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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp
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Marcel Duchamp, du Nord de la France. Slameur et cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Enemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

Kingsman 2 : Le Cercle d’Or évite-t-il l’écueil de Kick Ass 2 ?

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Kingsman Services Secrets constituait l’une des très bonnes surprises de 2015., trouvant le bon panaché entre les scènes d’action originales (avec un joli feu d’artifice final) et l’humour second degré so british. On peut dire que Kingsman est aux films d’espionnage ce que Kick Ass est aux films de super-héros. Avec comme point commun leur réalisateur : Mattheu Vaughn.

Le souci quand on s’attaque à la suite de ce genre d’OVNI, c’est que l’on est attendu au tournant : il est difficile d’aller au-delà du miracle de l’effet de surprise. Kick Ass 2 (d’un réalisateur différent d’ailleurs…) reste un très bon exemple, tout comme, à un degré moindre, les Gardiens de la Galaxie 2. Vous voulez du cool ? On va vous en donner. A la pelle, on va en faire des caisses, le too much à la louche. Ayant particulièrement apprécié le 1, telle était ma grande crainte pour ce 2ème opus.

Ce sentiment a grandi lors des premières minutes du film, avec une scène m’a fait penser à la course-poursuite vintage de Agents très spéciaux – code U.N.C.L.E. , mais en mode démesuré. Mais après ça, tout a fonctionné… La vraie bonne idée : avoir transféré la classe des costumes-cravates au pays de la country. Ça permet de garder la patte agent secret déjanté mode OSS 117, mais sans rester dans le même univers visuel, les mêmes blagues, les mêmes personnages.

Les personnages : voici l’un des points forts de ce film. Un casting 5 étoiles qui reprend le trio magique Taron Egerton-Colin Firth et Mark Strong auquel vient s’ajouter des noms de prestige, avec des rôles à contre-emploi qui ont dû être jouissifs à interpréter ! Tout d’abord une Juliane Moore terrible en méchante impitoyable dans son Poppy’s land très travaillé. Halle Berry se métamorphose physiquement pour jouer un médecin scientifique, le mono-expressif Channing Tatum en benêt texan, Jeff Bridges en chef perché-décalé… A cela s’ajoute monsieur séries (Narcos, Mentalist, etc) Pedro Pascal en agent spécialiste du lasso. And the last but not the least… dans son propre rôle, un Elton John énorme ! Voici le type de délire original pour garder l’esprit si particulier du premier Kingsman !

Au final, on en a pour notre argent : du rythme, de l’humour décalé qui se prend faussement au sérieux, des coups de théâtre, des personnages riches en couleurs, un univers visuellement original et abouti, des petites trouvailles technologiques sympas, une intrigue qui tient la route pour ce genre de film. Alors évidemment, l’effet de surprise du premier épisode n’est plus là, la suite n’atteint pas l’original, mais on passe quand même un très bon moment !

Le Château de verre : l’Analyse en 3 questions

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Drame américain réalisé par Destin Daniel Cretton et sorti le 27 septembre 2017 (2h08)

Avec Brie Larson, Woody Harrelson, Naomi Watts

Sorti discrètement ce mercredi, que nous inspire la rencontre entre Brie Larson et son père Woody Harrelson ?

Captain Fantastic et Mister Hyde ?

C’est l’histoire d’un couple, Rose et Rex, qui vit avec sa tribu familiale en changeant de maison régulièrement afin d’éviter les créanciers. Madame peint des toiles plus ou moins expressionnistes et Monsieur se partage entre deux passions : imaginer la future et utopique construction de leur Château de verre et vider des bouteilles d’alcool achetées avec le peu d’argent qu’ils ont. Ce mode de vie marginal va de pair avec une éducation originale, basée sur la lecture érudite, le rejet des normes et la prise de risque (on apprend à nager en se jetant à l’eau, advienne que pourra).

Ce pitch n’est évidemment pas sans rappeler le récent et magnifique Captain Fantastic avec Viggo Mortensen. Mais ici, le côté sombre du papa est beaucoup plus développé, créant un véritable équilibre entre empathie et répulsion. Face à ce système débilisant, on peut vivre autrement… Mais à quel prix ? L’autre différence majeure vient du fait que le Château de verre propose deux timelines : ce qui se passe maintenant alors que Jeannette est sur le point de se marier (propice moment pour que remontent les démons de son enfance) et les moments passés qui expliquent ses rapports avec ses parents et ses frère et sœurs.

Brie Larson & Woody Harrelson : plutôt blockbusters ou films d’auteur ?

A-t-on besoin de présenter Woody Harrelson ? Monsieur Succès du box office : Hunger games, Insaisissables, Planète des singes Suprématie, True Detective, Les Blancs ne savent pas sauter… on en oublierait presque que cet acteur au registre varié a multiplié les projets méconnus et originaux (à voir The Scanner Darkly). Il retrouve ici la toujours juste Brie Larson (connue notamment pour Room et bientôt super-héroïne dans la peau de Captain Marvel) qui revient sous la caméra de Destin Daniel Cretton après leur réussite commune States of Grace, très beau film dans un foyer pour jeunes défavorisés.

Ici, le duo fonctionne à merveille. Dans le rôle du père alcoolique, charismatique et aimant, Woody crève l’écran, sans en faire trop : avec justesse et mesure. Face à lui, Brie Larson incarne avec brio cette rédactrice pleine de contradictions, hantée par cette éducation si particulière. Tout le monde peut se retrouver dans cette histoire vraie : sans avoir vécu ces moments atypiques, qui n’a jamais réfléchi aux apports et aux limites de son éducation ? Nos parents ont-ils été parfaits ? Peut-on rester manichéen face à des réflexions ?

Flashback : épaisseur ou lourdeur ?

Avec beaucoup de caractère, Jeannette Walls a fui son père excessif et sa mère soumise. Elle est sur le point de se marier et vit dans l’opulence à New York, pendant que ses parents habitent dans un taudis bien loin du Château de verre de leurs rêves. Leurs relations sont chaotiques, et on comprend touche par touche les raisons, grâce à de nombreux flashbacks qui retracent les moments forts de l’éducation de notre Jeannette.

Cette deuxième temporalité apporte au film toute sa profondeur et aux situations toute leur complexité. Rex est aussi génial que pénible, son éducation aussi riche que dangereuse. Malheureusement (comme souvent dans ce genre de construction narrative), l’histoire qui se déroule dans le présent reste peu développée par rapport aux flashbacks, et a bien du mal à avancer avec fluidité, la faute à ce rythme sans cesse coupé par les retours en arrière pourtant très bien faits. Ca fonctionne très bien, mais pour avoir un chef d’œuvre, il aurait sûrement fallu mieux équilibrer le tout.

En conclusion, Le Château de verre est un vrai beau film qui nous a beaucoup touchés. Traitant en profondeur les questions de notre rapport à notre propre éducation, il met en scène magnifiquement deux acteurs qui donnent une vraie plus-value au film. Nous regretterons juste le manque d’épaisseur de la partie se déroulant dans le présent et une réalisation assez conventionnelle.

 

Comparaison : Les Proies de Siegel (1971) / Les Proies de Copolla (2017)

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46 ans séparent les deux propositions : a-t-on le droit à deux versions identiques, ou est-ce que les choix des deux réalisateurs diffèrent ?

Approfondir ou laisser plus de marge aux spectateurs ?

Les deux structures narratives sont les mêmes, avec deux durées sensiblement identiques et un élément perturbateur qui arrive quasiment dans le même timing. Les événements s’enchainent presque de la même manière du début à la fin.

En revanche, là où Siegel fait le choix de vraiment développer ses personnages, Coppola opte pour moins de détails. Dans le film de 1971, on nous propose à des flashbacks qui nous permettent de cerner facilement les problématiques des différents protagonistes. On comprend mieux les réactions des unes et des autres et leurs relations. En 2017, on en sait peu, ce qui peut ouvrir la voie vers plus de liberté et de subtilité.

Le rapport à la Guerre de Sécession est également très différent. Dans le premier film, on parle souvent des conflits entre Sudistes et Nordistes, on sent que ça affecte le quotidien de chacun. En revanche, dans le deuxième opus, on a quelques évocations rapides, mais on retient plus qu’il y a une guerre en général, sans considérer cet événement en particulier.

Thriller rythmé ou contemplation feutrée ?

Ces choix divergents contribuent à une différence de rythme entre les deux films. Chez Siegel, on sent une vraie tension du début à la fin. L’ouverture à base de photos, la découverte du sang et du caporal bien abîmé montrent d’emblée des partis-pris différents. Les corbeaux semblent être un avertissement que tout cela va mal tourner. Coppola choisit une mise en scène beaucoup plus contemplative, avec un extérieur plus propre et aéré, là où les scènes d’intérieur sont vite étouffantes, malgré un rythme plus lent.

Les musiques appuient cette tendance. Dans la version originale, elle est omniprésente et créé une vraie mélodie dramatique, avec des musiques entrainantes, parfois limite cavalcade de western. L’ouverture se fait sur une petite ritournelle qui viendra également clore le film, donnant du sens à l’ensemble : ne laissez pas vos hommes partir à la guerre. Dans le remake, il y a peu de sons, ça reste très sur la réserve, comme si on voulait nous laisser entrer dans le film à notre rythme.

Si les structures narratives sont presque identiques, le timing du partage de digestifs entre le caporal et la maîtresse de maison diffère. Ce détail n’en est pas un. En effet, chez Copolla, cet événement intervient bien avant. On sent que Nicole Kidman pourrait se laisser tenter par cet homme, mais elle reprend finalement bien vite le contrôle. Chez Siegel, ce moment a lieu juste avant le drame. Après un baiser enflammé (absent dans la 2ème version), elle ne ferme pas la porte à clef, invitation non voilée pour que bellâtre vienne la rejoindre. Cette différence apporte un éclairage différent dans le débat « Etait-il indispensable de lui couper la jambe, ou est-ce une vengeance personnelle ? ».

Peut-on être encore transgressif à l’époque des réseaux sociaux ?

Je n’ose imaginer le déferlement de critiques sur facebook en 1971… Les journaux de la bien-pensance auraient bondi ! Si Clint Eastwood se montre bien plus charismatique que le très verbeux Colin Farrell, il multiplie cependant les transgressions. Il ne lui faut même pas dix minutes pour embrasser sur la bouche une fillette de 12 ans. De nos jours, on crie à l’apologie de la pédophilie pour bien moins que ça…

Notre charmant militaire y va également de sa charmante logorrhée expliquant à la servante noire qu’il veut lui faire l’honneur du plaisir donné par l’homme blanc. En 2017, on ne peut pas se permettre ce genre de propos raciste. C’est tellement impossible que dans le remake, le personnage de la servante noire n’existe même pas !

Pour compléter ce joli tableau de chasse, les flashbacks nous apprennent que la maîtresse de maison n’a pas eu de relation intime depuis celle passionnelle qu’elle a entretenue avec… son frère ! On se croirait dans Game of throne ! Pédophilie, racisme, inceste… Copolla préfère développer l’axe du féminisme, beaucoup plus d’actualité.

Au final, j’ai nettement préféré le film original. Si le remake propose un casting féminin de haute volée, le manque d’épaisseur des personnages m’a gêné. Le rythme très lent ne m’a également pas permis de me sentir dans un thriller, là où le film de Siegel est beaucoup plus immersif. Pour être tout à fait complet, il ne nous reste plus qu’à lire le roman de Thomas Cullinan dont sont issues ces deux propositions !

120 battements par minute : Analyse en 5 questions

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Drame français sorti le 23 août 2017 (2h20) réalisé par Robin Campillo

Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel

Critique dithyrambique (4,6 presse et 4,4 spectateurs sur Allociné !), coup de cœur à Cannes, le film choc de Robin Campillo sortait « enfin » en salle ce mercredi 23 août.

Film social, film politique, film utile ?

Nous sommes immergés dans le collectif Act up au début des années 90, groupe de militants qui organisent des actions afin de casser l’indifférence générale sur un virus du Sida qui tue pourtant depuis une dizaine d’années.

On le comprend vite, le film se veut utile. De nos jours, le Sida continue de sévir et une piqure de rappel ne fait jamais de mal. La partie documentaire est très fournie avec quelques repères historiques comme l’affaire du sang contaminé, une campagne de prévention dans un lycée, des parties qui expliquent comment agit le virus et comment on tente de le stopper.

Au final, ça fonctionne. Campillo évite le piège de la moralisation. Il ne se met jamais au dessus de ses personnages qui eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord et dont les débats demeurent virulents, créant un point d’équilibre entre mobilisation et remise en cause. Même les membres de l’institut thérapeutique ou les policiers ne sont pas ridiculisés ou traités avec exagération. Forcément, l’action du film est datée mais l’implicite murmurant que les idées d’Act up sont toujours d’actualité semble évident.

Un rapport à l’émotion maitrisé ?

Le pitch et les bandes-annonces laissent présager un film plombant, le genre de long-métrage dont on ne sort pas indemne et qui trotte dans la tête la nuit qui suit le visionnage. Le générique de fin défile, sans son, accentuant le silence de cathédrale dans le cinéma. Forcément, on s’en doutait : le film n’est pas gai.

Néanmoins, je l’ai trouvé plutôt équilibré, avec des petites doses d’humour, des scènes où on peut s’échapper de la dure réalité. Le réalisateur évite un nouvel écueil : le déferlement d’émotions. On n’insiste pas sur notre fibre lacrymale, on n’exagère pas le pathos. Le sujet en lui-même suffit. Certains spectateurs vont quand même l’avoir dur, mais on peut apprécier ce traitement plutôt subtil.

Les acteurs contribuent grandement à cette perspective. Mélange d’acteurs novices ou confirmés (au milieu desquels Adèle Haenel évolue encore avec une aura quasi divine), cette troupe sonne vrai, malgré les excès des uns et les doutes des autres. Sean pourrait agacer dans sa radicalité, mais on le sent tellement sincère que l’on s’attache automatiquement.

Un grand prix du Festival de Cannes mérité ?

Certains ont milité pour que 120 battements par minute (hommage aux musiques de l’école) décroche la Palme d’Or à Cannes, là où le jury lui a préféré The Square (sortant prochainement). Mais le réalisateur d’Eastern Boys n’est pourtant pas reparti bredouille puisque son film a reçu le Grand Prix, succédant à Juste la fin du monde et au Fils de Saul.

Est-ce mérité ? On critique souvent les récompenses qui reviennent à des films sociaux ou politiques : ça fait bien-pensant, ça fait très bobo parisien se donnant bonne conscience en mettant en avant des films comme Moi Daniel Blake, Moonlight ou La Vie d’Adèle. Je ne partage pas cet avis, à condition que le film soit de qualité et offre de vraies propositions cinématographiques (ce qui est, je trouve, le cas des trois films cités).

Ici, la réalisation se montre également très soignée. Les plans sont bien construits, on alterne les moments de réunion, les moments d’action avec un tout autre rythme, les scènes plus intimes avec plus de gros plans et une lumière travaillée. Les moments plus durs émotionnellement sont généralement contrebalancés par des bouffées d’oxygène, comme si nous étions nous aussi malades et que nous profitions des moments de légèreté pour profiter de la vie à pleines dents. Aucun doute, c’est du cinéma, du vrai, du bon.

Les deux parties se valent-elles ?

J’ai vécu une première heure magique. Parfaitement maitrisée, avec de la variété, un mouvement perpétuel qui m’a permis d’entrer à la fois dans le propos et dans le quotidien de ces militants. On découvre les personnages, on a envie de lancer des bombes de faux sang avec eux, on apprend des choses, on sent se tisser les liens entre Sean et Nathan, on est ému, on rit de bon cœur et pour se soulager.

Et puis le film entre dans une routine. Une réunion qui prépare une action, une action, un moment pour évacuer, une scène intime. Une réunion qui prépare une action, une action, etc. Le seul enjeu restant semble être l’histoire d’amour, sans but précis. On peut me rétorquer que le but premier des personnages est déjà de survivre, tout en essayant de faire avancer leur cause. Mais j’aurais aimé une histoire servant de fil rouge, pourquoi pas dans le combat avec cet institut thérapeutique.

J’ai trouvé que le film, tout en gardant les qualités déjà citées, devenait parfois trop pédagogique. J’ai apprécié la divergence de points de vue entre Sean et Thibaut et j’aurais aimé que cela soit plus creusé. Après, je comprends que ce film n’ait pas vraiment de début ou de fin, puisque la lutte n’est pas finie.

Au final, à conseiller un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ?

On a senti certains spectateurs gênés par les scènes de sexe homosexuel, même si je trouve que cela reste très soft et que ça ne cherche pas la provocation. Le film peut impacter émotionnellement, mais il ne vire pas du tout dans l’excès et c’est une très bonne chose.

Néanmoins, je pose un bémol sur la deuxième partie du film que j’ai trouvé un peu rébarbative. Les 2 heures 20 n’étaient à mon sens pas nécessaires, et le film aurait encore gardé en efficacité en étant réduit d’une demi-heure.

En définitive, la qualité cinématographique est au rendez-vous, le sujet est profond, la bande d’acteurs sonne vraie, avec des nuances et des contradictions. J’ai eu la douce sensation d’apprendre des choses, et de ne pas être jugé. Pour toutes ces raisons, et malgré les limites évoquées, je trouve que ce film est à voir !

 

Pourquoi je n’ai pas aimé La Planète des Singes : Suprématie

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Il est rare que je sorte à ce point déçu d’un film pour lequel je n’avais aucun doute sur sa capacité à me plaire. Fan de ce genre d’univers SF, ayant vraiment apprécié les deux premiers opus de cette trilogie préquelle pertinente, très bons retours critiques : je m’étais gardé ce petit plaisir pour la fin des vacances.

Un début prometteur

Les premières scènes m’ont accroché. La forêt, magnifique et bien mise en scène par le cadrage, donne envie de partir vivre dans cette partie ouest du Canada. Les singes sont très bien faits, les effets spéciaux fonctionnent vraiment à merveille. La latence de l’attaque des humains sur la tribu de César renforce le côté dramatique. Les images nous montrent que visiblement, des singes-traitres ont rejoint le camp des hommes. L’attaque survient, brutale, et on comprend que les beaux discours et les bons sentiments de César vont être mis à mal. Bref, les vingt premières minutes ne m’ont pas déçu.

Une troupe qui se forme avec beaucoup (trop ?) d’émotions.

César décide de partir se venger de son côté. Soit. Maurice vient avec lui : sans ironie, c’est mignon tout plein. Ils récupèrent la petite fille muette et néo-orpheline (que l’on va baptiser Nova, clin d’œil pour faire le lien avec l’histoire de Pierre Boule). J’adhère encore, c’est intéressant d’intégrer une humaine pour montrer la capacité d’empathie et de nuances chez les singes. On peut vivre tous ensemble, si on respecte les mêmes valeurs. Même si l’enchainement de mélo (avec les musiques qui appuient bien) commence à me peser. La petite troupe récupère ensuite le singe qui parle encore mieux que César, la petite touche humour indispensable au cahier des charges de tout bon blockbuster qui se respecte (ou pas d’ailleurs). On découvre quelques humains enterrés qui montrent que quelque chose n’est pas net : suspense. La mise en scène me plait toujours, les forêts sont devenues enneigées (Winter is coming ?) et les différents singes sont vraiment bien foutus (aucun travers zoophiles dans ces propos). Mais après une petite heure de film, j’attends qu’il se passe quelque chose dans ce déluge d’émotions. Que le scénario avance, que l’on ait une ou deux scènes d’action (attention, ne me fouettez pas sur la prison publique comme César : je suis tout le contraire d’un fan d’action, mais quand je vais voir ce genre de film, autant ça ne me dérange pas que ça ne soit pas très profond, mais qu’il y ait au moins un peu d’action).

Woody… pourquoi ?

Le Colonel entre en scène. J’adore Woody Harrelson, il a bercé mon adolescence avec les Blancs ne savent pas sauter. J’ai bien compris que Matt Reeves faisait un hommage à Ape-calypse Now et ce cher Colonel Kurtz. Je comprends bien qu’un chef très méchant doit être représenté par un vrai homme viril. Mais entre cliché et caricature, le film a commencé à me perdre. « Je tue tout le monde et je suis un bonhomme, je me rase le crâne patiemment en haut de ma tour d’ivoire pendant que mes troupes m’idolâtrent d’en bas, et ils ont intérêt sinon je les tue, parce que je suis vraiment un méchant. » J’avoue la VF n’a pas du aider. Une nouvelle fois, ne me faites pas de mal : je ne regarde jamais un film en VF, mais on pourrait quand même espérer un peu de sérieux dans le travail de doublage, non ? Parce qu’entre la voix de César et la voix du singe comique, ça pique pas mal quand même… Quant au « Si César est vivant demain matin, forcez-le à travailler. Sinon tuez-le. », je veux bien que parfois il y ait des soucis de traduction, mais là mon esprit a bifurqué près de la zone de non-retour.

Au niveau cohérence, c’est bizarre quand même, non ?

Je veux bien que les films nécessitent quelques ficelles scénaristiques, mais là c’est un peu gros, non ? Premier point, comment la petite fille entre dans la base militaire de ces hommes surarmés et qui jouent leur survie ? On m’a rétorqué que comme c’était une humaine elle était passée inaperçue. Mais impossible : d’une part parce que les copains à Woody ont des ennemis humains qui vont bientôt arriver pour les exterminer. Et d’autre part, si elle était si détendue, elle n’irait pas se cacher juste après. Donc allons-y, poussons un peu le bouchon : elle va pouvoir aller chercher de l’eau, aller d’une cage à l’autre tranquillement. Pas de garde, rien. Normal.

Si, à un moment donné, il y a quand même un garde. Pas très futé quand même pour rentrer tout seul dans la cage où il y a plein de singes un peu costaud. Toujours normal. D’ailleurs, quand il se fait neutraliser, il n’y aucun autre équipier : tous les singes se barrent, toujours tranquillement en grimpant. C’est toujours cohérent ? On rappelle que la base attend l’arrivée imminente d’une attaque d’autres humains ? Pourquoi s’embêtent-ils à venir avec des hélicos d’ailleurs : ils auraient juste du venir tranquillement la nuit : tout le monde dort, il n’y a pas de tour de garde, juste un soldat qui veille !

Et en cas de terrible avalanche meurtrière et destructrice : conseil à tous les randonneurs : faites comme César, grimpez dans l’arbre le plus proche et patientez !

Un scénario plus étoffé que celui de Valérian ?

J’avoue, j’étais déjà très loin du film à ce moment-là. Je regardais frénétiquement l’heure en me demandant quand le film allait vraiment démarrer. Parce que ça faisait quand même 1h50 de film : on méritait quand même qu’il se passe quelque chose. Si on résume : les humains cherchaient César. Le Colonel tue sa femme et son fils alors César veut se venger. Il part de son côté et dirige malgré lui sa troupe vers un piège et tout le monde se fait capturer. Finalement, les singes s’évadent, les humains s’entretuent, avalanche, ça y est : nous sommes sur la Planète des Singes. C’est léger, non ? Ca ne me dérange pas, c’est un blockbuster, d’accord. Mais bon, pour un film sans action, ça pourrait être bien qu’il y ait quand même un scénario… Au moins dans Valérian, il y a de l’action !

Et puis c’est bavard, incroyablement bavard. Pour moi, faire du cinéma c’est réussir à faire parler les images animées. Là, les personnages ont besoin de raconter l’histoire, comme si les images ne pouvaient pas le faire. A l’image du Colonel qui raconte tout ce qui s’est passé et ce qui va se passer…

Alors oui, je veux bien qu’il y ait toutes les questions philosophiques sur le vivre ensemble, le spécisme, ce qui nous rend humain ou pas, la nécessité du langage, la perte d’humanité (tout le monde perd son fils d’ailleurs dans ce film). Mais c’est abordé d’une façon très superficielle, non ? Si on fait trois films préquels, c’est pour étoffer le propos du film originel, non ? Et puis ce final… Après cette jolie mise en valeur du drapeau américain, un César en mode Jésus-Christ sur sa croix, qui emmène sa troupe façon Moïse pour arriver au Jardin d’Eden… J’imagine que l’intérêt du film, c’était de suivre César, sa destinée, ses convictions, ses tourments, ses choix. Trop creux, too much.

En conclusion, je suis vraiment triste de ne pas avoir su aimer ce film, c’est rare que ça m’arrive ! 2h20 bien vides pour moi, sans action et avec un propos développé de façon très superficiel, malgré un très beau visuel. Heureusement, en ce moment il y a des bons trucs à voir (Peggy Guggenheim la Collectionneuse, Egon Schiele, 120 battements par minute) et à revoir (vive les rétrospectives de l’été qui permettent de revoir des bijoux comme Paterson !).

L’amant double : Ozon le jeu des miroirs

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Thriller érotique français sorti le 26 mai 2017 (1h47) et réalisé par François Ozon

Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset

Interdit aux -12 avec avertissement

Réalisateur à la filmographie déjà bien copieuse, François Ozon restait sur un film fort apprécié des critiques (11 nominations aux Césars). Pour cette année 2017, le Parisien présentait à Cannes son dernier (bi)jou(jou) : l’Amant double. Un jeu de miroirs saisissant qui nous rappelle bon nombre de ses films que nous avons adorés !

Frantz… pour son esthétique (ici la forme est totalement au service du fond) et cette ambiance de dupes qui émane de tous ces plans mystérieux qu’on tente de décrypter. Pierre Niney avait un secret… il n’est pas le seul !

Une nouvelle amie… pour cette dualité ambiguë qui sommeille en chacun de nous. Romain Duris explorait sa part féminine après un deuil. Ici, les deux acteurs principaux luttent contre leurs démons intérieurs avec plus ou moins de sérénité.

Jeune et jolie… pour son actrice – Marine Vacth – qui crève littéralement l’écran. Pour son premier rôle, elle jouait à l’époque une jeune fille qui se prostituait par plaisir. Ici, son personnage est en thérapie pour tenter d’identifier la cause de ses maux.

Dans la maison… pour son côté malsain, cette perversité qui s’installe petit à petit dans une intrigue bien ficelée. On entre doucement dans le piège, la tension monte et on en sort pas indemne ! Qui manipule qui ? En 2012, Lucchini se mesurait à l’un de ses élèves les plus doués. Aujourd’hui, entre le thérapeute et sa cliente, qui manipule qui ?

Potiche… pour cette étude subtile des relations homme-femme, dans lesquels la domination est un enjeu constant, visible ou non. Si le ton de ce film qui réunissait Deneuve et Depardieu restait léger et enlevé, L’Amant double impose aux spectateurs une atmosphère nettement plus angoissante !

Swimming pool… pour son côté sulfureux. Ludivine Sagnier avait bénéficié d’un coach particulier pour oser exhiber sa plastique parfaite dans ce récit où fiction et réalité se mélangeaient subtilement. L’histoire ne dit pas si Marine Vacth a dû se soumettre aux mêmes exercices physiques… mais en tout cas le résultat ne souffre d’aucune réserve !

Huit femmes… pour les scènes théâtrales, limite en huis-clos. L’amant double mise beaucoup sur les confrontations duelles, qu’elles s’expriment par les mots ou par la chair.

Les amants criminels… pour Jérémie Rénier qui, déjà, composait un binôme dangereux… Dans la peau de ce thérapeute bienveillant, mais aussi de son double mystérieux et colérique, l’acteur propose une jolie palette des extrêmes !

Ouverture (avec spoilers) : le chat de Chloé, c’est la toupie d’Inception ?

On l’appelle Jeeg Robot : l’Analyse en 4 questions

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Film de super-héros italien (durée : 1h58) réalisé par Gabriele Mainetti

Avec Claudio Santamari, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli

Tiger Boy : pourquoi attendre tout un court-métrage pour que le héros retire son masque ?

                C’était 2012, ce court-métrage vu lors du Festival International du Court à Lille m’avait marqué et bluffé. Tiger Boy, 23 minutes-choc réalisées par l’Italien Gabriele Mainetti et qui avait été longtemps en lice pour les Oscars.

                Le pitch ? Un enfant solitaire et pas très loquace, ne quitte plus le masque de son catcheur préféré, provoquant les profondes inquiétudes de sa mère. On comprend bien que le gamin a un secret, malgré la bienveillance qui l’entoure. La chute – l’enfant prenant sa revanche sur un directeur d’école pédophile – résonne encore dans mon esprit de spectateur.

                Dans ce court disponible gratuitement (sous-titré en anglais) sur Viméo, nous devons attendre la toute fin pour que le personnage principal retire son masque. Une partie d’un costume qui permet de se cacher, de se protéger pour mieux affronter la réalité…

Pourquoi est-ce tout l’inverse dans « On l’appelle Jeeg Robot » ?

                Quand j’ai découvert que le réalisateur de ce Tiger Boy sortait son premier long, de surcroit sur un super-héros, l’excitation fut d’emblée au rendez-vous ! Mais ici, c’est l’idée-contraire : nous allons devoir attendre la fin du film pour que le (anti)-héros accepte de porter le masque.

                Il faut dire qu’ici, nous sommes confrontés à un pauvre type pas vraiment méchant qui va attraper fortuitement des super-pouvoirs, sans assumer et sans nourrir la moindre ambition autre que de continuer à manger des Danette en matant des films pornos !

                Le film sera un long voyage initiatique où l’amour (qui expliquera ce titre assez mystérieux) et la dualité/opposition avec son némésis va permettre non sans mal à notre Enzo national d’enfin comprendre, à l’instar d’un Peter Parker qu’ « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Un masque cousu main… tout un symbole ?

                Loin de la surenchère Hollywodiennes des effets spéciaux, encore repoussés par le récent Docteur Strange, cet ovni cinématographique propose au contraire de revenir à l’essence de ce genre de film : le surhomme, de sa naissance à son acceptation.

             En se concentrant exclusivement sur l’humain, Gabriele Mainetti nous livre un portrait proche de nous-même dans lequel il est facile de s’identifier. C’est un long-métrage sur l’identité qui interroge sur ce qui fait que nous sommes nous-mêmes, dans toute notre unicité et notre altérité, mais aussi dans nos interactions avec les gens qui nous entourent, si différents ou si ressemblants.

         Ce film aux 7 Césars italiens peut s’appuyer sur de solides acteurs récompensés, à l’image d’un Claudio Santamari qui incarne à merveille le looser des classes populaires italiennes. Iliena Pastorelli titille parfois notre agacement mais s’illustre avec brio dans la peau de la barge sympathique. Et que dire de la performance de Luca Marinelli dans la peau de ce super-méchant attachant et complexe ?

Peut-on faire un film de super-héros sans licence Marvel, DC Comics ou Vertigo ?

                Si les films de super-héros sont de plus en plus fréquents dans le paysage cinématographique, ils s’appuient quasiment tous sur les comics autour des trois licences-phares américaines : le familial Marvel, le plus sombre DC Comics et le plus décalé Vertigo.

                En dehors de ces titres trustant les cartons au box office, cet ovni se permet de sillonner les rues de Rome, s’inscrivant dans la même ligne qu’un Hancock (apprentissage de la maîtrise des super-pouvoirs), Chronicles (les luttes bien/mal), Kick Ass (pour le côté déjanté de l’anti superh-héros) ou Vincent n’a pas d’écaille (pour la quête initiatique).

                Au final, le film ravira aussi bien les afficianados du genre que les autres en proposant un traitement (trop ?) classique. Preuve que Jeeg Robot a sa place au côté de Batman et de Captain America, malgré les différences et l’originalité que nous avons soulignées, la fin n’exclut pas la possibilité d’une suite… et si Disney rachetait les droits pour en faire une franchise ?

L’exposition DC Comics à Paris (31 mars au 10 septembre)

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Fans de pop culture et de super-héros, le Musée d’art Ludique à Paris  vous offre une exposition sur les DC Comics jusqu’au 10 septembre. Ce musée (situé à 2 kilomètres du Louvre) propose depuis son ouverture en 2013 des expositions temporaires de haute volée : Studio Ghibli, Super-héros Marvel, Disney…

Est-ce que ça vaut le coup et le coût ? (16€50, audioguide fourni)

                L’Aube des super-héros nous emmène à la naissance des super-héros lorsqu’en 1938, Superman pointe le bout de son slip rouge. On comprend l’origine de « DC » puisque l’un des comics de l’époque s’appelait Detective Comics. On découvre que, tandis que les super-héros n’existaient pas encore (les temps ont bien changé mon bon monsieur !), ces magazines bon marché faisaient la part belle aux enquêtes policières et aux détectives privés. En guise de préliminaires, on a le droit à des planches d’époque, à des costumes de l’extra-terrestre à la cape rouge, à une vidéo de l’actuel patron de DC Comics qui explique qu’il est arrivé dans la boîte en tant que stagiaire, à un panel d’illustrations réalisées par ordinateur pour trouver le design de Man of Steel et même quelques traces du Superman avec Nicolas Cage, projet non mené à terme. Le tout copieusement commenté grâce à l’audioguide. Un très bon séjour à Métropolis !

                Le bleu laisse alors place au noir, avec une statue impressionnante du Batman… C’est la partie de l’expo la plus fournie, la plus riche, la plus étayée. Tout d’abord : les origines de l’homme-chauve-souris qui laisse place au Pingouin, au Joker, au Sphinx, à Double Face, etc… pour  une présentation étoffée du formidable « bestiaire » des méchants de Gotham (on apprend même que cette dernière tire son nom d’origine d’un vrai village d’Angleterre où les habitants ont décidé de se faire passer pour des fous pour éviter qu’une route commerciale ne le traverse au XIIIème siècle)… l’occasion de présenter les costumes et notamment Catwoman dans une pose très lascive ! Nous avons également droit aux engins motorisés du justicier de l’ombre, à des interviews fort intéressantes de Christopher Nolan et de Lindy Hemming (sa costumière qui nous explique notamment comment elle a ancré l’univers de Batman dans le réel, notamment avec l’exemple de Bane) et d’autres surprises bien agréables. Fans de Bruce Wayne, vous vous croirez dans la Batcave remplie de trésors !

                Après une petite escale rapide dans l’univers de Suicide Squad (avec quelques pièces d’époque et d’autres du film sorti en 2016), nous poursuivons la visite avec Wonderwoman. On y rencontre ses costumes d’hier et d’aujourd’hui, des planches et des explications sur les liens entre les superhéros et la mythologie (avec les liens évidents entre Flash et Hermès, Aquaman et Poséidon, etc). Cette dernière partie est moins fournie que les deux premières, on est un peu dans fourre-tout peu développé avec quelques planches en rapport avec la Justice League. On aurait aimé découvrir plus en profondeur Green Lantern, Green Arrow ou Cyborg. Autant l’univers cinématographique est très bien documenté, autant les séries DC ont été totalement éludées. Avant de rejoindre une boutique-souvenirs avec livre sur l’expo, cartes postales, mugs et autres goodies, nous avons le droit à un visionnage de cinq minutes qui reprend les différents temps forts de l’Aube des super-héros, combinant Histoire et présent de bien belle façon.

                Au final, nous avons passé plus de deux heures à déguster tous ces plaisirs coupables de l’univers des DC Comics. A la fois agréable et bien documenté, cette exposition est particulièrement réussie pour la partie Batman et (à un léger degré moindre) Superman. Le reste a le mérite d’exister, même si c’est est moins aboutie. Les plus jeunes, après un émerveillement visuel lié principalement aux costumes et aux objets, risquent de se lasser rapidement des explications approfondies qui en revanche raviront les fans du genre. Merci au Musée d’Art Ludique pour ce concept original qui vient enrichir la culture pop : nous allons guetter avec attention les prochaines expos !

A voix haute – Critique en slam

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Il y a des films pour lesquels on a de grandes attentes,
Des films dont on espère qu’il nous fasse remonter la pente…
J’invoque, un documentaire dont on ne sait guère qu’il est sorti de terre,
Diffusion mini riquiqui en catimini entre deux rugissants blockbusters.
Une œuvre rapide et furieuse qui montre la banlieue heureuse,
Loin des chichis clichés d’assistés terroristes à l’insulte haineuse,
Déclamant des mots si différents, pour former une phrase à l’unisson,
Guérissant des maux traumatisants, car la force ne se décuple que dans l’union.
Des jeunes combattants s’entrainant à boxer avec les rimes,
Pour le plaisir de vaincre l’oppressant, assurément pas pour la frime.
Jugés sur la forme et sur le fond : sauront-ils relever les exercices de style ?
A Saint-Denis t’as la pression : t’as pas intérêt à perdre le fil.
Une classe black-blanc-beur criant des textes aux 1001 couleurs
Vaincre sa timidité : un dur labeur pour exalter toutes ces saveurs.
Un concours, pas un sauveur mais une belle bouffée d’oxygène,
Même pour vous les spectateurs, vous n’en sortirez pas indemnes.
J’invoque l’authenticité, des acteurs vrais se donnant sans tricher,
Sans dissimuler leur émotivité, stress et ressenti, en toute sincérité.
Des banlieusards motivés : non je ne m’essaie pas à l’oxymore,
Que du réel, pas du chiqué, pas question de s’apitoyer sur leur sort.
Parce qu’au ciné y a pas que Scarlett, Dany et les caïds du box office,
Va voir ces improbables doués poètes, Victor Hugo, ses filles, ses fils.
« A voix haute, la force de la parole », en pleine période électorale,
Simple hasard ou puissante parabole, c’est bientôt le grand oral.
C’est pas l’heure de la morale : pas du tout l’esprit de cette bobine,
Infiniment merci pour ce film viscéral : il résonne en moi, dans ma trombine.

 

Quel film original mater ce soir ? 3 pépites du cinéma US indépendant

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Le cinéma américain, Hollywood, les blockbusters, les franchises, les reboots-prequels-spin off et tutti quanti…

Le cinéma d’auteur, masturbation intellectuelle, rythme ultra lent et plombant, ennui réservé aux Festivals…

Entre ces deux visions associant extrêmes et clichés, nous vous proposons un coup de projecteur sur 3 pépites du cinéma US : Dope, This is not a love story et Dear White People. Avec un dénominateur commun, hormis l’année de sortie en salles : l’adolescence !

Dope (2015, réalisé par Rick Famuyiwa)

                Film qui a fait son petit effet à Sundance, Cannes et Deauville, avec comme noms prestigieux Forrest Whitaker en producteur et Pharrell Williams à la bande son, Dope nous fait suivre les aventures d’un trio d’adolescents fort attachants. Fans de hip hop des années 90, ils essaient de grandir comme ils peuvent et sans se faire remarquer dans le quartier craignos d’Inglewood. Si le héros – Malcolm – rêve d’intégrer Harvard malgré sa couleur de peau, il va devoir endosser malgré lui le rôle de dealer.

Rassurez-vous, nous ne sommes pas dans la version originale de Gangsterdam ou dans un énième film de drogue. Servi par une bande son rap de haute volée, le réalisateur nous offre 1001 petites astuces funs pour passer 1h45 de pur plaisir. Arrêts sur image, coupes surprises pour accélérer le rythme, running gags, dialogues de qualité, personnages ultra-sympathiques… L’équation parfaite pour ce film qui se joue des clichés sur l’image qui est collée aux Afro-Américains.

This is not a love story (2015, réalisé par Alfonso Gomez-Rejon)

                Un titre original fort différent (ça arrive) – « Me and Earl and the Dying Girl » – qui décrit mieux le pitch : Greg est un ado isolé qui cherche surtout à passer inaperçu et qui n’a qu’un seul véritable ami (Earl) avec qui il s’amuse à tourner des parodies de films connus. Jusqu’au jour où sa mère lui demande de tenir compagnie à leur voisine atteinte d’une leucémie.

Version plus subtile et moins grandiloquente que « Nos étoiles contraires », This is not a love story propose un regard à la fois drôle, décalé et touchant sur ce trio de jeunes américains. Les courts-métrages parodiques tournés par les deux héros sont terribles… Imaginez Orange Mécanique revisité avec des chaussettes ! On rit beaucoup de ces personnages forts, on est ému mais sans tomber dans le concours de larmes à la Hollywood… Bref, une vraie pépite !

Dear white people (2015, réalisé par Justin Simien)

                Prix spécial du jury à Sundance en tant que « Meilleure fiction américaine », Dear White People raconte la vie de quatre étudiants noirs dans une école prestigieuse. Comment vivre dans un monde de blancs quand on est noir ? Le titre fait d’ailleurs référence au nom de l’une des radios du campus qui dénonce les étranges habitudes des blancs vis-à-vis de leurs camarades de couleur. « Chers amis blancs, le nombre officiel d’amis noirs nécessaires pour ne pas être considéré comme raciste passe de 2 à 3 : dépêchez-vous de vous ajuster à cette nouvelle norme ! ».

Le film est acerbe, il pique là où ça fait mal. D’ailleurs, le réalisateur s’est fait attaquer au Texas pour « racisme envers les blancs ». Il s’est défendu et a mis en avant ses références aux grands réalisateurs qu’il chérit comme Kubrick, Lang ou Bergman. On reconnait du Spike Lee chez Simien. Ce film joue moins sur le côté fun que Dope, c’est plus politisé, plus posé. Mais plus incisif aussi. Certains lui reprocheront son côté trop bavard, mais la fin est particulièrement réussie !