Il est rare que je sorte à ce point déçu d’un film pour lequel je n’avais aucun doute sur sa capacité à me plaire. Fan de ce genre d’univers SF, ayant vraiment apprécié les deux premiers opus de cette trilogie préquelle pertinente, très bons retours critiques : je m’étais gardé ce petit plaisir pour la fin des vacances.

Un début prometteur

Les premières scènes m’ont accroché. La forêt, magnifique et bien mise en scène par le cadrage, donne envie de partir vivre dans cette partie ouest du Canada. Les singes sont très bien faits, les effets spéciaux fonctionnent vraiment à merveille. La latence de l’attaque des humains sur la tribu de César renforce le côté dramatique. Les images nous montrent que visiblement, des singes-traitres ont rejoint le camp des hommes. L’attaque survient, brutale, et on comprend que les beaux discours et les bons sentiments de César vont être mis à mal. Bref, les vingt premières minutes ne m’ont pas déçu.

Une troupe qui se forme avec beaucoup (trop ?) d’émotions.

César décide de partir se venger de son côté. Soit. Maurice vient avec lui : sans ironie, c’est mignon tout plein. Ils récupèrent la petite fille muette et néo-orpheline (que l’on va baptiser Nova, clin d’œil pour faire le lien avec l’histoire de Pierre Boule). J’adhère encore, c’est intéressant d’intégrer une humaine pour montrer la capacité d’empathie et de nuances chez les singes. On peut vivre tous ensemble, si on respecte les mêmes valeurs. Même si l’enchainement de mélo (avec les musiques qui appuient bien) commence à me peser. La petite troupe récupère ensuite le singe qui parle encore mieux que César, la petite touche humour indispensable au cahier des charges de tout bon blockbuster qui se respecte (ou pas d’ailleurs). On découvre quelques humains enterrés qui montrent que quelque chose n’est pas net : suspense. La mise en scène me plait toujours, les forêts sont devenues enneigées (Winter is coming ?) et les différents singes sont vraiment bien foutus (aucun travers zoophiles dans ces propos). Mais après une petite heure de film, j’attends qu’il se passe quelque chose dans ce déluge d’émotions. Que le scénario avance, que l’on ait une ou deux scènes d’action (attention, ne me fouettez pas sur la prison publique comme César : je suis tout le contraire d’un fan d’action, mais quand je vais voir ce genre de film, autant ça ne me dérange pas que ça ne soit pas très profond, mais qu’il y ait au moins un peu d’action).

Woody… pourquoi ?

Le Colonel entre en scène. J’adore Woody Harrelson, il a bercé mon adolescence avec les Blancs ne savent pas sauter. J’ai bien compris que Matt Reeves faisait un hommage à Ape-calypse Now et ce cher Colonel Kurtz. Je comprends bien qu’un chef très méchant doit être représenté par un vrai homme viril. Mais entre cliché et caricature, le film a commencé à me perdre. « Je tue tout le monde et je suis un bonhomme, je me rase le crâne patiemment en haut de ma tour d’ivoire pendant que mes troupes m’idolâtrent d’en bas, et ils ont intérêt sinon je les tue, parce que je suis vraiment un méchant. » J’avoue la VF n’a pas du aider. Une nouvelle fois, ne me faites pas de mal : je ne regarde jamais un film en VF, mais on pourrait quand même espérer un peu de sérieux dans le travail de doublage, non ? Parce qu’entre la voix de César et la voix du singe comique, ça pique pas mal quand même… Quant au « Si César est vivant demain matin, forcez-le à travailler. Sinon tuez-le. », je veux bien que parfois il y ait des soucis de traduction, mais là mon esprit a bifurqué près de la zone de non-retour.

Au niveau cohérence, c’est bizarre quand même, non ?

Je veux bien que les films nécessitent quelques ficelles scénaristiques, mais là c’est un peu gros, non ? Premier point, comment la petite fille entre dans la base militaire de ces hommes surarmés et qui jouent leur survie ? On m’a rétorqué que comme c’était une humaine elle était passée inaperçue. Mais impossible : d’une part parce que les copains à Woody ont des ennemis humains qui vont bientôt arriver pour les exterminer. Et d’autre part, si elle était si détendue, elle n’irait pas se cacher juste après. Donc allons-y, poussons un peu le bouchon : elle va pouvoir aller chercher de l’eau, aller d’une cage à l’autre tranquillement. Pas de garde, rien. Normal.

Si, à un moment donné, il y a quand même un garde. Pas très futé quand même pour rentrer tout seul dans la cage où il y a plein de singes un peu costaud. Toujours normal. D’ailleurs, quand il se fait neutraliser, il n’y aucun autre équipier : tous les singes se barrent, toujours tranquillement en grimpant. C’est toujours cohérent ? On rappelle que la base attend l’arrivée imminente d’une attaque d’autres humains ? Pourquoi s’embêtent-ils à venir avec des hélicos d’ailleurs : ils auraient juste du venir tranquillement la nuit : tout le monde dort, il n’y a pas de tour de garde, juste un soldat qui veille !

Et en cas de terrible avalanche meurtrière et destructrice : conseil à tous les randonneurs : faites comme César, grimpez dans l’arbre le plus proche et patientez !

Un scénario plus étoffé que celui de Valérian ?

J’avoue, j’étais déjà très loin du film à ce moment-là. Je regardais frénétiquement l’heure en me demandant quand le film allait vraiment démarrer. Parce que ça faisait quand même 1h50 de film : on méritait quand même qu’il se passe quelque chose. Si on résume : les humains cherchaient César. Le Colonel tue sa femme et son fils alors César veut se venger. Il part de son côté et dirige malgré lui sa troupe vers un piège et tout le monde se fait capturer. Finalement, les singes s’évadent, les humains s’entretuent, avalanche, ça y est : nous sommes sur la Planète des Singes. C’est léger, non ? Ca ne me dérange pas, c’est un blockbuster, d’accord. Mais bon, pour un film sans action, ça pourrait être bien qu’il y ait quand même un scénario… Au moins dans Valérian, il y a de l’action !

Et puis c’est bavard, incroyablement bavard. Pour moi, faire du cinéma c’est réussir à faire parler les images animées. Là, les personnages ont besoin de raconter l’histoire, comme si les images ne pouvaient pas le faire. A l’image du Colonel qui raconte tout ce qui s’est passé et ce qui va se passer…

Alors oui, je veux bien qu’il y ait toutes les questions philosophiques sur le vivre ensemble, le spécisme, ce qui nous rend humain ou pas, la nécessité du langage, la perte d’humanité (tout le monde perd son fils d’ailleurs dans ce film). Mais c’est abordé d’une façon très superficielle, non ? Si on fait trois films préquels, c’est pour étoffer le propos du film originel, non ? Et puis ce final… Après cette jolie mise en valeur du drapeau américain, un César en mode Jésus-Christ sur sa croix, qui emmène sa troupe façon Moïse pour arriver au Jardin d’Eden… J’imagine que l’intérêt du film, c’était de suivre César, sa destinée, ses convictions, ses tourments, ses choix. Trop creux, too much.

En conclusion, je suis vraiment triste de ne pas avoir su aimer ce film, c’est rare que ça m’arrive ! 2h20 bien vides pour moi, sans action et avec un propos développé de façon très superficiel, malgré un très beau visuel. Heureusement, en ce moment il y a des bons trucs à voir (Peggy Guggenheim la Collectionneuse, Egon Schiele, 120 battements par minute) et à revoir (vive les rétrospectives de l’été qui permettent de revoir des bijoux comme Paterson !).


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City Zen
Nicolas, 37 ans, du Nord de la France. Professeur des écoles. Je suis un cinéphile éclectique qui peut alterner entre blockbusters, films d’auteur, films français, américains, petits films étrangers, classiques du cinéma. J’aime quand les films ont de la matière : matière à discussion, à interprétation, à observation, à réflexion… Quelques films que j’adore pour cerner un peu mes goûts : Matrix, Mommy, Timbuktu, la Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, Ennemy, Seven, Fight Club, Usual Suspect, Truman Show, Demain, Big fish, La Haine, La Vie est belle, Django, Rubber, Shutter Island...

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