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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Etre un bon film ou ne pas être ?

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Sempiternelles questions… « Alors, tu as aimé le film ? », « Est-ce qu’il est bien ? », « Lequel préfères-tu ? » Entre ceux qui prônent une subjectivité intégrale (« les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ! ») et les dictateurs du beau (« objectivement, j’ai raison »), n’y a-t-il pas des réflexions plus nuances et abouties ? Telles étaient mes attentes en lisant « La valeur d’un film, philosophie du beau au cinéma » d’Eric Dufour, édité chez Armand Colin. Je vous propose d’ouvrir le débat en dressant rapidement ce que j’ai retenu et interprété de cet ouvrage.

De base, deux grandes conceptions du cinéma peuvent s’opposer : ceux qui sont davantage centrés sur la réalité, comme si on associait le cinéma au théâtre, et ceux relevant de l’héritage de Méliès davantage basés sur les effets spéciaux, c’est-à-dire tout ce que le cinéma peut se permettre et que le théâtre ne peut pas. On peut également opposer la conception où la réalisation priorise la narration, c’est-à-dire l’enchainement cohérent des différents éléments d’une intrigue qui se déroule sous nos yeux et la conception davantage formaliste où chaque plan ne prend véritablement sens qu’en rapport avec l’ensemble. Certains d’entre nous ont déjà une sensibilité plus développée pour tel ou tel type de film, même si évidemment, rien n’est manichéen et la plupart des films croisent ces différentes conceptions.

On peut également s’interroger sur la dimension sociale et politique d’un film. Certains festivals mettent régulièrement en avant ces œuvres qui ont la volonté de faire progresser les mentalités sur le triptyque classique : la classe sociale, l’origine ethnique et le genre. On reproche parfois à des films comme Moonlight, La Vie d’Adèle ou Moi Daniel Blake de surfer sur la bien-pensance au détriment de la qualité technique ou du plaisir procudré. D’autres mettront en avant l’utilité de ces films, avançant que la culture permet de faire bouger les lignes et ouvrir les esprits étriqués. Mais puisque l’on parle de remise de prix, fatalement rejaillit l’épineuse question : peut-on objectivement définir un bon (un beau ?) film ?

Certains analystes de cinéma ont tenté de catégoriser les films : les westerns, les films à suspense, les films de braquage, etc… Pour mieux hiérarchiser ? Peut-on dire qu’un film d’arts et essais est meilleur qu’un blockbuster ? Selon quels critères ? Un meilleur montage, un meilleur cadrage, une meilleure photographie ? On peut aussi entreprendre cette démarche pour classer des films d’une même catégorie en réfléchissant par exemple sur les critères d’un bon thriller en huis-clos. Mais non seulement ces critères seraient eux aussi subjectifs, mais de surcroit, il est difficile de ranger de nombreux films dans une seule catégorie.

Les plus pragmatiques se réfugieront dans la notion de plaisir. C’est là que certaines problématiques me semblent vraiment intéressantes. Quand on dit aimer un film, aime-t-on tout du film ? Qu’est-ce qui fait pencher la balance du côté du « bon » ou du « mauvais ? » Aura-t-on le même ressenti sur un film à n’importe quel moment de sa vie, quelque soit le contexte de visionnage ? Si l’on voit plusieurs fois un même film, aura-t-on toujours le même avis ? Ces nombreuses questions illustrent bien toute la subjectivité et la relativité des ressentis. Finalement, ces sensations ne sont-elles pas davantage la matérialisation de son propre intérieur, reléguant le film au rang de médium permettant de faire émerger son propre soi ? Un film nous émeut parce que nous sommes vulnérables émotionnellement à cet instant, et plus particulièrement sur ce type de sujet ?

Fort logiquement, on en arrive à une autre donnée qui me semble importante : les attentes. Quand on choisit de visionner un film, il y a (ou non d’ailleurs) un ensemble d’attentes. On adore l’acteur principal et on va donc mettre le focus sur sa prestation. Nous sommes fans de scènes d’action et nous serons particulièrement friands à ces moments. Nous avons besoin d’un grand moment de détente décébrée nous allons juger le film sur le plaisir jouissif qu’il nous procurera, fut-ce t’il rétrograde. Nous nous embourgeoisons et nous serons particulièrement réceptifs à ce film ouzbèke en VO non sous-titré ou à ce vieux classique des années 50 qui a été depuis 4 fois rebooté. Nous entrons dans une phase où les enfants prennent une part importante dans le quotidien et nous serons en recherche de vrais films familiaux pouvant plaire aux petits comme aux grands. Un bon film sera alors celui qui aura comblé nos attentes, même si certains veulent avant tout être surpris.

Ces attentes renvoient également à la position sociale renvoyée par l’avis que nous manifestons et l’appartenance à un groupe que cette sentence entraine. Trouver la dernière Palme d’or magnifique vous place directement dans le clan des cinéphiles avertis et distingués. Adorer Cinquante nuances de Grey vous permet de faire partie des branchés à la sexualité débridée et assumée. Suivre minutieusement l’intégralité de l’Univers Marvel permet de tisser des liens sociaux auprès des nombreux fanas de la culture pop. Tous ces enjeux ont leur importance (consciente ou inconsciente) au moment de lever le pouce ou de le baisser.

En dernière partie, on peut s’interroger sur l’usage d’un film, notion qui va prendre deux formes. Tout d’abord, que nous fait le film ? Est-ce qu’un bon film, ce n’est pas un film qui nous donne de l’espoir, qui ravive notre joie de vivre, qui ouvre notre esprit, qui nous permet de comprendre pourquoi telle ou telle situation personnelle s’est déroulée ainsi ? La deuxième piste de l’usage d’un film, c’est de se demander ce que l’on fait du film. Comment allons-nous utiliser ce film sur le court,  le moyen, le long terme ? Il y a des films qui font du bien sur le moment, et que l’on oublie presque instantanément. Et il y a des films qui marquent toute une vie… N’est-ce pas ça finalement la définition d’un bon film ?

Vous l’aurez compris, philosophie oblige, on ne peut pas répondre de manière catégorique à cette question. C’est d’ailleurs tout ce qui fait la richesse du débat… N’hésitez pas à lire l’ouvrage référencé au début de cet article : vous pourrez approfondir ce sujet si vaste !

L’analyse d’ « 1 :54 » en 4 questions

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Un titre qui interpelle pour un film qui laissera le spectateur groggy…

Drame canadien sorti le 15 mars 2017 (1h46) réalisé par Yan England

Avec Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay

Pourquoi on nous a trompés sur la marchandise ?

Le titre et l’affiche le présentent ainsi : nous avons affaire à un film de course à pied mettant en scène des adolescents. La bande-annonce (oui, je l’ai vue malgré http://lecoindescritiquescine.com/les-dossiers-cinema/ne-regarde-presque-jamais-bande-annonces/) va d’ailleurs dans ce sens. On sent une rivalité entre les deux personnages masculins principaux, le défi d’atteindre la fameuse minute cinquante-quatre en travaillant dur. C’est d’ailleurs un sujet qui ne me semblait pas très intéressant, d’où ma première réticence à me rendre au ciné.

En réalité, il y a des scènes de courses (pas toujours convaincantes d’ailleurs), mais ce n’est pas du tout le propos central. 1 :54 développe une intrigue autour du harcèlement au lycée, en plaçant le focus sur Tim qui a d’autant plus de mal à assumer son homosexualité qu’il subit les railleries poussées de ses pairs. Remporter la course symbolise juste se venger du harceleur principal.

Quelles influences pour ce premier film de Yan England ?

D’emblée, la présence d’Antoine-Olivier Pilon nous rappelle Mommy. Le jeune canadien se contient davantage que dans le rôle explosif du chef d’œuvre de Xavier Dolan, mais il crève l’écran une nouvelle fois en ado particulièrement mal dans sa peau. Notons également la présence de Sophie Mélisse que nous avions découverte dans Monsieur Lahzar, un autre film touchant se déroulant au lycée.

Si certains aspects nous font penser au Polytechnique d’un autre maître canadien (Denis Villeneuve), la manière de filmer (cadrage, couleurs) m’a tout de suite évoqué l’Elephant de Gus Van Saint. Le comportement de ses lycéens qui ne s’épargnent pas entre eux va également dans ce sens. Tout l’aspect dur et malsain du harcèlement m’a également rappelé le trop méconnu Respire de Mélanie Laurent.

Finalement, que vaut ce film ?

J’ai trouvé que ce 1 :54 avait les qualités et les défauts d’un bon premier film. Le scénario est plutôt bien ficelé avec un événement qui vient poser un premier jalon fort au bout d’une demi-heure et qui va amener l’intrigue autour de la course. La dernière partie est à la fois efficace et poignante. La réalisation soignée nous immerge totalement dans ce monde de brutes. Yan England évite également le principal danger de ce genre de thème : le pathos.

Nous sommes face à un film qui marque, de la famille de ceux dont on en parle encore le lendemain. On regrettera juste le côté un peu trop mécanique et le manque de profondeur des personnages secondaires. Jennifer et Jeff auraient mérité un traitement plus important et plus subtil : on a du mal à aller plus loin de « la gentille et le méchant ».

Un film utile ?

1 :54 est visionné dans de nombreuses classes au Canada, preuve de son utilité. Proposant une qualité bien plus ambitieuse que la plupart des téléfilms de TF1, ce film permet d’ouvrir le débat à la fois sur le harcèlement et sur l’homophobie (terme peu apprécié par Morgan Freeman), la violence des réseaux sociaux et de se sensibiliser au fait que l’on croit souvent (par négligence, par égocentrisme ?) que les mal-êtres ne sont pas si profonds.

En France, le film est peu et mal diffusé (vu lors de sa semaine de sortie dans la plus petite salle du complexe cinématographique).  Faut comprendre les cinémas : Kong, la Belle et la Bête et les autres blockbusters rapportent nettement plus.

5 bonnes raisons de regarder la saison 1 de Black mirror

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Conseillé par de nombreux avis, mais frileux face au phénomène séries, je me suis finalement laissé entrainer vers Black mirror… Voici les cinq raisons qui me feront regarder la saison 2 !

Parce que ce n’est pas aliénant

Regarder 7 ou 8 saisons de 15-20 épisodes… très peu pour moi ! Je déteste ces séries à rallonge qui semblent conçus pour faire durer le plaisir et garder prisonnier le spectateur le plus longtemps possible ! Ici, c’est juste une saison de 3 épisodes entre 45 minutes et une heure. Tous les épisodes sont indépendants avec un pitch original, un nouveau réalisateur et des nouveaux acteurs : on a rarement vu plus percutant !

Parce que c’est de la vraie SF, celle qui fait réfléchir sur notre présent

Mais alors, quel est le lien entre ces épisodes ? Le fil rouge de Black mirror : la dépendance aux écrans. Dans des futurs plus ou moins proches, les avancées technologiques ont changé notre rapport au Monde et aux autres. Si les avantages semblent évidents, les dérives apparaissent très vite. On se rend rapidement compte que ce futur virtuel n’est pas très éloigné de notre réalité présente : nous avons affaire à de la vraie science-fiction qui nous aide à prendre du recul sur notre quotidien et nos habitudes face à la science.

Parce que le voyeurisme nous empêche de voir la réalité

L’épisode 1 de cette série britannique nous met directement dans l’ambiance. La princesse d’Angleterre a été enlevée et la demande de rançon proférée sur youtube tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Que demande le ravisseur ? Que le premier ministre accepte d’avoir une relation sexuelle en direct sur internet avec… un cochon ! Original, efficace et politiquement incorrect. Sans spoiler, l’épisode se conclut avec une cohérence qui donne une vraie force d’ensemble au propos développé.

Parce qu’à force de ne jurer que par le buzz, on en perd son âme

Pour l’épisode 2, nous sommes plongés dans un monde qui se limite à des chambres entièrement tapissées d’écrans et à un quotidien occupé à pédaler sur des vélos d’appartement pour cumuler des crédits qui permettront aux protagonistes de gagner de nouveaux programmes à visionner… et pourquoi pas même intégrer l’envers du décor, à condition de payer une très grosse somme et de réussir un casting où le jury semble avoir perdu toute humanité. Dans ces conditions, une histoire d’amour est-elle possible ?

Parce que ressasser les souvenirs nous écarte du carpe diem

Episode final, le 3 : les humains ont tous investi dans une puce implantée derrière l’oreille. Sa fonctionnalité ? Permettre de revenir sur n’importe quel souvenir, en choisissant son angle de vue, sa vitesse de visionnage et la taille du zoom. Si le personnage principal a pris l’habitude d’analyser les scènes de son quotidien, ce petit manège va vite devenir toxique lorsqu’il se met à réfléchir aux relations que sa femme semble entretenir avec un ami exubérant. Et si parfois, il était préférable de ne pas savoir et de se contenter de souvenirs flous ?

Pourquoi je ne regarde presque jamais les bande-annonces… et vous ?

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Qui n’a jamais pensé « Le film était nul : on avait déjà tout vu dans la bande-annonce ! » ? Avouons que cette remarque revient souvent, notamment dans les comédies. C’est naturel : un gag fonctionne toujours mieux quand on le découvre… une fois l’effet de surprise passé, l’effet comique s’estompe fort logiquement. Il en est de même pour les scénarii où rien ne nous surprend par rapport aux images prévisionnées (citons pour exemple « Demain tout commence »).

Mais alors, pourquoi regarder les bande-annonces ? Selon moi, on les regarde pour se faire une idée du film et décider si oui ou non on ira le voir. Voici pourquoi je ne les regarde quasiment jamais ! Possédant une carte UGC illimitée, je sais déjà que je vais voir une bonne partie des films à l’affiche. Quels critères vont retenir mon attention ? Le réalisateur, le pitch, les acteurs…

Ce triptyque permet déjà d’avoir une vraie attente avant la sortie du film. Certains réalisateurs ne m’ont jamais déçu et ont donc 100% de ma confiance, comme Denis Villeneuve ou Christopher Nolan. Un film de Xavier Dolan attisera toujours ma curiosité. Un sujet novateur m’attirera, ou l’adaptation d’une œuvre que j’ai aimé ou qui m’interpelle. Pas besoin de voir la bande-annonce des Gardiens de la Galaxie 2 pour savoir que je vais aller le voir. Certains acteurs sont également 100% bankables pour mon futur choix. J’ai déjà coché « Life », juste parce que Jake Gyllenhall sera à l’affiche ! A l’inverse, je sais que je n’aime pas la saga des Fast and furious, ou les films avec Vin Diesel et Dwayne Johnson en général…

Pas besoin donc de prendre le risque de se gâcher le film en s’abreuvant des bande-annonces qui tournent en boucle avant la projection, ou sur le net. A ces critères préalables vont s’ajouter les moyennes sur Allociné. L’ensemble des notes de la presse donne un aperçu sur la « valeur du film », que l’on peut affiner en allant lire les quelques phrases qui résument les différents avis. Si tout converge vers un film d’action décérébré, le box office risque de me perdre. Idem pour la moyenne spectateurs, qui donne un indicateur sur le potentiel « plaisir » du film. Deux moyennes à 4/5 minimum m’emmèneront directement voir le film.

Comme rien n’est ni tout blanc, ni tout noir, la bande-annonce me sera néanmoins utile pour quelques rares films (souvent davantage « arts et essais ») où je me pose vraiment la question sans que les critères précédents ne me permettent de trancher. Je vais regarder la couleur du film, le ton général, les idées… En espérant que le trailer ne me gâche pas l’éventuel futur visionnage ! Parfois, le fan service joue aussi avec les mini-trailers à « énigmes » qui font monter la température et le buzz. On va regarder les images du prochain Star Wars distillées avec soin afin de trouver des indices sur le scénario, on va disséquer la prochaine bande-annonce d’Avengers 3 pour repérer les futurs protagonistes… Mais n’est-ce pas mieux de découvrir le film en étant vierge ?

D’ailleurs, si j’étais réalisateur (on peut toujours rêver !), j’essaierais de monter des bande-annonces qui ne disent pas grand-chose du film (cf « Mon roi » de Maïwenn ci-après), ou même pourquoi pas avec les scènes coupées ! Evidemment, cet article ne reflète que mon point de vue, forcément subjectif. Certains vont moins souvent au ciné, n’ont pas les mêmes attentes ou la même façon de penser…

D’ailleurs vous, vous en pensez quoi des bande-annonces ?

La bande annonce sulfureuse d’Atomic Blonde

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Quand le réalisateur de John Wick propose à Charlize Théron d’incarner l’héroïne principale de ce thriller d’action, de cascades et de plaisir… On prend note pour cet été !

 

Trainspotting T2 : l’Analyse en 4 questions

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Comédie dramatique britannique sortie le 1er mars 2017 (durée : 1h57) réalisé par Danny Boyle

Avec : Ewan Mc Gregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle

Vingt ans après le film culte, Danny Boyle le touche-à-tout nous (s’) offre la suite… Les fans seront-ils comblés ? La nouvelle génération peut-elle s’y intéresser ?

Ca veut dire quoi Trainspotting ?

Question pas évidente au premier abord ! Après recherche, ce terme désigne des personnes obsessionnelles qui observent les trains en notant leurs habitudes, leurs horaires, leurs vitesses… Si on rapproche cette définition avec le film, on se dit que ça illustre cette bande de jeunes qui n’ont pas grand-chose d’autre à faire que de se droguer, trouver l’argent pour s’alimenter et profiter de ses effets.

Dans le monde de la drogue, on dit aussi que Trainspotting correspond à la ligne de points qui se forment sur le bras que l’on pique point par point (gare par gare). On peut également se dire que c’est le train que l’on prend à grande vitesse après une bonne dose d’héro. Ca fait écho à la chambre de l’anti-héros principal aussi petite que tapissée de trains alignés… Au final, ce titre est plus riche qu’il n’y parait et correspond bien à l’esprit acidement foutraque de ces films.

Pourquoi le Trainspotting original est-il si culte ?

Trainspotting fait partie de ces films qui ont marqué une génération. Malgré une interdiction en salle aux moins de 16 ans (autre temps, autres mœurs…), le premier opus avait dépassé le million de spectateurs, ce qui est extrêmement rare dans l’histoire du cinéma. Illustrant une jeunesse britannique désoeuvrée et sans avenir, Mark et sa bande vivaient au rythme d’une musique branchée entre Iggy Pop, Pulp, Blur, New Order et Underwolrd.

Ce délire musical collait parfaitement au trip « shoots, dépravation et rock’and roll ». A l’époque, Danny Boyle ouvrait la voie aux films-cultes sur la drogue. Mais là où l’Anglais livrait une comédie aussi grinçante que pop, ces successeurs choisiront d’autres tons : plus coloré chez Terry Gilliam et son Las Vegas Parano (1998), plus sombre pour le Requiem for a dream (2000) de Darren Aronofsky. Depuis, ce thème s’est un peu essoufflé (hormis peut-être Limitless en 2011 ?) : signe avant-coureur que ce T2 n’était pas en accord avec 2017 ?

T2 : la suite d’une histoire qui se répète ?

Pour ce T2, John Hodge, le scénariste fétiche de Boyle, a préféré la continuité à la rupture. Choix cohérent par rapport à cette bande de potes qui passe son temps à courir pour mieux rester sur place. Vingt après, nous allons constater pendant deux heures (c’est un peu long, comme ce vieil ami que l’on n’arrive pas à quitter après une longue séparation) qu’ils ont finalement peu changé entre un Renton looser malgré lui, un Sick Boy expert en plans foireux, un Begby toujours aussi nerveux et un Spud attendrissant de candeur… C’est d’ailleurs finalement lui qui avancera le plus dans sa vie !

Ce deuxième opus a le goût de notre adolescence, tel un vieux bonbon dont on adorait se gaver mais qui semble sans saveur à la nouvelle génération. Attention, nous ne sommes pas face à un film bâclé, loin de là ! Au contraire, les personnages sont traités avec beaucoup d’affection. Nous les avions laissés sur cette trahison de Mark et les quarantenaires seront ravis de voir la suite, mais ne retrouveront plus l’équivalent des scènes du bébé ou de la plongée dans les toilettes… Ce qui était novateur il y a vingt ans est devenu plus commun aujourd’hui.

« Mange un Danny, ça ira mieux » : est-ce vrai pour tous les spectateurs ?

Trainspotting, 1er du nom venait confirmer la réussite du « Petits meurtres entre amis » d’un réalisateur qui, en deux décennies, a touché à tout : 28 jours plus tard, Sunshine, Slum Dog Millionnaire, 127 heures, Trance, Jobs. A l’époque, certains voyaient en lui l’un des futurs grands réalisateurs du cinéma moderne. Depuis, on lui a souvent reproché son style trop tapageur et clipesque.

Mais force est de constater que l’artiste sait donner du rythme avec une inventivité constante. Trainspotting 2 ne déroge pas à la règle. Si tout le monde a vieilli, le film se déroule toujours à la vitesse d’un junkie qui vient de prendre sa dose. Il y a des idées de mise en scène à chaque plan. La musique (rajeunie pour le coup) continue de jouer un rôle primordial avec Rick Smith, Wolf Alice, The Rubberbandits, Young Fathers. Le spectateur est invité à faire corps avec ce délire psychédélique faussement sale et truffé de savants clins d’œil à son prédécesseur.

En définitive, les fans de l’original viendront prendre une agréable de dose de nostalgie tandis que les plus jeunes trouveront que leurs parents ont décidément de drôles de goûts !

Une autre vision de « Cure for life » : débat et interprétations

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C’est en discutant sur différents groupes ciné qu’une toute autre interprétation du film a commencé à germer en moi : et si tout ce qu’il se passe dans l’Institut n’était que la matérialisation imaginaire des névroses du héros ? Et si les flashbacks n’étaient qu’un ancrage dans la réalité ?

(ma critique du film : http://lecoindescritiquescine.com/les-critiques/lanalyse-de-cure-for-life-4-questions/ )

Lockhart se retrouve face à un choix : suivre le chemin de son père bourreau de travail, ou se rappeler de la douceur de son enfance symbolisée par la ballerine donnée par sa mère ? Ce choix le rend malade et tout ce qu’il se passe dans sa tête va prendre vie dans les aventures vécues à l’Institut.

C’est là où la présence de toutes les psychoses classiques se justifie : la peur de perdre ses dents, la claustrophobie, la noyade… Toutes ces peurs, qui le suivent plus ou moins explicitement peut-être depuis son enfance, se mélangent à ce choix de vie cornélien.

Cette théorie permet également de donner du sens à ces scènes où on ne sait pas si l’on se trouve dans la fiction ou dans la réalité : est-ce que le héros meurt vraiment dans la cuve ? Les patients (dont Pembroke) sont-ils vraiment morts ?

Dans l’un des flashbacks à la fin, on voit une nouvelle fois le suicide du père, jusqu’au moment où on distingue qu’il s’agit en fait de Lockhart lui-même, comme s’il reproduisait le même schéma familial ou sociétal. Une boucle qui fait écho à ce Baron éternel qui trouve toujours le moyen de se régénérer et de paraître jeune, en forme et à la mode (une identification cyclique et perpétuelle comme quand Lockhart dit s’appeler Pembroke pour retrouver sa trace ?). C’est là aussi où toute la mise en scène mettant en valeur les reflets prend du sens : nous sommes face à nous-mêmes, mais avons-nous la force et le recul de nous remettre en cause et d’aller à l’encontre des choix dictés par notre société ? Ou ce choix de lumière retravaillée et qui fait très artificiel, comme pour mieux exprimer que nous ne sommes pas dans la réalité ?

Le choix final est aussi cohérent avec cette théorie et à l’ensemble du film. Lockhart a rencontré Hannah (un nom-palindrome pour montrer que l’on peut lire ce film dans les deux sens ?) qui est au départ très effacée, mutique, soumise. Mais ce personnage va évoluer (comme le héros ?) au point de permettre au duo de se sauver des griffes de cette organisation si bien rodée ? Ce personnage féminin (symbole de la candeur originelle ? personnification de la figurine de la ballerine ?) aurait pu subir un souillage de la part de ce Baron-symbole du diktat du travail, mais heureusement, la fin est heureuse ! On peut d’ailleurs se dire qu’Hannah n’existe pas en tant que telle et qu’elle n’est que la partie innocente sommeillant en Lockart.

Je trouve que tout cela se tient… et vous, qu’en pensez-vous ?

L’analyse de Lion en 4 points

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Drame américain sorti le 22 février 2017 (1h58) réalisé par Garth Davis

Avec Dev Patel, Rooney Mara, Nicole Kidman, Sunny Pawar

Six fois nominés aux Oscars, mais reparti bredouille, que retenir de ce Lion ?

Une histoire tellement incroyable qu’elle est vraie !

C’est l’histoire de Saroo, un petit hindou de 5 ans qui va se retrouver dans un train qui l’emmène à 1600 kilomètres de chez lui. Incapable de savoir d’où il vient, l’enfant va devoir survivre dans la jungle de la ville, avant de se faire adopter par un couple d’Australiens. Vingt-cinq ans plus, malgré une vie apparemment heureuse, Saroo a de plus en plus de mal à accepter son passé. Il va tout mettre en oeuvre pour retrouver son village d’origine grâce à un allié de poids : Google Earth.

On pourrait donc qualifier ce drame de biopic, puisque ces faits se sont vraiment déroulés. Il y a des histoires vraies qui semblent avoir été faites pour le cinéma : celle-ci en fait partie. Tout est cousu de fil blanc du début à la fin, on sait que la sensibilité des spectateurs va être mise à rude épreuve. On s’attache vite à ce petit bonhomme et on attend la conclusion avec impatience. Ça marche bien, mais c’est un tire-larmes un peu trop facile.

Un scénario en deux parties inégalement réussies

                Pour son premier film, Garth Davis a choisi de couper son film en deux parties. Dans la première, Saroo a 5 ans. On commence par découvrir son quotidien d’enfant modeste et courageux dans la campagne, ainsi que les liens très forts qu’il entretient avec sa famille et notamment avec sa sœur. Puis on va le voir subsister dans cette jungle urbaine qui dépeint une société indienne guère reluisante. Dans la deuxième partie, on découvre Saroo trentenaire dont le mal d’identité se déclenche face à sa jalebi de Proust !

Clairement, la première partie est très réussie. Les images sont belles, la narration fluide, chaque scène fait avancer l’intrigue avec clairvoyance. Malheureusement, la deuxième s’avère beaucoup plus laborieuse. Le ton est radicalement différent mais surtout, on semble basculer vers un autre propos : la quête identitaire. En une heure, on nous présente ses parents adoptifs, son « frère », sa copine, son nouveau cercle d’amis… Ça part dans tous les sens, sans avoir le temps de véritablement cibler ce qui est important.

Des acteurs qui évitent l’écueil du pathos

                C’est l’un de grands points forts du film selon moi. Dans un premier temps, comment ne pas tomber en admiration devant ce gamin de cinq ans, Sunny Pawar, qui tient le rôle principal pendant une heure ? Solaire, attendrissant, volontaire mais fragile, nul doute que quiconque voudrait être à la place des parents australiens pour l’adopter ! Le reste des acteurs (professionnels ?) de la première partie sonne également très réaliste.

Nicole Kidman est admirable de retenue. Dans cette intrigue à fort potentiel larmoyant, elle parvient à rester digne et équilibrée, rendant la deuxième partie crédible. Dev Patel incarne également Saroo adulte avec beaucoup de justesse. Je craignais beaucoup la fin dans un déluge de pathos, mais l’acteur qui préfère la qualité à la quantité (Slum Dog Millionnaire, Chappie) a très bien géré ce piège.

Un propos manquant de clarté ?

                Quel est le propos du film ? La deuxième partie semble clairement vouloir traiter du problème identitaire avec ses images du passé qui reviennent (beaucoup trop) souvent. Est-ce cohérent avec la première partie ? Je ne trouve pas. Le film prend vingt minutes pour décrire la vie de Saroo au village, ça pose le personnage. Les quarante minutes suivantes traitent de l’âpreté de la vie dans cette ville indienne. Ce méli-mélo manque selon moi de cohérence.

D’ailleurs, est-ce que ce découpage en deux parties était-il le plus judicieux ? Si on part du principe que le propos reste les difficultés de ce jeune enfant à savoir qui il est réellement, pourquoi ne pas d’emblée commencer par sa vie de trentenaire et ponctuer le film de flash backs soulignant l’écart entre sa vie « luxueuse » d’adulte et son enfance plus modeste ? On aurait pu découvrir petit à petit son histoire en comprenant son impact sur son présent. Je trouve que le film aurait gagné en cohérence et en force.

 

Au final, Lion est un film qui plaira à celles et ceux qui aiment les belles histoires avec de belles émotions, mais son manque de cohérence et sa deuxième partie l’empêchent de rejoindre les meilleurs films de ce début d’année.

L’analyse de Cure for life en 4 questions

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Thriller fantastique américain sorti le 15 février 2017 (2h27 min) réalisé par Gore Verbinski

Avec Dane DeHaan, Jason Isaacs, Mia Goth

Accueil mitigé dans les critiques, vu sans réelles attentes, que vaut ce film très stylisé ?

A quoi cette œuvre originale fait-elle référence ?

Entre Gore Verbinski et une très burtonnienne Mia Goth, le cadre est d’emblée planté : ça sera gothique et gore ! Blague à part, le réalisateur n’est pas du tout un inconnu puisqu’il a signé les trois premiers opus de Pirate des Caraïbes. C’est à lui que l’on doit aussi la catastrophe (au moins au box office) Lone Ranger. Ici, changement de style avec un thriller fantastique pour celui qui a créé la grenouille de Budweiser. Véritable encyclopédie du cinéma, le quinquagénaire adore glisser des références dans ce Cure for life.

L’ambiance de cet institut de cure ressemble à celle de Shutter Island dans sa dimension angoisse paranoïaque, même si ici, tout est plus glauque. Le parallélisme peut d’ailleurs s’étendre à l’acteur Dane Dehaan, dont la ressemblance (flatteuse) avec Monsieur Di Caprio dont le rôle rappelle aussi le jeune ambitieux du Loup de Wall Street. Le côté gothique et l’arrivée en train sont-ils un clin d’œil à Dracula ? La scène du dentiste à Orange Mécanique ? La dimension métaphorique où l’aspect formel est particulièrement soigné m’a aussi fait penser au dernier (et très réussi) The Neon Demon.

Et le fond dans tout ça ?

                Là où le chef d’œuvre de Nicolas Winding Refn traitait de l’apparence, nous avons le droit ici à une allégorie de la société de consommation. Le responsable de l’institut, interprété par un Jason Isaacs qui n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour être flippant, symbolise cette système où le travail dicte un rythme impossible, ce qui nécessite le recours éhonté à des soins et à des loisirs. Mais cette société où la modernité est mise en avant comme véritable progrès permet à cet institut de faire croire que la cure est le remède, alors qu’elle en est le poison.

                Avec un tournant fantastique qui fonctionne bien, on découvre ce Baron qui développe les thèses du surhomme de Nietzche et cette notion de race pure si chère à Hitler. Cet être abject veut rester éternel, comme ce système mis en place qui veut perdurer en pompant la cervelle, le corps et la vie de tous ces humains cobayes malgré eux alors qu’ils croient avoir la chance de bénéficier de purs moments de détente. Le salut (avec une fin réussie et cohérente) passera forcément par l’amour et le refus de ce diktat du travail… Favoriser le vélo à la grosse berline : et si nous arrêtions de courir tout le temps tout en nous euthanasiant de loisirs débilisants ?

En quoi la forme est-elle au service du fond ?

                Malgré un rythme plutôt calme, les 2 heures 27 passent rapidement. Le film assume plutôt bien son côté malsain avec des scènes qui font le tour des angoisses classiques : la claustrophobie, la perte des dents, les anguilles, la noyade… On aurait encore pu aller plus loin, mais Verbinsky ne nous sert pas une œuvre lisse, à l’image de cette masturbation étrange pendant que notre héros est en train de mourir ! Peut-on s’échapper de cet institut qui ressemble à une boite de Pandore des phobies ? Si le village voisin ne semble pas très accueillant, n’est-il pas au final ce Paradis éloigné des contraintes du travail et du toujours plus-toujours plus vite ?

Au milieu de tout ça, notre pauvre Lockhart (« cœur enfermé ») tente de dénouer les secrets de ce lieu si intrigant. Est-il lucide ou fou ? Cette paranoïa est sublimée par la caméra qui met en valeur l’enfermement. Jouant sur les plans subjectifs en se plaçant au cœur de l’action, on se retrouve dans la peau du héros à la recherche d’une issue, dans un bâtiment regorgeant de reflets de dupes. Ce jeu de miroirs augmente la possibilité des issues cachés, mais augmente également le ressenti de confinement. La scène dans la cuve m’a prise aux tripes ! On a du mal à discerner le vrai du fantasmé, comme ce personnage principal dont on ne connait même pas le prénom (pour mieux le dépersonnaliser dans un souci d’universalisation ?) et qui semble se perdre dans ce repaire de faux-semblants. L’ambivalence des éléments où l’eau et le feu se révèlent mortels pour le bien comme pour le mal est aussi magnifiquement traitée.

Mais alors, c’est un chef d’œuvre ?

Cette critique est élogieuse : un film qui associe une forme soignée au service d’un fond réfléchi (politique et contemporain ?), ce n’est pas si courant. Et quel plaisir de voir un bon film américain non franchisé ! J’ai trouvé cette réalisation cohérente de bout en bout. L’équilibre entre mystères et révélations est plutôt bien dosé et même si les indices ne sont donnés qu’au compte-goutte (sans mauvais jeu de mots), la fin n’est pas parachutée sans lien avec le reste. Les liens allégoriques permettent aussi de chercher et de donner du sens aux différents éléments divulgués.

C’est d’ailleurs là l’un des points que je n’ai pas résolu : les flashbacks du héros. En quoi servent-ils le propos du film ? Cela reste encore obscur pour moi. La figurine de danseuse représente-t-elle la pureté originelle, l’enfance pas encore corrompue par la société de consommation ? La perte du père symbolise-t-elle le salut chez ce jeune homme qui ne se construit pas comme un mâle primaire devrait le faire : en écrasant les autres dans ce monde de compétitivité ? C’est là l’une des limites du film selon moi : tous les spectateurs ne prendront pas de plaisir à chercher les liens un peu trop capilo-tracté. Sur la forme, les effets quasi permanents et le recours systématique à une lumière ultra retravaillée pourra fatiguer le regard des plus sceptiques.

Pour conclure, un film qui ne plaira pas à tout le monde mais que j’ai particulièrement aimé pour sa cohérence entre le fond et la forme !

 

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Comédie dramatique française sortie le 1er mars 2017 (durée : 1h50) réalisé par Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise

Humanité, humour, cinéma, fraicheur, originalité : Patients n’est amputé d’aucun de ces ingrédients !

Ce n’est pas un film sur le slam ?

Ben a subi un accident aussi stupide que grave : le voilà devenu tétraplégique incomplet. Le film commence quand il reprend conscience à l’hôpital. Nous allons être immergés dans son quotidien de patient où l’on peut survivre à condition d’être patient. Petit à petit, malgré les handicaps, on se rend compte que les valeurs essentielles restent inchangées : l’amitié, l’amour, l’humour.

On reconnaitra facilement le récit autobiographique de Grand Corps Malade, le poète des temps modernes si talentueux. Mais ici, pas question d’écriture ou de slam. Le propos de ce film (adapté du livre éponyme) est tout autre et sera développé avec intelligence et pertinence : comment s’accommode-t-on de sa situation quand on se réveille paralysé ?

Plutôt drame ou comédie ?

                Attention, attention : même si le thème du film peut paraitre pesant, nous sommes ici face à une comédie ! Si l’émotion se glisse forcément dans la partie, pas question ici de pleurnicher, de tomber dans un pathos larmoyant. Les personnages restent résolument optimistes et supportent leurs difficultés grâce à des vannes sur leur handicap pas piquées des vers !

Le casting est rafraichissant et la bande fonctionne très bien ensemble ! Dans la peau du « héros », Pablo Pauly joue avec justesse, sans vouloir copier Grand Corps Malade. Soufiane Guerrab ressemble à un lutin espiègle, Nailia Harzoune apporte la touche féminine avec une vraie présence. A noter aussi la performance très réussie de l’humouriste/acteur Alban Ivanov dans le rôle de l’infirmier en chef.

Le Robinson Crusoé de l’hôpital ?

                La richesse et la finesse du scénario permettent à ce huis-clos de ne pas perdre en intensité durant les presque deux heures de projection. On rit (beaucoup), on découvre (la dure réalité de la situation), on s’émeut (malgré leur joie de vivre, ça ne doit pas être toujours simple), on s’inquiète (que vont-ils tous devenir ?) et quand on sort de la salle, on a envie de courir croquer la vie. Tout sonne authentique, mais nous avons affaire à un vrai film, pas à une thérapie voyeuriste.

L’évolution de Ben le transforme en une sorte de Robinson Crusoé perdu au milieu de l’hôpital. Il se réveille seul et mal en point. Puis il s’habitue à son environnement. Il s’ouvre et explore les alentours. Il fait connaissance avec son Vendredi, rencontre d’autres personnages et même l’amour. Il se familiarise et apprend à apprivoiser ce milieu hostile. Pas besoin de méchant ici : la lutte contre le handicap suffit.

Les cinéphiles en ont-ils pour leurs frais ?

                Combien de belles histoires avec des personnages intéressants ne dépassent pas le statut de « théâtre filmé » ? Pas celui-ci en tout cas ! Pour son premier film, l’artiste a travaillé avec Mehdi Idir, son acolyte qui a réalisé tous ses clips. Le résultat est plus que réussi puisque le binôme a choisi de cadrer à hauteur de la vision ressentie par Ben. Le film commence sur un très gros plan. Puis petit à petit, la caméra va s’ouvrir au fur et à mesure que le héros va redécouvrir le monde qui l’entoure. Progressivement, les plans vont s’agrandir, le champ va s’approfondir, l’amour va se trouver dans les longs couloirs (autre déclinaison que dans « Elephant » de Gus Van Saint). Habile et bienvenu.

Vous l’aurez compris, c’est un vrai coup de cœur ! Espérons juste que ce film trouvera son public. Un casting peu connu, un sujet qui peut rebuter les frileux de l’hôpital, le slam injustement amalgamé à un sous-art de banlieue… Deux ans après le boycott malheureux du premier long d’Abd Al Malik (« Qu’Allah bénisse la France »), Grand Corps Malade nous propose ici une œuvre à son image : sincère, intelligente, humble. A tel point qu’elle en devient nécessaire, presque indispensable : c’est un hymne à la vie.