- Titre original : the Jacket

- Date de sortie en salles : 24 août 2005 avec ARP Sélection
- Réalisation : John Maybury
- Distribution : Adrien Brody, Keira Knightley, Kris Kristofferson, Jennifer Jason Leigh, Kelly Lynch, Brad Renfro & Daniel Craig
- Scénario : Tom Bleecker, Massy Tadjedin & Marc Rocco
- Photographie : Peter Deming
- Musique : Brian Eno
- Support : DVD TF1 (2013) zone 2 en 1.85:1 / 102 min

Synopsis : Un ancien combattant de la guerre du Golfe est envoyé à tort dans un établissement psychiatrique pour criminels aliénés, où il devient l’objet des expériences d’un médecin. Sa vie en est complètement affectée.
Bien que très mal connue, the Jacket de Jonathan Maybury s’avère être une œuvre plus ambitieuse qu’elle n’y paraît de prime abord malgré son évidente parenté avec l’Effet papillon, film malin et réussi évoquant les effets de la mémoire sur notre perception du temps (ou le contraire, ça marche aussi).
Ici, Jack Starks, soldat pendant l’Opération Tempête du Désert, ne réchappe à un tir dans la tête que par miracle. Un an plus tard, à peine sorti de convalescence, après avoir dépanné une mère et sa fille dans le Vermont, il se retrouve accusé du meurtre d’un policier. Les évidences sont contre lui, mais il ne se souvient de rien. Il est donc envoyé en institut pour fous criminels aux mains d’un médecin un brin sadique, le Dr. Becker. Ce dernier fourre d’office notre homme dans une camisole (la fameuse Jacket du titre) et l’enferme dans un tiroir de morgue. L’expérience, traumatisante, a des effets inattendus sur sa psyché puisqu’il se retrouve projeté dans… son futur – ou du moins un futur possible…
Qu’on ne s’y trompe pas : bien que surfant sur une thématique similaire, le film de John Maybury (produit par Clooney et Soderbergh) diffère singulièrement de celui avec Ashton Kutcher. D’abord parce qu’il évite des parti-pris « tendance ». Ainsi, Adrien Brody (the Brutalist, Bullet Head) qui interprète Starks, n’a rien d’un playboy. Longiligne, effroyablement maigre, au visage émacié, il nous rappelle la performance de Christian Bale dans the Machinist, avec un jeu tout en crispations et douleurs et une voix effacée, comme constamment complexée. Face à lui, Kris Kristofferson, troublant (the Last Movie, le Marin qui abandonna la mer), nous campe un personnage plutôt nuancé, entre savant fou et praticien désabusé, dont le regard enfoncé et sombre rejoint celui de son patient à la lisière de la démence.
Car le film gagne en substance en même temps que Starks avance sur la voie de la réhabilitation. D’impersonnel, froid, distant et presque clinique, le métrage devient plus humain et chaleureux au fur et à mesure que, sentant la fin approcher, l’homme se lance dans d’ultimes tentatives pour comprendre… et donner un sens à sa vie. Ce faisant, il emmène avec lui d’autres personnes qui le côtoient : le Dr. Lorenson (Jennifer Jason Leigh – les Huit Salopards –, méconnaissable et vulnérable), une femme en proie au doute mais qui se préoccupe de la santé de ses patients et Jackie (Keira Knightley, – Love actually – plutôt convaincante), personnage-clef dans le passé – et l’avenir – de Jack.
Il est ainsi fascinant de voir comment ces moments pendant lesquels Starks « se projette » sont représentés avec des tons plus chauds, plus doux malgré la rigueur de l’hiver dans le Vermont, sous une neige qui semble éternelle et dont la blancheur évoque un linceul permanent. Peu de figurants traversent ce métrage claustrophobique, conférant par là même plus de valeur aux rapports humains. On aura la surprise de trouver dans le rôle d’un autre patient, prétendant avoir tenté d’assassiner une trentaine de fois sa femme, un Daniel Craig (Skyfall, Millenium : les Hommes qui n’aimaient pas les femmes) complètement allumé.
Et la fin, bien qu’attendue (espérée ?), relève davantage encore l’ensemble du film, jetant à bas cette distanciation obtuse qui pouvait gêner dans sa première moitié. Ce sont d’ailleurs les confrontations ou les dialogues qui donnent son ton à l’œuvre et la font progresser. Ce ton est plutôt monocorde au début, puis de plus en plus riche, gagnant en harmoniques en se mettant au diapason des autres. Les personnages y souffrent tous, parfois ouvertement comme Starks dans son tiroir ; parfois aussi moins ostensiblement, d’une manière plus silencieuse, sourde, lancinante, pour ceux qui sont seuls ou vivent sous le poids d’une culpabilité non assumée (comme le Dr Lorenson et cet enfant mutique qu’elle tente de soigner).
Partant, on peut en revanche être légèrement frustré par le refus d’explorer quelques pistes annexes, comme cette réplique de Starks au Dr Becker du futur : « Nous vous hantons tous. » Les fantômes du futur ne seraient-ils que le reflet des erreurs du passé ? The Jacket prend le parti de ne s’intéresser qu’à un cas en particulier, qui interroge, celui d’un homme incompris, délaissé par la vie, mais qui aurait bien mérité d’en profiter un peu. La bande-originale signée Brian Eno achève de conférer un étrange pouvoir hypnotique au film.
Une œuvre qui mériterait sa place dans un coffret thématique, aux côtés de l’Effet papillon auquel il lui est parfois supérieur, tout en étant moins tape-à-l’œil et moins retors… quoique…

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