entouré et constitué le maquis de la Délivrance nous touche et nous interpelle !

Pourquoi le nouveau Klapisch (Ce qui nous lie) est le coup de cœur du mois de Juin? Réponses ici!

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CE QUI NOUS LIE

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Sur fond de terroir et de liens du sang, Cédric Klapisch nous sert l’un de ses meilleurs crus.

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Réalisateur : Cédric Klapisch
Acteurs : Pio Marmaï, François Civil, Ana Girardot
Genre : Comédie, Drame
Nationalité : Français
Distributeur : StudioCanal
Date de sortie : 14 juin 2017
Durée : 1h53mn

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Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

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Réalisateur chaleureux adepte des comédies sociales, Cédric Klapisch nous a souvent proposé de judicieux portraits sur la nouvelle génération avec Le péril jeune ou L’auberge espagnole plus récemment mais nous a aussi régalé de belles tranches de vie avec Un air de famille. Délaissant l’esprit choral qui a marqué la plupart de ses films pour ne se consacrer qu’à une fratrie de trois personnages, Klapisch continue à s’intéresser à l’émancipation forcée que les événements de la vie vous forcent à prendre, à la transmission générationnelle et aux liens familiaux.

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Se souvenant que c’est son père qui l’a initié à la dégustation du vin, c’est au cœur des vignobles de Bourgogne (là où se concentrent essentiellement les petites exploitations familiales) qu’il choisit de planter le décor de cette chronique grave et tendre qui se déroule au rythme des quatre saisons, prétexte à établir un intéressant parallèle entre les cycles de la nature et l’évolution d’une famille. Pour ce retour à ses (nos) racines, il use de ses armes habituelles : sincérité et émotion additionnées d’un juste trait d’humour.

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Qu’il s’agisse de faire vivre ses personnages au rythme trépidant des mégapoles mondiales ou de les installer au cœur de nos vertes campagnes, Klapisch enrichit avec la même dextérité chacun de ses scénarios d’une infinité de détails minutieusement étudiés auxquels le spectateur peut s’identifier et qui donnent cette sensation qu’il y a un peu de nous dans cette histoire. Car si l’action avance lentement au bon vouloir de la nature et si le cadre de la Bourgogne, magnifiée par de chauds éclairages apporte son lot de sérénité, aucun des tracas du quotidien n’est occulté.

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Mêlant habilement, sous la forme de ce qui pourrait s’apparenter à un documentaire, la description poussée du travail exigeant de viticulteur (de la date du démarrage de la récolte à la mise en bouteilles) aux difficultés tant pécuniaires que sentimentales de ces trois jeunes gens face à cet héritage, le film nous abreuve sans jamais forcer le trait de bons moments de mélancolie, d’enthousiasme, de crédibilité et d’humour et nous attache aux personnages, modestes héros, résistant plutôt bien que mal aux aléas de la vie et incarnés avec brio par un trio de jeunes comédiens au talent incontestable.

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C’est le désormais incontournable Pio Marmaï qui se glisse dans la peau du fils aîné. Tiraillé entre sa vie désormais établie à des milliers de kilomètres de sa terre natale, son désir de régler ses comptes avec son père et ses devoirs de plus grand de la fratrie, il est le personnage-miroir de cette génération éternellement chère au réalisateur, peuplée de ceux qui se construisent dans le voyage mais aussi et surtout dans l’expérience humaine. Sa stature d’être authentique oscillant entre hésitation et virilité contribue largement à la crédibilité du récit. C’est pourtant Juliette (Ana Girardot) qui semble bien être le pivot de cette aventure familiale. Du vivant de son père, elle avait l’habitude de travailler au domaine qu’elle n’a jamais quitté. Toutes les décisions qui comptent passent par elle.

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Dans ce monde impitoyable d’hommes, la grâce d’Ana Girardot nourrit son personnage d’une fragilité vivifiante sans jamais démentir sa force émouvante. Quant à François Civil, (le petit frère Jérémie) récemment mis en valeur dans la série télévision Dix pour cent, c’est par lui que la légèreté arrive. Il est pourtant le moins bien doté. Empêtré dans des relations compliquées avec un beau-père autoritaire, il a peine à gagner son émancipation. Une discussion houleuse entre ces deux êtres diamétralement opposés constitue l’une des scènes les plus hilarantes du film.

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Nul doute que la l’ambiance chaleureuse et la simplicité bienveillante autour de ce thème universel de la transmission familiale iront droit au cœur des spectateurs et sauront les rassembler.

ENTRETIEN AVEC CEDRIC KLAPISCH ET L’EQUIPE DU FILM

 

Dans son nouveau film Cédric Klapisch file à la campagne pour faire les vendanges et parler de fraternité. Entretien.

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Avec ce film vous faites une escapade dans les caves ?
J’aime le vin et j’en bois de longue date. J’avais envie de tourner un film sur ce thème depuis une dizaine d’années. J’ai commencé en 2010 par faire une série de photos sur les vendanges, à appréhender le paysage au fil des saisons, à déguster, à rencontrer, à partager. Parler de la vigne, c’est parler d’écologie, de patrimoine, de culture, de famille, d’héritage, de politique, de mondialisation, de plaisir et d’intime aussi. Autant de bonnes raisons pour aller faire les vendanges en Bourgogne, du côté de Meursault et de Beaune.

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On vous connaissait comme un cinéaste des villes ?

J’ai beaucoup aimé la frénésie des villes, Barcelone, Paris, New York. Après cette trilogie urbaine et Casse tête chinois qui m’ont donné beaucoup de plaisir, j’avais envie de changer d’air, de travailler avec de nouveaux acteurs. Filmer la campagne, c’est appréhender le paysage, le cadre, les saisons, de manière apaisée. Ouvrir grand les yeux pour goûter simplement l’esprit des lieux, la rencontre. Je suis un cinéaste urbain. Cette fois, j’ai dû faire un vrai travail d’enquête pour comprendre, au-delà des idées reçues, le milieu, les gens, la tradition l’ouverture au monde, l’esprit de la vigne. Être un peu apaisé, filmer au gré des saisons, c’est bien non ?

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La famille, la terre, ce sont des termes politiquement connotés ?

Ce sont des valeurs qui n’appartiennent ni au Front national, ni à Pétain. Ce sont des valeurs universelles. Ce qui nous lie, c’est à la fois la tradition et l’ouverture au monde. Le voyage et l’ailleurs ne sont pas opposés à l’identité française. Bien au contraire. En mettant en scène ici deux frères et une sœur liés par un terroir, par une histoire, par un héritage difficile à assumer, je voulais parler de la fratrie mais aussi de la fraternité qui est une valeur républicaine essentielle.

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Comment les métamorphoses perpétuelles mais aussi cycliques de la nature sont-elles liées aux changements que subissent les personnages au cours de l’histoire ?
Cédric Klapisch : En fait, c’est un point de départ du scénario. Je regarde à la fois le parcours de cette famille et le trajet du raisin sur une année complète, et je les mets en parallèle. Il y a aussi eu de nombreux points de jonction entre cette nature changeante et les personnages. Au printemps par exemple, une histoire d’amour renaît, on repeint la maison, c’est un renouveau général ; la période de l’hiver est comme une salle d’attente où tout se fige, et les vendanges sont le point culminant de la vie dans toute sa force.
Ana Girardot : La relation s’est faite de manière organique : on a vu la nature changer et on s’est adaptés à elle. Cédric nous observait beaucoup, il a réécrit des scènes en fonction de nous, des apports à nos rôles respectifs.

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La place de la famille semble primordiale dans cette transformation : un retour aux racines est-il selon vous indispensable pour évoluer durablement ?

A.G. Il y avait une phrase dans le film qui n’y est plus, où un curé disait « Dans la vie, les parents veulent donner aux enfants des racines et des ailes ». Je pense qu’on a toujours besoin de se nourrir de là d’où on vient pour aller de l’avant.
C.K. Par rapport à Jean, on voit qu’il se réconcilie avec son enfance, son passé. Le film raconte à quel point il est important de régler ses comptes avec ses racines pour évoluer.
A.G. La famille, c’est comme un filet, une sécurité pour chaque pas que l’on fait dans la vie. Il y a quelques temps, j’ai fait une couverture pour un magazine, et j’avais super peur de la réaction de ma petite sœur, plutôt féministe. J’en ai parlé à mon père qui m’a dit oui, c’est vrai, ça ne va pas forcément lui plaire, mais de toute façon elle t’aime. Voilà ce à quoi renvoie la vision de la famille dans le film : un amour inconditionnel, qui dépasse les opinions personnelles.

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Comment fait-on un film centré sur des sens théoriquement invisibles tels que le goût et l’odorat ?
C.K. Ah ça, c’était un challenge ! La scène en gros plan des enfants qui goûtent des aliments avec les yeux bandés fait justement appel au rapport visuel entre les sens. Idem pour celle où la fratrie goûte le raisin : ce côté sensoriel, voire même sensuel, était indispensable. D’ailleurs, j’ai essayé de traiter la scène du couple qui fait l’amour exactement comme celle de la coupe du raisin, pour que tous les sens soient en éveil.
L’aspect contemplatif de certaines scènes semble vouloir nous pousser à réapprendre les choses simples telles que la relation à la nature, la famille encore une fois, mais aussi le sentiment d’appartenance.
C.K. Je ne parle pas vraiment de retour à la nature, mais plutôt d’un désir de simplicité, de revenir au concret dans un monde centré sur la virtualité : quelles sont les vraies valeurs, les vrais liens ? Pourquoi moi, qui suis très parisien, j’ai constamment besoin de retrouver cette nature.
A.G. Ce qui me touche particulièrement dans ce film, c’est la notion de pardon. Je réalise qu’en France, à la télévision, dans les téléréalités ou autres, il y a toujours ce besoin des participants de dire à leurs familles qu’ils les aiment. Ce problème de communication se retrouve dans le film entre Jean et son père : quelque chose les a empêchés de se dire combien ils s’aimaient et, du coup, ils ignorent à quel point ils sont, en fait, sur la même longueur d’ondes.

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Pourquoi « HHhH » mérite vraiment le coup d’œil cette semaine? Réponses ici!

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“HHhH” était un acronyme utilisé par les SS pour désigner Reinhard Heydrich, l’âme damnée de Himmler. Surnommé “le Boucher de Prague” en raison de ses exactions commise en Bohême-Moravie (autre nom de la Tchécoslovaquie), Heydrich fut le premier dignitaire nazi assassiné par la résistance européenne. Le film raconte en parallèle son ascension au sein de la SS et la préparation de l’attentat qui lui coûta la vie par deux partisans, Jan Kubiš et Jozef Gabčík.

Jason Clarke/HEYDRICH
Réalisateur de La French, Cédric Jimenez dirige un casting international de choc pour cette coproduction prestigieuse : l’australien Jason Clarke (Heydrich), les britanniques Rosamund Pike (sa femme, Lina) et Jack O’Connell (Kubiš), l’américaine Mia Wasikowska et les français Céline Sallette et Gilles Lellouche.

Réalisateur : Cédric Jimenez
Acteurs : Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jason Clarke
Distributeur : Mars Films
Genre : Action, Thriller, Historique
Nationalité : Français
Date de sortie : 7 juin 2017
Durée : 2h00mn

L’implacable décryptage de la capacité d’une idéologie à transformer un être banal en un monstre sanguinaire. L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque.

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Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire.

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Deux jeunes enfants blonds et élégamment vêtus s’ébattent dans un beau et grand jardin en compagnie d’un homme qui semble bien être leur père mais que l’on ne voit que de dos. Sa démarche saccadée et son ton autoritaire tranchent immédiatement avec l’ambiance de bonheur enfantin.  La musique à la fois macabre et déchirante nous le confirme : ce qui nous attend ne sera pas que la description d’une gentille partie de campagne. Déjà la scène suivante se fige sur le visage d’un jeune homme qui s’apprête à tirer sur un chef nazi et dont le fusil mitrailleur s’enraye.

Jason Clarke/HEYDRICH
Adapté du roman homonyme de Laurent Binet, prix Goncourt en 2010, HHhH (Himmlers Hirn heisst Heydrich, soit Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich) revient sur un épisode peu connu mais pourtant essentiel de la deuxième guerre mondiale : l’opération Anthropoid dont la mission est d’envoyer deux jeunes parachutistes tchécoslovaques formés à Londres préparer l’assassinat de Reinhart Heydrich, l’un des pires chefs du régime nazi. Vice protecteur de Bohême-Moravie, il joue un rôle majeur dans l’organisation de la Shoah et est en charge du contrôle des Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination chargés chargés de procéder à l’élimination des opposants réels ou imaginaires au IIIème Reich).

Jason Clarke/HEYDRICH
Après La French en 2014, Cédric Jimenez se tourne vers un thriller historique radical et sans concession. Opposant l’ascension effrayante d’un être sans foi ni loi à la bravoure héroïque de jeunes gens prêts à tout pour sauver leur pays, il revient sur l’un des thèmes qui le fascine le plus (sans doute parce qu’il en serait bien incapable, avoue t-il humblement ) : celui du sacrifice personnel pour le bénéfice d’une nation. Il sépare ainsi habilement son récit en deux parties bien distinctes mais inégales, de manière à permettre à la barbarie de la première de mettre en lumière l’héroïsme de la seconde.
Le regard acéré, les contours du visage saillants, la chevelure parfaitement aryenne, Jason Clarke se coule sans la moindre faute de goût dans le rôle peu amène de celui qui fut surnommé « le boucher de Prague » ou « la bête blonde ». Militaire ambitieux à la carrière contrariée par une banale affaire de mœurs, Reinhardt Heydrich n’est sans doute ni pire, ni meilleur qu’un autre. Sa femme Lisa (l’impeccable Rosamund Pike) dont le minois angélique ne laisse guère soupçonner une âme de nazie convaincue que le régime hitlérien est la seule issue à la crise morale et économique que traverse le pays le pousse à en devenir l’un des plus grands représentants.

Jason Clarke/HEYDRICH
C’est avec une minutie chirurgicale que le réalisateur nous décrit ce couple de hauts dignitaires allemands laissant le spectateur partagé entre effroi et fascination. Tendres et attentionnés entre eux ou avec leurs enfants, ils deviennent d’une inhumanité totale et inconsciente dès lors qu’il s’agit d’éradiquer ceux qu’ils considèrent comme des ennemis politiques. Incrédule et porté par une mise en scène non seulement soignée et documentée mais aussi agrémentée de multiples effets et de couleurs somptueuses, on suit sans en prendre une miette le parcours machiavélique de ces personnages débarrassés sans aucun état d’âme de toute moralité.

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Aussi, la deuxième partie à la force moins percutante et à la réalisation plus classique convainc plus difficilement. Nos jeunes résistants, si sympathiques soient-ils, souffrent à coup sûr de la prestation impressionnante de Jason Clarke et leurs personnages insuffisamment définis ne parviennent à susciter aucun sentiment d’empathie ou de peur. Les scènes de tuerie ou de torture à la brutalité réaliste ne distillent plus qu’un sentiment de malaise insupportable.

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Si un casting international (on y croise le temps de quelques courtes scènes Gilles Lellouche ou Céline Salette) nous contraint à subir des dialogues en langue anglaise quelque peu nuisibles à la véracité d’un récit autour d’un pan de l’histoire de l’Allemagne, le point fort du film reste la musique que l’on doit à Guillaume Roussel (déjà présent sur La French). Son intensité et son adéquation totale avec chaque phase de l’histoire apportent une dimension lyrique non négligeable et permettent au spectateur de ne jamais lâcher prise.

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Un film choc et saisissant qui ne devrait pas laisser indifférent les amateurs d’histoire contemporaine et qui, détail non négligeable, nous donne l’occasion de découvrir toute l’immensité du talent de Jason Clarke.

 

Entretien avec Cédric Jimenez, le réalisateur de « La French » qui a adapté le best-seller de Laurent Binet consacré au sinistre nazi Reinhard Heydrich.

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Pour commencer, comment prononce-t-on le titre ?
C.J : On dit les quatre « H », à la suite, tout simplement.
Vous n’avez-vous jamais songé à en changer ? C’est un peu crypté.
C.J : On y a pensé mais c’est celui du roman de Laurent Binet qui est un best-seller international, par conséquent, on n’y a pas touché.

Est-ce un film de commande ?
C.J : Il se trouve que le producteur de La French, Ilan Goldman, avait envie d’adapter le roman que j’avais lu et aimé. Quand il m’en a parlé, je me suis montré très intéressé. Ça s’est fait de manière assez simple.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette histoire ?
C.J : Heydrich n’est pas un vilain de chez Marvel. C’est un être humain qui incarne le pire de l’humanité. Cela m’intéressait de comprendre comment on peut aller si loin dans la monstruosité dans un contexte qui favorise les pulsions les plus noires et les plus sanguinaires. Son ascension au sein de l’appareil nazi était en ce sens passionnant à traiter tout comme le fut la réponse de la résistance tchèque à ses exactions.

En voyant HHhH, on pense à Walkyrie de Bryan Singer dans lequel Tom Cruise incarnait l’un des officiers allemands déterminés à tuer Hitler. Était-ce une référence ?
C.J : Pour tout dire, Tom Cruise, que j’adore, me gêne dans le rôle. J’ai du mal à me détacher du fait que c’est Tom Cruise, la star, qui est à l’écran. Quand on incarne des personnages historiques, c’est important, je trouve, d’oublier l’acteur. J’ai voulu Jason Clarke (qui joue Heydrich) précisément pour cette raison : c’est un immense acteur australien, connu des cinéphiles, mais ce n’est pas une mégastar ni une personnalité très publique.

Avez-vous pensé à tourner en allemand et en tchèque ?
C.J : Pour tout dire, Tom Cruise, que j’adore, me gêne dans le rôle. J’ai du mal à me détacher du fait que c’est Tom Cruise, la star, qui est à l’écran. Quand on incarne des personnages historiques, c’est important, je trouve, d’oublier l’acteur. J’ai voulu Jason Clarke (qui joue Heydrich) précisément pour cette raison : c’est un immense acteur australien, connu des cinéphiles, mais ce n’est pas une méga star ni une personnalité très publique.

Pourquoi « The Jane Doe Identity » est le film le plus « effrayant de l’année » ? Réponses ici !

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THE JANE DOE IDENTITY

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Un film de terreur pure, probablement le plus effrayant de l’année 2017, et intrinsèquement répugnant… On adore.

Réalisateur : Andre Ovreda
Acteurs : Brian Cox, Emile Hirsch, Olwen Kelly
Genre : Thriller, Épouvante horreur
Nationalité : Britannique
Distributeur : Wild Bunch, Wild Bunch Distribution
Date de sortie : 31 mai 2017
Âge : Interdit aux moins de 16 ans
Durée : 1h27mn
Plus d’informations : Le site du distributeur
Festival : PIFFF 2016 (Paris Internation Fantastic Film Festival), Gérardmer 2017

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden (Brian Cox) et son fils (Emile Hirsch), médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

Choisi pour ouvrir la 6e édition du Festival du Film Fantastique de Paris, le PIFFF, The Autopsy of Jane Doe a agréablement surpris le public. Il partait pourtant avec un désavantage, puisqu’il était projeté après un court métrage ibérique brillant, riche en pétoche, qui a foutu la frousse à la salle comble du Max Linder. Après cela, il fallait bien un crescendo horrifique pour satisfaire les spectateurs venus pour frissonner, et le nouveau film de André Ovredal (le documenteur malin Trollhunter), dans ce contexte d’exigence, est parvenu à s’imposer comme un monument d’horreur viscérale et de terreur pure.

Norvégien de par son cinéaste, britannique de par sa production, le film a l’élégance des bonnes productions B américaines. Un décor imparable de morgue aux infernaux couloirs, dont on sortira peu, seulement lors des séquences d’introduction et de fermeture. Cette histoire de père et fils, qui se retrouvent dans leur petite affaire légiste, un samedi soir, à disséquer le cadavre d’une jeune femme décédée de façon violente, sans pour autant présentée la moindre trace extérieure de maltraitance, pourrait s’apparenter à un épisode de La Quatrième dimension en chambre froide. On y retrouve l’opacité du mystère, les indices déroutants, l’opposition constante entre le cartésien et l’irrationnel des rites païens…

Pour donner chair à cette histoire de secte sans nom à la Martyrs (une hypothèse), d’infiltration diabolique (une deuxième hypothèse) ou de soulèvement zombiesque, le cinéaste donne carte blanche à des comédiens brillants, de Brian Cox en patriarche un peu vieux con, mais à la présence royale, et dans le rôle de son rejeton, le jeune Emile Hirsch que l’on ne présente plus, entre son rôle de puceau dans Girl Next Door et celui de vagabond dans Into the West de Sean Penn. Chacun apporte crédibilité et complicité dans cette histoire abracadabrante, mais qui ne délaisse pas ses personnages malgré un script a priori famélique, mais qui laisse peser une belle mélancolie dans cet environnement fortement morbide.

Visuellement, Jane Doe est un délicieux alliage entre l’ambiance de Phantasm de Don Coscarelli, et de L’Au-delà de Fulci.

De beaux titres pour une oeuvre référentielle qui in fine ne ressemblera qu’à elle-même. Et ce n’est pourtant pas faute d’emprunter aux thrillers mortuaires qui ont marqué le genre. Pour ses dissections et autopsies monstrueuses, on pense immédiatement à l’autopsie de Jigsaw dans Saw 4, mais comme ce dernier est un nanar, on préférera élever la comparaison avec le moyen métrage choquant de Nacho Cerda issu de sa Trilogie de la mort, le jusqu’au-boutisme absolu des effets sanglants y est tout aussi malaisé. Dans son genre suspense surnaturel, avec humour noir, The Autopsy of Jane Doe va très loin dans la démonstration de l’horreur, sûrement trop, contesteront ses détracteurs.

Mais au-delà de ses déballages nauséabonds, c’est bien dans l’effroi que le film se distingue. Rarement une oeuvre gore aura été aussi effrayante. L’objectif du cinéaste est patent dès les premières scènes, susciter la peur par tous les moyens, mais sans trop céder à la facilité. Certes, on recense une poignée de jump-scares, mais au cœur d’une narration dont le carburant agit à coup de révélations toujours plus effroyables, l’impression d’assister à un film de terreur intemporel, sans crétinerie adolescente, agit comme un poison capiteux.

A l’issue de la projection, on a tout simplement eu l’impression d’avoir assisté au spectacle cinématographique le plus farouchement effrayant de l’année 2016. A côté, Conjuring peut aller se rhabiller ! Le film vient de sortir dans les salles obscures françaises le 31 Mai 2017 ! Courrez-y … mais pas seul! Recommandation de Stephen King himself!

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Pourquoi Diane Kruger a été récompensé du Prix d’interprétation féminine pour « In the fade » lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes? Réponses ici !

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IN THE FAIDE

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DIANE KRUGER

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IN THE FAID DE FATHI AKIN – PRIX D’INTERPRETATION FEMININE – FESTIVAL DE CANNES 2017

Dénonciation efficace du terrorisme néo-nazi, le thriller de Fatih Akin est un thriller maîtrisé tout autant qu’un touchant portrait de femme, qui offre à Diane Kruger son meilleur rôle.

Réalisateur : Fatih Akin
Acteurs : Diane Kruger, Ulrich Tukur, Johannes Krisch, Denis Moschitto, Numan Acar
Titre original : Aus dem Nichts
Genre : Drame, Thriller
Nationalité : Français, Allemand
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 1h46mn
Festival : Festival de Cannes 2017

Tout juste présenté au Festival de Cannes 2017, tout juste récompensé du Prix d’interprétation féminin pour Diane Kruger, que vaut ce In the Fade ?
Sur la croisette, après la projection du film de Fatih Akın, les retours étaient plutôt partagés. Un sentiment aussi ressenti lors de la découverte le soir du palmarès.
Film présenté en compétition du Festival de Cannes 2017: La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

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On ne reviendra pas sur le Prix de Diane Kruger. L’actrice, qui joue pour la première fois dans sa langue maternelle, est impressionnante dans les deux premières parties du film. Bouleversant, puissant, de voir cette femme qui vient de perdre son mari et son jeune fils dans un attentat. Dur de rester insensible face à cette détresse, encore plus avec l’actualité récente. Toute la partie qui suit l’attentat est dur, Kruger impressionne. Elle joue avec justesse pendant que le film ne cherche pas à faire des éclats et dans les trop grands sentiments.

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Fatih Akin secoue et émeut avec ce film efficace mêlant polar, film de procès, étude de mœurs et œuvre politique, comme si les thématiques et les genres qu’il avait abordés jusqu’à présent étaient l’objet d’une synthèse.

Ses admirateurs retrouveront d’ailleurs des constantes de son cinéma, de son attachement à la communauté turque (dont il est issu) à l’utilisation de la mer comme symbole de mort. Le projet du cinéaste était d’aborder les assassinats commis en Allemagne contre des personnes d’origine étrangère, notamment turque, par des membres du groupuscule néo-nazi NSU (Clandestinité Nationale-Socialiste).

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Un procès toujours en cours a particulièrement inspiré le récit. « Mon film s’inspire de faits réels, et je tenais à ce que l’on croit à ce qui est montré sur l’écran. Comme tout le monde, je sens s’opérer un changement dans toute l’Europe, voire dans le monde entier.
La mondialisation est un défi, qui effraie beaucoup de gens, une peur, elle-même mondialisée, qui conduit au repli sur soi et au rejet de l’autre. Il se trouve qu’en Allemagne cette peur est déjà apparue dans les années 20 », a déclaré Fatih Akin.
L’auteur de Head-on et De l’autre côté, citoyen et artiste germano-turc, ne se contente bien sûr pas de déployer un « dossier de l’écran », même si des passages convenus (l’affrontement des avocats au cours du procès) font songer à un certain cinéma démonstratif, tel Music Box de Costa-Gavras. In the Fade montre avec subtilité comment la suspicion envers les victimes reflète des préjugés sociaux et ethniques, sur fond de trafic de drogue et agissements divers de mafias communautaires.

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L’intelligence du scénario est d’ailleurs d’avoir fait du personnage du mari un ancien délinquant turc, certes réintégré, mais dont l’activité cache peut-être des zones d’ombre. Quant à Katja, l’épouse et mère effondrée, le cinéaste lui a donné les traits d’une « blonde aryenne aux yeux bleus » selon ses propres termes, comme pour exorciser certains démons et prendre acte du brassage culturel qui caractérise désormais la plupart des pays.

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Le récit, co-écrit avec Hark Bohm, ex-collaborateur de Fassbinder, est découpé en trois chapitres qui permettent de suivre le cheminement de Katja, du bonheur insouciant au désir de vengeance, avec un dernier volet intense, oscillant entre le thriller et la tragédie grecque. Le film séduit par son écriture fluide, sa mise en scène classique et sobre sans être académique, même si Akin se permet quelques coquetteries stylistiques, comme cette pluie permanente, rappelant l’atmosphère du film noir aussi bien que certains polars coréens (The Murderer de Na Hong-ji).

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L’utilisation de la musique du groupe de rock américain Queen of the Stone, loin d’être une caution de modernité, donne une dimension lyrique que n’aurait pas désavouée Bernard Herrmann. Il faut enfin souligner le jeu impressionnant de Diane Kruger, dans un rôle qui aurait pu conduire à bien des excès, et qui offre ici sa meilleure interprétation.

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In the Fade est l’un des meilleurs films de son auteur et devrait élargir son audience. Au final, de In the Fade, ce n’est pas forcément l’histoire que l’on retiendra, du moins son traitement, mais c’est le jeu de Diane Kruger. Bluffante, poignante, elle tient là le meilleur rôle de sa carrière.